‹ Abauzit et sa ThéologieChapitre 1 sur 3 · REUSS #K · texte numérisé non relu

REUSS #K

La Faculie n'entend ni approuver ni désapprouver les opinions particulières au candidat.

Entroduction.

Notre siècle ne crée pas, il analyse, il juge. Il applique les règles de la critique la plus conforme aux principes de la droite raison, dans le domaine, de la pensée, du sentiment et des faits; et dans les jugements qu'il a déjà portés il s'est montré sévère à l'égard de l’ancienne science théologique, jusqu’à lancer contre elle une sorte d'arrêt de mort. «Gette ancienne science théologique, dit M. Nicolas, dans laquelle presque tout était de convention, se proposait moins de chercher, sans parti pris, dans l'Écriture sainte, ce qu'elle dit réellement, que d'y trouver les doctrines reçues dans l’Église. On avait élevé ce procédé arbitraire d'interprétation à la hauteur d’une théorie; on Vappelait Ze principe de l'analogie de la foi'.>

La science théologique de nos jours repose au moins sur une base solide. Par une étude approfondie des textes sacrés et par l’histoire des idées elle montre les vérités religieuses renfermées dans les Saintes- Écritures, débarrassées des préjugés humains qui en ont si longtemps terni l'éclat. Elle montre que ces mêmes vérités, qui charment et satisfont les consciences, sont

1 Michel Nicolas, Études critiques sur la Bible (Nouveau Testa-

ment).

éternelles et d’origine divine : brillänts résultats obtenus par une interprétation d'accord avec les données de l'intelligence et de la raison!

Abauzit, ce chrétien et ce sage, par la vigueur de son intelligence et la rectitude de son jugement, s’est élevé à la hauteur de ces grandes idées. Il les a pressenties, il en a eu l'intuition. Un rayon de cette lumière divine qui doit rejaillir avec abondance du christianisme bien compris, est descendu dans son esprit, et son âme s’est doucement senlie réchauffée par le souffle vivifiänt de cette sublime charité que les hommes ne peuvent jamais faire naître dans leurs cœurs, parce qu'il leur est impossible de vivre de la vie du Maître par excellence. Abauzit a connu la vie de charité, de dévouement, et, ce qui est assez rare à son époque, il a su allier la science à la foi.

Pour mon compte, j'aime Abauzit. La grandeur de son caractère vraiment chrétien m’a réjoui ; l'élévation de ses pensées m’a séduit, la profondeur de ses convictions m'a satisfait, et la douceur de son âme si belle et si aimable m'a vivement ému. Quiconque le connaît doit l’aimer, car 1l peut être considéré comme un modèle de beauté morale ct surtout de charité. Le récit de sa vie et les appréciations de ses contemporains ne contrediront pas notre assertion; en outre, l'exposé de sa théologie nous montrera avec évidence la vivacité, la pénétration et la logique de cette vaste intelligence.

RS

Vie d'Abauzit.

Firmin Abauzit naquit à Uzès le 11 novembre 1679. Ses parents appartenaient à l’une des meilleures familles du pays. A l’âge de deux ans il perdit son père, qui confia sa jeunesse aux soins de sa mère, femme d’une piété profonde, d’un dévouement à toute épreuve, et d’un courage étonnant, qu’elle sut déployer dans les pénibles circonstances qu’elle dut traverser avec son fils. En effet, la révocation de l'Édit de Nantes vint jeter d’une manière aussi brusque qu’inattendue la consternation et le désespoir parmi les protestants. Leurs biens furent confisqués, les récalcitrants envoyés aux galères et leurs enfants enlevés pour être instruits dans la religion catholique. Le jeune Abauzit fut Fobjet des poursuites ardentes de l’évêque d’'Uzès; mais grâce à la sollicitude et à l'énergie de sa mère 1l put lui échapper. A la fin pourtant, les recherches actives du fougueux prélat triomphèrent du dévouement maternel, et le jeune Firmin tomba entre les mains de ce satellite de l’inquisition. Cependant rien ne fut perdu, car l’on parvint à le faire enlever et à le conduire sain et sauf, malgré la plus grande surveillance déployée sur les frontières de l’État par les commissaires du roi, à Genève, où sa mère le rejoignit bientôt, après avoir résisté aux rigueurs d’une courte mais dure captivité dans les cachots de l’évêque persécuteur. À Genève, dans ce tout petit pays, pays de lumière et de liberté, Abauzit reçut par les soins de sa mère les principes d’une véritable éducation chrétienne, et le germe fécond de ses vastes connaissances, que sa modestie en cette occasion blà-

mable lui défendit de propager plus tard parmi les ciioyens Genevois qui lui avaient donné une si précieuse hospitalité. à

