‹ Abbayes de l'âevãechâe de BayeuxChapitre 2 sur 72 · INTRODUCTION. XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XI

conseils, qui nous ont communiqué des documents inédits, et facilité une tache souvent ingrate. Nous aurons soin4 d'ailleurs, de citer toujours les sources où nous avons puisé et les personnes qui possèdent des pièces que nous publions. Néanmoins qu'il nous soit permis de citer ici les noms de MM. Dubosc, Eugène Chatel, qui pendant près de quinze ans, n'ont cessé de nous encourager et, comme l'ont fait depuis les archivistes du Calvados et de la Manche, nous ont ouvert avec tant de bienveillance les trésors des archives qu'ils avaient les premiers classées et mises en lumière.

L'abbaye de Saint-Vigor de Cerisy — Cerisiacum, Cerasium, Sanctus Vigor Cerasiensis — était située dans la paroisse de ce nom, à quatre lieues et demie au couchant de Bayeux. Depuis la Révolution, cette commune faisant partie du canton de Saint-Clair et de l'arrondissement de Saint-Lô (Manche) a été réunie à l'évôché de Coutances ; mais, avant cette époque, elle dépendait de celui de Bayeux et du doyenné de Couvains.

Dès la plus haute antiquité, ce pays, couvert d'épaisses forêts, était cependant très habité. On lit, dans la vie de Saint Vigor, évêque de Bayeux au VIe siècle de l'ère chrétienne, qu'un riche seigneur, nommé Volusien, lui donna, en témoignage de sa reconnaissance, la terre de Cerisy avec vingt-cinq villages environnants. L'évêque avait en effet débarrassé la foret d'un « serpent horrible qui mettait à mort les hommes et les animaux. » Par cette image, empruntée à la légende, il faut sans doute entendre que ce saint personnage avait anéanti le culte des idoles et converti ces peuplades.

A quelque temps de là Saint Vigor construisit à Cerisy un monastère sous l'invocation des bienheureux apôtres Saint Pierre et Saint Paul, mais au Xe siècle celui-ci eut le sort commun à tous ceux de la province ; il fut détruit de fond en comble lors de l'invasion des Normands et la terre de Cerisy se trouva ainsi réunie au domaine ducal.

En l'année 1030, Robert II dit le Magnifique, duc de Normandie, résolut d'établir à Cerisy un nouveau monastère. Il commença donc

par bâtir une vaste église et une abbaye où deux ans après il installa des Bénédictins et mit à leur tète un abbé nommé Durand qu'il avait fait venir de Saint-Ouën de Rouen. Tout aussitôt, il s'occupa d'assurer à sa nouvelle fondation des revenus suffisants et la plaça sous l'invocation de Saint Vigor dont le souvenir était demeuré si vivant en ces lieux. La dédicace de l'église eut lieu le 22 novembre 1032, jour de la fête de Sainte Cécile.

Non content d'avoir pourvu magnifiquement a ses besoins matériels, il l'enrichit de précieuses reliques qu'il avait obtenues du patriarche de Jérusalem. En 1034, son chambellan Turstin, comte d'Hiesmes, vint en son nom les apporter à Cerisy où elles furent reçues avec la plus grande pompe. Sur ces entrefaîtes le duc, qui revenait de Palestine, mourut à Nicée; Guillaume-le-Bàtard, son fils, donna ordre de rapporter son corps et de l'inhumer dans le chœur de l'abbaye nouvellement fondée ; mais il n'y réussit point. Cependant il prit lui aussi sous sa protection l'abbaye naissante, et continuant l'œuvre paternelle, l'enrichit de nouveaux dons et augmenta encore ses nombreuses prérogatives. Les diverses donations énumérées dans les chartes de 1032 et de 1040 étaient en effet exemptes non seulement de toute coutume séculière mais encore de tout droit ecclésiastique « ab omni consuetudine ecclesiastica...» La nouvelle abbaye se trouvait parla soustraite à la juridiction ordinaire de l'évêque de Bayeux et ne relevait que de l'autorité du Saint-Siège. Aussi les souverains pontifes furent-ils les premiers à reconnaître et à sanctionner ce précieux privilège. Dès l'année 1178, le pape Alexandre III adressa une bulle à cet effet.

Bientôt le généreux exemple des ducs fut imité et suivi par les principaux seigneurs de la contrée, qui tinrent «à honneur de s'associer à cette œuvre destinée a assurer et à augmenter le bienêtre de leurs tenanciers. Les rois d'Angleterre et, depuis la conquête de la Normandie par Philippe-Auguste, les rois de France prirent successivement l'abbaye sous leur protection et la confirmèrent dans la jouissance de toutes ses possessions.

Pendant les deux siècles qui suivirent, les donations se succédèrent, le pays s'accrut des défrichements de la forêt ; il fallut

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agrandir et reconstruire de nouvelles églises pour la population qui augmentait. L'église de Cerisy, construite avec la solidité et la noble simplicité qui caractérisent les oeuvres du XIe siècle en Normandie, reçut dans le cours du XIIIe diverses modifications. Le chœur fut voûté, les fenêtres du chevet garnies de meneaux bifurques. La façade fut entièrement modifiée et en devant s'éleva un porche orné de sculptures dans le genre de celles de la cathédrale de Bayeux. Deux clochers, nommés « fillettes, » accompagnaient le gable primitif, mais ils ne furent jamais achevés. Un porche a cinq arcades voûtées, décoré de feuillages et de quatrefeuilles très finement sculptés en pierre de Caen,vint compléter ce qui, depuis, s'est toujours appelé « l'addition. »

Les bâtiments claustraux, édifiés par le duc Robert, n'avaient qu'un étage; ils devinrent bientôt insuffisants et furent reconstruits sur un plan beaucoup plus vaste pendant le cours des XIIIe et XIVe siècles. Il en fut de même de l'abbatiale et de la charmante petite chapelle de l'abbé connue aussi sous le nom de Saint-Gerbold.

Le XIIIe siècle fut pour Cerisy, comme partout ailleurs, une époque de splendeur et de prospérité où la vie monastique prit tout son essor et assura aux populations qui « relevaient de la crosse » un bien-être inconnu jusqu'alors. On en trouve en effet la preuve dans le Journal des visites pastorales d'Eudes Rigaud, archevêque de Rouen. Ce pasteur si zélé vint trois fois à Cerisy dans un espace de 17 ans, de 1250 à 1267 ; il y trouva tout en bon ordre et c'est à peine si quelques légères observations se glissent sous sa plume trop souvent obligée de constater, même alors, de graves abus. La règle était moins bien suivie, il est vrai, dans les prieurés, parce qu'ils étaient placés sous la surveillance moins immédiate de l'abbé. A cette époque, le nombre des moines de Cerisy varia de cinquante à soixante ; presque tous étaient prêtres ; mais il diminua de siècle en siècle tellement qu'il s'en trouva seulement sept au moment où éclata la Révolution de 1789.

Mais bientôt le zèle religieux allait être impuissant à contenir les excès de la société humaine. Peu à peu les mœurs se relâchèrent, l'esprit de discorde envenima les querelles, les calamités publiques

et les épidémies se succédèrent L'abbaye eut aussi beaucoup à

souffrir des guerres qui, à la fin du XIVe siècle, couvrirent la Normandie de ruines. Elle fut même fortifiée à cette époque, elle eut une garnison, un capitaine ; mais il est peu probable que, par sa situation et son étendue, elle fût à même de résister à une attaque sérieuse. Régnier Le Coustellier, bailli de Gaen, visitant par ordre du roi les forteresses françaises, vint coucher à Cerisy le 10 mars 1371. 11 y trouva « Jehan d'Escay, escuier cappitain dudit fort » et lui remit une cédule contenant des ordres.

L'abbaye, pour clore sa vaste enceinte et construire des fortifications dont il ne reste plus aucune trace aujourd'hui, dut contracter des emprunts considérables ; il lui fallait aussi payer les gages des gens d'armes et les nourrir. Afin qu'elle pût rentrer dans une partie de ses dépenses, le roi Charles V lui accorda par lettres patentes du 29 avril 1371 « deux deniers des douze pour livre qui « auront cours à Cerisy pour cause de la délivrance de notre très « cher Seigneur et Père. »

Ce n'était pas là d'ailleurs les seules charges qu'elle eût à supporter. Lors delà rédaction du Livre peint, elle fut taxée à 1,540' sans compter le prieuré des Deifx- Jumeaux, qui le fut à 1051. Cerisy figure au second rang sur la liste des abbayes du diocèse et vient après Saint-Etienne qui payait 2,100'. On peut juger par là de l'importance de ses revenus.

Au siècle suivant, l'occupation anglaise et les ravages incessants de ces étrangers qui rançonnaient tout le pays aggravèrent encore la situation. Richard de Silly, chevalier, était capitaine de l'abbaye en 1418, mais il se vit contraint de la remettre au roi d'Angleterre, qui s'empara des revenus temporels et mit à la tête de la garnison anglaise un écuyer nommé Thomas Halgthon. L'abbé s'empressa, il est vrai, de solliciter du vainqueur la confirmation de ses privilèges et des chartes des fondateurs. Henri VI l'accorda, le 16 janvier 1420, mais ce fut seulement trois ans après qu'il écrivit au sénéchal de Bayeux de remettre le temporel à l'abbé et de l'en laisser jouir ; ce qui n'eut pas lieu sans de nombreux procès, sans de perpétuelles récriminations ; il fallait recourir sans cesse à l'autorité du prince

pour défendre un droit quelconque usurpé par les nouveaux possesseurs, par le Roi lui-même et souvent par plusieurs de ses commissaires à la fois. Aussi, dès que le pays eut été délivré du joug de l'ennemi par la bataille de Formigny, l'abbé Richard Sabine fut un des premiers à prêter serment au Roi de France et à lui faire aveu pour les terres et forêts dépendant de Cerisy. Son exemple a été constamment suivi par ses successeurs.

La chapelle de l'abbé avait beaucoup souffert, les fenêtres du côté de la porte d'entrée avaient été démolies peut-être lors d'un assaut ; on les refit dans le goût du temps ainsi que les cloîtres et les bâtiments tombés en ruine. Le chapitre enfin fut reconstruit et orné de peintures à fresque et de vitraux.

En 1502, l'abbaye de Cerisy cessa d'avoir des abbés réguliers et tomba entre les mains de commendataires qui, sans y résider, se contentèrent d'en percevoir les revenus ; plusieurs même ne prirent pas possession en personne. Cet état de choses, succédant aux guerres et aux dévastations périodiques, fut encore plus funeste à l'abbaye. Personne ne s'occupa plus d'entretenir les bâtiments, de veiller à la conservation et à l'exercice des droits et privilèges, de faire exécuter la règle monastique ; aussi lorsque les protestants, attirés par les richesses de l'église, vinrent pour s'en emparer la veille de la Pentecôte de l'année 1562, ils ne trouvèrent personne

pour leur en disputer l'entrée. L'abbé était alors en Auvergne

et les quelques moines résidants ne purent échapper qu'à grand peine à leur fureur. L'église fut saccagée ; les autels et les statues brisés à coups de masses de fer, les ornements et les vases sacrés pris et emportés, les titres de propriété dispersés et anéantis. Les bâtiments de l'abbaye et ceux de l'abbé reçurent également leur visite. Tout y fut détruit, les provisions gaspillées, les portes et fenêtres brisées. La dévastation était à son comble ! Le vicaire général de l'abbé, Michel de Clugny, ne put que faire dresser procèsverbal de l'état des lieux et constater les dégâts commis. Il avait obtenu à cet effet un mandement du Roi le 20 novembre 1562. Tout était à refaire encore une fois ! Il fallait au plus vite réparer l'église et les bâtiments ; mais surtout recouvrer les rentes et fieffés dont les

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titres avaient été détruits par ceux-là mêmes qui souvent en étaient les débiteurs. En 1568, le bailli d'Alençon reçut un mandement du Roi, relatif à la destruction des titres de rentes dues à l'abbaye de Cerisy dans le ressort de son bailliage. Ces réclamations et ces poursuites n'aboutissaient pas toujours et d'ailleurs elles étaient aussi longues que coûteuses. Le 27 juillet 1600, le parlement de Rouen rendait encore un arrêt déclarant que « le brùlement des « titres de l'abbaye de Cerisy demeure constant et autorisant l'abbé « et les religieux à percevoir les rentes qui leur sont dues suivant « les journeaux, les lettres et autres titres qui ont échappé au « désastre dont l'abbaye a été la victime au temps des déportements « de ceux de la nouvelle opinion. »

Un accident, qui se renouvela plusieurs fois dans le cours des siècles suivants, vint mettre le comble à tous ces désastres. En 1565 le tonnerre tomba sur le clocher, y mit le feu et celui-ci, en s'abîmant, communiqua l'incendie à la nef qui fut totalement brûlée.

On s'empressa donc de réparer l'église, de reconstruire la tour, on plaça des autels neufs, on consolida les autres et Monseigneur d'Humières, évêque de Bayeux,' vint les bénir l'année suivante. Il demeura huit jours entiers à l'abbaye qui se trouva encore une fois réparée.

Le dix-septième siècle devait être plus calme. L'abbaye fut en effet possédée par plusieurs abbés qui prirent à cœur de réparer et d'entretenir les bâtiments ; mais il leur fallait lutter contre les entreprises des religieux dont l'esprit, suivant l'habitude trop répandue de l'époque, n'étaient plus à la hauteur de leur mission. Non contents d'exiger de nouvelles modifications à la règle qui leur semblait de plus en plus difficile à suivre, ils en étaient arrivés à diminuer autant que possible leur nombre afin d'augmenter leurs revenus personnels. D'un autre côté, les curés des paroisses voulaient se soustraire à toute obligation et s'affranchir de la dépendance de l'abbaye comme ils l'étaient de celle de l'évêque. Aussi ne voit-on à cette époque que procès, factums, enquêtes, monitoires, où trop souvent de part et d'autre les injures, les insinuations malveillan-

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tes remplacent absolument les raisonnements justes et les titres probants.

En l'année 1660, des démarches étaient faites pour introduire à Cerisy la congrégation de Saint-Maur et y rétablir la règle primitive depuis longtemps tombée en désuétude. Mais cette première tentative échoua devant le mauvais vouloir des religieux. Ceux-ci, ayant cependant compris qu'ils obtiendraient de la sorte une pension plus considérable et surtout exempte de toute charge, unirent leurs efforts à ceux du nouvel abbé, et le 24 mars 1706, un traité intervint entre Monseigneur de Vendôme, les religieux et la congrégation de Saint-Maur. Tout y était d'ailleurs réglé de la manière la plus avantageuse aux anciens possesseurs. Les biens devaient être partagés en trois lots dont deux étaient réservés à l'abbé. Celui-ci devait recevoir une pension de 10,000 '. Les neuf religieux qui composaient alors le chapitre de Cerisy, « Messieurs les Anciens » comme les appelle le traité, devaient avoir chacun 700' et leur chauffage. Ils conservaient en outre leur logement et leur jardin particuliers.

Il ne manquait plus pour la validation de ce traité que la sanction royale : toutes les démarches préparatoires avaient été accomplies, le but paraissait atteint, quand un fait imprévu autant qu'étranger à la cause fit échouer encore une fois l'entreprise. Au mois de juillet 1706, de jeunes religieux qui étudiaient la théologie à Saint- Etienne de Caen soutinrent une thèse à laquelle leur professeur crut pouvoir inviter l'Université, alors en lutte avec Monseigneur de Nesmond, évèque de Bayeux, pour des questions de prééminence. Celui-ci avait, paraît-il, manifesté à plusieurs reprises son regret de n'y pouvoir assister ; aussi, l'Université, son recteur en tète, s'empressa-t-elle de s'y rendre. Mais l'évêque, mis sans doute au courant de ce qui allait se passer, trompa la vigilance des moines, fit tout à coup son entrée dans la salle et se dirigea vers la première place qu'occupait le recteur. Celui-ci refusa de la céder, s'emporta et ne trouvant pas d'autre moyen de sortir d'une situation qui ne pouvait se prolonger s'écria : finitur Ihesis ! Le maître descendit de sa chaire au milieu d'un tumulte indescriptible au moment même où l'évêque lui ordonnait d'y remonter ; ce que voyant, Monseigneur de Nés-

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mond se retira furieux de l'insulte qu'il venait de recevoir et faisant tomber sa colère sur la congrégation tout entière, il se plaignit aux évoques de France et surtout au roi. Aussi lorsqu'à quelques jours de là, le Conseil émit un avis favorable au traité de Cerisy, Louis XIV refusa sa signature « par cette seule raison. »

L'abbé de Vendôme, qui avait lui-même encouru la disgrâce du roi, fut banni du royaume et ses biens mis en économat. Aussitôt les moines de Cerisy, voyant d'une part l'introduction manquée et de l'autre leur abbé absent, se considérèrent comme les seuls maîtres de l'abbaye. Ils s'empressèrent de faire abattre le réfectoire qui était fort beau et avec les matériaux firent construire, aux frais de leur abbé, des appartements où ils s'installèrent à leur gré. Le dortoir de la communauté, qui occupait presque tout le premier étage du côté des jardins, fut divisé en seize pièces qui formèrent les logements du prieur et d'un autre religieux. Partout on fit faire des cheminées à la mode, en carreau de Caen. Plus de quinze mille livres furent ainsi employées sans nécessité ni contrôle.

