Prière du souper^ cinquième et dernière prière
5. Aujourd'hui général de division; il commandait Texpédilion envoyée pour protéger les chrétiens de Syrie.
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plétemeDt» Uu bruil vague des débats qui venaient de s'ouvrir à la Chambre des dc^iulés était arrivé jusqu'à lui. Il avait appris que l'exécution de la convention passée avec le général de Lamorieière avait été mise en question; le doute avait succédé à la tranquillité. Bientôt, toutefois, la tranquillité reprit le d^us, lorsque M. le ministre des affaires étrangères, montant à la liibune, le 5 février 1848, déclara que, tout en se refusant à envoyer Abd-el- Kader à Saint-Jean-d'Acre, parce que la Turquie n'avait pas reconnu la conquête de l'Algérie, le gouvernement n'excluait pas Alexandrie.
r Une négociation est ouverte, ajoutait M. Guizot, pour obtenir du pacha d*Égypte, d*abord qu'il reçoive Abd-el- Kader (nous ne pouvons l'y contraindre); ensuite, que, quand il l'aura reçu, il oous donne ces garanties, ces conditions de surveillance dans le détail desquelles je n'aurai pas à entrer ici, mais que j'établirai de telle façon qu'il y ait une véritable sûreté pour nous. »
Ces paroles, portées à la connaissance d'Abd-el- Kader, étaient parvenues |i le rassurer ; la France voulait donc tenir la promesse faite par ses généraux, ratifiée par le âls du roi, jpuisqu'elle avait entamé des négociations ; il ne s*agissait plus que d'une question de temps. L'espoir de Témir ne devait pas être de longue durée. Les nouvelles arrivées coup sur coup à Toulon de Tabdication du roi, de la proclamation delà République Tatterrèrent lui et
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les siens. Il sentait qu'un malheur le menaçait, qu'il avait perdu une garanlic eu perdant la parole du duc d'Aumale. Cependant, il ne youlut pas croire à un manque de foi, et se contenta de tirer des événements an nouveau motif de se détacher de& biens de ce monde :
« Yoilà » disait-il au colonel Danmas , voili^ nn dullan que Ton proclaaiait puissant, qui avait con-* tracté des alliances avec beaucoup d'autres souverains, qui avait une nombreuse famille, que Ton citait pour son expérience; trois jours ont suffî pour labaltre! Et tu ne veux pas que je sois convaincu qu'il n'y a d'autre force, d'autre vérité que celle de Dieu! Grois-moi, la terre n'est qu'une charogne; des chiens seuls peuvent se la disputer \ >
La situation d'esprit, relaûvement calme, d'Âbd* el-Kader, se modifia profondément à la suite des deux visites qui lui furent faites par M. Olivier, commissaire général du gouveoiement provisoire. Malgré l'intérêt que M* Olivier témoigna à Témir, malgré la bienveillance ^'il lui marqua, Abd*el- Kader se prit à douter de sa délivrance, puisqu'au lieu d*exécuter rengagement si dair, si positif pris par le générai de Lamoricière, on lui demandait quelles garanties il pouvait donner à la France qu*tl
1. Extrait des notes tenues par M. le général Daumas, pen- (iant sa mission à Toulon
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ne reparaîtrait pas en Algérie* Âbd-el-Kader répondait et ne pouvait répondre qu'une chose :
« Je n*ai pas d'autres preuves à donner de ma ferme volonté pour Tavenir que ce que j'ai fait dans le passé. Si je n'avais pas voulu me rendre. Je ne serais pas ici. Je suis donc venu librement à vous;
cette garantie vaut toutes, les autres.
— Sijinerais-tu de ta niaiu, et les chefs qui l'accompagnent signeraient-ils avec toi, un acte Juré sur le Koran, par kquei tu renoncerais à tout jamais à roporaitre en Algérie et à te mêler directement ou indirectement de nos ailaires?
~ Cet acte, je le signerais avec mes yeuic si ma main ne sufiisait pas^ ^
M. Olivier, sur lequel la contenance et la noblesse de Témir avaient fait une vive impression, Tinvita alors à lui adresser une lettre pour le gouvernement provisoire, lettre à laquelle serait Joint l'acte dont il venait d'être question ; il promit en même temps d'appuyer les réclamations Abd-el-Kader. Nou$ traduisons ces deux pièces :
Louange ao Dieu unique I seul, sou empire est durable.
Aux appuis de la République qui gouverne la France, et qui sont à sou égard ce que les yeux et les membres sont au corps.
1 . Extrait des notes tenues par M. le général Daumas, peudant sa miaiion à Toulon.
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Salut à ceux que Dieu a honorés en faisant que de leurs actions résultent le bien et le bonheur de tous. Le Sid Olivier, votre mandataire, est venu me voir. Il
m'a informé que les Français, d'un commun accord, ont aboli la royauté et établi que leur pays serait désormais une République.
Je me suis réjoui en apprenant celte nouvelle, car j'ai lu dans les livres que ce genre de gouvernement a pour but d'anéantir Tinjuslice et d*empécher le fort de faire violence à celui qui est plus faible que lui.
Vous êtes des hommes généreux ; vous désirez le bien de tous, et vos actes sont dictés par la justice. Dieu vous a institués protecteurs des malheureux et des affligés, et par conséquent le mien. Faites donc tomber le voile de douleur que l'on a placé autour de moi. Je demande justice; je ne Taî pas obtenue jusqu'à présent; mais vous, vous ne pouvez me la refuser, puisque vous avez bâti de vos mains l'ordre de choses qui a pour but de rendre rinjuslice impossible.
