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partie sapérieure , un cercle horizontal qui devait porter la coupole

Les absides se couvrirent de dem^coupoles. C'est ainsi, dit Thomas

Hoppe [Hi$L de r architecture ) , que, dans les églises grecques,

▼OGTIS El COCPOLB DE t'É«USB lAIHT-raOïrT , A PiftIGUttIX.

tOQtesles surfiicesrectilignes, carrées, angulaires se changèrent eo soriaccs drculalres et curvilignes', concaves à Tintérieur, convexe àrenéricor.

220 D£ CAUMOM. ABÉCÉDAIRE o'ARCHÉOLOGIC.

Tir EXléltltlMC D'tKC PK$ ÇOrrOLES DE VUUU CATltOftALt DC fl»T-ritO>T.

ÈRS ROMANE SECONDAIRE (VOUTES EN GOUPOLE ). ^21

Le nombre des églises à coupoles est assex limité aujourdliai en France. Un ftJt très-curieux , c'est la manière dont ces églises sont iBstribaées sur le sol français. 11 y a long-temps que f avab constaté Vabunee d'églises à coupoles au nord de la Loire , tandis que Foote- ▼ranlt , sur la rive gauche du fleuve , nous en offre des exemples remarquables ; mais , depuis, M. de Vemeilh, qui a fiiit une étude spéciale des églises à coupoles en France, a trouvé que ces monnmenls sont décidément beaucoup plus nombreux qu*on ne le pensait : a J'en connais, dit-il, un certain nombre dans le seul département - « de la Dordogne ; je sais quil en existe mi moins autant hors du « déparlement. Les enquêtes frites par la Société française d'arc chéologie en ont révélé d'autres dans la CSiarente-Infiîrieure. •

M, de Vemeilh croit que tous les monuments à coupoles, compris entre la Loire et la Dordogne ( au-delà de laquelle il n'y en a pas , selon lui), se rattachent parSt-Front de Périgueuxà la grande souche byzantine ; c'est un point capital qu'il a établi au moyen de plans et de coupes à une échelle uniforme, où Ton peut suivre les dégradations successives d'un seul et même type, comme à St-Front de Périgueux et à St-Marc de Venise.

11 était très- important de constater la vraie date de St-Front. Cet édifice a été construit, d*après M. de Verneilh, peu de temps après Si- Marc, de 976 à 10^7, an moment où les colonies vénitiennes se fondaient dans la région centrale de la France. L'an 1000, la comtesse Pjnma de Périgord , mère de l'évéque Martin , bâtissait l'abside ou chapelle de St-André, ce qui prouve quelles constructions étaient déjà assez avancées, — L'église à coupoles de St-Jean-de-GoUe, en Périgord , a été bAtie par l'évéque Raymond de Thiviers, dans la seconde moitié du XI* siècle ; celle de St-AsUer, dans la première moitié du XII*, par l'évéque Raoul de Couhé. Celle de St-Avit-des-Autels date de iil7 et de iU2. La cathédrale d'Angouléme est de ilOl à liSO ; celle de Saintes, dont il ne reste qu'un des transepts, était du même temps. Les églises de Fontevrault et de Cahors ont été consacrées par le pape Calixte II ; ainsi des autres. La plus ancienne, après St-Front, serait la cathédrale du Puy-en-Velay. En somme, la présence de voûtes en coupole dans une église n'est point un signe de haute antiquité : elle annonce plutôt le XII* siècle que le XI*.

11 est une autre espèce de voûtes qui se montre très-Hnéquemment en Anjou, en Poitou et ailleurs, dans la deuxième moitié du XII* siècle : ce sont des voûtes ogivales ntpoli formes qui «t'abaissent, non-

DE CADMONT. ABÉCéDAIRB dVrCHÉOLOGII.

seulement vers les murs latéraux des neCi » mais aussi vers l*aitUf olie des arcs de chaque travée, daus le sens longitudinal (Voir p. 923 )• D'après les intéressantes analyses de M. de Vemeilh, ces voûtes mootrent la disposition de la coupole.

Que Ton suppose, eu effet, une coupole ou calotte qui se coa(bnd avec ses pendenUfs, etFon aura l'idée première qui a produit les voQtes dont nous parlons. Mais, comme le dit M. de Vemeilh, en prenant poar rayon de toute la coupole la demi-diagonale de piliers, et non plus la moitié du carré seulement, la voûte devenait aussitôt beaucoup plus suiiMdssée, c'est-à-dire plus hardie. Telle coupole, qui n'aurait dû avoir que 40 mètres environ de diamètre, se trouvait bien près d*en avoir 15 ; et comme sa calotte était plus découpée en même temps que plus aplatie, les conditions de solidité n'étaient plus les mêmes.

Or, on fit une combinaison de ce système avec celui des voûtes d'arête, sans nervures, qui eiislait déjà dans le nord de la France et dans beaucoup d'autres contrées, et on imagina de fortifier les voûtes sphériques aplaties avec des nervures ou arceaux du genre.

Sommet ds Tare ogival

'j Sommet de l'arc oftvaL

Il y en eut qui réunissaient diagonalement les piliers ( t , S, S, A )• comme dans la voûte d'arête ordinaire, et qui doublaient seulement la voûte sphérique, tandis qu'elles supportaient l'autre ; mais on en fit aussi qui se croisaient dans l'intervalle des premières nervures (les ner-

ÈRE ROMANK SKCONOAIRE (VOUTES EN COUPOLE). 223

▼lires diagonales ), en s'airétant au sommet de chaque grand are ( 5, 6, 7, 8 ( p. 222 }, et qui étaient beaucoup plus courtes , mais décrites dans le même rayon.