Malgré ou plutôt à cause même de tous ces ennuis, l'abbé commendataire, Monseigneur de Vendôme, n'avait pas renoncé à son projet. Aussitôt après la mort du roi<, à peine revenu de l'exil dont l'avait rappelé le duc d'Orléans « son ami,» il s'entendit avec les « anciens » de Cerisy pour faire accepter le concordat de 1706 par les deux nouveaux religieux, et, cela fait, en signa un nouveau avec la congrégation de Saint-Maur. Les clauses demeurèrent à peu près les mêmes, mais sa pension fut portée à 15,500'. Au mois de mai 1716, Louis XV signa les lettres patentes, qui furent enregistrées au Grand-Conseil le 17 juin et ensuite au parlement de Rouen.

Rien ne peut donner une idée des difficultés de toute nature que le nouveau prieur, DomLe Court, .et ses quatre religieux éprouvèrent à leur entrée. Ils ne trouvèrent absolument que les murs des bâtiments claustraux ; tous les meubles avaient été utilisés par les « anciens.» La prise de possession se fit en grande pompe le 29 août 1716 au milieu d'un immense concours de curieux. Le premier soin des nouveaux moines fut de supprimer les anciens abus et de rétablir la règle dans toute sa rigueur. Aussi eurent-ils à lutter contre les ré-

clamations et prétentions des curés des paroisses dépendantes de l'abbaye, dont plusieurs, après de longs procès, se virent condamnés à l'amende.

Tout d'abord la situation fut fort précaire ; les charges excédaient les revenus et pour pouvoir vivre, la diète générale de la congrégation dut imposer un certain nombre d'autres abbayes qui servirent pendant quelques années une certaine pension. Peu à peu, les ressources s'accrurent par l'économie et la bonne administration des biens. Mais alors, trouvant incommodes ces vieilles cours carrées et entourées de bâtiments voûtés et gothiques qui menaçaient ruine, les religieux commencèrent par construire pour l'abbé un manoir élégant et plus commode, afin de pouvoir démolir l'ancien tout enclavé dans leurs dépendances. Le devis s'éleva à 15,000' et le nouveau bâtiment fut inauguré en novembre 1747. Cela fait, ils rasèrent l'abbaye elle-même et à sa place élevèrent en 1770 une solide construction qui n'avait pas moins de 140 pieds de longueur. On y greffa tout d'abord un autre corps de logis formant T et faisant face à une grille d'entrée fermant la grande cour ; puis on plaça à la suite du bâtiment principal des cuisines et dépendances n'ayant qu'un étage.

Mais ces travaux gigantesques, destinés à loger au plus neuf moines, avaient été autorisés à Paris par le Conseil supérieur à la condition expresse de ne pas engager l'avenir. Néanmoins la communauté se trouva obérée de près de 80,000 l de dettes. 11 fallut vendre des coupes de bois, aliéner quelques propriétés pour payer ces sommes énormes. En 1789 il était encore dû près de 14,000 livres.

Le 26juin 1727, le Pape avait nommé à l'abbaye de Gerisy Paul d'Albert de Luynes, qui, deux ans après, obtint l'évêché de Bayeux et fut en 1753 archevêque de Sens et primat des Gaules. Lorsqu'il mourut le 22 janvier 1788, il y avait plus de soixante ans qu'il était abbé de Cerisy. L'abbaye fut aussitôt mise en régale par arrêt du conseil du 2 mars suivant. Elle y était encore quand éclata la Révolution de 1789. La communauté de Cerisy se composait alors de sept moines, qui durent se séparer et quitter l'abbaye lorsque les ordres religieux furent abolis par décret de la Convention. D'ailleurs les biens furent vendus nationalement. L'église demeura tout entière à la

commune et devint en 1803 la paroisse de Cerisy. Les autres propriétés furent acquises par des particuliers ou furent réclamées par l'état comme les forets, par les communes comme les églises et les presbytères. Quant à l'abbatiale, elle fut adjugée pour 60,000' avec 71 hectares de terres à M. Le Guelinel des Ecaliers qui, en 1809, la vendit le même prix au général Songis, premier inspecteur général de l'artillerie, grand-aigle de la Légion d'Honneur et comte de l'Empire. Celui-ci la céda pour 120,000 fr. à M. le baron Dunoyer de Noirmont, auditeur du Conseil d'État. Ce dernier passa marché en 1812 avec un nommé Delachaussée pour la démolition des grands bâtiments, qui furent rasés sans laisser d'autre trace qu'un pilier adossé à la chapelle Sainte-Anne. Son fils vendit en 1864 Cerisy à M. Léon Denize pour la somme de 260,000 fr. En 1821 le revenu était de 4,500 fr. ; il est vrai que le sol était en friche et dans l'état le plus déplorable. Actuellement un grand herbage remplace les bâtiments ainsi que les jardins des moines et les revenus s'élèvent à 12,000 fr.

On trouve aux archives de la Manche un certain nombre de pièces concernant Cerisy, au moment de la Révolution. En voici les principales :

Manche. H. 1401. — Le 6 mai 1790, les officiers municipaux de la commune de Cerisy procèdent à l'inventaire général en présence de D. Julien-César-Adrien Ozouf, prieur, âgé de 37 ans, de D. Louis-Jacques Le Gérais, sous-prieur, 34 ans, de D. François-Daniel Le Peinteur, 53 ans, de D. Etienne-Joseph Le Fournier, 45 ans ; de D. Etienne-Joseph Muller, sacristain, 53 ans ; de D. Augustin Moronval, procureur, 31 ans ; de D. Dominique-VincentWallart. « Dans la salle en entrant dans la ditte abbaie, où sont situés par- « tie de leurs papiers et le bureau du procureur on trouva une « somme de 149'. Les religieux déclarèrent « que tous leurs re- « venus s'élevaient à la somme de 18,549' et en plus les dîmes « des bois de Lyons, Cerisy et Valognes évalués à 8,661 l, et « trois prairies évaluées année moyenne à 1,000'. » Le total de la part des religieux montait donc à 28,210 ' ; par suite de nouveaux baux, elle devait s'augmenter de 1,960 '. Les charges s'élevaient à 6,917' comprenant la mense abbatiale ou économat 379'; ren-

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tes diverses aux Bénédictines du Saint-Sacrement de Caen, 80 '; à l'hôpital Saint-Louis, 250 ' ; à la Visitation, 450 • ; à l'hôpital de Falaise, 2,000*; aux Augustins de Montmorillon en Poitou, 750 '; à la fabrique de Louvigny, pour les pauvres, 2571; au curé de Montfîquet, pour la desserte de la forêt de Cerisy, 6Q '; à divers 2,683!.

Manche. H. 1928. — Lettre du prieur Ozouf aux administrateurs du département de la Manche pour leur représenter que « quelques-uns de « ses confrères se voyant forcés par les décrets de l'Assemblée « nationale de quitter leur maison dans le mois de janvier pro- « chain, lui ont déclaré que leur intention est de se séparer tout « présentement. » Il les prie donc de nommer des commissaires pour recevoir les comptes de la maison et constater la situation financière. Cinq jours après, le Directoire nommait à cet effet MM. Havin et Beaufils.

Manche. H. 1927. — Le 1er décembre 1790, le prieur, D. Le Gérais, Le Peinteur, Muller, Moronval et Vallart déclarèrent se conformer aux décrets de l'assemblée nationale qui permettent aux religieux de se retirer où bon leur semble et leur ordonnent d'indiquer' le lieu de leur résidence.

Manche. H. 1402. Le 22 décembre 1791 M. Beaufils, membre du Directoire du district de Saint-Lô, accompagné des officiers municipaux de Cerisy procéda à la rédaction d'un inventaire général qui ne comprend pas moins de 1,601 articles et ne fut clos que le 15 février 1792. « Tous les titres, chartes et papiers qui se trouvaient « dans le chartrier commun aux deux menses, situé dans l'aile « droite de l'église abbatiale, furent enfermés dans un tonneau, « dans deux futailles et dans deux paniers mannequins pour estre « le tout transporté aux archives du district de Saint-Lô. » On sait qu'une faible partie de ces papiers fut brûlée le samedi 10 août 1793 ; quelques-uns, parmi lesquels le cartulaire original et la traduction française du XVIIe siècle, furent néanmoins sauvés; mais le premier disparut vers 1812 sans qu'on ait pu savoir ce qu'il était devenu.

Dom Ozouf, prieur, embrassa avec zèle le parti de la Révolution : il prêta son église pour la fête de la fédération le 14 juillet 1790, célébra la messe sur un autel dédié à la Liberté et élevé au milieu

du transept. Ce fut lui qui prononça le discours patriotique et bénit le drapeau tricolore, puis après il prêta publiquement le serment avec M. de Bruny, sieur de la Boulaye, colonel de la garde nationale et invita l'assemblée à en faire autant. Ensuite il quitta le monastère, se retira à Coutances, fut en 1792 nommé curé de Monthuchon, mais ne pouvant se faire pardonner son passé, il se retira de nouveau et mourut curé de Saint-Cyr au diocèse de Versailles.

Dom Muller suivit son exemple, quitta son abbaye et vint s'installer à Cerisy, comme aumônier de la garde nationale. Il célébra, au pied de la croix du bourg, la messe sur l'autel de la Liberté le 7 octobre 1792. Le 14 novembre suivant il était mort.

Dom Le Gérais fut nommé curé de Port, puisdeTournièresoùil mourut en 1840.

Dom Le Fournier « mauvais peintre, » né à Saint-Sauveur le Vicomte, disparut en 1801.

On ignore le sort des autres moines de l'abbaye.

L'abbaye de Cerisy portait pour armoiries celles des ducs de Normandie qui l'avaient fondée : de gueules à deux léopards d'or ; auxquelles on ajouta à la fin du XIVe et au XVe siècles une bordure fleurdelisée. Il ne saurait subsister aucun doute à cet égard quand on vera plus loin les sceaux de Simon du Bosc, de l'abbé Thomas, de l'officialité, etc. On les trouve d'ailleurs sculptées à l'une des clefs de voûte de la chapelle Saint-Gerbold où elles sont surmontées de la mitre abbatiale et fondues sur les chandeliers du maître-autel.

D'Hozier, dans Y Armoriai général de 1696, lui attribua un écusson d'office : d'argent au cerisier de sinople fruité d'or, armoiries parlantes qu'il ne manquait jamais de donner quand le nom se prêtait à ces sortes de jeux de mots. Canel, dans Y Armoriai des villes de Normandie, attribue à l'abbaye le signet particulier dont Pierre Sauget, vicaire général de l'abbé Habert, a contrescellé une présentation de 1626, coupé au 1er quatre épées la pointe en bas rangées en fasce ; au 2e, 3 étoiles posées 2 et 1. Les premiers sceaux de l'abbaye de Cerisy représentent Saint Vigor, évêque de Bayeux. Ce fut, en effet, au milieu du XIVe siècle que l'usage s'établit de placer sur

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les sceaux des monastères les armoiries de ceux qui en étaient considérés comme les fondateurs, en face de celles de leurs abbés. Les archives de la Manche renferment un sceau fort curieux, provenant de Savigny ; mais il a été malheureusement, comme tant d'autres, détaché delà charte où il était suspendu. Ce sceau, que l'on s'étonne de ne pas trouver reproduit dans l'inventaire des sceaux de la Normandie par M. Demay, est en cuvette et doit remonter au commencement du XIIe siècle. Au centre une tête d'évèque coiffée d'une mitre très basse, ornée d'un cordon de petites pierres carrées et se relevant en pointe de chaque côté. Cette tète est assez grande pour laisser voir tous les détails du visage encadré de longs cheveux et portant une barbe divisée en plusieurs mèches. Tout autour, dans l'épaisseur de la cuvette, ont lit cette légende en beaux caractères * CAPVT.SANCTI.YIGORIS.

On ne saurait dire aujourd'hui à qui appartint ce sceau, car il convient également à Saint- Vigor de Bayeux et à Saint-Yigor de Cerisy ; mais sa forme et sa disposition sont si rares que l'on a cru bon de le faire figurer ici en tête de ceux où l'on trouvera l'évèque terrassant le serpent de Volusien.

Le sceau le plus ancien de l'abbaye de Cerisy est appendu à une charte de 1220 relative à la nomination d'un abbé. Il se trouve aux Archives Nationales et a été décrit par M. Douet d'Arcq sous le N° 8,175.

Il est ogival et mesure 0m066 sur 0m047. Au centre, on voit Saint Vigor transperçant avec sa crosse le monstre qu'il tient attaché par son étole. Il a la tête ceinte d'une mitre richement décorée et entourée d'une auréole ; sous sa chasuble fort ample se voit une aube garnie. Il est à remarquer qu'il porte toute sa barbe comme sur le sceau précédemment décrit. Sa pose est pleine de mouvement ; mais le graveur a trop fortement accusé sous les plis des vêtements, les bras, le corps et les jambes. Le dragon ailé se termine comme un serpent. Tout autour on lit : * SIGILLUM.CAPITULI.STI- Y1GORIS.CERAS1I. Le contre-sceau est rond ; au centre se trouve

une sorte de fleur de lys grossièrement ornée. La légende porte : * SECRETUM.SIGILLI.

Ce sceau, qui peut être attribué à la fin du XIIe, dut servir pendant tout le siècle suivant, car en voici un autre qui fut gravé au commencement du XIVe. Le seul exemplaire connu a été plaqué sur papier à une nomination de curé en 162G, et fait partie de la collection de l'auteur. Malheureusement il manque de netteté, mais il est curieux par sa disposition et la richesse de son ornementation. Au centre, sous un dais à clochetons gothiques, on voit Saint Vigor, crosse et mitre, conduisant avec son étole un monstre à tête menaçante ; les pattes sont énormes et la queue se termine par une autre petite tête ; audessous et séparés par une bande, on voit en prière cinq moines espacés entr'eux de manière à figurer, sans doute, l'abbé, le prieur, puis la communauté.

Le triangle du bas est rempli par un oiseau essorant. Ce sceau

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ogival est excessivement allongé par rapport à sa largeur : il mesure 0m,080 sur 0m,045. La légende porte en beaux caractères ornés SIG(I)LL\M.CONVENTVS.SAN(C)TI.VIGORIS.CERASIENSIS. On trouvera plus loin les sceaux de « la Baillie » de Cerisy. Une lettre de D. du Pontavice, moine de Cerisy en 1751 , conservée aux archives de la Manche, H, 1511, est scellée d'un cachet de cire rouge. L'écu rond porte les deux léopards couronnés d'or de Normandie sur fond de gueules ; il est placé au centre d'un cartouche orné de treillis et de perles enfilées, servant de support à la crosse et à la mitre. Au milieu se trouve une sorte de trèfle.

En 1784, nouveau sceau presque semblable au précédent, mais avec des ornements plus fins. Il est plaqué sur une nomination de garde-chasse pour Litry, délivrée le 4 février 1784 par D. Didier, procureur. (Original appartenant à M. le curé de Cerisy. C'est par erreur que la gravure est réduite d'un cinquième).

Depuis que l'abbaye de Cerisy avait adopté la réforme èe Saint Maur, les visiteurs, qui tous les trois ans venaient remplir leurs fonctions, se servaient d'un cachet portant le monogramme si connu de PAX avec les trois clous dans une couronne d'épines et cette légende autour : SIC VISITA. PROV. NORMAN. CONG. S. MAVR qui se trouve aussi fondue sur les chandeliers du maître-autel. M. Talevast, commissaire priseur a Bayeux, possède une matrice où ce monogramme formant écusson est supporté par Saint Benoit et un moine tenant chacun une crosse ; au dessus une large couronne royale est accostée de la crosse et de la mitre. Ce cachet, très finement gravé, a dû appartenir à l'abbaye de Saint- Etienne de Caen qui, comme Cerisy, avait accepté la réforme de Saint Maur.

Parmi les droits, honneurs et prérogatives que l'abbaye de Cerisy reçut des ducs de Normandie ses fondateurs, le plus rare et le plus précieux est, sans contredit, celui qui l'exemptait « ab omni consue-

tudine ecclesiastica » pour la placer directement sous l'autorité du Saint Siège.

