V. l'abbé Jean Oueiine
L'église de l'abbaye de Longues par M. P. de Farcy. (Bulletin de la Société des Antiquaires de Normandie T. vi, p. 402).
Grâce au plan cadastral et à l'inventaire détaillé de 1773, l'abbaye peut être reconstituée telle qu'elle existait à la fin du siècle dernier. On entrait à Notre-Dame de Longues par une double porte de pierre qui existe encore. Un élégant contrefort sépare la grande porte de celle des piétons. Le tympan à arc ogival est décoré d'une niche primitivement destinée à la Vierge et où l'on a placé une statue du XVe siècle fort curieuse, mais actuellement mutilée. Elle représente St-Jacques, avec le donateur à ses pieds, et provient sans doute de l'autel qui lui était dédié. Ces constructions, jadis garanties par un auvent en ardoises, datent du XIIIe siècle. En face de la grande porte se trouve l'église A, édifiée par Dom Martin, 3e abbé, à la même époque que la chapelle du séminaire et la cathédrale deBayeux dont elle reproduit quelques dispositions principales. On n'est malheureusement plus à même d'examiner l'œuvre dans son ensemble. Lors de la suppression, il fut convenu que l'on détruirait « la nef, « les deux chapelles latérales, la tour, le beffroy, le clocher, la cha-
« pelle St-Michel changée en salon et occupée pari). Planchon ,»
ne conservant pour les moines que le chœur et la sacristie qui en faisait partie. Tout fut donc impitoyablement rasé, sauf une des chapelles latérales qui sert encore de hangar. Les matériaux furent ou vendus ou employés à la construction du presbytère de Longues. L'ensemble de l'église affectait la forme d'une croix latine. La nef avait 90 pieds de longueur et comprenait trois travées semblables à celle du clocher. Elle était éclairée par cinq fenêtres garnies de vitraux, la sixième du côté du cloître avait été anciennement murée. Une rosace de pierre décorait la façade et une porte à ogive, divisée en deux parties par un montant, y donnait accès près du gable de l'abbatiale.
Lors de l'inventaire de 1773, elle était complètement abandonnée et ne servait plus au culte. On remarquait seulement « au milieu, « du côté de l'évangile, un mausolée représentant, en relief, la figure « de D. Louis Houel abbé, à côté du quel est une autre figure de « pierre pareillement en relief, représentant St-Louis roi de France;
« lesquelles figures sont portées sur un piédestal dans lequel est « enclavée l'épitaphe de D.Houel, sur le tout est une mitre en pierre « et aux pieds une N.-D. de Pitié.» D. Louis Houel, vingt-cinquième abbé, mourut en 1010. L'abbé La Mare, dans son Pouillé du diocèse, donne l'inscription de ce tombeau : Cedit fatis liev. in Cliristo Pater ac 1)1). Ludovicus Houel quondam hujus monasterii cœnobiarcha v'xjilantissimus anno œtatis suœ .... et exactis in mi lit ta et restauratione hujus canwbii XL annis, habuit curam templi et pauperum. Cette description rappelle les beaux mausolées de Jacques André, seigneur de Ste-Croix et de Marie Davot, sa femme, inhumés dans la chapelle St-André de Ryes en 10:28 et 1037. Ceux-ci sont dus au ciseau d'un habile sculpteur de Caen nommé Pierre Le Faye ; on peut aussi le rapprocher de celui d'Antoine de Brunfay, abbé de ïroarn, mort en 1618.
La tour placée entre le chœur et la nef avait sa base carrée percée sur chaque face d'une grande lancette et était surmontée d'une (lèche octogone aussi en pierre, flanquée de 4 clochetons de pareille forme. La hauteur totale était de 80 pieds. Elle renfermait les cinq cloches qui servaient à l'office et à l'horloge qui sonnait l'heure et la demi-heure.
Dans chacun des bras de la croix se trouvait une chapelle divisée en deux par des colonnettes de pierre et fermée par une balustrade de bois peinte en rouge. Celle de droite, dite de St-Thomas de Cantorbéry, avait un bénitier en cuivre. Le tombeau de l'autel était en pierre sculptée, le tableau formant retable et représentant la naissance de N. -S., était accosté de quatre pilastres de bois couronnés d'un cintre décoré d'une gloire ; à droite et à gauche de l'autel étaient deux statues en pierre de St-Thomas et de St-Blaise. La chapelle était éclairée par plusieurs fenêtres à 3 meneaux. On y voyait sur une lame de cuivre l'épitaphe de I). Le Coq, mort en 1020. Il est à remarquer que les chapiteaux des colonnes n'ont jamais été sculptés.
Les murs ont été utilisés comme clôture et arasés au bas des fenêtres sous un cordon de quatre-feuilles. On voit encore les restes d'une élégante piscine. Cette chapelle, attenante aux logements des
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moines, n'était pas détruite au moment de la révolution et plusieurs vieillards de Longues ont affirmé a M. Lambert y avoir entendu ou servi la messe. — On en a fait une boulangerie.
La chapelle de gauche, dite Verte, était complètement abandonnée.
Dans l'enfoncement on remarquait « un autel de pierre ne servant plus, au bout plusieurs canaux pour le service des fontaines de l'abbaye, au milieu un sépulcre de pierre représentant un abbé fort
ancien » Une partie était sans
pavage ; trois fenêtres éclairaient cette chapelle et une porte donnait accès à un petit caveau où l'on serrait le vin pour l'autel. Là aussi se trouvaient «d'anciens tombeaux de plusieurs seigneurs d'Argouges avec leurs armes et celles de plusieurs de leurs alliances, avec leur nom dessus et leur épitaphe autour » Une des pierres dont il
est ici question l, fut utilisée comme seuil à l'escalier de la grange commune K. En 1859, M. le comte Le Marrois la donna
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citation de MM. Lambert et de Caumont. Elle mesure 2m35 sur lm12. Le centre est occupé par sept écussons placés 2, 2, 2 et 1. Celui de la pointe est aux armes pleines des d'Argouges; ceux de droite, Le Molay-Bacon, Beaumont en la Hague, la Motte de Blagny, indiquent les fiefs venus par alliance aux d'Argouges ; les trois autres à gauche, Boussigmj, Pléville aux Malle-