OBSERVATIONS D'AFFECTIONS OSSEUSES MULTIPLES
Obs. LXXII. — Ostéites multiples de l'humérus, du cubitus et du premier métacarpien du pouce, — Vaste cavité dans l'extrémité inférieure de V humérus. — Formation considérable de nouvel os. — Mort par broncho-pneumonie tuberculeuse. — Lamblin (Jeanne-Emma), âgée de 2 ans et demi, entre à l'hôpital, salle Sainte-Eugénie, n°23, le 29 mai
Les grands parents de cet enfant vivent encore, mais le père et la mère sont morts tous les deux d'une affection de poitrine. Pendant que l'enfant était en nourrice, elle a eu de l'impétigo très abondant dans le cuir chevelu, et les ganglions cervicaux ont été engorgés. Elle n'a pas eu encore les maladies éruptives de l'enfance, pas de maux d'yeux ; pas d'écoulements parles oreilles. Elle entre aujourd'hui à l'hôpital pour une tumeur blanche du coude qui remonte à six mois environ. Les parties molles de l'articulation sont fongueuses, et il existe une fistule au côté externe par où le stylet s'engage dans l'articulation. Le calhétérisme fait constater en même temps que le cubitus et l'humérus sont dénudés. Il existe d'ailleurs un gonflement considérable de l'extrémité inférieure de l'humérus.
En même temps on constate un spina ventosa étendu à tout le corps du premier métacarpien du pouce delà maingauche. Les deux articulations de ce métacarpien sont prises et fongueuses; deux fistules existent, une à chaque extrémité de l'os, — le spina ventosa a trois mois d'existence.
Quelques jours après son entrée à l'hôpital, cette enfant est prise de broncho-pneumonie et succombe.
Autopsie le 15 juin. — L'articulation du coude est pleine de fongosités ; l'humérus présente une vaste cavité (voir fig. 8) qui ne contient qu'un tout petit séquestre ; une matière caséeuse à demi solide l'entoure. Mais ce qu'il y a de plus frappant, c'est la couche de nouvel os qui entoure cette extrémité inférieure de l'humérus ; le nouvelos forme unegaine complète à l'ancien ; il a plusieurs centimètres de long et il acquiert en bas trois quarts de centimètre d'épaisseur. Le cubitus présente des dilatations d'ostéite raréfiante très
prononcées dans les aréoles de l'épiphyse, et l'olécrane est en partie nécrosé.
Dans le spina ventosa tout le corps du métatarsien est nécrosé et ne forme plus qu'un séquestre raréfié compris dans la loge sous-périostée qui a fait du nouvel os par places.
Enfin les poumons sont infiltrés de granulations tuberculeuses, avec des noyaux de broncho-pneumonie ; les plèvres présentent aussi des granulations tuberculeuses.
Obs. LXXIII. — Ostéites multiples des cubitus gauche et droit, spina ventosa de la première phalange de l'index droit, ostéite ancienne du radius, abcès ossifluents. — Lepeyron (Vincent-Marie), âgé de 14 ans et demi, entre à l'hôpital Sainte-Eugénie le 12 mars 1879, salle Napoléon, n° 42. Cet enfant a eu la rougeole à 8 mois ; il paraissait se porter assez bien à la campagne lorsqu'il y a neuf mois il est venu à Paris; depuis lors il a eu des glandes au cou ettouteune série de lésions strumeuses pour lesquelles il est entré à l'hôpital.
Pourtant il y a deux ans, à Saint-Brieuc, il s'était formé vers le tiers inférieur de l'avant-bras droit, sur le côté externe du radius, un abcès froid qui s'est ouvert sans provoquer aucune espèce de douleurs. Cet abcès a suppuré longtemps ; il est sorti quelques petites esquilles; c'est la première lésion osseuse.