Ce que j'ai fait, pas un de vous ne saurait le condamner; j'ai défendu ma religion et mon pays autant que je l'ai pu,
et, j'en ai la certitude, vous ne pouvez que m'approuver. Quand j'ai été vaincu, lorsqu'il m'a été impossible de douter que Dieu ne voulait pas me donner son appui contre • vous, je me suis décidé à me retirer du monde. C'est alors que, bien qu'il me fût facile de chercher un asile, soit chez les Berbères, soit dans les tribus du Sahara, j'ai consenti à me remettre entre les mains des Français. J^avais la conviction que, me le promettant, ils m'enverraient dans le pays que j'indiquerais, et c'est pour ce motif que, parmi toutes les nations chrétiennes ou musulmanes, celle que j'ai choisie pour me confier à elle, a élé la France, dont la parole est resiée inviolée jusqu'à ce jour. J'ai demandé au
général de Lamoricîère de me faire conduire à Alexandrie,
d'où je me rendr ais ii la idekko ; je lui ai demande de ne me faire passer ni par Cran, nî par Alger, ni par Toulon, ni par quelque point de la France que ce fût; je lui ai de» mandé de m^envoyer directement de Djema-Ghazaouât à Alexandrie. A toutes ces demandes, il a donné non-seulement son adiiésion verbale, mais encore il m'a envoyé une lettre qu'il a signée de son nom en français, et sur laquelle il a également apposé son cachet arabe.
Quand celte lettre me fut parvenue, sachant que la parole des Français était line, je me suis livré entre ses mains. Sil m'avait répondu qu*il ne pourait me garantir ce que je lui demandais, jamais je no me serais rendu. Mais loin de là. J'avais la conviction que la parole française était une parole sûre, et qu'elle était inviolable, fût-elle donnée par un simple soldat*
Aujourd'iiui, ta croyance que j'avais alors s'est ébranlée. Pour me la rendre, je vous adjure de me faire justice, et, en me mettant en liberté, de changer ma tristesse en joie« Vous avez accompli une chose qui fait le bonheur de tous : si vous ja\e laissez seul dans la douleur, je vous en demanderai compte devant Dieu,
Vous êtes des hommes instruits, et vous devez comprendre que je ne puis vivre dans un pays on tout diffère du nôtre : langage, mœurs, nourriture, vêtements. Souvent jo me suis dit qu'alors même que les Français me feraient prisonnier en combattant, je ne recevrais d'eux que le bien, parce que ce sont des hommes braves et généreux, qui savent peser la valeur du vainqueur et celle du vaincu. Eh bien ! je n*ai pas été fait prisonnier ; je me suis rendu aqx Français, de bonne volonté.
Je crains que quelqu'un de vous ne suppose que, regrettant ce que j'ai fait, je conserve l'intention de retourner en
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Algérie. Cela ne sera pas. Je suis actneliemenl an nombre
des morts, et ne songe plus à rien qu à aller à la Mekke el * àMédine pour y adorer le Dieu tout-puissant jusqu'à ce qu'il m'appelle à lui* Je TOUS adresse mes salutations.
Ëeril par Abd-el-Kader, ûls de BIlabbi-ed-Dio, le 9 de Febi'i aouel 126^ (mars latô).
A cette pièce était jointe k déclaration suirante, par laquelle l'émir, faisant appel aux serments les plus sacrés 9 jurait de ne plus jamais s'occuper des affaires des Français :
Louange au Dieu unique I
Je TOUS donne one parole sacrée et qui n'admet pas le doute.
Je déclare donc que je n'exciterai plus désormais de trouble contre les Français^ soit pereonneHement, soit par lettres^ soit par quelque moyen que ce soiU
Je lais ce serment devant Dieu, par MLihamined, Abraham, Moïse et Jésus-Cbrist; par le Tourât (Fentateuque), rÉvangile et le Koran; par le livre de Bokhari et le Hooslem ; je fais ce serment et avec le cœur el avec la langue.
Ce serment est commun à moi et à mes compagnons, au nombre de cent; à ceux qui signent le présent acte, comme
à ceux qui ne le signent pas parce qu'ils ne savent point écrire.
Salut de la part d'Abd-eUKader» ûis de Mahbi-ed-Dln.
Abd-el-Kader se rattacha pendant quelques jours à Tespoir que sa lettre serait suivie d'un ordre de mise en liberté; mais bientôt, le cœur torturé par
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le désespoir des siens, par les lamentations de sa famille, il arriva» lui, cette nature si courageuse qui avait déjà suppoi lé tant de douleurs et de niisèies, il arriva jusqu'à exprimer la pensée du suicide^. A cette révélation, le colonel Daumas s empresse de fiiire appel aux sentimants religieux de l'émir :
< Mais, s'écrie-t-ily c'est un pécbé iionibie dans ta religion comme dans la mienne.
— Oui sans doute, mais il y a un cas où Dieu peut le pardonner : celui où Ton voudrait forcer un musulman à renoncer à sa foi.
— Ce n'est pas le cas qui se présente pour toi.
— Pour aujourd'hui, cela est vrai ; mais sera-ce vrai demain ? Du moment où vous violez à mon égard une capitulation, la parole des généraux en chef, qui me dit que plus tard vous ne viendrez pas m'attaquer dans ce que j'ai de plus cher et de plus sacré? »
Puis, s'animant de plus en plus :
« Coiuinent veux-tu que ma résignalion ne faiblisse pas quelquefois devant la grandeur de mon infortune? Le désespoir est parmi les miens, dans ma famille même. Ma mère et mes femmes pleurent nuit et jour et ne veulent plus ajouter foi à l'espérance que je m'efforce de leur donner. Que dis-je I non-seulement les femmes, mais encore les hommes