Après avoir fini ses cours d'étude à Genève, pour augmenter ses connaissances par le commerce des hommes savants de l’époque, il se mit à voyager. En 4698 il partit pour la Hollande. Là il fit connaissance avec les Jurieu, les Rasnage, les Bayle, dont il dut admirer la vaste science et le génie. De là il se rendit à Londres, où il rencontra saint Evremond, ce vieillard spirituel et frondeur qui lui prédit sa future grandeur comme homme de bien. Il connut encore Newton, avee lequel, à partir d'alors, il fut dans une correspondance suivie, et dont il reçut ce compliment flatteur : « Vous êtes bien digne de juger entre Leibniz et moi.» Ges mots sont la caractéristique fidèle de notre auteur : sa science le mettait à la hauteur de Newton et de Leibniz, et son grand jugement le rendait capable de décider entre les deux. Le roi d'Angleterre, Guillaume IF, lui fit faire des offres brillantes dans l'intention de se lattacher, mais Abauzit les refusa.

De retour à Genève, 1l n’accepta par modestie que la place de bibliothécaire et le droit de bourgeoisie que le gouvernement lui conféra gratis, grâce à son mérite personnel et à ses lumières. Il voulut conserver son indépendance et sa liberté pour se livrer à loisir à l'étude de toutes les branches de la science : mathémauques, philosophie, belles-lettres, critique, philologie, antiquités, géographie, histoire ancienne et moderne. Mais 1l s'occupa avec prédilection de la religion chrétienne, qu'il étudia dans ses sources au moyen de la critique sacrée, et ses travaux critiques, il est vrai, ont

de)

jeté de son temps quelque lumière sur les passages difficiles de l'Écriture sainte. Ses contemporains nous en rendent témoignage, témoignage qui sera confirmé, nous pensons, par l'exposition de ses idées. Toutes ces études pourtant n’'empêchèrent pas Abauzit d'atteindre à une vieillesse assez avancée; il mourut le 28 mars 1767 à l’âge de quatre-vingt-huit ans, avec la sérénité du sage, et l'espérance du chrétien. Simplicité et modestie , telles furent ses deux qualités éminentes! Ses biographes et ses contemporains pourront nous fournir quelques traits et quelques appréciations qui procureront à nos lecteurs le moyen de se représenter la physionomie et le cäractère de ce trop modeste savant.

__ €S'étant nourri, dit un de ses biographes, de l'étude des saintes lettres, et ayant étudié la religion de bonne foi, sans préjugés, et avec la plus grande impartialité, il n’était pas moins pieux qu'éclairé; mais sa piété, sa religion, bien éloignée de s’afficher, n’avait rien d’outré, de trop austère; c'était une piété vraiment raisonnée. Sage chrétien, il était plein de douceur et de charité pour les hommes. Vrai philosophe, il était bien éloigné d’être intolérant; il savait combien il est difficile d’être toujours en garde contre les préjugés et de se défaire de ses erreurs, et il poussait le support et l'indulgence aussi loin que la raison pouvait le permettre. S'il critiquait cependant quelquefois, c'était avec douceur et ménagement. Il plaignait les incrédules, mais il ne s'irritait point contre eux; il se contentait de justifier la religion chrétienne avec douceur et par des raisonnements solides contre leurs attaques.» Et plus loin: «Son air était plein de candeur et de franchise; ses mœurs étaient douces et innocentes : la sérénité de son