M. G. Dupont, membre de la Société des Antiquaires de Normandie, a publié (Tome XXX des Mémoires), le registre de l'officialité de Cerisy et dans l'exposé qui précède le texte latin, donne des explications et des renseignements qui trouveront ici leur place tout naturellement :

« Un très petit nombre de monastères en Normandie et même en « France possédaient en entier ce droit de justice qui en principe

« était exclusivement exercé par l'autorité épiscopale Les évê-

« ques, en effet, possédant la plénitude du sacerdoce, réglaient « seuls tout ce qui concernait l'administration de leurs diocèses, « direction du culte, discipline du clergé, visite des édifices reli- « gieux, surveillance des mœurs, répression des infractions à la « morale, etc.... Dès le XIe siècle, une partie de cette administra- « tion fut confiée à des délégués qui se distinguèrent plus tard en « grands vicaires et en officiaux, les premiers chargés de la « juridiction volontaire, les seconds de la juridiction conten- « tieuse...»

En principe, le clergé régulier, comme le séculier, était soumis à l'autorité épiscopale ; il dépendait de l'ordinaire. « Mais de « très bonne heure, on dérogea à cette règle. Quelques monastères « reçurent, soit des papes, soit des évêques, avec l'approbation des « rois, le privilège de se gouverner eux-mêmes et d'exercer sur « leurs religieux et sur les habitants des paroisses qui appartenaient « à la mense abbatiale ou conventuelle la double juridiction dont « nous venons de parler. Dans ce cas, le monastère était exempt de « l'ordinaire et la circonscription territoriale sur laquelle le privi- « lège s'étendait se nommait une exemption (emunitas) et ne « relevait que de la Cour romaine....»

Le duc Robert, et après lui Guillaume son fils, s'entendirent avec l'autorité épiscopale et obtinrent d'elle l'abandon de tous ses droits sur les diverses donations qu'ils se proposaient de faire à Cerisy.

« En vertu de ces titres, l'abbé de Cerisy avait donc, dans l'éten- « due de son exemption, les mêmes droits de surveillance, d'admi-

ÉVÈCIIÉ DE BAYEUX. 17

« nistration et de juridiction ecclésiastique que l'évêque de Bayeux « dans son diocèse ; seulement il les faisait exercer par un seul « délégué — C'était l'official qui cumulait les fonctions que se par- « tageaient, dans les officialités épiscopales, les grands vicaires et « les officiaux proprement dits.

« L'officialité constituait une cour présidée par l'official ; à côté « de lui il y avait un lieutenant ou vice-official qui le remplaçait en « cas d'empêchement, deux ou plusieurs assesseurs, un greffier ou « clerc-official tenant la plume, un promoteur qui remplissait à peu « près le rôle de ministère public, des appariteurs ou huissiers qui « délivraient les citations et enfin un clerc des prises. La cour « avait en outre ses avocats et les notaires qui étaient nommés par « l'abbé et qui lui prêtaient serment.

« Les sentences se rendaient en présence et avec le concours « d'assistants ou jurés dont le nombre variait... De plus l'officialité « avait des sceaux particuliers qui se renouvelaient de temps en « temps afin d'en rendre la contrefaçon ou l'usage frauduleux plus « difficiles. »

Ce privilège si précieux demeura longtemps incontesté. Un italien, Tévêque Zanon de Castiglione, voulut l'attaquer. L'abbé de Cerisy, Richard Sabine, dut en appeler au Pape et la cour de Rome, en 1456, lui donna gain de cause. Ce privilège s'étendait non seulement sur les paroisses elles-mêmes, mais aussi sur toutes les propriétés données avant 1061, si bien que l'official écrivait constamment aux curés des paroisses relevant de l'évêque de Bayeux pour les mettre en mesure d'exécuter les arrêts portés contre certains de leurs paroissiens qui habitaient des terres dépendant de l'exemption.

« Nous avons dit que l'official de l'abbaye avait une double attri- « bution ; chargé de la juridiction volontaire, il visitait les églises « des paroisses ; comme juge, il connaissait des causes criminelles ou « civiles qui étaient de sa compétence. Il avait une troisième préro- « gative : il donnait acte aux parties des déclarations qu'elles venaient « de passer devant la cour....

« La justice de l'abbaye de Cerisy était très jalouse de ses droits ;

« elle élevait facilement des conflits. On rencontre fréquemment

18 ABBAYE DE CEBISY.

« des condamnations à l'amende prononcées contre des justiciables « qui se sont permis de citer leur adversaire soit devant le bailli, « soit devant l'official de l'évêquede Bayeux; on en prononce même « contre des prêtres ou des clercs qui avoient donné à des plaideurs « le conseil de se soustraire à la juridiction légale. »

L'officialité de Cerisy ne fut pas toujours exercée avec le même soin. Les abbés commendataires laissèrent tomber en désuétude cette prérogative pourtant si rare. Aussi les évêques de Bayeux en profitèrent-ils pour supprimer par défaut d'exercice ces exemptions qui étaient si préjudiciables à leur autorité. Sous Monseigneur de Nesmond le nombre des paroisses relevant de l'officialité de Cerisy fut réduit a dix-sept.

« Le prieur claustral, dit le Livre de Cerisy, est vicaire-né de

« Monseigneur l'abbé et est en droit, de temps immémorial, de faire « la visite des églises, tenir les synodes et généralement exercer « toutes les fonctions de la juridiction spirituelle et l'officialité...»

Les Bénédictins de Saint-Maur tentèrent de remettre en vigueur les prérogatives surannées.

« D. du Buisson fit la visite des paroisses (1770) et tint le synode, « ce qui n'avait point été pratiqué depuis près de quarante ans. Il sem- « bla renouveller l'exemption ; il négligea cependant de mettre un « officiai, ce qui est essentiel pour affermir ce droit qui est mal « soutenu depuis longtemps. 11 confessa, ce qui fit beaucoup de « rumeur parmi les ecclésiastiques qui n'y étoientpas accoutumés... « Ils disoient nos absolutions nulles... les vicaires faisoient recom- « mencer les confessions de ceux qui avoient été absous par nous « et le curé m'a dit à moi-même que c'étoit son avis...»

En 1777 et 1778 nouveaux synodes tenus par le prieur de Cerisy. « 11 y avoit plusieurs années que cette cérémonie avait été interrom- « pue ; pour faire les choses plus en règle il a nommé en forme « pour promoteur le sieur Fleury curé de Crouai, pour greffier le « sieur Pitton, greffier de la haute justice. D. Evrard, procureur de « l'abbaye, a représenté l'official sous le titre de théologal en la « vaccance de l'official.»

Enfin, en 1782, Dom Yilleroy visita les prieurés de Vauville et de

Barnavast, ainsi que les églises des Deux-Jumeaux et de St-Laurentsur-Mer.... Voici les noms de quelques-uns des officiaux de Cerisy :

4314. Me Jacques Louvet, prêtre, curé de la grande portion de Colleville-sur-Orne, fut nommé officiai de Cerisy par l'abbé Thomas. On trouve, en tête du Regestrum curiœ offwialis Cerasiensis, ses lettres de nomination qui énumèrent les principales attributions de sa charge.

2. — Universis prœsentes litteras inspecturis, frater Th. divina permissione humilis abbas monasterii sancli Vigoris de Ceraseyo, ordinis sancti Benedicti, Baiocensis diocesis, salutem in domino. Noveritis qnod nos ditectum et fidelem nostrum magistrum Jacobwn dictum Louvet presbiterum, rectorem majoris porcionis ecclesiœ de Collevilla super Oulnam, de cujus circonspectione confidimus, nostrum facimus et constituimus officiaient, et omnem juridictionem nostram in spiritualibus ac universales cognitiones et decisiones causarum et negotiarum tam motarum quam movendarum in eadem juridictione nostra, necnon specialiter visitaciones, inquisitiones, correctiones et puniciones tam delinquentium quam delictorum perpetratorum et perpetrandorum, prœsentiumet futurorum, in quos et de quibus animadvertere possemus et deberemus tam de coyxsuetudine quam de jure ac omnia quœ circa prœmissa et eorum quolibet fuerint opportuna, eidem magistro Jacobo tenore prœsentium duximus committendas, donec eas ad nos duxerimus revocandas, commissionem prœdictam in qualibet sui parte a quibus cumque quibus a nobis facta fuerat ante omnia revocantes. In cujus rei testimonium sigillum nostrum, prœsentibus litteris est appensum. Actum et datum anno domini M0 CCC° XIIII0, die sabbati ante Penthecosten Domini.

1319. Lucas Pictou ou le Peintre était vice-official.

1320. André de Buron, officiai, avait pour lieutenans Laurent Camérier et Thomas Hamon.

1322. Guillaume Bitot.

1327-1333. André de Buron, de nouveau officiai.

1334. Me Jean Gouin, curé de Saint-Martin de la Basoque ; Robert Rossel, viee-official jusqu'en 1346.

1370. Louis de Monttréard ; lieutenant Raoul Maurice.

1380. Hugues de Momtréard, chevalier, exerça cette charge momentanément.

1393-1403. Me Mathieu Gueroult, prêtre et curé.

1456. Renaud Le Canu.

... 1666. Charles Jacques, vicaire perpétuel de Cerisy.

1696. Jacques Rogereau, premier curé de Cerisy.

... Depuis l'introduction de la réforme de Saint Maur dans l'abbaye, cette charge parait avoir été exercée par le prieur claustral qui était éligible tous les trois ans. On a déjà vu que D. du Buisson l'exerçait en 1770; D. Vancouq en 1778, et enfin D. Villeroy en

L'oflîcialité de Cerisy avait des sceaux particuliers qui furent renouvelés en 1314 ainsi qu'on l'apprend de ce passage du Regestrum :

N° 19. Anno domini M0 CCC° XIIII0 die martis post festumbeati Andreœ, publicavimus nova sigilla et alia suspendimus antiqua et etiam rupta et corrupta fuerunt per nos de prœcepto domini abbatis prœsentibus dominis Johanne Jugan subpriore ; Johanne de Surrehain, Roberto de Cardouvilla monachis et pluribus aliis et fuerunt mutata ex causa, de concilio majorum monasterii ..

Ces sceaux portaient ordinairement une crosse abbatiale tenue par une main : ceux de Cerisy n'ont pas été conservés, mais les Archives Nationales en fournissent plusieurs exemples. Le sceau de l'oflîcialité de Saint-Germain des Prés, en 1267, représente « un personnage debout bénissant de la main droite et tenant une crosse

de la gauche, N° 9,287 de l'inventaire général. » L'abbaye de Cerisy se prétendait aussi exempte du droit de visite ; mais l'abbé Richard Sabine fut obligé de reconnaître que ses prétentions étaient mal fondées et déjà, lors delà rédaction du Livre Pelut, vers 1356, Cerisy payait à l'évêque de Bayeux une somme de huit-vingts gros tournois « pour droit de visite.»

En l'année 1254, le pape Alexandre IV, de qui relevait directement l'abbaye, accorda aux abbés le droit de porter une crosse et une mitre. On voit en effet que, lors de la seconde visite de l'archevêque de Rouen, en 1256, les moines devaient « pro mitra M et XX libras turonenses...»

Dans une annotation qui accompagne le texte, M. Th. Bonnin ajoute : « Le Pape avait le droit d'honorer de cette marque distinctive « les abbés qu'il en jugeait dignes. Celui de Cerisy paraît avoir été « de ce nombre quoique les auteurs du Gallia Christiana n'en disent « rien. Au surplus l'énormité de la dépense occasionnée par cette « faveur peut s'expliquer par l'incrustation de pierres précieuses « ordinairement ajoutées à cet ornement sacerdotal.»

La somme est en effet énorme puisqu'elle représente la moitié du revenu total de l'abbaye. Aussi ne faudrait-il pas croire à une faute d'écriture, à une lettre mise l'une pour l'autre, un C par exemple au lieu de l'#? Car on voit qu'à la visite suivante, en 1267, l'archevêque ne mentionne plus cette dette et comment en si peu de temps l'abbaye, avec un revenu de 2,000 liv., aurait-elle pu se libérer d'une somme aussi considérable ?

La mitre se trouve également reproduite sur le sceau de la haute justice de Cerisy au XIVe siècle et à l'une des clefs-de-voûte de la chapelle de Saint-Gerbold qui ne saurait être postérieure à cette époque.

L'abbaye de Cerisy avait aussi droit de haute, basse et moyenne justice pour « la baillie » de Cerisy, pour la baronnie de Marcay située au diocèse de Sées, pour celle de Littry, pour le fief de Cremelles près Bayeux, autrement appelé de la Perrine...

La haute justice de Cerisy s'étendait dans les paroisses de Cerisy, Littry, Hiéville, Brucheville et Saint-Marcouf. Elle avait sa prison

voûtée près la grande porte du monastère, sous la chapelle Saint- Gerbold. Elle se composait d'un vicomte qui plus tard s'appela bailli vicomtal, d'un sénéchal, d'un procureur et d'un greffier garde-scel.

En 1458. Nicolas Sabine était lieutenant général du vicomte.

1459-1469. Noël Potier, lieutenant général du sénéchal.

1478. Nicolas des Maires, écuyer, d'abord lieutenant général du bailli, puis bailli en 1485.

1480-1492. Noël Potier, écuyer, vicomte.

1510. Julien Sabine, écuyer, lieutenant général du vicomte.

1524. Michel Avaine, lieutenant général du vicomte.

1524. Jean de Percy, lui succède et devient vicomte en 1527-

1533-1535. Jean Le Vallois, vicomte.

1536. Jean Coquet, écuyer, lieutenant général du bailli.

1538. Jean Le Vallois, bachelier en droit, vicomte.

1543. Roulland Potier, écuyer, vicomte.

1544-1553. Marin de Percy, vicomte. Alain Heuzé, écuyer, lieutenant général.

1553-1566. François Potier, écuyer. En 1553, son lieutenant était Roulland Potier. En 1557-1561, Julien Sabine.

1566. Antoine de Saon, bailli garde delà haute justice.

1578. Guillaume Helyes, écuyer, bailli.

1581-1586. Pierre Helyes, écuyer, bailli.

1599. Guillaume Helyes, écuyer, licencié ès-lois.

ÉVÈCIIÉ DE BAYEUX. 23

1603-1604. Adrien de Sallen, lieutenant général. 1605, Me Helliot, lieutenant général. 1624-1025, Guillaume Helyes, bailli.

1625-1630. Pierre Mutant, sieur de la Chapelle, bailli.

1635-1642. Guillaume Helyes, écuyer, sieur de la Fosse.

1642-1672. Thomas de Sallen, écuyer sieur de la Clergerie, lieutenant du bailli. 1668, Roulland Potier.

1684. Olivier de Baudre, écuyer, licencié ès-lois, bailli.

1704. Jean de Baudre, écuyer, bailli vicomtal.

1714. Pierre Helyes, écuyer, bailli. 1725-1741, Jean de Baudre, écuyer, bailli.

1735. Louis-Olivier-lIervê de Baudre, écuyer, sieur de Bavent, lieutenant du bailli,

1 743-1 764 prenait les qualités de licencié ès-lois, bailli

vicomtal civil et criminel et juge de police.

1771. Jean Tanqueray, licencié ès-lois, avocat à Bayeux.

1772. Charles Houel, postulant au bailliage de Cerisy.

Parmi les Sénéchaux, on trouve :

1329. Martin Bernard, sénéchal.

1341. Thomas de Montfréard, lieutenant du sénéchal.

1406. iV. Le Caretier.

1451-1457. Noël Potier, lieutenant général d'Alain Maillart, sous-sénéchal.

24 ABBAYE DE CEBISY.

16... N. Bertrand, sieur de Bapeaume; il scelle un acte de son cachet en cire rouge, un écu à la fasce accompagnée de 3 roses, surmonté d'un casque orné de ses lambrequins.

j^v 1609-1679. Michel Suhabd, écuyer, sieur de Loucelles. En qualité de sénéchal de Cerisy il scella une sentence de 1679. Son cachet octogone porte les armoiries de sa famille : une croix fleurdelysée.

1738o Etienne-Louis du Pusset, avocat au parlement de Rouen, licencié ès-lois, procureur fiscal et sénéchal.

Voici les noms de quelques procureurs fiscaux de Cerisy :

1538. Richard Potieh, écuyer.

4608. Jean de Baudke, écuyer, puis Olivier Potier, licencié èslois, avocat à Bayeux.

1708. Louis-François d'Estbechy.

1709. François de la Vieille, avocat au Grand-Conseil. 4738. E. -Louis du Pusset.

Enfin parmi les gardes du scel, on remarque :

1339-4344. Frère Guillaume du Guernay.

4383. Raoul Morice, prieur et garde du scel de la baillie.

4534. Jean et Nicolas Sabine, greffiers. Jean Lenglois.

4682. Etienne Rogereau, prend bail du greffe et garde-scel de la haute justice de Cerisy.

1704. Charles Rogereau se désiste en faveur de François Ruault.

1707. Antoine Boutreuil, greffier.

4743. Jacques Marchand.

1745. Bail du sceau du bailliage à Gilles Paris, notaire à Cerisy, par 51 de rente annuelle.

1753-76. Jean-Israël Hubert, lui succède.

