La Céramique dans le Calvados. Atelier du Molay, p
encore : ...VDE : DE : BRVCOVRT : FAME DE MONS : RAOVT : TESSON : SEIGNOUR DE SAINT. VAVT ET DE FONTENA : DEX LI FACE : MERCI : AMEN. Le nom de la femme de Raoul Tesson était
Aude et non Luce comme on l'avait imprimé jusqu'ici. Le doute n'est pas possible, en présence de la lettre D qui ne saurait être un C renversé. D'ailleurs un titre de Fontenay apprend qu'en 1202, ce cheva-
lier donna les dîmes de ses terres d'Epinay-sur-Odon pour fonder son obit et celui d'Aude de Brucourt, sa femme. Cette tombe, mutilée soit par les protestants, soit par le frottement des pieds, avait été scrupuleusement restaurée au moyen de petits carreaux émaillés que le dessinateur de Foucault a reproduits avec soin. On voit qu'ils étaient fort variés ; on n'en a pas retrouvé dans les fouilles faites sur l'emplacement des anciennes constructions. — Enfin, au milieu du chœur, se trouvait la tombe d'un religieux de Fontenay, Dom Guillaume de Croisille, jadis curé d'une portion de Saint-Martin-de- Salon. Elle avait près de sept pieds de longueur et se composait aussi de trente morceaux de 0m, 24 de carré1. Au centre, le défunt revêtu de ses ornements sacerdotaux tient des deux mains un calice. Sa chasuble, dont l'orfroi est composé d'un galon à X, est très ample : elle est ornée d'un semis de croisettes recroisettées qui sont les pièces de son écu. Sa tête est encadrée dans un double pignon avec arcade trilobée soutenu par deux clochetons étages ; de chaque côté, en haut et en bas, se trouvent deux orants ; ceux d'en haut ont les mains jointes, ceux d'en bas tiennent un livre ouvert. Les pieds reposent sur trois écussons armoriés, un quatrième occupe le sommet du pignon. L'inscription se lit ainsi : ►£ CI : G1ST : DAN GVILLAUME : DE CROISILLE : JADIS : RECTOVR DE SAINT MARTIN : DE SALON POVR VNE. PORTION. Q{ui) TRESPASSA LAN. M- CCC- XL : LE : SAMEDI AVANT. NOËL. C'est sans contredit l'un des plus beaux spécimens connus de ces pierres tombales fabriquées au Molay, près Bayeux, pour les Bacons et les familles qui leur étaient alliées.
L'église de Fontenay renfermait encore quelques autres écussons ; c'est ainsi qu'à l'une des vitres de l'église se voyaient les armoiries de Monseigneur Pierre du Val, évêque de Sées et premier abbé commendataire : d'azur au chevron d'argent accompagné de trois fers de dards de même, les deux du chef versés. Dans une des chapelles du
1. Le dessinateur a omis les ligues indiquant les briques. On les a ici restituées pour donner à l'ensemble son vrai caractère et empêcher qu'on ne voie là une dalle en pierre gravée.
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côté de l'épitre se trouvait un écusson en pierre sculptée, un lion et trois roses en chef que peuvent réclamer deux familles de la généra-
lité de Caen : les de Novince d'Aubigny, srs de Crépon et les Le Petit, srs du Vivet.
Plusieurs abbés de Fontenay furent aussi inhumés dans la chapelle de la Vierge. M. Lamarre a transcrit les inscriptions de trois tombes qui furent déplacées pour l'installation des stalles et reportées sous le clocher. (Voir les abbés Jean Tostain, Laurent le Von et Jehan Conseil).
Comme on l'a vu plus haut, l'église de Fontenay fut démolie vers 1820 par le propriétaire. Heureusement M. Malherbe, professeur de
dessin à Caen, en fit un croquis qu'il lithographia. On peut facilement se rendre compte de la beauté et de la grandeur du monument qui, abandonné depuis la révolution, s'était en partie écroulé, faute d'entretien *.
