DE MONSEIGNEUR L'ARCHEVÊQUE DE TOURS
Nous avons pris connaissance de Touvrage intitulé : Abbayes et Monastères , composé par M. Tabbé Bourassé, chanoine de notre cathédrale. Nous donnons notre entière approbation à ce livre. La lecture en sera agréable à ceux qui aiment les études religieuses, et servira à dissiper les préventions injustes de l'ignorance ou de la légèreté contre les institutions monastiques.
Tours, le 25 mars 1869.
f J.-HIPPOLYTE, Archevêque de Tours.
Les ordres monastiques ont été calomniés.
On a oublié les immenses services qu'ils ont rendus à la société chrétienne; comme si T ignorance ou F oubli pouvaient servir d'excuse à l'ingratitude.
Aux âmes viles la reconnaissance est un fardeau. Le souvenir d'un bienfait, comme le spectacle de la gloire, n'importune que les cœurs bas et envieux.
Que faut- il pour venger ou défendre victorieusement l'institut monastique? Une seule chose suflSt : le faire connaître.
En ces derniers temps les apologistes n'ont pas fait défaut; et la littérature religieuse s'est enrichie de plusieurs ouvrages remplis d'érudition et d'éloquence. Nous les devons à des auteurs dont le nom, le caractère , le génie , sont une autorité.
Venant après eux, et ayant essayé d'esquisser
légèrement l'histoire et les monuments de ces établissements illustres, l'honneur de l'Église, de la civilisation chrétienne et de la patrie, nous estimerions notre travail magnifiquement récompensé si nous réussissions à dissiper quelques préjugés, ou si nous décidions quelque esprit prévenu à étudier sérieusement cette grande œuvre du catholicisme.
Dans ces modestes pages, du moins, nous avons eu souvent l'occasion de témoigner notre vive admiration à la vue de sacrifices non moins héroïques que ceux des martyrs, et au spectacle de la plus noble émulation pour la pratique des conseils évangéliques. Chaque trait de la vie des saints du désert et du cloître est un acte sublime d'amour envers Jésus - Christ; c'est le triomphe de la sainte folie de la Croix, manifestée par une sorte de prédilectioo pour les humiliations, les souffrances, la mortification, le renoncement à soi-même, le mépris de toutes les choses terrestres.
En contemplant tant et de si extraordinaires merveilles de la grâce divine , qui éclate même dans les personnes les plus déhcates, quel chrétien ne sentirait son cœur s'éclairer et s'échauffer d'une étincelle du feu sacré de la charité divine?
Nous ravouerons, ce n'est pas sans tristesse que nous déroulons de nos jours les pages si glorieuses des annales monastiques. Combien d'abbayes célèbres sont maintenant en ruines, ou ont été complètement emportées 9 jusque dans leurs derniers débris, par le vent des révolutions! Heureusement, pour la consolation des coeurs fidèles, il en reste la mémoire, et la religion a rendu cette mémoire immortelle.
Au moyen âge, et à travers mille difficultés, l'action monastique s'est exercée avec énergie et persévérance; son influence est facile à constater dans tous les événements importants. Nous avons été forcé, dans cet ouvrage, on le comprend, de nous restreindre aux faits les plus saillants. Nous avons doue fait un choix ; et nous osons croire que ce choix , répondant à notre pensée , n'a pas trahi nos intentions : nous avons voulu, avant tout, en cette circonstance comme toujours, procurer la gloire de Dieu, l'exaltation de la sainte Église, l'édification et le salut des âmes.
Toutefois, afin d'exposer dans une juste mesure ce qui concerne l'institut monastique, nous avons jugé convenable de nous borner, dans ce volume, à l'histoire des abbayes et monastères d'hommes. Un autre volume sera spécialement consacré aux couvents de
femmes y sous ce titre : Sœurs des Anges, Histoire des abbayes et communautés religieuses de femmes.
Toute branche séparée du tronc se dessèche promptement et ne saurait porter de fruits. Nous avons été amené naturellement à constater que le tronc divin de l'Église communique seul la sève et la vie à tous les rameaux de l'arbre monastique. En dehors du Pontife romain, successeur de saint Pierre, Vicaire de Jésus-Christ, toute œuvre religieuse serait stérile : du Saint-Siège apostolique seul découle la bénédiction qui donne aux entreprises humaines la fécondité, la grâce et la sainteté.
Protestatio auctoris.
CUNCTA ROMANiE EcCLESI^ JUDICîO SUBJECTA SUNTO.