1781. Pierre Gault.

Les Archives de la Manche conservent, H. 1411, un registre intitulé : Livre de la Baillie ou du gardes-notes de la haulte justice. (1326 à 1338).

En 1665, le procureur général du parlement de Rouen prescrivait qu'il lui fût remis copie des titres relatifs aux hautes justices et en 1704 on trouve le rôle des sommes imposées sur les officiers de la haute justice de Cerisy.

On connaît plusieurs sceaux de la Baillie

de Cerisy. Le plus ancien peut remonter au

milieu du XIVe siècle. Il servait encore en 1418.

On lui adjoignait alors un petit contre-sceau

plus moderne. Ce sceau, fort bien -gravé, est

orné au centre d'un écu à 2 lions léopardés avec

une bordure chargée de 8 fleurs de lys ; une

crosse abbatiale broche sur le tout ; de chaque

côté on voit deux palmes et au-dessus une mitre

remplace la croix de la légende où on ne lit

plus que quelques lettres du mot baïLLWlE.

Le contre-sceau porte les mêmes armoiries surmontées d'une

crosse. On lit sur la légende, en petits caractères gothiques : sr(el) ht

lo (baillie) be Ctrfei. On le trouve sur des actes de 1429, 1436, 1438, etc.

Enfin, au XVIIe siècle, on se servait d'un sceau grossièrement gravé où ne paraissent plus que deux lions léopardés avec la crosse et la mitre. Tout autour on lit : POVR. LA. BAILLIE.

Le bailli logea d'abord à l'abbaye. Au XVIIIe siè-

cle, il occupait une maison située sur la route de Bayeux à Cerisy, à l'extrémité cle l'herbage marqué V sur le plan général. C'est actuellement le presbytère.

Les « resseants cle Cerisy » payaient chaque année 2 sous 6 deniers la droiture du guet dû à l'abbaye ; mais ils étaient exempts d'aller « faire guet et garde à leur tour au chàtel de Bayeux. » Ce droit, sans cesse contesté, fut constamment reconnu aux religieux. Dès 1428 Henri VI, roi de France et d'4ngleterre, voulait contraindre les gens cle Maisy, Àlestanville, Longueville, la Cambe, Colombières, Bricqueville, Ecrameville, Cerisy et Litry à se rendre à Bayeux. Ceux de Saint-Marcouf furent en 1445, par sentence de Jean Le Marchant, lieutenant général du vice-amiral cle la mer, déclarés exempts tant cle « guet, passage, coutume que de tout autre chose. » Les enquêtes succédaient aux enquêtes. Le 20 mars 1450 Charles YII adressait de Tours un mandement aux baillis cle Rouen, Caen, Caux, Cotentin et Gisors, disant que « s'il leur appert que l'abbaye soit de « fondation royale et que ses hommes n'aient été sujets à faire les « guets et garde... ils les tiennent francs, quittes et exempts. » Plus tard les religieux de Cerisy durent obtenir cle Louis XI la même reconnaissance pour les « resseants de la haute justice de Marsay » que l'on voulait obliger au guet du château cle Falaise.

En 1686, l'abbé cle Vendôme écrivait encore à M. cle Matignon afin de réclamer l'exemption pour le guet et la garde cle la côte, ce qui fut accordé à Cherbourg le 29 octobre 1688.

L'abbé de Cerisy fut maintenu en 1601, par sentence du parlement de Rouen, clans ses droits sur les marchés qui se tenaient le mercredi et le samedi de chaque semaine et sur les foires des jours de Toussaint et de Sainte-Cécile. Ces foires, dont la tenue avait été négligée, furent fixées par lettres patentes de 1642 au mercredi de la Quasimodo, au 1er mercredi après la Saint-Jean ; une troisième fut fondée le mercredi après la Notre-Dame de septembre.

L'abbaye avait aussi droit de chasse dans ses fiefs. Voici l'extrait d'une charte fort curieuse qui renseigne sur la manière dont ce droit était exercé au XIIIe siècle :

Archives de la Manche : H. 1404. P. 479. — A tous fidèles chrestiens qui ces présentes lettres verront, Guillaume des Hommets, connestable de Normandie salut en Nostre Seigneur. Vous scaurez que je aultrefois chassé dans les bois de l'abbé de Cerisy et que je là faict faire une baye pour prendre des bestes non par coustume ny pour aucun droict à moy ou à mes héritiers, mais par la permission et volonté de l'abbé, et pour conserver la dignité de la maison de Cerisy toutesfois l'abbé Nicollas de sa grâce, bonne volonté et amitié particulière qu'il me portoit me a ce accordé à ma personne seulement, ma vie*durante, que, de sa permission, je peusses chasser ausd. bois ou faire des bayes parceque le dict abbé aura la troisième partie de toute la venaison qui y sera prise sans estre suject à aucuns frais, charges ny despenses. Et affin que à ceste occasion mes héritiers ou ceux qui m'assisteront et seront présents ausd. chasses ne puissent sur ce reclamer aucun droict ou coustume, je ce que dessus confirmé par le présent, scellé de mon sceau. Ce faict l'an de Nostre Seigneur mil deux cens trente trois au mois d'apvril.

Les religieux furent obligés de recourir à la justice contre ceux qui, en 1643, tiraient sur les pigeons de l'abbaye et dépeuplaient colombiers et volières, contre les chasseurs qui, en 1649, au moyen d'armes à feu et autres engins prohibés, détruisaient pigeons, perdrix, lièvres et autre gibier.

L'abbaye avait aussi, à Cerisy, un moulin banal, nommé le moulin de la Porte, et les boulangers du bourg étaient obligés d'aller y moudre leurs blés. Certains hommes étaient aussi tenus au charroi des meules de ce moulin.

Le cartulaire de Cerisy est perdu depuis 1812, comme on l'a vu plus haut. Il était connu sous le nom de Livre noir. Les archives de la Manche conservent une traduction de ce cartulaire, faite au XVIIe siècle, mais malheureusement elle est fort défectueuse ; les noms de personnes et de lieux y sont la plupart du temps défigurés, H. 1404. On y trouve en outre plus de 550 registres, liasses, etc., des diverses églises, chapelles, fiefs, moulins, etc., etc., dépendant de l'abbaye.

28 ABBAYE DE CEBISY

La Bibliothèque Nationale possède : « Le registre des contrats des « héritages de MM. de Cerisy, commençant à Pâques l'an mil qua- « tre cens soixante-quatorze, le 8e jour de may. » Fonds français, N° 5,970.

A la bibliothèque d'Alençon se trouve un gros volume des Aveux de la baronnie de Marsay, copie du XVIIIe siècle. N° 114.

On peut consulter encore :

Bibliothèque Nationale. Titres scellés de Gaignères. Abbayes, T. m et xv.

Bibliothèque de Caen. Manuscrits d'Hermant.

Galerie Mancel à Caen. Pouillé manuscrit de l'abbé Lamare.

Le Livre qui contient les choses notables qui se sont passées dans l'abbaye de Cerisy depuis sa fondation jusqu'à présent. Manuscrit du XVIIIe siècle appartenant à M. le curé de Tournières. Ce recueil, composé de notes d'un certain nombre de moines et de prieurs, fut sans doute apporté là par Dom Le Gérais, moine de Cerisy, qui fut curé de cette paroisse et y est mort en 1840.

Plans et Pièces originales appartenant à M. le curé de Cerisy, à M. Beaufils, à l'auteur, etc.

Parmi les imprimés :

Le Neustria Pia, p. 431.

Le Monasticon anglicanum, T. n, p. 959.

Le Gallia christiana, T. xi.

Annales bénédictines, T. iv, p. 496.

Cotman. — Architectural antiquities of Normandy. London 1882, p. 97.

Gally Knigth. — Voyage en Normandie en 1831, publié en 1836. traduction par M. de Caumont, p. 77.

Mémoires des Antiquaires de Normandie, T. n, p. 80, T. xi, xxx et passim.

Lambert et Maugendre. — Bayeux et ses environs.

Bulletin monumental, T. iv, p. 121, T. xxvi, p. 468, T. xxxvn,p. 190.

On aurait pu commencer la description de l'abbaye de Cerisy par celle de l'église à laquelle on accédait directement par le chemin, mais il semble préférable, à cause de l'importance de cet ancien mo-

ÉVÈCIIÉ DE BAYEUX. 29

miment, de visiter d'abord les autres bâtiments pour l'étudier ensuite avec tout le soin qu'il mérite.

On entrait à l'abbaye de Cerisy par un double porche voûté B *, faisant partie d'un corps de logis reconstruit presque entièrement au XIIIe siècle. Une double porte fermait les deux côtés et à l'intérieur des voûtes en pierre venaient s'appuyer sur de sveltes colonnettes aux chapiteaux bien sculptés.

Du côté du chemin, la salle du premier étage était éclairée par deux oculus de pierre avec billettes paraissant d'une époque plus ancienne et placés à une grande hauteur, sans doute dans la crainte des voleurs. Celui qui occupe la ¥ travée de la chapelle Saint- Gerbold a été refait au XIIIe siècle en forme de rosace à 6 pointes. A l'intérieur de la cour se voient deux fenêtres presque accolées, dont la partie ogivale est ornée d'une double arcature pleine et

(1) Les lettres B, etc., correspondent au plan général gravé en tête de ce travail.

AISIUYE DE CERISY,

surmontée d'un petit oculus. A droite de la porte était le logement du portier, à gauche on lui fit au XVe siècle une petite échoppe avec comptoir en pierre. Dans la vaste salle, au-dessus de la porte, se tenait la vicomte. On y accède actuellement par un escalier de quelques marches situé dans la chapelle Saint-Gerbold. Sous la tour <le l'escalier on entrait, par une porte à plein cintre, dans une salle

basse et voûtée ayant servi de prison à la haute justice de l'abbaye ; elle était éclairée par un petit jour au-dessus de la porte, mais l'œil le plus prévenu ne saurait y trouver la moindre trace de ces bassesfosses ou de ces oubliettes tant reprochées à la justice des siècles de barbarie. Au XVIIIe siècle, on fit une cave sous une partie de la chapelle.

Telle était, il y a un an à peine, l'entrée de Cerisy. Si elle n'avait ni l'importance ni le grandiose de celles de Sainte-Trinité et de

ÉVÈCIIÉ DE BAYEUX. 31

Saint-Vigor de Bayeux, du moins elle ne manquait ni d'élégance ni de caractère. Mais le propriétaire de la ferme, ennuyé des dégâts commis le long de sa propriété, l'a fait fortifier et disparaître derrière un mur d'une hauteur démesurée allant rejoindre le contrefort de l'addition. Et, comme malgré sa hauteur, l'arc ogival des deux portes persistait encore à se montrer, il n'a trouvé rien de mieux, pour le garantir de l'œil des curieux, que de plaquer au devant un pignon recouvert en zinc!! et décoré au centre d'un grand fromage en pierre1. On ne saurait rêver quelque chose de plus laid et en même temps de plus inutile.

Une barrière en bois plein, placée au bout de ce bâtiment dans l'emplacement d'une autre tombée en ruines, est actuellement la seule entrée de ce côté pour accéder à la ferme de l'abbaye. Si, à l'aide du cadastre et de divers documents conservés aux archives de la Manche, on peut aujourd'hui reconstituer l'abbaye telle qu'elle était en 1789, une pièce bien autrement intéressante permet de se rendre compte de ce qu'elle avait été du XIIIe au XVI0 siècles. C'est un plan original signé de Monseigneur de Luynes et qui fut fait sans doute au moment où l'ancien logis abbatial allait être rasé, afin de constater les propriétés particulières et aussi les droits communs de l'abbé et du couvent. 11 appartient à M. Beauhls, propriétaire à Bayeux, qui a bien voulu en autoriser la publication. On ne saurait trop le remercier d'avoir ainsi sauvé de l'oubli un document si précieux pour l'histoire ecclésiastique du pays et pour Cerisy en particulier.

Malheureusement les chiffres qui figurent sur ce plan correspondaient à une légende qui n'a pas été conservée et il en est un certain nombre dont l'attribution ne saurait être retrouvée exactement.

L'abbaye, reconstruite à la place même où l'avait bâtie le duc Robert, était adossée à l'église (1) du côté du midi. On communiquait directement de la chapelle Sainte-Anne (7) dans la sacristie par une porte et aussi par le cloître. A côté se trouvait le chapitre (21) : c'était

(1) Aussi le bon sens populaire a-t-il qualifié ces fortifications d'un nom aussi énergique qu'impossible à reproduire.

une vaste salle voûtée, éclairée par une immense fenêtre donnant sur les jardins. Il avait été reconstruit de 1474 à 1480 par l'abbé Laurent Le Clerc, qui l'avait orné de vitraux et y avait fait peindre à fresque les portraits de tous les religieux de Cerisy qui composaient alors la communauté. Puis venaient à la suite de l'escalier (22) des appartements voûtés, à deux nefs séparées par un rang de colonnes. Ceux-ci, dans l'origine, devaient servir de cuisine et de dépendances (23) et avaient été ensuite divisés par des murs ou cloisons. Au-

dessus, dans toute la longueur de ce bâtiment, régnait le dortoir des moines où l'on a vu les anciens se tailler des appartements avec cheminées en pierre à la mode.

De Là on entrait dans le réfectoire, parallèle à l'église (20), pièce énorme garnie de contre-forts de chaque côté, à laquelle on accédait

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aussi par une sorte d'escalier extérieur dans la cour intérieure des servitudes. C'était une belle construction et les bénédictins eux-mêmes, en parlant de sa démolition, ne peuvent s'empêcher d'écrire : « Il était fort beau. » Il reliait l'abbaye à l'abbatiale. Dans ce carré se trouvait le cloître qui, tombé en ruines, avait été refait en partie à la fin du XVe siècle par l'abbé Richard Sabine et achevé par son successeur.

Les dépendances de l'abbaye joignant celles de l'abbatiale se trouvaient en (15), (IG) et (17). Un gros mur de clôture séparait les jardins F des cultures voisines. Il aboutissait à une tour ronde, qui ne pouvait être un reste des anciennes fortifications, car sa porte s'ouvrait extérieurement.

On ne verra pas sans curiosité l'amoncellement de constructions de toute grandeur que les besoins successifs avaient agglomérées autour de l'abbaye où elles formaient des cours grandes et petites, des escaliers d'angle, des pignons saillants, etc.

Tous ces bâtiments furent détruits au XVIIIe siècle par les moines de la congrégation de Saint-Maur, quand ils songèrent à se payer le luxe d'une abbaye neuve. A la place ils élevèrent cette vaste construction, figurée dans le plan général en tête de ce travail. La façade, sur les jardins, était décorée de deux frontons et devait en avoir trois d'après le plan qui resta inachevé. Au lieu de l'ancien cloître, qui formait une cour carrée, on fit un large corridor régnant dans toute la longueur.

On entrait dans la nouvelle abbaye par une porte s'ouvrant sur une façade d'un style pur et élégant. Au-dessus se trouvait un fronton aux armoiries de l'abbaye. Le dessin de cette façade peut donner l'idée de ce qu'était la principale. A gauche de la porte se trouvaient le parloir et un escalier, à droite le logement du portier, le chartrier, le cabinet de la recette, au-dessus les chambres des hôtes ; puis, si l'on veut parcourir les différentes pièces du rez-de-chaussée du grand bâtiment, on trouvait successivement la sacristie, le chapitre, l'escalier, la salle de compagnie, la salle à manger, le réfectoire de l'infirmerie, la cuisine et ses dépendances, enfin le réfectoire des

moines ; au-dessus le dortoir.

Dans l'inventaire fait en 1790 on visita tontes ces pièces en détail. Voici le passage qui les concerne : « H. 1401. — Recette et chambre

« du procureur, rien. Dans la salle de compagnie, 7 tableaux et un « portrait de Monseigneur de Luynes, ancien abbé. Dans la salle à « manger, un beau buffet de sevice contenant 14 couverts d'argent « aux armes de l'abbaye et 4 cueillers à ragoût. » Puis venaient le dortoir, la chambre des hôtes, deux autres chambres, sept pour les religieux, les caves avec futailles pour trente tonneaux de cidre, deux chevaux, deux vaches, une voiture a quatre places bien conditionnée, etc., etc.

La cour des religieux D était séparée de la cour commune C et de celle de l'abbatiale M par des murs et une grille dorée et armoriée placée dans un rond point. On dit qu'elle est actuellement à l'entrée du haras de Saint-Lô. Comme on l'a déjà vu, les bâtiments de l'abbaye ont été démolis par l'ancien propriétaire et le sol est actuellement nivelé, si bien que l'on ne saurait soupçonner que là s'élevait un corps de logis de 160 pieds de longueur ! Les jardins F étaient fort beaux ; le potager était bordé du côté de

ÉVÈCHË DE BAVEUX. 35

l'étang K par une superbe promenade en tilleuls G où se faisaient quelquefois les cérémonies de la confirmation, quand l'église était trop petite pour la foule des paroisses voisines. Les trois quarts des jardins avaient été divisés, par des murs ou des haies vives, en neuf portions attribuées à chaque religieux qui louait également à l'abbaye quelques terres voisines cultivées à son compte.

