ACTION DIRECTE
Propagande, Boycottage, Sabotage,
Grèves partielles, Grève générale, Antimilitarisme.
L’action directe est celle qui, en dehors de tout secours étranger, sans compter sur aucune influence du Pouvoir ou du Parlement, est exercée par les intéresés eux-mêmes dans le but d’obtenir .satisfaction d’une façon partielle ou complète, mais définitive.
Les résultats sont toujours plus durables et toujours meilleurs s’ils dépendent absolument de la pression ouvrière spontanée ou méthodique sans le concours de personnes interposées.
Il est bien inutile de rappeler les déboires et les désillusions de ceux qui ont sincèrement compté sur l’action parlementaire. La façon dont sont appliquées les lois ouvrières suffit à éclairer les travailleurs. Ils savent le nombre d’années nécessaire à l’élaboration et à la promulgation d’une loi lorsqu’elle n’est pas au complet avantage de la bourgeoisie. Ils savent aussi quelles subti-
lilés trouvent les employeurs pour détourner ou bénéficier d’une loi qui semblait être faite en faveur de leurs exploités. Il n’en reste bien souvent que le souvenir des belles promesses des candidats et des élus. Enfin, les travailleurs se laissent moins prendre au trompe-l’œil que sont encore les lois actuellement en élaboration. Gomme leurs devancières, ces lois à venir seront une dérision. Leur texte promettra pompeusement merveille aux travailleurs, mais ces promesses se perdront dans le « maquis de la procédure » au moment de leur application. Une loi supposée bienfaisante — n’a aucune portée si les ouvriers sont incapables de la faire appliquer. S’ils sont capables de faire appliquer une loi améliorant leur sort, les travailleurs sont capables d’ac quérir ou d’imposer cette amélioration sans loi. S’ils ont reçu l’éducation syndicale ils ne perdront pas leur temps à attendre qu’on leur donne législativement ce qu’ils peuvent prendre ou imposer par l’action directe. Par des moyens simples et énergiques, ils exigeront de leurs patrons de meilleures conditions de travail.
Avec l’Action Directe, les beaux parleurs de la politique ne réussissent plus à leurrer les travailleurs. Leur dangereux concours n’est plus sollicité par les grévistes.
On n’est jamais si bien servi que par soi-même.
Nous n’avons pas à rechercher l’origine des mots : Action Directe. Cette action fut de tous les temps, dès que
dans leurs luttes, les opprimés s’opposèrent aux oppresseurs et les exploités aux exploiteurs.
En un mot. l’action directe c’est l’action puissante et efficace, nous le répétons à dessein, exercée par les ouvriers eux-mêmes sur les exploiteurs ou sur les gouvernants qui les protègent.
Sous ses formes diverses l’action di recte peut être individuelle ou collective. Au point de vue syndical, elle est l'une et l’autre. En tout cas elle est une des meilleures preuves de vitalité du prolétariat organisé.
Quelques exemples.
L’action directe varie selon les circonstances. Selon les métiers, l’imagination, l’initiative des travailleurs trouvent chaque jour de nouveaux moyens.
En principe, l’action directe exclut tout souci de légalité. La légalité n’estelle pas faite par les bourgeois et à leur profit ?
L’ouvrier qui réclame des lois, qui espère en elles, est comme un chien qui réclamerait des coups de fouet.
L’action directe consiste à faire céder le patron par la crainte ou par l’intérêt.
Par exemple, les ouvriers coiffeurs syndiqués firent de l’action directe en faisant respecter le repos hebdomadaire par le badigeonnage au potassium des devantures des boutiques des patrons récalcitrants
Les ouvriers boulangers firent de l’action directe aussi en faisant appliquer la loi sur les bureaux de placement pa^ la mise à sac de quelques-uns de ces bureaux restés ouverts. Ils firent encore de l’action directe en cassant quelques g] aces aux devantures des boulangeries qui ne voulurent pas appliquer le repos hebdomadaire comme le réclamaient leurs ouvriers.
Mais les patrons boulangers, pour lesquels la police fut aussi aveugle et tolérante, qu’elle fut éclairée et brutale pour les ouvriers, les patrons boulangers firent de l’action directe aussi contre certaines boulangeries du quartier de Grenelle, à Paris, en les saccageant et en jetant à lar ue le pain emplissant les boutiques, parce que les patrons de ces boulangeries avaient été réfractaires à la décision patronale qui devait contrecarrer celle des ouvriers
Bien entendu, les journaux firent grand bruit de ces faits de violence patronale, mais ils ne furent pas unanimes à les flétrir comme ils le sont quand il s’agit des ouvriers. Gomme la police et la magistrature, la presse n’avait de sévérité que pour l’action directe des ouvriers, imitant l’exemple de leurs exploiteurs. Pour celle-là seulement on réclamait des rigueurs répressives.