Il y a trois ou quatre mois il est survenu à l'avant-bras gauche un gonflement ossifluent occupantla région postérieure du cubitus dans son tiers supérieur au-dessous de l'olécrane, ce gonflement s'est terminé par un abcès qui s'est aussi produit sans douleur, et qui persiste aujourd'hui sous forme d'un empâtement occupant le cubitus lui-même dans la limite que j'ai indiquée, et présentant deux petites fistules osseuses, c'est la seconde lésion atteignant le squelette.
Troisièmement, le coude du côté droit a été pris un peu après la lésion dont je viens de parler, et aujourd'hui ce coude présente les désordres suivants: l'extrémité inférieure de l'humérus paraît saine, la tète du radius le paraît aussi ; l'extrémité supérieure du cubitus seule présente une ostéite caractérisée par un gonflement olécranien, une douleur très vive au même point, et enfin par un abcès ossifluent reposant sur le cubitus ; mais en même temps la jointure du coude présente des fongosités dans les culs-de-sac postérieurs. Le membre est très atrophié.
Quatrièmement enfin, cet enfant porte depuis à peu près deux ans un spina ventosa de la première phalange de l'index droit, avec un orifice fistuleux occupant le côté externe du doigt par lequel on pénètre jusqu'au niveau de la phalange dénudée, en voie de séquestration et invaginée dans un os nouveau.
Obs. LXXIV. — Ostéite de V humérus. — Ancien spina ventosa. — Le-
bourdais (Auguste), 10 ans, a un père très probablement tuberculeux. Quant à lui, il porte des marques, des cicatrices strumeuses. Nous constatons sur l'annulaire gauche une cicatrice adhérente qui indique un spina ventosa ancien ; une autre cicatrice existe à l'angle externe de l'orbite au niveau de l'os malaire. Depuis six ans, il est atteint d'une affection du coude droit; amaigrissement très notable du membre supérieur de ce côté. Fongosités formant deux énormes bourrelets de chaque côté de l'olécrane ; du côté des os, sensibilité assez vive à la pression sur l'humérus au niveau de l'épicondyle et de l'épitrochlée, avec augmentation de volume; les. mouvements du coude sont très limités.
Le spina ventosa, aujourd'hui guéri, est survenu à l'âge de 2 ans, et a duré un an. 11 existe au niveau de la partie moyenne de la première phalange de l'annulaire une cicatrice dorsale déprimée et adhérente. Le volume de l'os est diminué, sa longueur est moindre, les articulations sont saines, et cependant le doigt reste fléchi à cause de l'action prépondérante des muscles fléchisseurs, le tendon de l'extenseur ayant été compris dans les fongosités.
Obs. LXXV. — Lésions osseuses multiples : coxalgie et mal de Pott.
— Gillot (Henri), 6 ans et demi. — Quelques cas de phlhisie pulmonaire du côté des parents du père.
Coxalgie adroite avec flexion, allongement apparent et rotation en dehors. Gibbosité au niveau de la neuvième vertèbre dorsale qui fait une saillie angulaire très prononcée. La vertèbre qui précède fait aussi une saillie assez marquée, celle qui suit est au contraire déprimée. — Pas d'élargissement latéral. — La pression ne révèle pas de douleur au-dessous ; elle réveille au contraire une douleur très vive au niveau de la cinquième dorsale, douleur plus vive même qu'au niveau de la neuvième dorsale.
11 n'existe pas chez cet enfant d'abcès symptomatique ni aucun abcès concomitant.
Obs. LXXVI. — Lésions osseuses multiples : coxalgie et mal de Pott.
— Guillaume (Adrien-Gaston), 8 ans et demi, entre le 12 octobre 1877, salle Napoléon, n° 45.
