‹ Abbaye Royale de St. Vincent à Senlis Histoire et description par l'Abbé Magne. Umschlagtitel Notice sur l'ancienne abbaye de St. Vincent à SenlisChapitre 15 sur 20 · CLOITRE ET SALLES DU REZ-DE-CHAUSSÉE · texte numérisé non relu

CLOITRE ET SALLES DU REZ-DE-CHAUSSÉE

Lu sortant de l'église par une porte latérale qui conduisait dans l'intérieur du monastère, on arrive dans le cloître, disposé comme toujours autour d'un préau. • In cloître, dit le P. Lacordaire dans sa Vie de saint Dominique , est une cour entourée d'un portique. Au milieu de la cour, selon les traditions anciennes, devait être un puits, symbole de cette eau vive de l'Ecriture, qui rejaillit dans la vie éternelle. Sous les dalles des portiques , on creusait des tombeaux ; le long des murs, on gravait des inscriptions funéraires; dans l'arc formé par la naissance des voûtes, on peignait les actes des saints de l'ordre ou du monastère. Ce lieu était sacré; les religieux même ne s'y promenaient qu'en silence , ayant à l'esprit la pensée de la mort et la mémoire des ancêtres. La sacristie, le réfectoire, de grandes salles communes régnaient autour de cette galerie sérieuse qui communiquait aussi à l'église par deux portes, l'une introduisant dans le chœur, l'autre dans les nefs — *

Les principaux traits de cette description s'appliquent à notre cloître. Quelques détails ne lui conviennent pas ou ne lui conviennent plus aujourd'hui. Ainsi, la cour ne possède plus son puits qui existait autrefois; le cloître, étant construit sur des galeries qui le répètent au-dessous du sol, n'a jamais eu de tombeaux. Les peintures devaient être remplacées par des statues. Le xvn e siècle avait abandonné beaucoup des traditions du inoyen-àge, et il ne faut pas oublier que le cloître de Saint- Vincent fut reconstruit, avec les autres bâtiments de l'abbaye, • au xvn« siècle, il ne faut pas demander dans quel style : il a de

la force, de la grandeur peut-être, mais, à coup sûr, il manque complètement de grâce. Il forme un quadrilatère rectangulaire de 43,64 mètres sur 28,44; la largeur de la galerie est de 3,05 (i). Un soubassement, très-élevéà cause des galeries voûtées qui forment des caveaux au pourtour de tout le cloître , supporte des colonnes monolithes, moins fortes vers le haut, et disposées deux par deux d'une hauteur de 3,25. bans chaque entrecolonnement, l'entablement, qui n'existe que du côté du préau, reproduit les triglyphes de l'ordre dorique. Mais il ne faut pas demander à notre architecture l'exactitude des proportions , qnc l'art grec respectait même dans ses formes les moins élégantes. Ces colonnes 8e répètent, dans une disposition tout-à-fait semblable, sur le mur qui ferme extérieurement le cloître. Un massif énorme de maçonnerie, flanqué de deux pilastres, détermine les divisions de l'entrecolonnement. Dans son épaisseur, on a percé une niche carrée, dont la profondeur (0,40) indique suffisamment qu'elle devait recevoir une statue. Les anciennes salles du rez-de-chaussée ne reçoivent aucun jour du côté du cloître ; ainsi on trouve reproduites, contre le mur, les niches dont nous avons parlé, en nombre double; mais elles sont moins profondes. Une voûte, divisée en compartiments symétriques suivant les en t recolon nements , couvre le cloître et supporte sur trois côtés du quadrilatère les bâtiments supérieurs. Sur le côté appliqué contre l'église, on n'avait rien construit.

Le pavé primitif, qui n'existe plus, formé de dalles régulières de marbre noir alternant avec des dalles de pierre de même dimension, présentait à chaque angle une grande rosace, également de marbre. A l'extrémité de chaque galerie s'ouvraient deux grandes portes carrées ; leur tympan , semi-circulaire , suivant le profil de la voûte , était orné de sculptures dont les dernières (races ont disparu.

Autour du cloître se rangeaient les principaux bâtiments du monastère. Quelques salles du rez-de-chaussée méritent encore l'attention.

L'une, celle qui occupe la plus grande partie de l'aile orientale, avait probablement une destination religieuse, comme l'indiquent

il) Voir aux planches le plan détaillé du cloître et du rez-de-chaussée

les sculptures qui décorent le dessus de la porte d'entrée et le mur qui lui fait face. Etait-ce une chapelle intérieure réservée aux religieux seuls , et d'où était exclu le public qui pouvait pénétrer dans l'église? ou, plus probablement, n'était-ce pas le lieu des réunions capitulaires ? Les emblèmes religieux qu'on remarque dans les sculptures n'auraient pas été déplacés dans une salle destinée à une assemblée essentiellement ecclésiastique. Dans tous les cas, ce n'était pas la chapelle dite de l'abbé, qui était beaucoup plus petite, et dont on retrouve d'ailleurs des vestiges encore très-apparents dans une autre place.