âme se peignait sur sa physionomie, et un air de bonté et de bienveillance se répandait sur son visage lorsqu'on l’approchait. Tranquille dans tous les temps et dans toutes les circonstances, d’une parfaite douceur de caractère, d’une égalité d'esprit soutenue, il ne sut jamais se fâcher. Seulement l’avait-on vu quelquefois marquer un peu de vivacité lorsqu'on l'avait mis sur le chapitre des jésuites. Il les connaissait bien; mais, ce qui l'indisposait en particulier contre eux, c’est qu'il les regardait comme les auteurs des malheurs de la France, persuadé que c’étaient eux qui, par leurs intrigues, avaient opéré la révocation del’Édit de Nantes, et attiré sur les réformés du royaume, les persécutions qui suivirent cette révocation. » | Dans un discours, pour honorer la mémoire de notre modeste savant, le recteur de l’Académie de Genève s'écrie: Verbo, Sapiens, ille fuit, et pius Christi discipulus. Mais l’éloge le plus brillant est sans contredit celui que lui a consacré, dans une. note de sa Nouvelle Héloïse, le grand citoyen genevois J. J. Rousseau. «Non, ce siècle de la philosophie ne passera point sans avoir produit un vrai philosophe. Jen connais un, un seul, j'en conviens; mais c’est beaucoup encore, et pour comble de bonheur c’est dans mon pays qu'il existe. L’oserai-je nommer ici, lui dont la véritable gloire est d’avoir su rester peu connu? Savant et modeste Abauzit, que votre sublime simplicité pardonne à mon cœur un zèle qui n'a point votre nom pour objet. Non, ce n’est pas vous que je veux faire connaître à ce siècle indigne de vous admirer; c’est Genève que je veux illustrer de votre séjour ; ce sont mes concitoyens que je veux honorer de l'honneur qu'ils vous rendent.

Heureux le pays où le mérite qui se cache est d’autant plus estimé! Heureux le peuple où la jeunesse altière vient abaisser son ton dogmatique devant la docte ignorance du sage! Vénérable et vertueux vieillard! vous n'aurez pointété prôné par les beaux esprits; leurs bruyantes académies n’auront point retenti de vos éloges; au lieu de déposer comme eux votre sagesse dans des livres, vous l'aurez mise dans votre vie pour l’exemple de la patrie que vous avez daigné vous choisir, que vous aimez et qui vous respecte. Vous avez vécu comme Socrate; mais il mourut par la main de ses concitoyens, et vous êtes chéri des vôtres!»

Tel fut l’homme. Voyons quels furent ses principes moraux et religieux; quelles furent ses opinions sur Dieu, sur Jésus-Christ et sur l’homme; en un mot quelle fut sa théologie.

KWhéologie d’Abauzit.

Cette partie de notre travail présentera quelques difficultés par la seule raison qu'Abauzit n’a pas fait de système de théologie. Toutes ses idées se trouvent exposées dans une série de chapitres, en majeure partie d’exégèse sans lien qui les rattache. Nos efforts consisteront donc à coordonner ces chapitres et à en extraire toutes les idées auxquelles nous donnerons le plus d'ordre et de suite possible.

Pour ce qui concerne l'existence de Dieu Abauzit ne se contente pas d’un simple a priori; il lui faut des preuves qui satisfassent pleinement sa raison. Il démontre l’existence de Dien par l'impuissance des êtres matériels de se tirer du néant; par le mouvement que ces êtres possèdent et qu'ils n’ont pu se donner euxmêmes; par la pensée qui commence chez l’homme; par la structure et la proportion, l’ordre et l’enchaînement des parties de l’univers; par la création du monde ; par l'impossibilité de son éternité et la formation des objets visibles et réels au moyen des atomes crochus sous l'influence du hasard. Dieu existe; il est parfait, éternel, juste, bon; il est saint. Par le fait même de ses perfections, après avoir créé le monde il doit le conduire par sa providence. La providence n'est pas une création continue, parce que Dieu serait alors la cause unique de tout ce qui arrive et que l’homme ne possèderait plus sa liberté. La providence divine doit être bien comprise: elle s'applique d’abord aux choses inanimées et privées de raison qui, dénuées de toute intelligence, doivent être conduites par un guide supé-

rieur aux fins auxquelles elles tendent. «Elles ont besoin, dit-il, d’un conducteur éclairé, d’une providence sage qui les dirige chacune suivant sa destination par une voie convenable à sa nature.» Cette providence dans son application est indépendante et ne se trouve soumise à aucune loi; la loi serait un obstacle à Dieu dans ses desseins d’amour sur le monde. La providence s applique ensuite à l’homme dans sa formation et son développement matériels; en outre, elle lui donne la liberté pour s'élever au-dessus de la fragilité dn monde, et la raison pour éviter les piéges de l'erreur et du vice. L'homme est donc indépendant du monde par sa liberté, mais il est dépendant de Dieu en vertu des lois qu’il lui a données.

Jusqu'ici notre auteur a cherché à démontrer l'existence et la providence de Dieu à l’aide de sa raison. C’est là la méthode ordinaire de la philosophie. Cette méthode, il ne l’abandonnera pas, et avec le sentiment de la fidélité et du prix inestimable de ce guide éclairé il lui empruntera encore ses lumières pour une rapide excursion dans le domaine des faits moraux.