Coxalgie gauche avec flexion, abduction et rotation en dehors, remontant à l'âge de -4 ans et demi. L'enfant garde le lit depuis un an et demi, il a eu la rougeole six mois après le début de sa coxalgie ; c'est à la suite de cette fièvre éruptive que la gibbosité dorsale s'est montrée. — Elle occupe les quatre dernières vertèbres du dos, formant une courbure arrondie avec saillie de la onzième vertèbre. La douleur à la pression n'est pas très considérable, mais elle est plus prononcée dans la partie supérieure de la courbure. — Ce mal de Pott ne présente pas encore d'abcès symptomatique, que l'on puisse
reconnaître en examinant le ventre avec soin. Enfin, en dehors de ces affections osseuses, l'enfant porte sur le bras gauche une petite gomme ramollie du volume d'une petite noisette. La mère ne s'est aperçue de l'existence de cette tumeur qu'il y a quinze jours.
Obs. LXXVII. — Ostéites multiples du corps du péroné gauche, de V extrémité du tibia droit, spina ventosa de la première phalange du petit orteil gauche, abcès froid concomitant au pied droit. — Husson (Emile- Auguste), âgé de 6 ans, entre à l'hôpital, salle Napoléon, 19, le 18 février 1878. Les parents de cet enfant se portent bien; il a, lui, une apparence lymphatique très marquée et il est très rachitique. Sa mère raconte ainsi l'origine des accidents. Il y a un an, sans cause apparente, elle a remarqué la présence d'une grosseur sur la cheville externe de la jambe gauche, à l'union de cette cheville avec le corps du péroné. Cette grosseur était indolente, elle n'avait pas provoqué de claudication, c'est comme par hasard que la mère s'en est aperçu. Cette grosseur a percé spontanément un mois après, et depuis il est resté un trajet fistuleux qui a toujours donné.
L'examen de cette jambe fait constater aujourd'hui : 1° une ouverture fistuleuse occupant la partie postérieure du péroné à l'union de la malléole externe avec le corps du péroné et qui, explorée avec un stylet, conduit directement sur l'os, dans lequel il s'engage.
La malléole ou plus exactement la portion d'os qui est autour du trajet et qui répond au collet de la malléole est très gonflée. L'hyperostose remonte sur le corps de l'os, de même qu'elle se traduit sur la partie inférieure où elle détermine un allongement malléolaire et une augmentation de volume de cette éminence. La comparaison du côté malade et du côté sain ne laisse à cet égard aucun doute. La pression sur le péroné hyperostosé n'est pas douloureuse. L'articulation n'a rien. Autour de cet os se trouve un gonflement profond des parties molles, mais ce gonflement ne dépasse pas les bords de l'os, et tout indique que l'articulation tibio-tarsienne n'a rien.
En même temps cet enfant porte au niveau de la première phalange du petit doigt du pied gauche un spina ventosa. Ce spina ventosa présente une ulcération de la peau, le stylet arrive dans le corps de la première phalange, l'articulation de la première phalange avec le cinquième métatarsien paraît saine.
Jusqu'à il y a un mois le pied droit n'avait rien eu. Il y a un mois, sans motif, il a paru un gonflement, qui a frappé la mère, sur le cou-de-pied du côté droit. En même temps l'enfant avait quelque peine à marcher, et la mère remarquait qu'il descendait un escalier plus difficilement. Ce gonflement a augmenté. On est frappé au-
jourd'hui par ce gonflement qui occupe la partie antérieure du coude-pied droit, en avant du bord antérieur du tibia ; cette tuméfaction n'existe qu'à ce niveau, on n'en trouve pas trace en arrière des malléoles. L'examen du péroné montre cet os sain. L'exploration du tibia fait reconnaître que la malléole interne est très augmentée de volume ainsi que la portion du bord antérieur qui lui succède.
Mais le gonflement s'étend surtout vers le bord antérieur. C'est de ce gonflement que part la tuméfaction, qui est fongueuse. En même temps l'exploration de l'os, au point de vue de la sensibilité, montre que le tibia est assez douloureux vers le cartilage épiphysaire.
En résumé, ostéite hypertrophiante de l'extrémité inférieure du tibia, de môme que celle du péroné, avec fongosités existant dans la partie antérieure de la synoviale.
En même temps cet enfant porte un abcès froid placé sur le dos du pied. Cet abcès est petit et paraît indépendant de toute lésion des os.