Cette salle s'élève jusqu'à la hauteur du deuxième étage ; elle est divisée , dans le sens de sa longueur, en cinq travées déterminées par un pilastre très-plat, dont la moulure se profile en anse de panier pour former comme un arc qui soutient la voûte. Entre chaque pilastre s'ouvre une grande fenêtre carrée sans autre encadrement qu'une plate- bande, large, mais peu saillante , portée sur un socle dont la moulure principale, un tore en demi -relief , est brutalement interrompue par le piédestal. A chaque fenêtre correspond, de l'autre côté, un cadre d'une ouverture plus large et moins haute, qui n'a plus même le modeste encadrement de la fenêtre, et qui, sans doute, était destiné à recevoir des peintures. Une corniche promène tout au tour de la salle ses moulures d'un style assez pur, quoiqu'un peu maigres de forme. La voûte, dont l'arc, en anse de panier, est brisé par deux larges plates- bandes parallèles, se trouve par conséquent divisée, dans chaque travée, en trois compartiments, qui n'offrent d'autre caractère que la saillie des plates-bandes qui encadrent chacun des compartiments.

Les sculptures qu'on remarque au-dessus de la porte d'entrée présentent , dans un cadre dont le côté supérieur se modèle suivant le profil de la voûte, un cercle saillant comme enveloppé dans un manteau seigneurial; les plis en sont représentés par des rameaux de feuillage; l'intérieur du cercle est rempli par la figure si connue de l'A et de l'n, entrelacés : ajoutons que les formes contournées des lettres leur enlèvent toute grâce. Des branches de feuillage , plus élégamment sculptées, ornent les angles supérieurs du carré , aux côtés duquel se tiennent deux anges bouffis portant à leur tête des ailes qui , en se prolongeant pour occuper tout le pied-droit , deviennent bientôt de vraies

guirlandes de roses, lue corniche supérieure couronne cette ornementation, qui se termine de chaque côté par un enroulement accompagné de feuilles assez largement sculptées. L'ensemble de la décoration, qui ne manque pas de richesse, est cependant d'un goût très-douteux. De chaque côté de la porte est percée une niche peu profonde, rectangulaire, avec un socle brut, et qui porte à son sommet une coquille épanouie en guise d'éventail recourbé , avec deux larges et longues feuilles. Chaque niche est surmontée d'un cartouche presque carré et d'une ornementation très-modeste.

La face opposée ne présente de changement que dans les emblèmes qui remplissent le carré. On y remarque l'agneau symbolique couché sur le livre mystérieux fermé des sept sceaux, qui repose sur une table , le tout dans une auréole formée de rayons et de nuages : le style de celte composition est lourd et tout à fait sans grâce (1).

L'autre salle , qui occupe la place correspondante dans l'aile opposée , est plus petite et moins élevée ; elle n'usurpe pas sur le premier étage. Sa proximité de la cuisine , dont elle n'est séparée que par un vestibule , nous porte à croire qu'elle fut autrefois le réfectoire des chanoines. D'ailleurs, sans être profanes, les ornements sculptés , au-dessus et de chaque côté de la porte , peuvent bien convenir à un réfectoire de religieux.

La pièce était divisée en trois travées à peu près remplies, d'un côté par les fenêtres , de l'autre par des arcades simulées. Ije pilier carré , large et peu saillant, qui les sépare, présente à ses parties supérieures un cartouche échancré , orné de palmettes de feuillage rattachées en faisceau. Une corniche saillante se profile autour de la salle, à la hauteur de l'ouverture des fenêtres; elle est interrompue par les piliers et supportée par des consoles ornées. La voûte, très-bien conservée , est divisée en large* compartiments. Deux roses , sculptées avec richesse , en guise de clé de voûte, y étalent leur feuillage. Elle se plie d'ailleurs, avec une docilité pleine de grâce, aux exigences de l'arc sur-

it) Cette salle servit d'abord de chapelle à l'institution ayant la restauration de l'église. Elle est anjourd'imi tout modestement une salle

d'éludé.

baissé île* fenêtres et des arcades correspondantes , en formant des carènes un peu évasées, mais élégantes encore. Le choix de la pierre, le su in avec lequel elle a été travaillée, les sculptures plus riches , sinon plus heureuses , donnent à cette salle un aspect plus monumental; et si tous les détails ne sont pas irréprochables au point de vue du goût, on ne peut pas refuser d'y reconnaître un caractère vraiment grand. De chaque côté de la porte d'entrée, deux piédestaux attendent sur leur masse carrée des statues pour lesquelles on a disposé des niches peu profondes. Au-dessus, deux vases fermés , de grandes dimensions, laissent échapper, par les ouvertures ménagées à leur surface , des nuages de parfum , et accompagnent les sculptures qui dominent la porte. Là, encore , ce sont des emblèmes religieux, des croix à une ou deux branches, des crosses d'évèque ou d'abbé, des chandeliers même, le tout se croisant ou se coupant , et , en somme , d'un caractère assez vulgaire. Au centre se détache , en relief, l'écusson de l'abbaye : le champ d'azur avec les trois fleurs de lys d'or, atteste la royale origine de Saint-Vincent , et , suivant la loi héraldique, l'écusson de France est surmonté d'un rtief qui porte trois roses ou fleurons de gueules.

Sur le mur opposé à la porte , il n'y a à signaler qu'un grand cadre de pierre au-dessus d'une vaste cheminée récemment ré tablie. Des enroulements, semblables à ceux que nous avons

— or> —

observés dans l'autre salle , l'accompagnent , et on a gravé de chaque côté, dans deux cartouches, l'inscription suivante qui rappelle , de la manière la plus sommaire , l'histoire de Saint- Vincent jusqu'à nos jours :

LABENTE SiECULO XIII ET ITERUM XVII

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