‹ Abécédaire ou rudiment d'archélogieChapitre 108 sur 128 · STÎLE OGIVAL DE LA 3* ÉPOQUE (TOMBEAUX · texte numérisé non relu

STÎLE OGIVAL DE LA 3* ÉPOQUE (TOMBEAUX

dûniniition indiquée vers les pieds ; cette diminution « ordinaire au Xni* siècle, se voit d'ailleurs rarement dans les pierres du XIV*.

On Toit, page 706, l'esquisse d'une pierre recouvrant , dans Féglise de St-Quentin ( Aisne) , la dépouille mortelle de Jean Bérangier, chanoine et bienfidteur de cette église, décédé en ii&85.

Une chose à remarquer, c'est l'usage, que l'on adopta au XV* siècle et dès le XIV*, de former la tête , les mains, les pieds du défunt avec du marbre, quelquefois, quoique rarement, avec du cuiyre. Ces pièces de rapport faisaient saillir les parties nues sur celles qui représentaient les Têtements , et donnaient ainsi un peu plus de relief au dessin; les petites figures placées dans des niches, autour de l'eflfigie tumulaire , étaient aussi assez souyent gravées sur de petites pièces de marbre rapportées. Ce luxe d'exécution , qui avait commencé au XIV* siècle , mais qui caractérise principalement le XV* , a causé la mutilation de beaucoup d'e£Bgies tumulaires : on a arraché ces pièces de marbre blanc rapportées dans la pierre , et souyent on ne trouve plus que des trous informes à la place de la tète , des mains , des pieds du défunt ou des figurines qui ornaient l'entourage. Le cuivre, par sa valeur , a tenté bien plus encore la cupidité : on n'en trouve plus sur aucune des tombes qui en étaient incrustées.

Les pierres tombales du XV* siècle sont encore extrêmement communes dans beaucoup d'églises ; elles le seraient bien plus encore si Ton n'avait refait à neuf le pavé des églises, sans prendre la peine de cxmserver ces grandes dalles si intéressantes : rien pourtant n'était sifodle, et ici, comme dans beaucoup d'autres cas, l'incurie des architectes est impardonnable.

Les tombes les plus belles sont en pierre calcaire plus ou moins dure ; plusieurs étaient en cuivre ; mais la plupart ont été fondues et je n'en connais phis qu'une en France, à St-Junien (Haute-Vienne); rAllemagne, TAngleterre en possèdent encore de magnifiques dont les calques ont donné lieu à une exposition faite, il y a quelques années, à Paris, au Palais de la Société d'encouragement, par la Société française d'archéologie.

Quelques pierres tombales ont été faites en schiste tégulaire ( ardoise ) ; d'autres en granité , dans les contrées où cette pierre abonde. La qualité des matériaux a toujours influé considérablement sur Tomementation des pierres tombales. Les pierres en granité, par exemple, si difficiles à tailler, n'ont reçu que très-peu de dessins: la plupart de celles que j'ai vues n'offraient avec l'inscription , lors-

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qu^elle existait, que de simples attributs do mort Ainsi, sur les

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tombes des curés , que Ton ?(ût dans beaacoap d^églises des régions granitiques, on trouve un calice, une croix; lur celle d'un chevalier, une croix avec une épée et un écusson.

Tombeaux db cmsTiàBB. — Les monuments en pierre, élevés à ciel ouvert, sur les tombes des fidèles n'ont jamais eu autant d'importance artbtique que ceux qui étaient à Tintérieur des églises et qui étaient protégés de la pluie , de la gelée et des autres agents destructeurs ; ils ont été généralement disposés de manière à favoriser l'écoulement de la pluie et taillés en forme de toit

Quelques tombes de cimetière de la 3* moitié du XV* siècle m'ont offert la forme d'une croix, et, vues en*des8U8, l'image du toit d'une

TOntAt M Vf fitCtB.

église : ce sont les plus anciennes que f aie trouvées dans nos cimetières, dont les pierres tumulaires sont récentes en général.

Celle qui précède est géminée, c'est-à-dire qu'elle présente deux croix accolées ; elle recouvrait deux tombes: celles du mari et de la femme.

En Bretagne, on trouve, près de quelques tombeaux de cimetière , des pupitres en pierre dans le genre de celui qui suiL Probablement on venait, à certaines époques, réciter des prières près de la tombe du défunt et poser le livre sur oe pupitre. Quelques tombeaux offireot aussi des réservoirs pour de l'eau bénite. En Bretagne, on place encore, près des tombes, des vases, quelquefois même des fonds de bouteilles de verre pour recevoir de l'eau bénite.

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Croix de cimetière.

.M a sculpté au XV* siècle beaucoup de croix en pierre dans les drmetières, et le stjle des moulures en caractérise suffisamment l'époque. Ainsi, Textrémité des bras de la croit porte souvent des feuilles frisées ; le chapiteau de la colonne est aussi caractérisé par le

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ÇROn DE COlETifclE PV XT*

STTLE OGITAIi DE LA 3< ÉPOQUE (CROIX DB CIMETIÈRE) . 709

CtOB DE UMETlfelE DU XTI* SliXLE.

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Style des moulures ; le fût affecte parfois la forme octogone ; enfin le piédestal, carré ou octogone, est orné, sur chaque fiioe,de panneani trilobés prismatiques, couronnés de frontons aigus.

