CONCLUSION
Le groupement des individus s’il n’était un besoin qui se ressent, se raisonnerait ainsi : Chaque individu tend à satisfaire tous ses besoins. Nos besoins primordiaux sont naturellement ceux qui, satisfaits, conservent, entretiennent et rendent la vie possible, sinon agréable. C’est le travail, sous toutes ses formes, qui produit le nécessaire pour les uns et le superflu pour les autres, alors que tous les hopimes ont naturellement un droit égal de consommation.
Pourquoi cette inégalité ?... On le sait..
- - Comment la faire cesser ? Par l’entente des producteurs qui ne consomment presque pas, contre les parasitesqui consomment jusqu’à-l’excès et accaparent abusivement.
Ceux qui volent et accaparent les produits du travail des autres, s’associent, pour cela. Ils ont depuis longtemps unila force à la ruse pour s’imposer aux faibles et aux ignorants, aux timides et aux soumis. Mais, dès que ceux-ci ont su s’entendre et se grouper pour la résistance, ça été la déclaration de guerre sociale telle que nous la vivons.
Asservis et exploités, les travailleursse sont groupés pour se défendre d’a bord, pour s’affranchir ensuite. Le groupement le plus conforme aux aspirations, ouvrières, c’est le Syndicat. Il est celui qui donne le mieux aux prolétaires la conscience de leur droit à la vie, et la conscience de leur force pour l’acquérir.
Nous avons vu comment le groupement syndical en est arrivé à la forme actuelle. Nous savons que les syndiqués en France, réunis par la G. G. T., ont tous pour but : la suppression du Patronat et du Salariat. Mais, nous savons aussi, qu’ils marchent vers ce but par des voies différentes, avec des vitesses inégales.
Les uns — les Syndicats légalistes — sont restés selon l’esprit de la loi de 1884 ; les autres — les Syndicats révolutionnaires — ont heureusement dépassé cet esprit et ont agi comme s’ils ignoraient cette loi. Ces derniers serontils arrêtés dans leur développement ?
La loi s’opposera-t-elle à leur transformation selon les circonstances sociales ?
Fera-t-elle obstacle sur la route de leur destinée ? C’est à prévoir et non à craindre. Selon l’élan donné par la masse ouvrière aux idées syndicales, la loi se fera peut-être souple, si elle n’a rien de mieux à faire pour s’opposer à l’évolution syndicale que d’évoluer elle-même.
Le syndicalisme voit plus loin, vise plus haut qu’aux simples améliorations corporatives.
Sans négliger l’obtention de résultats immédiats, il est bien plus préoccupé de l’éducation sociale des syndiqués et de leur entraînement par l’action. La diminution des heures de travail paraît au Prolétariat plus utile que l’insigniïfîante hausse des salaires, à laquelle
correspondra toujours la majoration des choses indispensables à la vie ; — il se moque du bluff ,qu’est l’impôt sur le revenu — dont rentiers, capitalistes, propriétaires et patrons sauront bien se rattraper sur lui d’une façon ou d’une autre, en y gagnant encore ; — il se défie de la crapuleuse chinoiserie des caisses de secours ou de retraites, qu’alimenteront les retenues ouvrières dont bien peu bénéficieront après avoir versé toute leur vie;
— il sait ce que vaudra l’arbitrage obligatoire dans les grèves qui refroidira tout l’enthousiasme des grévistes, leur retirera toute énergie et permettra l’arrestation des militants syndicalistes capables de communiquer l’esprit de révolte aux ouvriers craintifs et résignés.