Paut-il citer aussi l’action directe accomplie par les dockers de Cette.
Les dockers du port de Cette obligèrent les patrons à signer une convention de diminution d’heures de travail par le moyen suivant :
« Chez eux, les patrons avaient obligé
les ouvriers à venir discuter la convention pensant les influencer et les rouler pour terminer la grève.
« Les délégués du Syndicat se rendirent à l’invitation au petit nombre convenu. Mais c’étaient des gars solides et décidés. Leur contact ne plaisait guère aux exploiteurs qui pensaient finir vite en les étourdissant de promesses, en les subjugant d’intimidation.
« Après un bon moment de discussion sérieuse sans résultats, les patrons voulaient congédier leurs invités, mais ceux-ci, ayant verrouillé les portes, déclarèrent aux patrons qu’ils étaient décidés à rester avec eux jusqu’à ce qu’ils aient apposé leurs signatures sur la convention, telle que la désiraient les ouvriers.
< Et les délégués ouvriers commencèrent à fpmer, à parler, à chanter, comme s’ils étaient à l’estaminet pour fêter un retour ou un départ d’amis.
« En présence d’une aussi énergique attitude, las et apeurés, les patrons-signèrent piteusement tout ce que voulu rent les ouvriers et firent honneur à leurs signatures.
« Ces patrons avaient eu affaire à des hommes. »
L'action directe comporte aussi le sabotage.
Que n’a-t-on pas dit et écrit sur le sabotage ? En ces derniers temps, la presse bien pensante s’est appliquée à en dénaturer le sens. Heureusement, divers écrits des militants syndicalistes
ou leurs déclarations devant les tribunaux ont rétabli le sens exact du sabotage ouvrier, qui ne doit pas être confondu avec le sabotage patronal.
Chez le patron, le « sabotage » s’attaque au public, par la falsification des denrées, la fraude des vins, la mauvaise qualité des matières premières nécessaires aux travaux d’utilité publique. Il faudrait un volume pour énumérer les vols, les escroqueries, les fraudes, les malfaçons dues à la crapulerie et à la rapacité des patrons. De nombreux procès récents, de graves affaires de marchandages, des tripotages honteux ont montré combien peu les exploiteurs et les commerçants ont le souci de la santé du public et de son intérêt Au point de vue militaire, les mêmes crimes des gros fournisseurs ont montré quel était le patriotisme de ces marchands. Ce qu’on ne sait pas, c’est le nombre de scandales étoulfés par la seule puissance du jour : l’argent
Le « sabotage » ouvrier, contre lequel les journaux ont saboté le jugement du public, contre lequel les juges ont saboté la justice et l’équité, est tout autre.
Il consiste d’abord, pour l’ouvrier, h donner son travail pour le prix qu’on le paie : à mauvaise paie, mauvais travail.
L’ouvrier pratique assez naturellement ce système. On pourrait même dire qu’il est des travailleurs qui le pratiquent inconsciemment, d’instinct. C’est sans doute ce qui explique la mauvaise qualité et le bon marché de certains produits. On dit couramment d’un mauvais produit
vendu très bon marché : c’est du travail qui sort des prisons.
Mais le « sabotage » est parfois praticable d’une façon assez paradoxale. Par exemple, un employé de commerce, un garçon de magasin est un employé fidèle s’il soutient bien l’intérêt de son patron ; et souvent cet intérêt consiste à tromper, à voler le client. Pour saboter, cet employé n’aurait qu’à donner la mesure exacte au lieu de se tromper de mesure aux dépens du client et à l’avantage du patron, com,me il fait d’habitude. Une demoiselle de magasin n’aurait qu’à vendre un mètre exact d’étoffe ou de ruban, au lieu d’en donner, comme à l’ordinaire, 90 ou 95 centimètres pour un mètre.
Ainsi, pour certains ouvriers, il leur suffirait d’être honnêtes avec le consommateur, scrupuleux avec le client, pour saboter l’intérêt patronal.
Ils sabotent, et ils ont raison, ceux qui, ayant fabriqué un mauvais produit, dangereux à la consommation, en préviennent les consommateurs.