Il s’agit de savoir si l’homme est régi par des lois, et si ces lois viennent de Dieu. Si la loi existe, 1l y a bien et mal, vice et vertu ; «la vertu sera une disposition, dit Abauzit, à pratiquer ce que la loi ordonne, et le vice consistera dans l'habitude de faire ce qu’elle défend.» La nécessité de lois pour gouverner le monde est infailiblement prouvée par le fait que ces lois sont la conséquence du principe supérieur qu’on a déjà posé, Dieu.

La nécessité de lois est encore prouvée par le besoin d'harmonie et d'égalité dans le monde matériel et dans

le monde spirituel et moral. Mais poar l'homme en quoi consiste la loi? Elle ne se résume pas en certaines maximes morales qui ne sont.pas absolument évidentes par elles-mêmes et qui varient de peuple à peuple. La loi peut se trouver dans un principe général de morale, que notre auteur puise dans la prudence, la sagesse, l'amour de l’homme pour Dieu et le prochain, et enfin dans la bonté de Dieu, qui veut le bonheur et la conservation des hommes. Chose étrange! ce principe général de morale ne présente-t-il pas une analogie frappante avec les vérités de la religion chrétienne ?

N’est-il pas la base même de la sublime doctrine du Christ? Mais continuons. La loi donc existe puisqu'elle prend sa source dans la bonté de Dieu et la nature de l’homme. Cette loi, qui découle ainsi d’un Être éternel et de l'élément divin qui réside dans la conscience humaine, ne doit pas être empreinte du sceau de la fragilité ; elle doit être éternelle comme son principe, et son application à l'infini procure à l’homme l’immortalité. Abauzit prouve encore l’immortalité de l'âme par des arguments qui n’ont pas le mérite de la nouveauté, mais que l’on peut considérer comme le produit du simple bon sens: impossibilité pour l'âme de disparaître, puisque le corps, tout en se dissolvant, n’est pas anéanti; justice de Dieu dans la récompense de la vertu et dans la punition du crime prospère.

Voilà d'après notre auteur les grandes découvertes que l’homme peut faire au moyen de ses facultés naturelles, au moyen de son intelligence et de sa raison: par elles il a le pouvoir de pénétrer dans le domaine de l'infini, d’y saisir la source de la vie, et d’y alimenter la vie même de son âme par l’adoration de l’Étre

absolu. Mais l’homme n’a pas eu assez de puissance dans le cœur et pas assez de force dans l'intelligence pour comprendre le but sacré de son existence ; il s’est laissé facilement séduire par les douceurs d’une nature enchanteresse et Iâchement entraîner par les brillantes promesses de mystérieuses intelligences qu’il croyait voir dans tout ce qui l’entourait ; il s’est laissé fasciner par le prestige du génie bienfaisant. Malheureusement l'ingratitude n’a pas été sa réponse. A la matière il a donné son cœur, qu'il ne devait qu’à Dieu; aux grands hommes son adoration, qu’il ne devait qu’à l'Étre qui demande un culte en esprit et en vérité. L’idolâtrie fait donc son apparition dans le monde, grâce à la faiblesse et à l'impuissance de l’homme. Cependant le règne de cette idolâtrie ne devait pas être d’éternelle durée, car le génie, qui semble un instrument dans les mains de Dieu pour l’accomplissement de ses desseins sur la terre, en avait déjà préparé la ruine, achevé plus tard par le sentiment religieux délivré de ses antiques entraves et respirant enfin avec bonheur l'air pur de la liberté. L'homme a par conséquent dévié du droit chemin, et par cette malheureuse déviation il a violé la loi divine et la loi naturelle, puisque par les seules lumières de sa raison il aurait pu découvrir le véritable objet de son culte; mais heureusement l’humanité n'était pas complétement abandonnée à elle-même: ses destinées étaient entre les mains d’un Père et d’un Sauveur.

«Si l’on jette les yeux sur le paganisme, dit notre auteur, l’on conviendra de la nécessité d’une révélation. On y verra les lumières de la nature presque ensevelies dans la corruption, la connaissance du vrai

Dieu entièrement éteinte, des hommes déifiés après leur mort, les bêtes même, les plantes transformées en divinités. On y verra des autels bâtis au vice, à l’impudicité, à l'ivrognerie. Jugez par là des mœurs de paiens. On est ordinairement porté à imiter la divinité qu'on adore, et on ne se défend pas à soi-même des actions qu’on attribue à l’objet de son culte. On peut donc s’imaginer quelle était la vie des hommes lorsqu'ils avaient des idées si étranges de la divinité ; et combien peu de scrupules ils se faisaient de l’adultère et de la rebellion, lorsqu'ils concevaient le plus grand de leurs dieux comme un adultère et comme un fils rebelle. Et ce désordre est général: il ne règne pas seulement parmi les peuples grossiers et barbares, on le voit parmi ceux là qui se piquaient le plus de savoir et de politesse. »