Près de l'étang se trouvait un moulin dont les dépendances J étaient situées du même côté que l'église.

Le cimetière U avait d'abord été le long de l'église. Quand on reconstruisit l'abbaye, on le transporta en face de la porte d'entrée, près du moulin, et l'ancien, connu sous le nom de vieil enfer I, servit à la taille des matériaux et finalement devint un herbage.

Enfin les dépendances diverses de l'abbaye, les remises, écuries, 0, P, Q, R, T, existent encore en grande partie et servent à la ferme vendue nationalement. L'ancienne abbatiale faisait face à la communauté ; c'est du reste la disposition ordinaire des monastères de St-Benoît. Elle communiquait par une série de pièces reliées par des escaliers extérieurs avec la chapelle particulière de l'abbé (11), (12), (43). Les bénédictins de Saint-Maur, s'étant entendus avec Monseigneur de Luynes, lui construisirent dans la cour M un logis abbatial sur les plans de G. Moussard, frère de l'architecte bayeusain. Il avait un étage, un toit mansardé et sept fenêtres de façade. On y trouvait « une cuisine, un office, laverie, salle à manger, cabinet « de compagnie, un bel escalier accédant les chambres...» Dès lors ils purent démolir « de vieux bâtiments près de tomber en ruines « qui faisaient une partie de la clôture régulière des religieux dans « laquelle il y avait porte de communication, des appartements mal « distribués, caves, celliers voûtés, boulangerie, chambre où l'on « mettait les grains des dîmes, autres chambres non habitables, « pressoir commun avec les religieux, etc.» L'abbatiale fut également démolie quelque temps après l'abbaye. Il ne reste plus que la chapelle de l'abbé, connue aussi sous le nom de chapelle de N.-D. et de Saint-Gerbold, de dessus la porte. Un mur la séparait de la cour des religieux. De l'abbatiale, on y venait en traversant la cour commune. Cette chapelle existe encore en son entier. Elle est aban-

donnée et ne sert pins. Elle fut construite au XIIIe siècle. On peut voir, d'après le plan ci-joint, qu'elle se composait de quatre travées. Elle avait vingt pieds de large, cinquante de long et quarante

sous voûte. L'autel était placé au fond. Le chevet droit était primitivement éclairé par une grande fenêtre accostée de deux plus petites qui en occupaient presque toute la façade. Ces ouvertures furent bouchées quand on construisit une écurie et des greniers adossés à la tour de l'addition. Des colonnes séparant les trois fenêtres du chevet supportent les arêtes de la voûte : un banc de pierre règne tout autour, dans l'épaisseur de leur base. La chapelle est éclairée du côté du chemin par trois grandes fenêtres à meneaux et compartiments gothiques qui furent refaites par l'abbé Laurent Le Clerc et aussi par une rosace à six pointes dans la dernière travée où se trouve l'escalier intérieur. Du côté de la cour commune trois grandes fenêtres à meneau bifurqué ont conservé leur disposition primitive ; une crédence se trouve placée de ce côté près de l'autel. Les sculptures des chapiteaux sont fines et bien conservées. Les quatre clefs de voûte portent chacune un écusson. Le plus voisin de l'autel est aux armes de France : d'azur à 3 fleurs de lys d'or. On a peint entre les fleurs de lys trois petites hermines noires placées 1 et 2. Il a dû être refait à nouveau du temps de la reine Anne de Bretagne, femme du roi Louis XII. Le second est celui des ducs de Normandie de gueules à 2 léopards d'or ; au-dessus se trouve une mitre enrichie de pierreries. Le 3e doit être celui de l'abbé Charles de Bourbon, mort roi de France sous le nom de Charles X, de France au bâton écoté ; il est entouré du cordon de l'ordre de Saint Michel. Le 4e est fascé de six pièces à 16 tourteaux de l'un en Vautre. Ces armoiries, inconnues jusqu'ici, sont celles de la

EVECIIE DE BAYEUX.

famille du Hommet, qui donna à Cerisy le prieuré de Saint-Fromond, comme on le verra plus loin.

L'autel est aussi fort intéressant : la grande table, épaisse de 0,20c. repose sur cinq colonnes à pans coupés ; c'est celui que Laurent Le Clerc fit refaire. Le retable est encore peint à fresque. Malheureusement les personnages ont beaucoup souffert et l'on a de la peine à reconnaître les sujets. Au-dessus d'une frise décorée d'arabesques très déchiquetées sont représentés trois tableaux séparés par une arcature et occupant la largeur de la fenêtre principale. Au centre se voit une Annonciation : l'archange Gabriel apparaît à la Sainte Yierge agenouillée devant un pupitre de bois ; entre eux le lys est dans un vase ; tout autour s'enroule une banderole où sont écrites en caractères gothiques les paroles de l'ange et la réponse de Marie. A gauche on voit la Naissance de Marie, à droite l'Adoration des bergers.

Deux autres peintures sont placées de chaque côté de la colonne pour occuper toute la largeur de l'autel : A gauche, Laurent Le Clerc à genoux, les mains jointes, revêtu d'une robe rouge avec une sorte de chasuble jaune: au devant de lui, sur un prie-dieu avec une housse verte, un livre à fermoir est grand ouvert ; sur une banderole gracieusement enlacée se lisaient des invocations latines en l'honneur de la Vierge. A droite, sous une arcature h plein cintre, le même personnage est accompagné d'un saint évêque, de Saint Vigor probablement, mais cette partie a plus souffert encore

que les autres. Cet abbé avait enrichi de belles verrières toutes les fenêtres de sa chapelle, qui alors devait être vraiment magnifique. Des appartements de l'abbatiale on pouvait jadis entrer dans la chapelle par une petite porte placée à côté de l'autel. L'entrée principale était par un escalier extérieur en ruines conduisant à un vestibule dans la tour qui fait saillie *. Une porte, a arcade surbaissée surmontée d'une rosace richement sculptée, fait face à une fenêtre à meneau ; tout autour un banc de pierre se prolonge également. Le carrelage est encore composé de quelques briques émaillées dont voici les principaux motifs d'ornementation.

Archives de la Manche. H. 1556. — 1481. Vente de rente à la chapelle de Saint-Gerbold.

H. 1436. — 1566-1672. Titres de rentes concernant la chapelle Notre-Dame et Saint-Gerbold de dessus la porte. Guillaume Anquetîl, prieur claustral et chapelain 1556 ; Pierre Sauget, sous-prieur et chapelain 1619 ; Pierre Girard 1671 et 1672.

H. 1437-1440. — 1598-1756. Titres de rentes, etc., des chapelles Sainte-Suzanne et Saint Gerbold sur la porte.

L'église de l'abbaye de Gerisy existait en 1811 dans son ensemble telle que le duc Robert II la fit commencer, telle qu'elle fut achevée par Guillaume le Conquérant son fils, et pour la partie démolie à cette époque, les plans du XVIIIe siècle fournissent des renseignements sûrs, qui permettront de rectifier certaines erreurs mention-

(1) Cet escalier a, paraît-il, été récemment rétabli.

EVECIIE DE BAYEUX.

nées dans les ouvrages des auteurs contemporains. Si, à une époque plus ancienne, elle se trouva enfermée dans l'enceinte de l'abbaye, comme c'était l'usage et comme on le verra «à Longues par exemple, il n'en était plus de même dès le XVIIe siècle. La façade donnait

directement sur le chemin allant de la forêt de Cerisy au bourg de ce nom, en retrait de la porte d'entrée.

Construite de 1030 à 1060, elle peut être considérée comme le type le plus ancien de cette architecture solide et sévère des ducs normands, dont il existe encore actuellement un petit nombre de monuments. On les dirait d'ailleurs tous édifiés sur le même plan, et si l'on examine attentivement Lessay, Saint-Georges de Boscher-

40 ADBAYE DE CERISY.

ville, Saint-Etienne de Gaen et Cerisy, on sera frappé de la ressemblance et de la similitude des dispositions générales, tout en tenant compte des dimensions résultant de l'importance de ces quatre constructions. Grâce au plan de M. Beaufils, on peut examiner

l'église dans son ensemble. Elle forme une croix ; elle a trois nefs, la principale se terminant par une abside semi-circulaire, les deux autres par un mur droit se prolongeant jusqu'à la partie ronde du chœur. Le transept de chaque côté est saillant en dehors des trois nefs et forme une chapelle avec abside aussi semi-circulaire. Voici les dimensions exactes1 :

Longueur totale de l'édifice, 235 pieds comprenant le chœur 57 pieds, la nef actuelle 85, la nef abattue en 1812, 93.

Largeur totale, 114 pieds ; le chœur a 30 pieds, les trois nefs ensemble 65, la hauteur sous voûte du chœur est de 55 pieds, la nef au niveau de l'ancien plafond mesure 56 pieds.

M. de Gerville, qui visita Cerisy en 1819, l'architecte anglais Gally Knight qui y vint en 1831, ont déeritTun après l'autre l'église de l'abbaye. Voici quelques passages de ce dernier auteur : « L'église du couvent est encore debout, on « en a fait l'église paroissiale du lieu ; c'est un exemple fort inté- « ressant de l'architecture sévère mais grandiose des anciens Nor-

1. On voit que ces mesures, prises sur les plans d'architecte, s'écartent assez sensiblement de celles données par M. de Gerville (T. n des Mémoires des Antiquaires, p. 83"), Longueur totale 257 pieds, largeur de la croisée 120 pieds.

ÉVÈCHÉ DE BAYEUX. 41

« mands.... On y voit une nef avec des ailes latérales, des transepts, « un chancel semi-circulaire et une tour centrale ; les arcades de la « nef reposent sur des piliers et des demi-colonnes. Au-dessus d'el- « les se voit un triforium remarquable par sa profondeur. Les tran- « septs sont séparés de la nef comme à Saint-Etienne et à Saint- « Georges de Boscherville ; le chancel est resté tel qu'il était dans « son origine : des colonnes en décorent l'intérieur ; les fenêtres « sont flanquées de demi-colonnes1 »

Le chancel (I) est, en effet, demeuré avec les dispositions primitives ; il est éclairé par trois étages de cinq fenêtres en plein-cintre entre lesquelles, à l'intérieur, règne une galerie non apparente et ménagée dans l'épaisseur du mur. Elles sont ornées extérieurement d'un cordon avec billettes, et sont séparées par quatre contreforts plats et peu saillants, dont un seul subsiste à l'état primitif ; les autres furent, au XIIIe siècle et depuis, démesurément agrandis pour résister à la poussée de la voûte.

Jusqu'au XIIIe siècle le chœur, comme le reste de l'édifice, n'était pas voûté. Des arcades en pierres, formant plein-cintre, et décorées sans doute de moulures à zig-zags où à torsades, servaient à supporter des poutres transversales tellement rapprochées qu'elles se touchaient presque ; sur ces poutres reposait un toit plat, recouvert extérieurement de lames de plomb, et à l'intérieur un plafond en planches tenait lieu de voûte. Ce genre de toiture, dont il n'existe plus d'exemples en France, était, dit M. Parker, essentiellement normand. « On retrouve encore à Cerisy, sur les quatre faces de la « tour centrale, les arcatures dont les bases se continuent en ligne « horizontale à la hauteur des gouttières. Maintenant elles se trou- « vent coupées par le toit 2. »

Au XIIIe siècle le chœur subit une grande transformation ; le plafond primitif était ou trop vieux ou trop démodé. On voulait avoir une voûte en pierres ; pour cela il fallut démolir les arcades s'ap-

1. Relation du voyage en Normandie de M. Gally-Knighl, Londres, 1836, traduit par M. de Caumont, Caen 1838, in-8°, p. 77 et 78.

2. Parker. — Bulletin monumental, T. xxvi, p. 468 et An Introduction to the study of gothic architecture, p. 191.

puyant sur les grosses colonnes latérales et supprimer, de chaque côté de l'arcature où se trouvait la fenêtre du deuxième étage, celles qui les accompagnaient dans le plan primitif. Dès lors on put faire reposer sur les chapiteaux des colonnes les arêtes de la voûte nouvelle. Quelques fenêtres furent refaites en ogive avec la moulure à billettes; les autres, demeurées romanes, furent simplement ornées à l'intérieur d'un meneau bifurqué. Sur une large plate-bande terminant le chœur au-dessus de l'autel vint s'appuyer la clef de voûte centrale, en laquelle se réunissaient les onze arêtes formant le rayonnement de l'abside et produisant le plus riche effet. Plusieurs colonnes et piliers, s'arrêtant aussi à une certaine hauteur, sont terminés par des motifs bien sculptés, où se voient deux anges jouant de la viole et de la harpe; d'autres scènes plus petites sont également figurées en dessous. Extérieurement le gable central fut décoré d'un pignon à crochets avec grande fenêtre à trèfles en partie bouchée par l'abside. Il est flanqué de deux élégantes petites tourelles dont les toits en pierre sont percés de rosaces à jour.

On sait que, lors du pillage des protestants en 1562, l'autel principal fut détruit, les statues brisées. On le répara à la hâte et le nouveau fut bénit par Monseigneur d'Humières, évêque de Bayeux, en l'année 1566.

En 17141e gable du transept du côté du nord s'écroula et faillit emporter toute l'église : il fallut donc étayer le chœur et soutenir les arcades qui s'ouvraient. D'ailleurs à cette époque, l'église était dans l'état le plus lamentable. Lorsque les bénédictins de Saint-Maur en prirent possession en 1716, « presque toutes les croisées de l'église « étaient sans vitres et fermées de paillassons.» Le livre de Cerisy énumère avec complaisance les diverses réparations qu'ils firent. « En 1731 on pava en grand carreau de pierre dure la nef de l'église « et les deux collatéraux jusqu'aux autels des chapelles de la Sainte « Vierge et de Saint Nicolas.»

En 1738 on répara le chœur. « Le gable de la chapelle Saint-Jean, « étant tombé de vétusté, avoit par sa chute ébranlé la voûte du « chœur ; les ogives étoient en partie tombées, ce qui en restok « étoit arresté par des liens de fer, trois grandes pièces de bois

« traversoient la largeur du sanctuaire et étoient posées à la nais- « sance des voûtes pour arrester les murailles qui s'écartoient; les « pluyes par le défaut de couverture avoient rendu les murailles « et les voûtes toutes vertes : tout sembloit menacer ruine... l'ou- « vrage fut commencé en septembre 1738 et finit au mois de « décembre de la ditte année. On retira les ferrements, les pièces de « bois ; on refit à neuf les ogives qui étoient tombées, on rassura « celles qui subsistoient et on reblanchit tout le chœur, la voûte et « les quatre piliers de la tour...» Sur la clef de voûte centrale, on plaça la date 1738.

« Le sanctuaire du chœur n'étoit pavé que de carreau de brique, « presque partout rompu et brisé. On le fit paver de carreau de « pierre dure en 1743. Sous l'ancienne brique, à cinq ou six pieds « de la muraille, du côté de l'épître et proche du lieu où l'on place « la crédence, on trouva le tombeau d'un abbé, couvert d'une « tombe de pierre, autour de laquelle il y avoit une écriture gothi- « que qu'on n'a pu déchiffrer. Le tout a été recouvert et laissé dans « la même situation où il étoit auparavant. » Ce carreau de briques dont il est ici si dédaigneusement parlé n'était autre que les restes d'un carrelage émaillé analogue à celui des autres abbayes de la Basse-Normandie, et dont il existe encore quelques débris à Cerisy même. Il serait curieux de fouiller à l'endroit indiqué et d'exhumer ce tombeau qu'un examen plus approfondi permettrait sans doute d'attribuer à l'un des abbés de Saint-Vigor.

« En 1748, vers le mois de mai, on poussa le chœur des religieux « au delà de la croisée. La tombe de cuivre de Mre Habert a été « changée de place, elle étoit placée au bas du chœur proche la « grille de fer qui fut faite par Guillebert, serrurier de Bayeux.»

Il résulte de ce qui précède qu'autrefois les stalles devaient garnir le transept, car la partie du chœur où elles sont actuellement communiquait avec les chapelles latérales par deux portes qui furent bouchées. La feuille de cuivre qui recouvrait la tombe de Mre Habert n'existe plus, mais on voit, au milieu du chœur, une grande pierre d'ardoise qui recouvre les restes « du père des pauvres.»

Le 13 avril 1766, le tonnerre tomba sur le clocher, la toiture du

44 ABBAYE DE CEBISY.

chœur fut en partie brûlée et la voûte fut même ébranlée. « L'eau « du ciel faisoit un tort considérable aux murs... il n'était plus « possible de célébrer l'office divin...» Aussi l'église fut-elle momentanément abandonnée et « la chapelle Saint-Gerbold fut l'endroit « qu'on choisit pour chanter les louanges de Dieu et célébrer les « redoutables mystères de la religion...»