— Ils sabotent, et ils ont raison, les travailleurs qui, voyant l’indifférence du patron enrichi par leur travail, n’ont pas plus d’égards pour son matériel que cet exploiteur n’en manifeste pour leur senté.
— Ils sabotent, et ils ont raison, cem:
qui versent aux consommateurs la véritable boisson demandée au lieu de la boisson frelatée sur laquelle il y a gain de cent pour cent,
— Ils sabotent enfin, et ils ont raison, ceux qui, comme nos camarades bou-
langers, défendent leur pain et leur salaire, en sachant rendre inutilisables, en temps de grève, le four ou le pétrin où le patron escomptait les remplacer par des jaunes ou par des soldats.
Le « sabotage » intelligent de l’ouvrier s’attaque en général à l’intérêt direct de l’exploiteur. Il est de bonne guerre; il est défensif; il est une revanche.
Le « sabotage » patronal s’attaque 'seulement à l’intérêt du public, sans distinction. Il est toujours nuisible et bien souvent criminel puisqu’il attente à la santé, à la sécurité, à la vie du public.
La confusion n’est pas possible.
Ce qu’on peut dire du «sabotage)), ■c’est qu’il est moins franc que « l’action directe ». Nous ne lui en faisons pas un grief, il est la ruse de guerre, voilà tout !
Le sabotage est donc de l’action directe, puisqu’il s’attaque au patron sans l’intermédiaire de personne. Le « sabotage » est l’action directe qui peut s’exercer dans les moments de paix relative entre le Patronat et le Salariat, comme en temps de grève ou de conflit.
L’action directe comporte le boycottage.
Parmi les formes diverses sous lesquelles se manifeste l’Action directe, le boycottage est de celles qui se mettent le plus souvent en pratique parmi les «ouvriers, syndiqués ou non
Le t rme boycottage vient de la mise à l’index par les ouvriers d’un certain propriétaire irlandais du nom de Boycott, qui dut abandonner son bien devant
]e refus des ouvriers de le mettre en valeur.
Parmi les moyens de lutte mis en pratique par les Syndicats ouvriers, s’il en est un que tous acceptent, c’est le boycottage ou mise à Vindex d’un produit, d’une maison, d’un patron, d’un contremaître ou même de certains ouvriers.
Le système du boycottage est varié suivant les circonstances et suivant les corporations. Son application a quelquefois besoin de faire appel au public.
Go moyen n’est pas le moins efficace (1).
Par exemple, un grand magasin refuse à ses employés le repos hebdomadaire ou les maltraite et les paie mal.
Alors le Syndicat des employés de la localité, ou mieux encore, l’Union locale prévient le public par affiches ou par circulaires qu’il y a danger à se faire servir à tel moment où les employés devraient être de congé. Le patron du magasin voit aussitôt sa vente diminuer et ses employés se tourner les pouces dans le magasin vide de clients. Il comprend et, dans son intérêt, accorde ce qui. lui est demandé.
D’autres fois,, par solidarité, les ouvriers des autres corporations s’entendent pour ne plus acheter dans telle maison de commerce, pour n’être plus les clients de tel fournisseur parce que celui-ci se montre l’adversaire de la classe ouvrière.
(1) Un des moyens de « boycottage » est le relus du Label. En refusant le Label à ceux qui se l'ont reconnaître par cette marque syndicale on indique assez le « boycottage» de ceux-là à tous les ouvriers syndiqués. (Voir page 62.)
Il est d’autres moyens de boycottage qui dépendent surtout de l’initiative des ouvriers et qui varient suivant les milieux et les événements. C’est à chacun d’eux de faire pour le mieux, sans inutiles scrupules d’honnêteté déplacée.
L’action directe comporte l’agitation dans la rue, comme pression extérieure sur le Gouvernement, soutien du patronat.
La classe ouvrière fait de l’action directe, lorsque par son organisation syndicale, elle est assez forte pour imposer au patronat les améliorations qui correspondent aux décisions prises dans les Congrès corporatifs. Elle en fait aussi lorsqu’elle oblige pareillement le Parlement à voter une loi plus ou moins utile à la classe ouvrière, ou à en abroger une qui lui est néfaste.
C’est ainsi que par l’agitation sans cesse renouvelée des corporations intéressées et des ouvriers qui se solidarisent avec elles, on fit voter la suppression des bureaux de placement. C’est au moment du massacre qui eut lieu l’après-midi du 29 octobre 1903, à la Bourse du Travail de Paris, que fut déposée et votée presque sans discussion cette loi de suppression des bureaux de placement qui dormait dans les cartons depuis longtemps.