Quelle sera maintenant la nature de cette révélation? Consistera-t-elle en de nouvelles vérités introduites par la bonté de Dieu dans le monde pour le salut définitif de l’homme? Elle sera tout simplement le rétablissement de la religion naturelle, car «Dieu ne pouvait changer le cœur des hommes par une impression aveugle en agissant sur eux comme sur des pierres; il devait agir d’une manière conforme à leur nature, qui est d’être raisonnable, en rétablissant la religion naturelle, et en y ajoutant une seconde révélation qui suppléât aux obscurités de la première. »

Cette seconde révélation confiée au peuple élu de Dieu pour le bonheur de l'humanité porte la marque de son origine divine, puisqu'elle s'accorde avec tout ce qu'enseigne la raison humaine, reflet elle-même de la raison éternelle. Comme la raison, elle admet la

morale, repousse l'éternité du monde, adopte la créa- ‘tion par une cause intelligente, enseigne l'amour, la justice, la liberté de Dieu, la dépendance de l’homme vis-à-vis des lois de la nature, et enfin la justice et la charité envers les hommes. Cette seconde révélation vient de Dieu, qui la communique à Moïse. Abauzit s'efforce de le prouver par le témoignage de l'Ancien Testament. Cette révélation est-elle bien celle que Jésus-Christ a apportée aux hommes? Guidé par la lumière d’en haut, l’a-t-il puisée à sa véritable source ? Dans le but de soustraire l'humanité au joug avilissant de despotes cruels, et de donner la vie aux âmes flétries, desséchées par l’aridité d’un formalisme étouffant, a-L-1l ressuscité cette antique révélation renfermée dans les écrits du plus humain des législateurs, celte révélation, source autrefois d'inspirations sublimes, de magnifiques élans de poésie religieuse de grands héroïsmes, et maintenant effacée par les ordonnances stériles d’un parti rigoureux, inflexible? «Jésus-Christ était venu dans le monde pour en bannir l'ignorance et la superstition, pour enseigner aux hommes une doctrine qui les ramenât du vice à la vertu, de la misère dans laquelle ils vivaient à une véritable et solide félicité, doctrine qui n'avait qu'à paraître, ce semble, pour être reçue avec empressement, tant elle a d’attrait et de majesté, tant elle a de forces pour gagner les cœurs, mais que les préjugés secondés de passions tâchèrent d’étouffer à sa naissance. »

Il ressort clairement du passage cilé que Jésus-Christ a reçu la sublime mission de redresser le cœur des hommes, de réveiller les germes féconds d’amour et de vertu enfouis et comme perdus dans les ténébreuses

profondeurs de leurs consciences et de les faire enfin germer, croître et fleurir au soleil de la vérité. Sa mis-sion consiste donc dans le rétablissement et le développement de la religion naturelle au moyen de la seconde révélation, qui n’est elle-même que le rétablissement et le développement de la religion naturelle. Par conséquent Jésus-Christ reproduit la seconde révélation, que les hommes n’ont pas voulu recevoir et qui cette fois par la puissance de Jésus se répandra dans le monde. Mais quel est cet être étonnant doué de cette puissance inouie, de ce pouvoir surhumain? Est-il un homme ? Est-il un Dieu ? Est-il Dieu lui-même? Nous touchons ici au difficile problème de la nature, de la divinité du Christ. La divinité du fondateur du christianisme peut-elle être considérée comme l’unique produit de l’Église chrétienne? Celle-ci ne lui a pas donné naissance puisqu'elle se trouve contenue en germe dans les déclarations expresses de plusieurs apôtres, mais elle l’a développée. Prenant pour point de départ les données diverses des récits évangéliques sur le caractère de Jésus, dans le désir de connaître et d’approfondir, et sans avoir conscience de la vanité et de la folie de ces recherches sur les choses infinies à cause même de la nature finie, de l'intelligence humaine, dans le désir disons-nous de connaître le rapport qui existe entre le Père et le Fils, et peut-être comme le dit Grégoire de Nysse! «dans le but d'établir un compromis entre le judaïsme et le polythéisme, en professant la croyance à un Dieu unique avec le premier, et en reconnaissant avec le second une pluralité dans la

Page 1