Le cloître formait, dans l'origine, un carré reliant entre elles l'église et les constructions des moines ; au centre se trouvait une fontaine avec jet d'eau. Au XVIIe siècle il était abandonné et « les chardons y croissoient. » On y remarquait plusieurs sculptures et peintures dont les dessins sont conservés à la Bibliothèque Nationale. « Cette figure est en bosse dans le cloître, haute d'un pied. » Elle représentait un Raoul Teccon ainsi que l'apprend l'inscription
gravée sur une banderolle de chaque côté de sa tête. Il est représenté en costume civil, sans épée, tenant d'une main son gantelet à faucon. Il porte un grand manteau tombant par derrière à la hauteur de son vêtement, et sa tête est ceinte d'une couronne de roses. L'inscription est en lettres du XVe siècle mais la sculpture paraît plus ancienne. Peutêtre faut-il voir là ce Raoul Taisson dont la tombe est placée dans le chœur en face de celle d'Aude de Brucourt, sa femme.
On voyait aussi dans le cloître un écu à trois tourteaux, et plus bas le même, mi-parti de celui des Tesson, tous les deux sculptés en pierre. C'était ceux de Rolland de Vassy, chevalier, seigneur de la Forêt-Auvray, qui portait d'argent à trois tourteaux de sable, et d'Isabelle Tesson, sa femme, fille de Jehan, sieur de Suligné et de Thomasse. Ils vivaient tous les deux en
1. C'est par erreur sans doute que M. de Caumont dit, p. 150 du tome II de la, Statistique : a Le chœur, le transept et la tour carrée qui le surmontait appartenaient au style roman ; la nef était construite dans le style ogival au moins en grande partie et devait dater du XIIIe siècle. » La nef était romane et le chœur datait du XIIIe siècle.
Enfin, dans l'une des chapelles, se voyait une curieuse peinture, dont le sujet était aussi reproduit en bas-relief dans le cloître. Ces personnages, de trois à quatre pieds de hauteur, représentaient le lai
bien connu des trois morts et des trois vifs et dataient du XVIe siècle. Trois seigneurs, revêtus de costumes variés et montés sur des chevaux richement caparaçonnés, rencontrent, près d'une croix, trois squelettes dont l'un est drapé dans son linceul. Ceux-ci leur adressent de sévères réflexions sur la vanité des choses humaines et sur les fins de l'homme. Les trois compagnons paraissent écouter différemment ce sermon. Le second, vêtu d'un manteau et la tête couverte d'une sorte de bonnet, montre les squelettes au troisième qui lance son faucon et ne pense qu'aux choses du monde. Ce sujet paraît mieux traité que ne le sont généralement ceux de cette époque.
Les bâtiments claustraux, que l'on voit dans la vue à vol d'oiseau, furent en partie détruits par les religieux à la fin du XVIIe siècle. Huet fut autorisé à les poursuivre pour les forcer à réparer à leurs frais. Le prieur, de son côté, pour accroître son habitation « qui étoit déjà fort commode et fort honnête, » abattit une autre maison qui faisait le logement d'un religieux. Il détruisit également l'infirmerie et la chambre où s'exerçait l'hospitalité qui, par là, se trouvait éteinte. Il enleva plusieurs parties de la maison abbatiale pour en accommoder la sienne, notamment des serrures et des escaliers.
C'est ce bâtiment dont une grande partie subsiste encore et qui
sert actuellement d'habitation. On y remarque à l'intérieur de belles boiseries sculptées ; il figure sur le plan cadastral sous la lettre B.