Mais il est nécessaire de ne pas oublier que l’action directe faite en vue de l’application ou de l’abrogation d’une loi ouvrière, aura été complètement inutile si une action directe incessante ne
s’exerce pour que subsistent les avantages conquis.
La grève est aussi de Vaction directe.
C’est bien aussi une forme de l’action directe que la grève partielle. Car elle n’est pas seulement la « guerre des bras croisés ». Ce serait naïveté de le croire.
La grève, c’est la phase aiguë de la lutte ouvrière ; c’est un épisode de la guerre sociale.
Les motifs de grèves partielles sont presque toujours des revendications corporatives : augmentation de salaire; diminution d’heures de travail; suppression d’amendes; respect des droits syndicaux, etc. Elles ont parfois pour cause une révolte de la dignité ouvrière contre un abus patronal ou directorial, contre la conduite d’un contremaître ou le contact obligatoire de jaunes. Enfin, elles peuvent être provoquées par un mouvement do simple solidarité avec un camarade victime d’un abus d’autorité, ou de ses convictions, ou de son militantisme.
Quelle que soit la cause d’une grève partielle, elle est toujours légitime parce que les ouvriers en grève, ne le sont pas pour le plaisir de se priver du nécessaire.
La grève n’est donc pas un sport agréable, comme le prétendent quelques journalistes à la solde des bourgeois. Et les militants courageux qui sont appelés à soutenir les grévistes ne sont pas des meneurs qui ne risquent rien et n’ont que profits à préconiser la violence. Or-
dinairement, ils sont là pour faire des conférences aux grévistes et donner des conseils pratiques pour la réussite de la lutte entreprise. Ils organisent, ils éduquent. Si, parfois, dans des moments d : avachissement, de découragement, de lassitude d’une majeure partie des grévistes, et par crainte qu’aient été stériles les efforts accomplis, les privations subies, les militants ouvriers sont obligés de fouetter un peu, de leur parole entraînante et persuasive, l’énergie de ceux qui les écoutent, ils ne préconisent aucune violence directe, sans se mettre aussitôt à l’œuvre eux-mêmes. Des paroles, ils passent aux actes, les premiers donnant l’exemple.. S’ils sont parfois les conseilleurs, ils sont souvent les 'payeurs.
La grève, qui ne fut prévue par aucun code est passée dans les mœurs bien avant que le législateur ait songé à la réglementer. Elle est une phase aiguë de l’exaspération ouvrière ; elle est la forme actuelle de résistance à l’oppression de la classe dominante.
Cette révolte collective était mise en pratique, bien avant que ne fonctionnent les Syndicats.
Mais, depuis le développement de ceux-ci, au lieu d’être spontanée, la grève est réfléchie, préparée, déclarée au bon moment, c’est-à-dire au moment le plus avantageux pour les ouvriers et le plus désastreux pour les patrons. De ce fait, aujourd’hui, la grève a beaucoup plus de chances prévues de réussite qu’autrefois. On peut escompter ce qu’elle durera, ce qu’en souffriront les
patrons et pour quels motifs ils capituleront.
Il est vrai qu’autrefois, les ouvriers comptant moins, agissaient davantage et les grèves étaient moins longues parce que plus énergiques.
Encore de nos jours, plus les grévistes sont énergiques, plus brève est la lutte, plus hâtifs sont les résultats.
De plus, l’organisation syndicale, en outre qu’elle facilite les versements de fonds de la solidarité ouvrière, a encore innové la superbe organisation des soupes communistes. Puis est venue l’initiative si belle de l’exode des enfants des grévistes chez les travailleurs de différentes localités. Ce sont là des faits touchants et qui prouvent vraiment que le sentiment, le dévouement ne sont pas chez les ouvriers du cabotinage comme chez les bourgeois. Les actes de solidarité ouvrière, comparés aux actes de charité bourgeoise, sont rassurants. Non, l’ouvrier n’est pas une brute, puisqu’il sait si bien souffrir sans perdre de vue son idéal d’affranchissement.
Voilà les pensées que nous donnent ces longues grèves avec leurs péripéties.
Mais cela ne nous empêche pas de voir et de comprendre qu’il y a mieux à foire que du sentiment pour transformer cette dernière forme d’esclavage qu’est le salariat.