En 1770 « l'ancien autel est remplacé par un autel de pierre qu'on « a marbré ainsi que tout le sanctuaire. Cet autel nouveau est décoré « de six chandeliers et d'une croix de cuivre argenté.» C'est l'autel actuel, encore peint et marbré suivant le goût du temps. Les chandeliers de cuivre ont perdu leur couche d'argent. Ils sont beaux et de grande taille. Leur pied triangulaire est orné sur une face d'un écu aux armoiries de l'abbaye où, par erreur, le graveur a mis les léopards sur un champ d'azur; sur l'autre des cachets de dom du Buisson, prieur de Cerisy. Il était en même temps visiteur de la congrégation en Normandie et les avait fait faire. Le troisième côté porte deux têtes d'ange fort mal ciselées, et mises là on ne sait trop pourquoi.

« Le peuple entroit à l'église (de l'abbaye) par une petite porte « placée au collatéral nord ; on la boucha afin qu'elle ne pût servir « davantage à cet effet et on fit un cimetière qui fut entouré de « murs...» Cette porte était ornée d'un cintre à triple ziz-zag. Le « 30 décembre 1775 un tremblement de terre se fit sentir environ « sur les dix heures du matin. La secousse fut très violente. On « s'est aperçu depuis que des deux côtés du rond-point, le mur « avoit deux lézardes. Il est à présumer qu'elles tirent leur origine « de ce tremblement.»

Elles furent réparées en 1848 et cette nouvelle date fut placée sur la clef de voûte.

On trouve dans Cotman, Architectural antiquities of Normandy, London 1822, p. 97, une vue intérieure du chœur de Cerisy. Ce dessin, à peu près exact, ne reproduit pas le grand Christ qui est suspendu au-dessus de la grille d'entrée, et ne donne nullement idée des stalles qui forment retour dans l'épaisseur des gros piliers du transept. On voit dans les cinq fenêtres de l'étage inférieur destableaux peints par dom Fournier, « mauvais peintre, » qui complé-

ÉVÊCIIÉ DE BAYEUX. 45

tai nt la décoration de marbre de 1770. Ces grands sujets, où Saint Benoît en robe noire était reproduit trois fois, enlevaient au monument sa lumière et sa forme primitives. M. le curé de Cerisy les a fait disparaître en 1870 ; on peut d'ailleurs les voir dans la chapelle haute du transept du midi. Ils ont été remplaces par des vitraux aux couleurs riches et éclatantes. Le chœur renferme de chaque côté des stalles fort curieuses en bois sculpté. La crête à

jour du couronnement a disparu, mais la disposition primitive a pour le reste conservé toute son harmonie. A chaque extrémité se trouve une élégante jouée avec volute en bois sculpté.

Ces stalles, qui remontent aux premières années du XVe siècle, sont remarquables par la netteté de la sculpture aussi sobre dans les détails que variée dans les motifs d'ornementation.

Le premier rang, de chaque côté, en contient onze ; au second rang il y en a neuf.Deux passages ornés d'arcatureset garnis d'appuis formés par de gros choux sculptés donnent accès au premier rang. Les miséricordes sont très simples : deux feuillages adossés et très simples en font toute la décoration.

46 ABBAYE DE CEBISY.

A ne considérer que la sobre ornementation de ces stalles, on serait presque tenté de les attribuer au milieu du XIVe siècle. Mais on trouve aux archives de la Manche, H. 1858, la preuve qu'elles furent posées en 1400. « Les chaeres de l'église ont esté faictes, « mises pour le temps de ce présent compte telles comment cy « après sont desclerées premièrement : 11 est vray que les dictes « chaeres sont en nombre xli1, pour lesojuells ont esté payez pour « compte ix 1. tournois et valent en somme toute pour le premier « pris mcc lxix 1. t. de quoy furent payez en compte fenissant à la « S1 Michel nu cents (1400), xlv 1.

« Item en compte fenissant à la S1 Michel imcc ix (1409). vnxxxl. t.

« Item en cest présent compte pour la parpaie de la somme du pre- « mier pris vmxxxim 1. t.

« Item pour la croissance des piles et autres choses ordenées par « sus le premier pris xl 1.

« Item payé à Calleboys pour amener le bois pour le premier mar- « chié xmi 1. x s.

« Item audit Calleboys pour le segont marchié xx 1.

« Item payé au Champenalx pour boys dont len fist aez pour plan- « chié. xl s.

« Item payé pour les fiches des sceletes des dites chaeres. x 1. x s.

« Item pour vicc pointes de fer a coustre lesd. chaeres. x s.

Ces stalles sont le plus ancien ouvrage connu de cette corporation de huchetiers jadis établis dans la foret de Cerisy et dont les statuts sont conservés aux archives de la Manche. Elle existait encore aux XVIIe et XVIIIe siècles et l'on trouve fréquemment des crédences et des tables sorties de ses ateliers. Les sculpteurs d'armoires dites de Saint-Lô en ont été les derniers représentants.

Il existe aussi dans le chœur un lutrin en fer du XVe siècle, dont le débris retrouvés dans la chapelle Sainte-Anne ont été utilisés pour faire le pupitre de l'aigle. Le dessin ci-joint est de M. G. Bouet, qui, avec sa compétence accoutumée, l'a restitué en son entier.

1. Il en existe encore quarante. Celle de l'abbé était sans doute à part, mais elle. n'existe plus.

La petite frise ornée de quatre-feuilles percées à jour porte au centre YIGOR ; elle surmonte deux M gothiques d'un gracieux modèle. Le trépied, qui se ployait, était terminé par quatre pattes de lion comme le fauteuil conservé dans le trésor de la cathédrale de Bayeux ; mais cette partie n'existe plus.

Enfin il faut noter également un curieux pied de cierge pascal actuellement placé dans la chapelle Saint-Nicolas. Il a été arasé par la pointe pour y poser un lutrin et sert dans les offices solennels.

La colonne à six pans décorée d'arahesques de la Renaissance est terminée par un socle sur lequel viennent s'appuyer trois lions assis, d'un type que l'on croirait volontiers plus ancien. Aucune inscription, aucun écusson ne vient faire connaître le donateur de cet objet que Pon s'étonne de trouver encore en usage après tant de vicissitudes et de changements dans la mode.

En sortant du chœur, par deux degrés, on se trouve dans le transept, sous le clocher, dont la voûte très élevée reposait jadis sur quatre arcades à plein-cintre ornées de boudins et de torsades. A la fin du XVe siècle elles menaçaient sans doute ruine : on les consolida par quatre arcs à ogives placés beaucoup plus bas et ornés de nombreuses moulures prismatiques venant se perdre directement dans le massif des colonnes qu'on avait considérablement augmenté. Comme leur base avait été usée ou accidentée, il fallut plusieurs fois la refaire. En 1709 notamment on les « rempata » sur sept pieds de hauteur. L'abbé Laurent Le Clerc avait fait mettre ses armoiries à l'intersection des quatre arcs, où elles formaient pendentif. Elles furent brisées à la révolution et l'on peut encore en voir les arrachements.

Du côté de l'épître la chapelle (2) qui termine la basse-nef est dédiée à Saint Nicolas. Elle a toujours été voûtée. Au fond se trouve une fenêtre agrandie au XVe siècle et décorée de trois meneaux avec ornements flambloyants. On y a placé récemment un vitrail en l'honneur du Sacré-Cœur. Devant cette fenêtre se trouve un autel dont la pierre reposait sur un mur plein en maçonnerie. Le rétable a été refait vers 1020 aux frais de l'abbé Pierre Habert, dont il porte les armoiries sur le fronton central. Il est tout en pierre finement

sculptée. Au centre du retable on a peint un Saint Nicolas. Malheureusement on peut difficilement se rendre compte de la délicatesse des sculptures sous l'épaisse couche de peintures variées qui les recouvrent. Le fronton central, se trouvant faire saillie sur le vitrail, a été enlevé et scellé dans le mur à côté.

Cette chapelle a sa piscine du XIIIe siècle. Dans une fenêtre latérale se voit encore un petit fragment de vitrail rond aux armes de Pierre Habert. Là aussi fut enterré dom Adrien Le Forestier. Une petiteinscription sur pierre est encastrée dans le mur du côté du chœur.

ÉVÊCIIÉ DE BAYEUX 49

-j- CY DEVANT GIST LE -j- CORPS DE RELIGIEVSE -j- PERSONE DOMP ADRIA -j- LE FORESTIER EN SO -J- VIVANT PEVR DE CEAS.

Les deux ouvertures qui communiquaient jadis de la chapelle dans le chœur ont été bouchées ; l'une d'elles avait, dit-on, son tympan à ogive décoré de sculptures et de personnages.

Comme on l'a vu plus haut, le pavage de cette chapelle fut refait en 1731 jusqu'à l'autel. Dans le reste, ainsi que dans celle de la Vierge, existent encore quelques fragments du pavage ancien en briques émaillées du Molay. Voici les dessins qui ont pu être relevés et dont quelques uns diffèrent de ceux que l'on retrouvera à Longues et à Saint-Etienne de Caen.

En 1872 M. le curé de Cerisy, croyant apercevoir une colonne à

l'-anele'de la masse de l'autel, eut l'idée de faire démolir le dessous

qui ne tenait plus. Quelle ne fut pas sa surprise de trouver un autel du XVe siècle dont la table reposait sur un mur triangulaire et était supportée au centre et aux extrémités par trois colonnes à pans coupés! Il était en tout semblable à celui que M. de Caumont a figuré dans son ABC d'archéologie. A l'intérieur de la maçonnerie étaient placées pêle-mêle un grand nombre de têtes, de mains, etc., provenant des statues mutilées par les protestants en 1562 et que les moines avaient encore brisées pour ne conserver que les parties nues des corps. Ces fragments, dont quelques-uns remontent au XIIIe siècle, sont fort remarquables comme sculpture. Ils sont actuellement déposés dans l'ancien chartrier, au-dessus de la chapelle Sainte-Anne. On doit citer principalement une tête de Saint Vigor avec fragment d'inscription, celle du monstre, une tête de Christ fort belle et de grandeur naturelle, une tête avec couronne ducale, une de Sainte Catherine avec inscription, des têtes d'ange, le chapeau et la coquille de Saint Michel, etc., etc. Tous ces fragments portent encore les traces des peintures qui les décoraient. Enfin avec diverses planches de chêne provenant d'un placard, on a pu reconstituer une partie de l'ancien rétable de cet autel. Ces peintures, finement faites mais malheureusement incomplètes ou détériorées, sont des scènes, séparées par une élégante colonnette, de la vie de Saint Nicolas. Comme elles se rapprochent beaucoup des fresques de la chapelle de Saint-Gerbold, on peut les attribuer à la générosité de l'abbé Laurent Le Clerc qui avait fait réparer et fondé à nouveau diverses chapelles dans l'église. Elles sont actuellement placées le long du mur du chœur en face de la sacristie.

Archives de la Manche, H. 1431. — 1483. Dons de 14' de rente faite par Durant Abraham et Jeanne sa femme, de Bayeux, 6 J pour leurs obits et 8 l à l'usage d'une chapelle de Monsieur Saint Nicolas, confesseur, et de Monsieur Saint Christophe, martyr, en l'abbaye de Saint-Vigor, anciennement fondée de Saint Nicolas et nouvellement et présentement fondée par eux à raison d'une messe basse à être célébrée par le chapelain pour être associé eux et leurs parents « aux bienfaiz, messes, prières, oraisons, omones, . « jeûnes et abstinences qui dorénavant seront faictes en ladicte

« abbaye.» — Vente de 14 autres livres de rente à l'usage des obits et de la chapelle Saint-Nicolas et Saint-Christophe nouvellement fondée.

Le transept du côté du nord était dans l'origine terminé par un mur droit allant rejoindre celui de la basse-nef. Par derrière se trouvait une absidiole où, d'après le plan du XVIIIe siècle, on ne voit pas d'autel et à laquelle on accédait par la chapelle Saint-Nicolas. Elle a été détruite et remplacée par une sacristie voûtée (6) ayant la même grandeur que le transept et où les moines installèrent la paroisse. Plusieurs armoires portent la date à laquelle elles furent placées. La basse-nef est séparée par un mur avec deux arcades à plein-cintre reposant sur un pilier qui a été augmenté à plusieurs reprises. De cette façon le transept est partagé en deux étages par une voûte en pierre s'appuyant sur les colonnes primitives. Le gable nord s'effondra en 1714; il a été remplacé par une construction sans aucun caractère architectural. Six grandes fenêtres, placées deux par étage, l'éclairent. Toute cette partie d'ailleurs fut à cette époque remaniée et mutilée sans aucun scrupule. Actuellement encore, grâce à certaines influences, elle n'a pas de voûte et d'en bas l'on voit toute la charpente, ce qui rend l'entretien de l'église très difficile ; car les oiseaux peuvent pénétrer et les ardoises dérangées sur la couverture laissent la pluie tomber directement dans l'église. Que l'on n'aille pas dire que l'on a voulu conserver un type de l'ancienne couverture ! La première disparut de bonne heure et fut remplacée par plusieurs autres qui furent successivement brûlées. Il faudrait tout au moins, à défaut de voûtes imitant la pierre, un lambris de bois.

C'était autrefois la chapelle Saint-Jean (3) ; maintenant l'autel est dédié au Saint-Sacrement. Le seuil du sanctuaire est formé de pierres tombales apportées de la chapelle de l'Épine lorsqu'elle fut démolie. Elles sont du XVIIe siècle. L'une appartient à la famille Sabine, malheureusement elle est très effacée ; on peut lire encore, de l'inscription qui règne tout autour :

CY GIST LE CORPS DE DAMOYSELLE GVILLEMETTE.. . . GVILLAVME SA- BINE VIVANT SIEVR DE.... SEPTEMBRE 16..

52 ABBAYE DE CEBISY

Une autre recouvrait la sépulture d'Olivier de Sallen et de sa femme née de Mons. Cette tombe était ornée de deux écussons, l'un avec des lambrequins, l'autre avec des palmes. Sur celui du mari l on voit une fasce avec une sorte de lambel ; sur celui de la femme une aigle éployée. L'inscription commençait ainsi :

CY GIST OLIVIER DE SALEN ESCVYER CONSEILLER DV ROY ET LIEVTENANT EN LA VICONTE DE BAYEUX LE QVEL DECEDA LE SECOND JOVR DE JVILLET EN L'AN MIL SIX CENTS VINGT PRIEZ DIEV POVR LVI.

Suivait une longue épitaphe en vers français, dont on ne peut plus saisir le sens.

Deux autres pierres tombales toutes frustes sont encore placées devant le sanctuaire ; sur l'une d'elles on lit, dans un encadrement garni d'arabesques, ces trois lettres en majuscules ornées :

Un petit tableau à l'huile, représentant la Madeleine repentante, est placé en face de l'autel. C'est un don fait par Marie de Pestel, veuve de de M. Le Tellier de Vaubadon, dont on voit dans un angle l'écu surmonté d'une couronne de marquis : de gueules à la fasce d'or accompagnée en chef de deux molettes d'argent, en pointe d'une main posée en pal de même, qui est Le Tellier ; parti, écartelé de gueules à la croix alésée et dentelée d'or par les pointes, et de gueules à la bande d'or accompagnée de six croisettes de même en orle, qui est de Pestel.

Cette famille habitait alors le château de Vaubadon, actuellement au prince R. de Broglie. Elle était très bienveillante pour l'abbaye. On lit en effet dans le Livre de Cerisy : «Le deux décembre 1753 « mourut madame de Vaubadon pour laquelle l'on fit un service « solennel dans l'abbaye en reconnaissance de l'amitié que cette « maison a toujours témoignée aux religieux de l'abbaye. L'on en « avoit fait un de même pour le grand-père et pour son mary. »

\ . La famille de Sallen porte pour armoiries : d'azur à la fasce d'argent accompagnée de trois annelets de même 2 et 1 ; celle de Mons : d'argent à l'aigle de gueules becquée, membréed'or.

ÉVÈCIIÉ DE BAYEUX 53

La nef latérale gauche se termine par une chapelle dite de Notre- Dame ou de la Vierge (4). La fenêtre du fond a été également agrandie au XVe siècle ; on y a placé récemment un vitrail. Le rétable de l'autel est de la même époque que celui de Saint-Nicolas. On remarque dans cette chapelle une piscine ogivale et trois trous pour des reliques, creusés dans une colonne près de l'autel. A l'entrée, sur l'un des quatre gros piliers de la tour centrale, on lit cette inscription funéraire :

CY DEVANT GIST DOM RICHARD DE MAVTAILLY l PRESTRE RELIGIEVX BAILLIF CLAVS- TRAL ET GRAND VICCAIRE EN CESTE ABBAYE DE CER1SY LEQYEL DECEDA LE I JOVR DE JVILLET LAN DE GRACE MIL SIX CENTZ PATER NOSTER. AVE MARIA.