« Le chartrier étoit situé dans un cabinet qui est sur l'escalier d'une maison attenante au cloîstre, vis-à-vis de la fontaine de la grande cour de l'abbaye entre les deuxième et troisième étages où il y a une porte à deux serrures fermant à deux clefs et deux fenêtres dans ledit chartrier avec des barreaux de fer en dehors. » Cela n'empêchait pas d'ailleurs qu'il « ne fût en mauvais état, plusieurs titres étoient tronqués et lacérés. Les religieux avoient enlevé des chartes pour l'augmentation de leurs offices claustraux. Ils l'ouvroient à leurs amis, à leurs voisins, ce qui a donné et donne journellement lieu à plusieurs usurpations dont on n'a pu se défendre. » D'après l'inventaire qui en fut fait en 1699 par Alexandre Le Sauvage, prêtregreffier, sur l'ordre de Huet, il renfermait « onze liasses contenues dans vingt-deux tiroirs ; cinquante-cinq registres et trente-six de papier timbré ; quinze autres liasses de titres en original et importantes, le tout enfermé dans une grande armoire composée de vingtquatre grands tiroirs et un grand coffre ferré fermant à deux serrures. »
L'abbatiale, que l'on voit dans la vue à vol d'oiseau, était un grand
bâtiment faisant face à la cour d'entrée et ayant sa façade sur le jardin. En novembre 1777, l'abbé de Montazet échangea avec les religieux « la maison abbatiale avec la petite maison et le jardin en devant jadis occupées par M. d'Argouges, le jardin et l'enclos de la
dite abbatiale, ensemble les taillis et arbres qui étoient dans le jardin, le tout contenant 18 acres 23 perches et enfin les deux écuries et greniers à foin, salles et chambres de la tuilerie, et le colombier qui étoient dans la cour commune, la communauté de ladite cour et de son entrée avec les boulangeries, pressoirs et greniers étant sur les appartenances et dépendances.... à charge de faire démolir la maison abbatiale et de payer en outre pour chacun an une rente de 1 ,000 tt et dans le cas où le sieur abbé ou ses successeurs voudroient faire construire une maison abbatiale ils s'engagèrent à payer pour cette construction jusqu'à concurrence de 20,000 tt. » L'abbé recevait en échange le Clos de VOrne, contenant aussi 18 acres 25 perches, avec le colombier qui y était bâti, les jardins, emplacement des maisons et grange, D, E et la grande allée plantée en ormes au-dessous du clos. Il se rapprochait ainsi de l'Orne et pouvait avoir une entrée particulière sur le chemin conduisant au bac qui, à cette époque, mettait en communication Saint-
André avec Feuquerolles. Une partie de l'ancien logis fut démolie en 1786 et aucune construction nouvelle ne fut élevée. L'abbé de Charsigné avait fait détruire le jardin à la française tel qu'on le voit dans la vue à vol d'oiseau et « avoit dépensé plus de 60,000 * pour « le rendre le plus beau de tous ceux de la campagne de Caen, tant « par les serres, bassins, oiselleries, bains à l'anglaise, bosquets, « etc. » Son successeur, le trouvant sans doute d'un entretien trop coûteux, s'empressa de le faire détruire !....
Les bâtiments d'exploitation comprenaient :
Un corps de logis C, actuellement démoli, où se trouvait un petit moulin.
Un grand bâtiment D, servant actuellement à la ferme. Il est long de cent pieds et est flanqué de chaque côté de douze contreforts
égaux. Son rez-de-chaussée voûté est divisé en deux nefs par dix
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colonnes à pans coupés qui supportent les voûtes fortifiées par des arceaux croisés. Au-dessus existent des appartements éclairés primitivement par d'étroites fenêtres dont quelques-unes ont encore la forme d'une lancette. Cinq portes basses y donnaient accès du côté de la cour commune ; une seule s'ouvrait dans l'herbage où se trouvait la grande allée d'ormes, le long de la rivière.
Il faut remarquer que les deux extrémités du bâtiment terminées par trois contre forts étaient dépourvues d'ouvertures ; c'est donc à tort que le dessin ci-joint, réduit d'après celui de M. de Caumont, p. 157, ferait croire à une large porte cintrée, éclairant d'un côté seulement toute la salle basse. Au haut du gable du midi, se voit un cadran solaire avec cette date : 1634.
« La grange E se composait, comme celles de beaucoup d'autres abbayes d'une nef principale entre deux bas-côtés. Des charrettes entraient chargées de blé dans la nef centrale et ressortaient par une porte cochère placée à l'extrémité opposée. Elle est détruite depuis longtemps, mais plusieurs personnes se rappellent très bien sa disposition. » Elle servait pour ramasser les dîmes des deux parois-
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ses de Fontenay. Ces deux constructions devaient dater de la fin du XIIIe siècle ou du commencement du XIVe.
Un vivier F se trouvait situé derrière le gable de l'abside de l'église. Il a été comblé avec les matériaux provenant de sa démolition. Cet endroit est encore actuellement marécageux et l'on y a trouvé, en faisant des terrassements, des chapiteaux sculptés, des fûts de colonnes brisées....
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