Nous sommes partisans de l’action énergique, mais nous aimons à ce qu’elle soit prudente et réfléchie, en un mot, consciente.
Malgré tout, la grève partielle est un entraînement, une gymnastique salu-
taire qui aguerrit le prolétariat en vue d'une lutte suprême qui sera la grève générale révolutionnaire. Les grèves partielles, de mieux en mieux organisées, de plus en plus énergiques, de plus en plus généralisées nous font espérer le mouvement formidable qui mettra debout le prolétariat conscient en face de l’exploitation.
Un systèpie de grève peu banal, c’est celui qui consiste, pour les grévistes, à ne pas sortir de l’usine et à refuser l’accomplissement de tout travail, comme le firent les ouvriers du gaz de Bordeaux.
Outre le spectacle aimable d’ouvriers à l’étau ou à l’établi, les bras croisés et le sourire aux lèvres, ce moyen offre l’avantage d’empêcher le patron de faire entrer clandestinement ceux qui sont prêts à trahir leurs camarades. On peut alors, à l’atelier, distinguer de suite les faibles d’esprit, susceptibles de devenir des jaunes. S’ils ne cessent le travail, on les voit, on leur parle; et s’ils sont trop têtus ou trop vils pour comprendre quel tort ils font à la classe ouvrière en ne se solidarisant pas dans la lutte, on leur apprend qu’il, y aura des moyens plus touchants de les attendrir.
On a vu les effets et la panique causée par chacune des différentes grèves partielles assez généralisées pour affoler sérieusement la bourgeoisie. Qu’on se souvienne de la grève des Inscrits maritimes; de la grève des mineurs; de la grève des électriciens, etc.
Cela nous donne assez bonne idée de la possibilité de la grève générale et nous permet d’en parler un peu comme d’une chose susceptible de s’accomplir uu jour ou l’autre.
Si une grève partielle n’a de chance de réussir que par la solidarité effective et la participation réelle de la majorité des membres de la corporation, une gîève générale ne réussira que par la participation au mouvement de grève générale des corporations les plus utiles, les plus indispensables comme celles des transports, des mines, de l’éclairage, d a l’alimentation, etc.
A ce point de vue, les Unions locales ou départementales montrent combien est grande leur utilité.
Disons-le de suite, pour ne point faire de dupes sentimentales : la grève générale ne peut pas être pacifique, car, fûtelle possible, cette grève pacifique se verrait de suite en face du gouvernement qui, pour sauver l’ordre social bourgeois menacé, établirait la terreur, organiserait la répression.
D’ailleurs la nécessité d’assurer sa vie, de combattre la répression terrible qui s’organiserait rapidement et sûrement, vient s’ajouter à la logique urgence de *3 a violence.
La grève générale sera donc violente, •c’est pourquoi elle transformera, c’est pourquoi elle sera la Révolution sociale.
Il nous est impossible de dire ce que nous pensons de la grève générale et comment nous imaginons son accomplissement. Ce serait long et subversif,
Nous n’avons pas la place nécessaire et nous ne désirons pas être encore enfermé pour le plaisir de répéter plus ma) ce que d’autres ont très bien dit et très bien écrit.
Cependant qu’il nous soit permis le faire observer que nous croyons beaucoup à l’elTicacité sans pareille de la propagande antimilitariste en cette circonstance (1).
Le principal obstacle à la Révolution,, c’est l’armée.
Aussi, les Syndicats ouvriers n’ont pas négligé la propagande antimilitariste et la Fédération des Bourses du Travail,, avant de devenir section de la C. G. T., avait, dans ses Congrès, préconisé cette salutaire forme de propagande. Elle édita, par exemple, une brochure intitulée : Le Nouveau Manuel du Soldat (2).
qui eut un succès retentissant et se IR encore beaucoup parmi les jeunes gens de la classe ouvrière.
Chaque année, La Voix du Peuple, organe de la C. G. T., publie des numéros spéciaux illustrés à chaque occasion :
Conseil de révision, Départie la classe , 1 ' Mai .
(1) Lire le discours de Briand sur la Grève générale.
(2) Le Nouveau Manuel du Soldai, en trois' ans, fut répandu partout, il a atteint le tirage formidable de deux cent mille exemplaires. Un procès dont l’instruction traîna pendant un an, se termina par un acquittement du signataire devant la Cour d’Assises de la Seine. Il faillit diviser entre eux les socialistes à leur Congrèsde Bordeaux. Il eut les honneurs d’une interpellation à la Chambre II se vend actuellement encore a la librairie de la C. G. T. Nous souhaitons même succès à» toutes nos brochures de propagande.