Archives de la Manche, H. 1428. — 4333. Don par Laurent Davys d'une livre de cire d'annuelle rente à estre convertie au luminaire de la chapelle Notre-Dame du Moustier de Cerisy. — 1456. Vente à Robert Le Bourgeois, religieux et chapelain de Notre-Dame, de deux sous tournois de rente. — 1488. Sentence concernant dix sous de rente due par la famille Es Chevaux. — 1528. Idem trois boisseaux d'orge par les Roger.

Le transept du midi était également séparé de la basse-nef par un mur s'élevant à la hauteur du triforium. Cette partie conserve encore la disposition primitive des arcatures qui accompagnent les fenêtres hautes. On y a placé en 1872 un lambris de bois pour imiter une voûte de pierre. Un pilier soutient les deux arcades plein-cintre surmontées d'une galerie ornée qui séparent la nef du transept comme de l'autre côté. La partie haute, à la quelle on montait par

(1) Les armoiries de cette famille sont : d'argent à l'étoile et à 2 quinlefeuilles de gueules 'placées 2 en chef 1 en pointe, à la bordure de même.

54 ABBAYE DE CEBISY

un large escalier de bois ne sert plus. Elle donne accès, par une petite porte, au triforium, au-dessus de la chapelle de la Vierge. Celui-ci se termine par une sorte d'absidiole intérieure destinée sans doute à recevoir un autel. La disposition primitive de la fenêtre indique assez ce que devait être celle d'en bas avant qu'elle eût été refaite au XVe siècle. Une autre porte garnie de fer s'ouvre dans le chartrier éclairé par une fenêtre armée d'un solide grillage. Une troisième communique avec le triforium de la nef. Dans un des angles du gable, se trouve un escalier à vis dont l'élégante tourelle, avec son toit en batière orné de choux sculptés, est figurée dans la vue de l'église. C'est actuellement le seul chemin qui conduise aux voûtes et au clocher. Il ne paraît pas que, dans l'origine, le triforium, régnant dans toute la longueur de l'église aussi bien sur la bassenef que le long du chœur, ait eu d'ouvertures sur les transepts. Au rez-de-chaussée se trouve la chapelle Sainte-Anne (5). L'abside a été mutilée au XVIe siècle pour y placer une grande fenêtre à meneaux entrelacés. Afin d'avoir une partie droite, on a taillé dans le mur semi-circulaire une surface plane suffisante et laissé subsister, en dessus comme en dessous, la forme primitive du mur. Cette chapelle n'offre de remarquable qu'une piscine double du XIIIe siècle. Elle ne servait plus au culte depuis la révolution ; c'est là qu'étaient entassés « toutes sortes de débris, boiseries, tableaux, tombes des fonda- « teurs, etc., etc. » C'est là qu'a été retrouvé le lutrin de fer; mais les autres débris ont été perdus. Quand la chapelle fut restaurée on y replaça deux statues, l'une de la Sainte Vierge provenant de la chapelle de l'Épine, et l'autre de Sainte Anne, de grandeur naturelle, qui sont l'objet d'une grande vénération. Sous l'épaisse couche de peintures empâtant les draperies et cachant les ornements primitifs, on a peine à reconnaître les œuvres d'artistes habiles qui les sculptèrent au XVe et au XVIe siècles. Les têtes, d'ailleurs abattues par la main sacrilège des huguenots et refaites grossièrement, les défigurent complètement.

On communiquait autrefois de la sacristie des moines dans l'église par une large ouverture. Une porte plus petite s'ouvrait aussi dans le cloître. Elles sont bien apparentes dans la vue de l'église. Plus

ÉVÊCIIÉ DE BAYEUX 55

anciennement cette porte donnait du cloître extérieur dans la première travée de la basse-nef. Elle fut murée au XVIIIe siècle.

Archives de la Manche H. 1432. — 1486. Vente de six sous de rente donnée et auinonée par feu Estienne Mécouflet afin d'avoir une messe de Requiem tous les ans en la chapelle Sainte-Anne et Sainte- Croix.

Dans l'origine, la nef de Saint-Vigor de Cerisy se composait de huit travées, en y comprenant celle qui se trouvait entre les deux tours; les trois premières servaient aux moines, les cinq autres à la paroisse. Elles furent d'abord séparées par une balustrade de bois, puis par des murs de clôture qui furent successivement détruits et finalement relevés. En 1811 le tonnerre, étant tombé sur la tour, causa des dégâts énormes dans la couverture et le conseil de fabrique, malgré les protestations du curé, ne trouva rien de mieux que de faire démolir l'ancienne nef de la paroisse tout entière afin d'en vendre les matériaux et de payer les réparations nécessaires. Cet acte de vandalisme accompli, les murs extérieurs des basses-nefs furent arasés et servirent de clôture à cette sorte d'allée qui maintenant précède l'église ainsi mutilée.

La nef se composait d'arcades reposant sur des faisceaux de colonnes ; au-dessus se trouvait un vaste triforium régnant dans toute la longueur sur la basse-nef. Il était décoré à l'intérieur par deux fenêtres à plein-cintre, séparées par un pilastre et surmontées d'un demi-oculus.

Une arcature appuyée sur les deux colonnes extérieures était décorée comme les fenêtres de moulures à torsades, billettes, etc. Elles ont été bouchées et quelques-unes même eurent leurs ornements rasés à l'ex-

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térieur et ne forment plus aujourd'hui qu'un mur uni. Ce triforium ne fut jamais voûté.

Le dessin ci-joint permet de voir facilement l'état ancien et la disposition nouvelle de la nef. Comme dans le chœur, chaque travée était primitivement séparée par une grande arcade reposant sur une grosse colonne et supportant les poutres du plancher. Les fenêtres qui éclairaient directement la nef étaient elles-mêmes accompagnées de deux autres arcatures aveugles qui furent plus tard bouchées ; aussi quand en 1872 on plaça des voûtes en bois dans la nef, on ne fit qu'araser quelques pierres saillantes afin que les arêtes pussent venir retomber sur le chapiteau de la grosse colonne.

L'ornementation de la nef est des plus simples. Les chapiteaux sont en général composés de simples feuilles ; quelques-uns cependant sont grossièrement historiés. C'est ainsi qu'on trouve des rinceaux entrelacés, des frettes, puis des têtes de léopard, une crosse, un tau, des monstres adossés avec linteau orné de feuillages, quelques personnages et parmi eux un Samson renversant les portes du temple. Une petite porte latérale à plein-cintre desservait la nef du côté du nord ; elle a été bouchée au XVIIIe siècle.

On trouve çà et là les traces d'anciennes peintures sur les murs et les colonnes de la nef. Elles furent, après le pillage des protestants, recouvertes d'un lait de chaux sur lequel on plaça au poncif des grenades, des pommes de pin, des fleurs de lys à l'ocre rouge.

M. de Gerville, et d'après lui l'architecte anglais Gally-Knight, ont cru que la façade primitive avait été abattue, qu'on avait au XIIIe siècle rallongé la nef et fait une façade nouvelle appellée Addition. M. de Gerville se demande même si le mur actuel de clôture de la nef, qui a quatre pieds d'épaisseur, n'a pas servi de façade (p. 85), mais reconnaissant lui-même l'impossibilité d'une pareille supposition, il ajoute : « Je ne serais pas surpris qu'on retrouvât une partie des fonce dations du portail primitif un peu plus bas vers le couchant. » Gally-Knight est encore plus affirmatif. « La nef subit d'importantes « modifications dans le courant du XIVe siècle à l'époque où les moi- « nés bâtirent, en tête de la première église, un second édifice qui dece vait servir d'église paroissiale. » Il importe de rectifier une pa-

reille erreur. Si l'on examine attentivement le plan de l'église dressé au XVIIIe siècle, on verra que la nef entière fut construite en une seule fois et que sa façade seule fut modifiée au XIIIe siècle. Elle devait, comme celle de Saint-Georges de Boscherville, être éclairée par deux rangées de trois grandes fenêtres à plein-cintre, sous lesquelles s'ouvrait l'entrée principale très simple, comme à Saint-Etienne de Caen. A l'aide d'un côté du porche qui est resté près de la chapelle Saint-Gerbold il est facile de se rendre compte de ce qu'était cette splendide addition dont « les connaisseurs, au dire de M. de <? Gerville, déplorent encore la perte. » Les sculptures rappellent

celles de la façade de Bayeux ; on y remarque le même système d'ornementation variée et sans symétrie régulière. La façade était décorée de trois portes au-dessus desquelles se trouvaient trois grandes fenêtres à lancettes. Par

une Galerie cornposée d'une série d'arcades ogivales, on communiquait extérieurement d'une basse-nef à l'autre. La porte du nord avait été bouchée ; on y accédait par un escalier de quelques marches. En avant de la façade, le porche s'ouvrait par cinq grandes arcatures dont les deux extrêmes étaient plus saillantes et terminées par deux piliers ornés de statues dans leurs niches et supportant un arc-boutant qui les reliait aux tours ; une double

rangée de petites voûtes rejoignait la façade et un toit d'ardoises

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venait reposer sur une rangée de quatre-feuilles en pierre sculptée.

On trouvera plus loin, à l'article de la Madeleine de Cerisy, le détail des réparations qui furent faites à la partie de la nef qui servait alors d'église paroissiale.

Il reste à décrire le clocher de Cerisy, qui est à l'intersection du chœur et de la nef. Tel qu'il existe maintenant, il n'offre plus grand caractère et l'on ne saurait dire actuellement quelles étaient sa hauteur et sa forme primitives. Il fut fréquemment frappé de la foudre qu'attiraient le voisinage de la forêt et la position même de l'abbaye sur le bord d'un étang. Les deux rangs d'arcatures romanes qui se voient encore au-dessus de la nef ont subi tant de modifications qu'on peut à peine les retrouver à l'intérieur ; on voit seulement que la porte qui s'ouvrait sur le toit primitif de la nef n'était pas au milieu mais au côté méridional.

En 1565 la foudre endommagea le clocher et la nef; il fallut refondre les cinq cloches que Monseigneur d'Humières bénit l'année suivante.

En 1663 le tonnerre détruisit les trois cloches. L'évêque de Bayeux donna 2000 ' de métal ; elles furent refondues le 29 juin 1663 et bénites le 29 janvier suivant. En 1681, le clocher fut encore brûlé par le feu du ciel.

On lit dans le Livre de Cerisy : « Il y avoit longtemps qu'on sentoit « le besoin qu'on avoit de faire refondre les cloches qui étoient au « nombre de cinq, dont il y en avoit trois de cassées depuis 1716 et « depuis six ans il n'y avoit plus que la troisième qui subsistât en « son entier... Dom Noël Péry, cellerier de Cerisy, acheta dès 1731 « trois mille de métail pour augmenter leur poids... On fit marché « avec les sieurs Brocard et Lasaix, fondeurs lorrains. Les cinq clo- « ches furent coulées le 9 février 1737 et bénites le 21 du même « mois. L'ouvrage fut trouvé parfait tant pour la façon que pour « l'accord. La grosse se trouva peser à la romaine 1860 livres, la 2e « 1365, la 3e 930, la 4e 813 et la 5e 550. Le R. P. Prieur fut prier « Monseigneur notre Abbé de nommer la l'e, il accepta et choisit. « pour sa compagne Marie-Anne de Scaglia de Verrue, abbesse dé la

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« Sainte-Trinité de Caen ; il donna commission à M. de Champagne, « chanoine et grand chantre de Bayeux, de nommer à sa place. Made- « moiselle de Saint-Quentin représenta Madame l'abbesse ; la cloche « fut nommée Marie-Paul ; la 2e fut nommée Anne par M. Jean de « Baudre, écuyer, bailli de Cerisy et par noble dame Marie-Anne de « Chanteloup, épouse de M. Le Tellier, escuyer, seigneur et patron de « Yaubadon ; la 3° fut nommée Jeanne par M. Gilles de Méhérene, « écuyer, sieur de Cardouville et de Courmerqueron et par noble « dame Marie Le Roy, épouse de Mre Raphaël de Sallen, écuyer; la « 4e fut nommée Elisabeth par Mre Hervé du Bois, écuyer, sieur de « Vidouville et par noble damoiselle Elisabeth du Bois, fille de M1-e « du Bois, écuyer, sieur de Litteau ; la 5e fut nommée Julienne-Ilen- « vielle par le R. P. dom Romain de la Londe, prieur de l'abbaye de « Saint-Etienne de Caen et par noble damoiselle Julienne-Henriette « de Saint-Quentin, fille deMre de Saint-Quentin, écuyer, sieur et pa- « tron de Saint-Quentin, chevalier de l'ordre militaire de Saintce Louis et toutes furent bénites parle R. P. Prieur... Monseigneur « notre Abbé donna 336 livres, Madame l'Abbesse de Caen 144, le « R. P. Prieur de Caen donna une écharpe d'un gros de Tours blanc « brodé autour en fleurs d'argent et de soye de différentes couleurs, « les autres Messieurs et Dames donnèrent chacun 35 l ce qui fait en « total la somme de 725 '...

« Le 28 mars 1746, veille de la Pentecoste, sur les six heures du « soir, le tonnerre tomba sur le clocher de l'église de l'abbaye ; le « feu étoit à trois endroits de la charpente lorsqu'on s'en aperçut, « on y apporta un prompt remède et le dommage ne fut pas considé- « rable.

« Le second dimanche d'après Pasques, 13 avril 1766, le tonnerre « tomba à sept heures et demie du soir entre le couronnement de la « charpente et le pied de la croix du clocher. D'abord le feu ne pa- « rut pas plus grand qu'une étoile de seconde grandeur. On sonne « le tocsin, le peuple accourt, des hommes en suffisante quantité « montent au clocher, on leur fournit de l'eau abondamment « qu'ils s'efforcent de porter au plus haut du clocher sans pouvoir « en faire usage parce qu'ils étoient empêchés par le couronne-

« ment de la charpente, le feu étant entre cet endroit et le pied de la « croix. On fit quelques tentatives pour couper les chevrons afin de « renverser le haut qui étoit embrasé, on ne put en venir à bout à « cause des barres de fer attachées à ces pièces de bois. On espéroit « réussir plus sûrement lorsque le feu seroit descendu plus bas mais « les ardoises venant à se détacher et le plomb à fondre et à dégoûter ter de toutes parts, obligèrent les ouvriers de se retirer et d'aban- « donner le tout à la voracité des flammes qui étant descendues à « moitié du clocher firent écrouler avec un grand bruit le reste de « la charpente sur les cloches et l'horloge qui fut détruite et les « cinq cloches fondues. Lorsque le béfroi et toutes les poutres qui « le soutenoient furent embrasés le tout tomba sur la voûte de la « tour ainsi que le métail et quelques morceaux des cloches et de « l'horloge qui tombèrent dans l'église par les trous des chordesetde « la voûte. Afin de prévenir un plus grand mal, on tourna ses vues « vers la charpente de l'église pour la garantir d'un embrasement « total ; pour cela on fit des ouvertures au dehors le long du clocher « en coupant les chevrons et en détachant l'ardoise, on s'employa « beaucoup à éteindre la flamme qui pénétroit par la porte de la « voûte du clocher jusqu'à la charpente du chœur, laquelle ne fut « nullement endommagée par l'activité de ceux qui y furent em- « ployés. Par bonheur le vent souffloit sud, car si malheureusement « il se fût tourné à l'est tout le monastère et le bourg auroient été « embrasés. L'incendie dura donc depuis 7 heures 1/2 du soir jus- « qu'à 8 heures du matin ; heureusement personne n'y perdit la vie. « On employa encore huit hommes jour et nuit pendant quatre « jours dans la crainte que quelque poutre embrasée dans les rau- « railles ne vînt à réveiller le feu. La précaution fut sage parce « qu'on en trouva plusieurs au bout desquelles le feu n'étoit pas « encore éteint.