M. de Glanyille a décourert, dans la Seine-Inférieure, plosiean croix qui ont de Tintérèt : nous en reproduisons deux , dont une, ploi ancienne que Fautre, doit être du XV* siècle, peut-^tre de la première moiUé(V. la p. 708).

L^autre ne date probablement que du XVI* siècle : nous la figurons Tue des deux côtés, page 709.

En Bretagne , on a bit des croix sur lesquelles on distingue des groupes de personnages asses compliqués , et d*un trarail d^anlant plus remarquable qu^elles sont en pierre très4ure ; les croix de cette

caon sf KAu (murtas). <a«a »'ummtiui (HAScn).

espèce les plus anciennes datent du XVI* siècle, ou de la fin du

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XV*. Celle que Toid est une des pins simples ; elle a été dessinée par M. Bouet à Scaêr , département du Finistère.

La croix d^Eroudeville ( Manche ) montre , d'un côté , le Christ en croix surmonté d*un toit subtrilobé. Les saintes femmes ou peut-être les donateurs sont au pied de la croix. Le pédicule en pierre qui supporte ce tableau est octogone.

BtalleB et IBoiseries.

an des décorations les plus remarquables des chœurs de nos cathédrales , c^étaient les stalles , qui ont été très-nombreuses au XV* siècle. Leurs dossiers élevés, les dais, les accotoirs tt la miséricordes offraient un luxe de moulures qui attestait la patience et Phabileté des sculpteurs sur bois. L*iotroduction , dans les églises , de ces stalles que Ton appelle aussi formes , remonte à une époque qu^il n'est pas fiicile de déterminer avec précision ; mais, au XIII* siècle, quand le chœur fut entouré de tous côtés d'arcades ogiyales accédant aux ailes, le clergé se trouva exposé au vent et au froid, et il dut chercher à s*en garantir au moyen de constructions en bois.

De là les stalles, qui prémunissaient contre Thumidité de la pierre et les impiessions du vent : au XV* siècle surtout, le sculpteur Tint prêter le secours de son ciseau , et trouva, dans les stalles et les boiseries accessoires > matière à exercer son talent. Les dossiers et les dais des stalles se couvrirent de sculptures délicates ; des figures bizarres et fontastiques parèrent les miséricordes et les accotoirs ; chaque stalle eut son basrelief différent de ceux qui ornaient les autres: variété qui avait peut-être aussi pour objet de faire plus fiicilement reconnaître à chacun des membres do clergé sa place habituelle.

Voici le dessin d*une staUe du XV* siècle, avec ses ac- ■

cotohv et sa miséricorde à console sculptée.

712 DE CAUMONT. ÂBiGÉDAIRB D'ARCfliOLOGIR.

L*extréniité des stalles disposées sur une même ligne offirait, à Textérienr, des bas-reliefe et des moulures, comme on le voit par Texemple suirant tiré des stalles de St-Benott-sur-Lolre (p. 7i8 ).

Les stalles se composaient de trois parties principales: les siége$, les dossiers et les couronnements ; mais il arriye souvent que les siégeB seuls ont été conservés, et qu*on a détruit les dossiers et les dais, comme dans l'exemple précédent ; il nous en reste pourtant de parfeitement intactes : celles d* Amiens, par exemple, les plus belles peatêtre qui existent en France et qui ont été décrites avec le plus grand soin, dans un ouvrage spécial , par M If. Jourdain et Duval.

Les stalles de St-Martin-des-Bois ( Oise ) sont également complèles : f en ai donné la description dans le tome VI de mon Cours d*amtiqmUis (p. 607 et suiv.)* Celles de l'église abbatiale de St-Pierre«ir-]>ive sont décrites et figurées dans le V* volume de ma Statistique mommmentale du Calvados ; eUes sont bien conservées et datent de la première moitié du XVI* siècle (V. la page 71 A ); mais elles appartiennent au style de la Renaissance , dont nous allons indiquer les caractères dans le chapitre qui va suivre.

Les stalles de la cathédrale de Rouen sont du XV* siècle : dks ne sont pas entières et leurs dossiers ont disparu; les bas-relie6 de ces stalles offrent tous autant de sujets différents, dont If. Langlois a donné la description. La plupart des professions du temps y ont chacone leur représentant, dans le costume de Tépoque, et occupé des travaux de son état : ce qui porte à croire que les divers corps de métiers de Rouen contribuèrent, par de pieuses aumônes, aux frais de construction des stalles. Les sculpteurs y ont aussi fiçonné un grand nombre de figures grotesques, grimaçantes, fontastiques, dont les analogues se retrouvent souvent ailleurs, et qui ne peuvent être que des caricatures..

• Qu'on examine nos stalles, dit M. de La Sicotière, nos vitraux, les miniatures des manuscrits , partout on trouvera le bouffon, le grotesque, Tobsoène même ; partout les sujets les plus bixarres qu'ait pu rêver une imagination en délire, partout le costume monastique ridiculisé, même au pied de TauleL

• Les caricatures dont nous parions, continue-t-il , ont pu être di* rigées contre les abus qui s'étaient glissés dans l'intérieur des doltres ; elles ont pu présenter l'image des passions ou des vices que la religion condamne, devenir la personnification des attributs de notre nature on l'emblème des diverses formes qu'essaie l'esprit du mensonge pour agir sur l'intelligence et la volonté humaines. ■

Les églises de campagne qui n'ont pas en de stalles, comme les ci*

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