Les militants syndicalistes devant las tribunaux ont proclamé leurs convictions ant imilitaristes et antipatriotique s •et ont souvent payé de leur liberté ce crime d’opinion.
Cependant l’idée marche. Les crimes gouvernementaux de ces dernières années où l’armée se distingua en fusillant les ouvriers à Four,mies, Chalon, La Martinique, Limoges, Nantes, Narbonne, Raon-l’Etape, etc., ont ouvert les yeux aux plus aveugles. Quand le gouvernement n’emploie pas l’armée à rem placer les grévistes, il fait des soldats •des massacreurs d’ouvriers.
D’autre part, l’internationalisme des patrons, l’exploitation honteuse de l’ouvrier étranger, l’accord des gouvernements pour réprimer toutes les révoltes ouvrières ont bien suffisamment fait comprendre aux ouvriers qu’ils sont bons à s’entretuer pour le plus grand profit des capitalistes, des gouvernants, des exploiteurs.
L’ouvrier sait aujourd’hui qu’il n’a rien à défendre si ce n’est le maintien de son asservissement, de sa misère, de son martyre.
Il y a longtemps qu’il a fait sienne les deux formules théoriques de Karl Marx :
L'ouvrier n’a pas de patrie. .. Travailleurs de tous pays unissez-vous. Le Syndicat l’a fait assez conscient pour mettre. en pratique ces deux raisonnables et logiques formules.
Il y a déjà plusieurs années que Syndicats et Fédérations ont eu l’initiative d’établir des relations pratiques entre leé ouvriers devenus soldats et leurs cama-
rades, les travailleurs restés à l’atelier, à la mine, aux quais, aux champs et sur la mer.
Les plus réformistes des organisations ouvrières, comme les révolutionnaires instituèrent des Caisses du Sou du Soldat.
Les Bourses du Travail, sur l’initiative de la Section des Bourses , engagèrent les soldats à venir consulter leurs bibliothèques, fréquenter leurs cours professionnels et assister aux réunions de propagande syndicale, aux conférences philosophiques et sociales, aux séances récréatives et d’éducation artistique et sociale.
En un mot, tout est fait pour que les soldats n’oublient pas leurs frères efc qu’ils trouvent partout un réconfort matériel et moral à la vie de caserne.
Loin de diminuer, cette action pratique de propagande doit s’intensifier.
Nous ne croyons pas que les camarades soldats, en période de grève partielle on de grève générale seraient hésitants dans l’accomplissement de leur devoir d’how mes conscients.
Le Congrès corporatif d’Amiens adopta l’ordre du jour suivant qui est on ne peut plus significatif en ce sens :
« Le 15 e Congrès national corporatif des Syndicats français (C. G. T.) tenu à Amiens, en octobre 1906, affirme que la propagande antimilitariste et antipatrio • tique doit devenir toujours plus intense «et toujours plus audacieuse.
« Dans chaque grève, l’armée est pour le patronat ; dans chaque conflit euro • péen, dans chaque guerre entre nations
ou coloniale, la classe ouvrière est dup'îet sacrifiée au profit de la classe patronale, parasitaire et bourgeoise.
« C’est pourquoi le 15 e Congrès approuve et préconise toute action de propagande antimilitariste et antipatriotique, qui peut compromettre seulement la situation des arrivés et des arrivistes de toutes classes et de toutes écoles politiques. »
Un tel ordre du jour nous dispense de nous étendre davantage sur ce sujet (1).
Les ouvriers savent ou commencent a s’apercevoir que, sous le mensonge patriotique, leur vie est toujours sacrifiée au profit du capital. S’ils veulent cesse"* d’être chair à patron, ils veulent également ne plus être chair à canon.
S’ils ont à sacrifier leur vie, ils ne veulent plus que ce soit au profit des financiers, des gouvernants, des galonnés, des bourgeois. Le syndicalisme fera des hommes capables de mourir pour une idée d’affranchissement humain et non pour la Patrie. L’ouvrier n’a pas de patrie I
(1) Ajoutons encore que le Congrès national de Marseille porte à son ordre du jour, comme première question : « L'Antimilitarisme, attitude des ouvriers en cas de yuerre ».
Cette question fut portée au premier plan des discussions du Congrès de Marseille par la majorité des organisations syndicales de France, par voie de referendum. (Note de la 2 e édition.)