— Il sait se faire une idée de ce que seront les lois ouvrières à faire en sa faveur ( !) par ce que sont celles en cours d’application (1). Toutes les lois sont faites en faveur de quelques privilégiés;
(1) Un coup d'œil rapide sur les principales lois ouvrières : La loi de 1884 sur les Syndicats n'est pas autre chose que la permission donnée aux ouvriers de se syndiquer lorsqu'ils le sont. Cette loi pensait canaliser 1 action ouvrière; elle n’y a pas réussi. — La loi de 1898 sur les Accidents du Travail qui-s'élabora en 18 années est si bien laite, si utile à l'ouvrier, si compréhensible qu'il faut l'expérience et le dévouement des militants syndicalistes pour que les victimes d’accidents du travail ne soient pas aussi celles des agents véreux et des médecins d’assurances. — La loi sur la Prud'homie , n'empèche pas le patron condamné à payer ce qu’il doit à son ouvrier à recourir, par demande reconventionnelle, au Tribunal Civil qui lui donne toujours raison. Si le juge de paix intervient, c'est rarement en faveur de l’ouvrier ou de ses ayants droit. — La loi d'interdiction du travail de nuit aux femmes et aux enfants est appliquée partout... sauf chez les patrons qui demandent et obtiennent des dérogations à la loi, selon leurs besoins, ou qui la violent aisément grâce à la corruption facile des inspecteurs du travail. — Les résultats sont identiques pour la loi de dix heures et pour toutes les autres.
GO
lorsqu’elles semblent être pour l’ouvrier, le patron sait les violer impunément ou passer outre.
Par le syndicalisme moderne, les travailleurs comprennent que leur indépendance et leur dignité consistent à se défier, à dédaigner, à mépriser toutes les avances, toutes les libéralités, qui ont une source étrangère à celle de l’effort des syndiqués ou de la solidarité ouvrière.
Par le syndicalisme révolutionnaire, les prolétaires organisés sur le terrain économique ne comptent plus que sur leurs propres forces d’éducation, d’organisation et d’action pour obtenir des patrons et dirigeants les satisfactions immédiates qu’ils réclament. Ils n’ont plus aucune foi dans les réformes parlementaires. Ils prennent trop conscience que leur salut est en eux pour se laisser séduire par les phrases démagogiques des professionnels de la politique ou par les intellectuels même démocrates.
Les plus belles théories sur la lutte des classes pâlissent auprès de l’essentielle action de classe qu’est la lutte syndicale et révolutionnaire des ouvriers contre l’exploitation.
Si par leur éducation syndicale, les travailleurs ont pu, selon la belle expression de Fernand Pelloutier, « acquérir la science de leur malheur » ; ils ne compteront réellement que sur eux-mêmes pour y mettre fin.
Tout ce qui ne peut ni justifier, ni maintenir l’Etat; tout ce qui ne peut ni
renforcer l’Autorité, ni perpétuer l’iniquité sociale peut tendre à la suppression du Patronat et du Salariat.
Nous avons essayé de démontrer que le syndicalisme devait et pouvait être cela.
C’est aux sincères et aux désintéressés de la classe ouvrière qu’il appartient do se mettre plus que jamais à l’œuvre pour le prouver.
L’avenir est aux plus forts... donc il doit être à eux.
L’organisation ouvrière en France n’est pas complète, n’est pas parfaite, c’est entendu. La C. G. T. n’unit pas encore entre elles toutes les corporations.
Tous les travailleurs de partout n’ont point encore compris combien serait redoutable aux exploiteurs, aux parasites et aux gouvernants leur formidable union. Cependant, ouvriers des villes, ouvriers des champs, ouvriers de la mer, ouvriers de la mine et fonctionnaires de /Etat se donnent aujourd’hui la main et marchent vers leur émancipation.
Jamais la situation ne s’était montrée aussi merveilleusement favorable à la possibilité et au succès d'une Révolution.
Que l’armée, où sont nos fils, nos frères et nos amis, soit avec nous, que les soldats aient une conscience et nous n’aurons plus qu’à oser pour atteindre le but qui est : la main-mise sur tous les moyens de production par la classe ouvrière organisée et associée dans la Confédération Générale du Travail.
Georges Yvetot.