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CHAPITRE PREMIER

Le Syndicalisme

Son origine.

Qu’est-ce qu’un Syndicat ?

C’est la forme moderne qu’ont adoptée les ouvriers pour s’entendre et se grouper, afin de lutter contre leurs exploiteurs, en vue de défendre et d’améliorer leur situation matérielle et morale.

Très rapidement, jetons un coup d’œil sur les causes économiques qui incitent, qui obligent les ouvriers à se grouper.

Le salariat est, on l’a dit, la dernière forme de l’esclavage.

L’industrialisme s’est prodigieusement développé pendant le dernier siècle. Le machinisme a tant progressé, grâce à la vapeur et à l’électricité, les instruments de production se sont tellement accrus ei> perfectionnés qu’il en est résulté une perturbation gigantesque dans le monde du travail. En même temps de formidables organismes se sont institués au sein du Capitalisme. Le petit patronat d’autrefois a presque complètement disparu, pour laisser lu place à de toutes puissantes Compagnies anonymes dont chacune tient sous son autorité des milliers et des milliers d’individus de tout âge et de tout sexe.

L’exploitation prit de telles proportions qu’elle eut alors ce résultat : plus les capitalistes et les actionnaires y ga-

gnaient, plus les travailleurs, les producteurs souffraient. La situation de l’ouvrier devint atroce.

Autrefois, le maître tenait à son esclave qui lui procurait le nécessaire et le superflu. En échange, il lui donnait de quoi récupérer ses forces, le maintenait en bonne santé. En un mot, il tenait à ce que son esclave fut en bon état pour produire, afin de n’avoir pas besoin d’en acheter un autre. Plus tard, le seigneur tint à son serf qui cultivait ses terres et faisait valoir ses richesses. Aussi, il le protégeait dans les moments critiques et, tout en le pressurant, il tenait à lui, comme à son bien.

Aujourd’hui, le patron ne tient plus qu’à son matériel, à ses bestiaux. Quant à l’outil humain, l’exploité, il en a peu souci.

C’est que l’ouvrier est devenu un homme libre ! Libre, depuis la Révolution !

Libre de travailler ou de mourir de faim.

Libre de professer telles ou telles idées pourvu qu’elles ne déplaisent pas aux patrons ! Libre de nourrir sa femme et ses enfants... si son salaire le lui permet !

Les pays les plus riches en production sont des centres de misère horrible.

En France, par exemple, dans les contrées d’exploitation minière , comme le Nord et le Pas-de-Calais, les salaires sont aussi bas, la mentalité des travailleurs aussi pitoyable que le travail est dur : où les exploiteurs s’enrichissent le plus, les exploités sont les plus misérables et les plus asservis.

Que de lieux infernaux l’on pourrait

citer où la femme et l’enfant eux-mêmes sont encore exploités d’ignoble façon.

La Révolution française, en supprimant les « privilèges », n’améliora guère le sort des producteurs de toute la richesse sociale. Au contraire, elle édicta des lois interdisant aux ouvriers de se grouper pour la défense de leurs intérêts.

Ainsi, rien ne s’opposait à l’arbitraire exploitation des travailleurs et tout favorisait l’union des exploiteurs entre eux. Mais bientôt il y eut des velléités d’organisation et de résistance parmi les ouvriers. Ceux-ci avaient compris qu’à la force organisée de ceux qui profitaient de leur travail, devait nécessairement répondre la force organisée des exploités.

C’est ainsi qu’aux Sociétés d’actionnaires, qui étaient des Syndicats d’intérêts patronaux tendant à faire produire le plus possible pour le moindre salaire, vinrent s’opposer les Sociétés de résistance aux exigences patronales, les groupes de défense des salaires ou Syndicats d’intérêts ouvriers tendant à obtenir le meilleur salaire pour le ,moins de travail possible.

Les régimes politiques différents, les gouvernements se sont succédés pendant plus d’un siècle, mais aucun ne fit plus que son devancier en vue du bienêtre et de la liberté des ouvriers des villes, des travailleurs des champs et de la mer. L’ignorance et la résignation du Peuple expliquent l’indifférence des gouvernants à son égard.

Pourtant, sous la poussée des idées et des revendications sociales, et plus encore sous la poussée de la misère, croissante avec le progrès de l’outillage et de la surproduction, il y eut en France des Révolutions politiques, des émeutes populaires dans les faubourgs des grandes villes.

Enfin, les Syndicats ouvriers se constituèrent en France, malgré les lois d’oppression ouvrière. Ils prirent une telle •extension vers la fin du dix-neuvième siècle que, n’osant plus tenter leur destruction, les législateurs durent les sanctionner en les réglementant.

Mais bientôt, devant la multiplication des Syndicats, des facteurs de division et de déviation se remarquèrent parmi eux. Mutualistes, d’une part, politiciens, d’autre part, se disputèrent la direction des Syndicats. Les mutualistes tentaient de faire des Syndicats des instruments de paix sociale. Les politiciens voulaient les faire servir à leurs intérêts électoraux. D’une façon comme de l’autre, ■c’eut été la fin du principe syndical, s’il ne s’était trouvé des hommes pour arracher le Prolétariat à ces dangers, qui ne sont pas encore disparus.

En ces dernières années, l’organisation syndicale s’est affermie. La lutte sur le terrain économique est de tous les jours. Les améliorations désirées se précisent et elles s’acquièrent à peu près toutes par l’action directe.

Un syndiqué sait aujourd’hui, qu’en principe, une amélioration n’est réelle pour les exploités que si elle est prise au préjudice direct des exploiteurs, sans

qu’il y ait répercussion du préjudice sur les ouvriers consommateurs.

Les augmentations de salaires ne sont rien si elles ne correspondent à des diminutions d’heures de travail.

Le salaire est chose relativement secondaire, puisque les vivres, les vêtements, les loyers sont toujours augmentés en proportion des salaires. Il arrive même que tout augmente, sauf les salaires : c’est alors que le Syndicat est utile pour les faire augmenter.

En revanche, la diminution des heures de travail, c’est l’acquisition indispensable d’un peu de mieux-être, d’un peu de liberté, d’un peu de bonheur.

Quant aux lois ouvrières dont on parle tant — surtout aux époques d’élection — elles sont un leurre, si le Peuple ne compte que sur sa souveraineté dérisoire pour les obtenir. Les lois ouvrières ne sont rien si elles ne sont pas 1?

sanction d’améliorations déjà acquise^ si elles ne sont la consécration de faiL passés dans les piœurs et coutumes des ouvriers.

C’est ainsi que se justifie en se confirmant, la fameuse maxime de l’Internationale :

« L’Emancipation des Travailleurs ne sera l’oeuvre que des Travailleurs euxmêmes ! »

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