« En 1769 on ajouta dix-huit pies de maçonnerie au mur du clo- « cher. La flèche fut montée et couverte en ardoises de Planquery « l'année suivante 1770; elle étoit carrée, on la fit octogone, on « couvrit aussi en ardoises fines tout le côté de la nef situé au midi. « Les cloches furent fondues et montées au clocher au mois de juil-

ÉVÈCHÉ DE BAYEUX. 61

« let 1771... Elles sont du même poids que les anciennes... La grosse « fut nommée Paul par Monseigneur de Luynes, la 2e Madame d'flar- « court, par M. d'Harcourt, la 3e Madame de Lillebonne, par M. de « Lillebonne, la 4e Madame de Balleroi, par M. de Balleroi, la 5e « Anne de Vaubadon, par M. de Vaubadon. Messieurs d'Harcourt « donnèrent de belles étoffes en drap d'or pour faire des ornements, « M. de Balleroi, cinq louis d'or et M. de Vaubadon, de l'étoffe de « soye pour faire une chasuble. L'horloge fut placée en même temps « que les cloches... »

« Le lundi 9 février 1775 le tonnerre tomba sur le clocher de cette « abbaye ; heureusement des charpentiers qui travailloient dans la « grande cour le virent tomber. Ils montèrent à la tour aussitôt, ils « trouvèrent le feu attaché à un chevron du côté du couchant, on « monta de l'eau promptement et le feu fut éteint avant qu'il eut « occasionné de dommage... t

D'après l'inventaire fait en 1790, on trouva dans le clocher « cinq « cloches en métal pesant environ huit à dix mille livres. »

En 1811 le tonnerre tomba encore sur le clocher qui fut refait entièrement à neuf; on y plaça un paratonnerre et depuis cette époque tout danger à pu être conjuré. Actuellement il y a trois cloches dont la plus récente fut donnée par M. Frédéric Rouxeville, de Cerisy, demeurant à Paris.

« L'ancienne horloge placée dans la tour ne pouvoit plus servir « et coùtoit beaucoup d'entretien. La même année 1743 on en fit « faire une neuve à Bayeux qui fut placée proche les cloches qui « servent tant pour sonner les heures que pour le carillon. » Elle fut détruite dans l'incendie de 1766 et a été refaite au même endroit telle qu'on la voit aujourd'hui.

Avant de quitter l'église, il reste à énumérer diverses chapelles qui y furent fondées et qui n'existaient plus dès le XVIIIe siècle.

Chapelle de la Croix.

H. 1430. — 1480-1607. Ventes de rentes diverses... Titres concernant 3 boisseaux, 3 quarterons de froment. H. 1432. — 1486. Vente de 3 sous pour une messe de Requiem. H. 1566. — 1481. Vente à l'usage des processions de la chapelle de la Croix.

Chapelle Notre-Dame du Pilieb.

H. 1566. — 1481. Vente de rente à l'usage de cette chapelle.

Chapelle Saint- Antoine.

H. 1441. — 1519-1567. Titres divers de rentes.

Chapelle Sainte-Barbe. Elle fut fondée en 1491 par l'abbé Laurent Le Clerc.

H. 1429. — 1491. Il la dota de diverses rentes s'élevant à 40 sols.

Chapelle Saint-Pierre.

H. 1441. — 1538. Sentence pour deux boisseaux de froment.

Enfin il existait dès 1530 une Confrérie de Saint-Armel.

H. 1443. Vente d'une rente de 12 sous 6 deniers tournois aux « prêtre facturier, Gouverneurs et entreteneurs de la dicte confrairie fondée en l'abbaye de Cerisv. »

La sacristie de l'abbaye était une grande pièce voûtée attenante à la chapelle Sainte-Anne et y communiquant par une grande porte. Grâce au livre de Cerisy, on peut mentionner quelques objets mobiliers ayant appartenu à l'abbaye :

« En 1736, on achepta l'ornement noir de camelot gaufré.

« En 1739, achat d'un encensoir en argent qui coûta 388 livres.

« En 1742, on achepta une croix processionnelle d'argent d'un « ouvrage fort beau et d'un bon goût, on avait déjà depuis quelques « années un bâton de croix aussi d'argent.

« 1743, à la sacristie il y avoitdeux calices assez mal traités, trop « faibles et qui avoient besoin d'être redorés. En 1744 on les chance gea et on en fit faire deux autres plus pesants et d'un bien plus « bel ouvrage ; on y joignit une cuvette, deux burettes et deux « chandeliers pour les acolythes, le tout d'argent et bien travaillé. « Dans la même année on achepta un fort beau tapis de Turquie « pour couvrir et orner aux fêtes solennelles les degrés du grand « autel. »

1757. -Toute l'argenterie de la sacristie, excepté la croix et les calices, fut portée à la Monnaie par ordre du Roi et « pour les « besoins de l'État, ce qui fut général dans le royaume. »

Doni Dubuisson achète « un encensoir d'argent, un ornement « complet pour les grandes fêtes ; le fond en est de soye avec quel- « ques fleurs d'argent répandues ça et là sur les chapes des chantres « et plus fréquentes sur celle du célébrant, sur la chasuble et les « tuniques. Les orfrois sont garnis de fleurs en or... cet ornement « coûta 2,700 '... puis la garniture en cuivre argenté de l'autel et le « soleil qui n'étoit point assez beau fut remplacé par un autre...» Dom Bourrelier « envoia à Caen les étoffes d'or de M's d'Harcourt, « elles servirent à faire les orfrois des chapes des deux chantres, de « la chasuble et des tuniques de l'ornement à fleurs d'argent cité « plus haut. Cet ornement est fort propre et sert dans les grandes « cérémonies, le galon en est d'or... »

L'inventaire de 1790 mentionne les six chandeliers et la croix de cuivre argenté, trois calices dont deux entièrement dorés, un soleil pour exposer le Saint-Sacrement, un ciboire, le bâton du chantre, une paire de burettes en argent, cinq ornements complets de trois chapes, quatre autres chapes, six chasubles de grande messe pour les simples fêtes, autant pour les messes basses...

Outre les précieuses reliques envoyées d'Orient par le duc Robert, l'abbaye de Cerisy possédait aussi le bras de Saint Vigor. On lit en effet dans les Annales bénédictines, T. iv, p. 406, que Guillaume envoya à Centulam le moine Garin qui apporta le bras droit de Saint Vigor probatum igné. La fête était célébrée le 12 des Kalendes d'octobre avec la plus grande pompe. Une grande chasse en bois, recouverte jadis de cuivre et de cabochons, renfermait aussi des ossements qui existent encore. Cette chasse paraît remonter au XIIe siècle. Elle était décorée d'une rangée d'arcades où se trouvaient sans doute représentés les douze apôtres, six de chaque côté ; leurs noms devaient être écrits sur une plate-bande au-dessus. Les deux extrémités présentaient une scène ciselée ayant la forme d'un carré. Tout autour et sur le toit que couronnait une crête à jour on avait

i)i ABBAYE DE CERISY.

creusé dans le bois des places destinées a recevoir de gros cabochons sertis dans le cuivre.

dette chasse existe encore ; elle a été grossièrement peinte et s'ouvrait dans l'origine par le fond. M. le curé de Cerisy possède, à ce sujet, deux lettres du sacristain de l'abbaye, datées du 23 décembre 4703. Yoici la plus intéressante :

« Dans cette chasse sont déposés deux ossemens a peu près sem- « blables à ceux qui sont dans l'autre chasse et une pierre avec une « bande parchemin écrite en vieux gothique d'une autre main qui « porte : Reliquiœ Sancti Brioci et de mensa super quam Dnus fecit

« ccenam.

« L'autre chasse contient deux ossements considérables de près « d'un demi pied de long qui paroissent être du bras avec un autre « petit os et un petit morceau de pierre dans un vieux sachet de « soye où l'on trouve des bandes de parchemin qui portent :

« La lrc : Hicsunt reliquiœ Sancti Pétri, Sancti Pauli, Sancti Victoris, « Sanctœ Terra', Sancti GervasH, Sancti Protasii, Sancti Celsi, Sancti « Andreœ, Sancti Sabini, Sancti Albini.

« La 2e : Reliquiœ Sancti Vigoris, Sancti Fromundi, Sancti Taurini « episcopi, de purpura beatœ Mariœ, de altare ubi Dnus fecit cœnam, « Sancti Briocci episcopi^.

« La 3e : Reliquiœ Sancti Briocci et de mensa super quam Dnus fecit « cœnam.

« La 4e : De sepulcro domini, et enfin un morceau de parchemin « écrit en gothique mais moins beau pour les caractères que les « deux autres bandes où on lit en tête : /// M. oetb. Transitus sancti « Geroldi. Suivent trois oraisons en l'honneur du même saint. Ces « deux chasses n'en faisoient qu'une qui étoit couverte de cuivre « doré avec figures et pierreries, comme il paroit par les places qui « paroissent encore où elles étoient enchâssées. Il y avoit des

1. Ces deux bandes de parchemin existent encore; mais l'écriture paraît avoir e'té refaite au XVIIIe siècle pour imiter des caractères plus anciens. Les trois oraisons de Saint-Gorbold sont aussi conservées.

ÉVÊCIIÉ DE BAVEUX. 65

attaches de fer qui marquoient assez qu'on l'avoit portée autrefois sur un brancard dans les processions publiques... Elle étoit reléguée dans un coin d'une armoire dans la sacristie. Et enfin par la négligence et la curiosité d'un sacristain elle en fut retirée. Elle s'ouvroit par le dessous comme celles-cy. On en tira les

« ossements qui, m'ont dit des té- « moins oculaires, étoient beaucoup « plus considérables que ce qui « reste. La chasse fut jettée dans « l'ordure d'où je l'ai tirée après l'y « avoir vu près de deux ans. On en « avoit arraché tous les ornements.

« Etant devenu sacristain, je l'ai fait « coupper en deux comme on voit.

« J'ai trouvé les reliques scavoir :

« quatre grands os liés avec un morceau d'étoffe de soye bleue qu'on trouve ici, un petit sac de soye bleue doublé de toile bleue rayée dans lequel étoient deux pierres et toutes les bandes de parchemin cy-dessus marquées. Le tout étoit dans un coin de l'armoire du Trésor sans honneur et fort indécemment d'où je l'ai tiré et enfermé dans un petit tabernacle que j'exposai sur l'autel le 20 octobre de cette année 1763 jour des Saintes-Reliques. Elles furent encensées... Enfin après avoir fait blanchir et réhabilité la chapelle de Sainte-Anne où l'on avait cessé de dire la messe j'ai partagé les reliques dans les deux chasses et ce jourd'huy 12 de décembre de l'an 1763 j'ai déposé le tout dans la ditte chapelle Sainte-Anne. Ce que j'ai exécuté seul de peur d'être exposé au désagrément d'être désa- « prouvé. Ainsi exécuté par moi soussigné le 12 décembre 1763.

« Fr. Toussaint Outin, « sacristain de l'abbaye de Cerisy. »

Ces deux chasses sont conservées dans une armoire de la sacristie.

M. le curé de Cerisy possède également le Cérémonial de Saint-

Vigor de Cerisy et d'autres pièces qui trouveront ici leur place.

CEREMONFALE ET PROPRIUM LOCALE MONASTERH SANCTI VIGORIS CERASIENSIS.

DE FESTIS ET CEREMOMIS MOBILIBUS.

Dorainica tertia cujuscumque mensis per annum, facta prius aspersione aquse benedictae, exponitur SS. Sacramentum per totam missam conventualem quœ celebratur ritu festorum primi ordinis a R. P. Priore, cum diacono, subdiacono, cantoribus, cruciferario, thuriferario, duobus acolytis et duobus faces ferientibus.

Signum missœ pulsatur hora octava mediata. Dum exponitur SS. Sacramentum cantatur antiph : Ave verum. Missa dicitur de dominica, in cujus fine fit processio solemnis cum SS. Sacramento per claustrum et circuitum ecclesise tara partis in qua fit officium parrochise divinum. Processionis tempore cantantur hymnus Pango Mngruaty Homo quidam cui subjungitur immédiate Domine salvum fac Régent, quo finito, dicuntur a célébrante tono borarum orationes sequentes : prima de SS. Sacramento, secunda Concède nos, tertia Pro Rege et aliœ orationes pro ratione temporis et datur benedictio ; heec expositio fit ex antiqua consuetudine. Concio habetur in ecclesia abbatiae : omnibus Dominicis Adventus et Quadragesimse, Paschse et Pentecostes, in festis Natalis Domini, Circumcisionis, Ascensionis Domini, Corporis Cbristi et Dominica per octavam Dedicationis si venerit in Dominica, omnium Sanctorum, in festis Nativitatis, Purificationis, Annuntiationis, Assumptionis Bœ Mariée, in utroque festo Natalis scilicet et translationis Sancti Vigoris et Sancti Benedicti quando venerint die Dominica, Dominica Quinquagesimse et duobus sequentibus diebus.

Dominus abbas hujus abbatise tenetur satisfacere honorariis concionatorum Advendus et Quadragesimse pro quibus centum libras turonenses débet solvere.

Dominica Quinquagesimae et duobus sequentibus diebus, pro quadraginta boris exponitur SS. Sacramentum a sexta hora matutina usque ad finem complectorii.

Omnes missœ dicuntur in majori altari.

Dominicae Quinquagesima? missa et vespera? celebrantur ritu primi ordinis, cum diacono, subdiacono, cantoribus, cruciferario, turiferario et acolytis et fit processio ante missam cum SS. Sacramento per claustrum et circuitum ecclesise etiam partis ejusdem qua utitur pro servitio divino parrochise. Tempore processionis cantantur hymnus Pange lingua et rç) Homo quidam cui

subjungitur immédiate Domine salvum. Deinde dicantur a célébrante orationes de SS. Sacramento, de B. V. Maria, pro Rege et alise pro ratione temporis et datur benedictio.

Extra officium divinum,unus saltem e fratribus coram SS. Sacramento débet assistere.

Primum miss89 signum pulsatur bora octava mediata et ultiraum vesperarum hora tertia mediata ; bodie vesperœ solemniter cantantur quibus immédiate subjungitur completorium in cujus fine datur benedictio SS. Sacramenti.

Duobus diebus subsequentibus missa celebratur ritu tertiiordinis et vesperse, hora tertia mediata quibus subjungitur completorium in cujus fine datur benedicto. Habetur concio tribus his diebus post completorium.

Feria tertia post completorium, fit processio solemnis cum SS. Sacramento, R. P. Priore célébrante cum diacono... per claustrum et circuitum ecclesise ut supra ; cujus tempore cantantur hymnus Pange lingua et r) Homo quidam donec perveniatur propre chorum parochiae. Tum primus cantor, submissa voce, praecinet celebranti (ad quem convertitur) hymnus Te Deum laudamus quam al ta voce incipiet celebrans quemque chorus prosequetur. Eo finito,

incipiunt cantores psalmum Exaudiat, pro Rege datur benedictio cum

SS. Sacramento quod deinde in tabernaculo reconditur dum cantatur hymnus Te decet laus.

Dominica palmarum processionis statio fit foris ante frontem ecclesise et cantores hyroni Gloria, laus stant intus ante valvas majoris ipsius ecclesiae.

Feria quarta majoris hebdomadae paratur sacellum beatse Aimas ad recondendum SS. Sacramentum dum cantantur matutini tenebrarum et duobus diebus subsequentibus.

Feria quinta in cœna Domini post denudationem altarium fit mandatum in sacello a latere epistolae ubi celebrans lavât et oscultatur pedes pauperum quibus postea dantur singulis quinque asses et panis unus trium circiter librarum cum duobus scyphis sicerae. Reliqua ut in ceremoniale monastico.

Sabbato sancto, benedictio novi ignis fit in extrema parte navis monachorum pone chorum parochise

Tribus feriis Rogationum statio fit ad sacellum Bœ Mœ vulgo de VEpine ; primum signum missaa pulsatur hora octava mediata ante processionem sexta dicitur in choro ; qua finita, cantatur antiph. Exsurge cum suo psalmo et Gloria etearepetita inchoatur hymnus Veni creator spiritus. Haecque prima stropha resumitur post alias singulas ut hymnus lente decantatus per viam suificiat.

Cum autem ad sacellum ipsum perventum est, cantatur antiph. Regùia

cœli cum Gaude et Lœtare et oratione Deus qui per resurrectionem. Tura dicitur nona : deinde missa de Rogationibus ut in processionali monastico, in cujus fine dicitur Domine salvum. Denique cantantur Litaniae majores, tono et cantu breviori cum precibus et orationibus...

In festo Ascencionis domini, habetur concio hora secunda mediata meridiana. Dominica Pentbecostes, habetur concio...

In festo SS. corporis Christi et per octavam exponitur SS. Sacramentum tantum per missam conventualem, vesperas et completorium donec sit major congregatio in hoc monasterio. In ipso die festo fit processio solemnis post

missam per claustrum et circuitum ecclesiœ etiam statio processionis fit

in capitulo. Tempore processionis cantatur hymnus Pange lingua Dictis

orationibus de SS. Sacramento, de B. V. Maria, pro Rege benedictio datur

a célébrante et reconditur SS. Sacramentum ad vesperas usque ; post quas dicitur completorium in cujus fine datur benedictio ut in ceremoniale monastico : habetur concio post completorium. Si cœlum serenum sit, ad crucem usque vici fit processio ad quam parochus cum suo clero adesse tenetur.

Die octava fit processio SS. Sacramenti per aream communem in qua fit statio. In reditu cantatur hymnus Te Deum.

Dominica post octavam Corporis Christi post vesperas, immédiate, completorium dicitur ut in die festo et post completorium habetur concio...

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