HISTORIQUE
Les abcès de l’utérus n’ont été bien étudiés qu’assez récemment. Delbet en 1889 allait même jusqu’à les nier. Les observations publiées avant cette date étaient, dans l’ensemble, assez peu précises, et il y avait risque de confusion avec les autres abcès du pelvis. Néanmoins, dès 1643, Guillemeau publiait une première observation, suivi en cela par différents auteurs, parmi lesquels Portal (1803), Gendoin (1805), Jacobi (1836) et surtout Lisfranc et Chassaignac (1859), Jaxinger (1869) et J.C. Championnières en 1870.
- En 1914 la thèse de Roy rapporte 65 observations parmi lesquelles 40 abcès opérés (drainage simple ou kystérectomie), avec 34 guérisons.
Ensuite Virdis, Stein, Reeb, Wilmoth, Schneider, Feiner, Haller, Tomaselli publient des observations ou des études sur la même question. ;
En 1930 paraît une thèse d’'Haubtman (Strasbourg) et en 1932 une thèse de Pierre Lejeune (Paris).
En même temps de nouveaux cas sont cités par Lifvendahl (1932), Jeannin et Chomé (1935), Gamoiu, Hamant et Chalnot (1936), Meyer May et Fonthat Thung (1937-Indochine), Boudreaux (1937). En 1938,
thèse de Roilet (Nancy), étude intéressante de Démarez, puis en 1939 nouvelle publication de Chalnot. En 1941 importante étude de Boudreaux avec une nouvelle observation. Enfin deux derniers cas sont publiés, l’un par Reynaud et Roy en 1942 et l’autre par Langrand et Deconinck au début de 1943.
ETIOLOGIE
ABCÈS PUERPÉRAUX.
Les abcès de l’utérus sont le plus souvent d’origine puerpérale. Démarez en 1938 incrimine cette cause dans 70 à 80 % des cas. Boudreaux en 1941 fixe ce chiffre à près de 85 %. Et nous même arrivons à un chiffre encore supérieur. Ceci parait d’ailleurs normal quand on considère l’état de l'utérus après l’accouchement. Nous verrons plus loin que le streptocoque, grand agent de l'infection puerpérale est le microbe le plus important dans cette affection.
L'importance relative des infections post partum et post abortum a été très discutée. Mercadé en 1909 donnait la prépondérance à l'avortement. Bar pensait de même. Mais Roy, Wilmoth, Lejeune, Demarez soutiennent lopinion inverse. Quant à nous; sur 62 cas nous trouvons 42 cas post partum et 20 cas post abortum, soit 67 % d’abcès survenus après l’accouchement.
Quel rôle joue le traumatisme obstétrical ? Dans les abcès post partum, il ne semble pas avoir l’imporlance que Mercadé, Sauvé et Virdis lui attribuèrent autrefois. Rollet, en 1938, relève seulement 25 * d’ac-
Es hièse
couchements laborieux dans les abcès utérins post partum. En 1941 Boudreaux, sur 40 observations, en trouve seulement 5 avec emploi de forceps ou basiotripsie et 4 cas avec accouchements laborieux ou anormal, mais sans intervention. Dans les 2 cas d’abcès post partum publiés plus rétemment l’accouchement avait été sans histoire. Nous devons pourtant relever opinion de Kuss qui estime que certains traumatismes obstétricaux peuvent produire, après déchirure du myomètre, un hématome s’infectant secondairement à la faveur de l'infection puerpérale.
Après l’avortement, le traumatisme doit être incriminé plus souvent. Les germes pathogènes peuvent alors, pensent Sauvé, Lejeune et Mondor d’après des constatations anatomopathologiques précises, être portés directement au point lésé. Dans une observation de Mondor l’utérus était parsemé de nodules inflammatoires autour de traces de perforation instru-: mentale incomplète. Mais ces faits sont assez rares, estime Boudreaux, qui en publie pourtant un cas net (Observ. 4).
Chalnot et Rollet donnent un rôle non négligeable à la multiparité. Ils trouvent en effet 65 à 70 % de multipares, mais cela peut s'expliquer par la proportion plus grande de grossesses chez ces dernières.
ABCÈS NON PUERPÉRAUX.
Ces abcès rares (11 cas sur 88 observations) sont d’étiologie variée,
He LR
a) Métrite : (4 cas) soit banale, soit spécifique. Une observation de Menge montre une malade infectée 6 semaines auparavant, qui présentait une annexite bilatérale coïncidant avec un abcès sous péritonéal indépendant de la trompe et de la cavité utérine, contenant du gonocoque pur.
b) Traumatisme opératoire septique : Eventualité possible mais rare : observation de Fritsch (suite de discission du col), Küstner (opération de prolapsus) Barrows (intervention endoutérine indéterminée.
c) Suppuration d’organes voisins : tels que reins, appendice, avec propagation à l’utérus soit par contiguité, soit par les lymphatiques grâce aux anastomoses, soit par voie sanguine (observation de Roy, Wagner).
d) Tumeurs de l'utérus : d’après Fritsch beaucoup d’abcès utérins non puerpéraux seraient des fibromes sphacelés. Nous avons vu que nous ne les considérions pas comme de véritables abcès utérins. Ils ne sont le plus souvent pas publiés sous ce nom. Mais dans certains cas (Picqué et Linné) le pus dépasse les parois des fibromes et fuse dans l'épaisseur du parenchyme.
Wilmoth incrimine les polypes. Boudreaux publie une observation d’abcès sous péritonéal de la corne utérine gauche, ne semblant pas communiquer avec la cavité utérine, correspondant à un gros polype sphacélique de la taille du poing, inséré largement sur le fond utérin. C’est le seul cas analogue retrouvé.
Enfin le Cancer du corps peut aboutir à la suppuration du myomètre, mais il s’agit alors généralement
de petits abcès multiples.
PATHOGENIE