La voûte sphérique à double croix de nervures se voit souvent en Anjou, en Poitou, dans le Maine, etc., etc. Durant la deuxième moitié du XII* siècle, elle pénètre dans d'autres contrées. L'église Notre-Dame d'Étampes, près Paris en offre de beaux exemples ; j'en ai vu d'autres en Normandie.

M. Parker appelle cette voûte voûte Plantagenet, parce qu'elle est un des attributs de l'architecture du règne des Plantagenels, ducs d'Anjou ; ou voûte dômicale, c'està-dire voûte d'arête en manière de dôme.

Void la coupelongitudinale d'une S

voûte dômicale de l'Anjou. Nous «

sommes d'accord avec M. de Ver- g

neilh pour ses appréciations au sujet g

de ce système de voûtes : il tient **

une grande place dans l'art national g

des XII» et XIII« siècles, et quel- '

quefois il entraine des modifications h

dans la forme des édifices. En effet, i

les grandes églises ainsi voûtées |

n'ont pas toujours de bas-côtés (St- ^

Maurice d'Angers, nef de la Cou- |

ture, au Mans, la Trinité de Laval, |

etc. , etc. ) ; les neb sont extrêmement ^

laiges et divisées en travées carrées S

par des arcs doubleaux massifs, qui sont carrés en section. Pour résister à la poussée des arcades, on a, au lieu de piliers butants ou contrefoils ordinaires « de solides masses de maçonnerie qui sont des prolongements du mur , conduits à angle droit et conservant souvent autour d'eux leurs corniches et leurs antres ornements : ce qui a fait dire qu'une

324 DE CADMONT. ABécÂDAIEE d'aRCRÉOLOGIE.

partie de ce qui est en dehors, dans l'ardiitectiure romane ordiDaire, te trotife en dedans, dans rarehitedare de l*Aiyoa et du PoHon.

Tours.

Lts Romains se serraient de clochettes et ce furent eux qui les introduisirent en Gaule ; mab il y avait loin de ces clochettes aux clodies des églises. L^époque où ces dernières devinrent d*un usage général n^est pas encore certaine; on la fixe communément au V* siècle. D*abord peu volumineuses, les cloches ne nécessitèrent pas Térection d*un bâtiment particulier : ce ne fbt guère qu*au VIÎI* ou au IX* siècle que leur volume, plus considérable, rendit les tours indisj^^nsabl^. Anastase-le-Bibliothécaire rapporte qu'en 770 le pape ÉtieiAie III en fit bâtir une sur TégUseSt-Pierre de Home, dans laquelle il plaça trois cloches pour appeler les fidèles aux offices (1). L*auteur ne dit pas que cette église manquât de tour auparavant, mais il y a lieu de le supposer.

Or , si la première basilique du monde chrétien ne fut pourvue d'une tour que dans la deuxième moitié du VIII* siècle, nous pouvons admettre hardiment qu'on n'en éleva guère avant cette ép6l)u>«en France , et encore y furent-elles rares jusqu'à la fin du X* siècle. La plupart de nos abbayes n'en avaient point dans le IX* , car il n'en est pas feit mention dans les descriptions que nous possédons et qui renferment des détaik très-circonstanciés sur la forme , les murailles, les fenêtres, les pavés, les dorures, et sur les di£Eirentes parties de ces édifices, tels qu'ils existaient alors.

Tout en admettant que les tours d'églises ftissent extrêmement rares chez nous avant le IX* siècle , je ne prétends pas déterminer l'époque de leur apparition , ni la limiter (dMolument au YUI* : quelques rudiments de tours pouvaient déjà s'être montrés auparavant

L'association des tours avec le corps des édifices religieux présenta, pendant long-temps, de grandes difficultés : tantôt on les plaça près du portail de l'ouest, quelquefois aux extrémités des transepts ; mais bien souvent les architectes, moins hardis , établirent leurs tours à côté des églises et en firent ainsi des constructions accessoires, presque sans liaison avec le reste. C'est ainsi qu'on les trouve presque toutes, à Ravenne et dans les villes dltalie.

(1) Sl«pbtniM Ul , an. D. 770 , fecit taper baulicnin Scncti Peiri torrim in qua ire» posait campanns qti« Heniro et populum ad offidom Dei convo* carenl. (AnatU Biblioth., in vita Slephnni 111. )

Quelle que fût , d'ailleurs, la place que les tours occupasseut, elles étaient assez ordinairement carrées, terminées par une pjramide obtuse à quatre pans, et percées, sur leurs fàce&f d'un certain nombre de fenêtres semi-circulaires ; cette forme s'est consenrée dans les tours des églises de Home. Par une exception trè»-remarquable, on avait adopté, à Ravenne et dans quelques contrées, la forme cylindrique.

Les tours qui furent construites au commencement du XI* siècle durent être peu élevées. Dans le cours du XII*, on les exhaussa de plusieurs étages ; on orna les murs d'arcades bouchées et de fenêtres. Un grand nombre de tours étaient terminées par une pyramide à quatre pans, soit en pierre, soit en charpente ; le plus souvent, cet obélisque était obtus, comme dans les siècles précédents ; mais on fit aussi des pyramides plus élevées.

On ne savait pas encore marier les toits octogones aux tours quadrangulaires ; lorsqu'on trouve la forme octogone appliquée au toit des tours romanes, il y a presque toujours lieu de croire que ces pyramides sont moins anciennes que le corps de la tour qui les supporte.

Il &ut bien remarquer que mon observation est seulement applicable aux tours dont la base est quadrangulaire , car on trouve aussi, dans Tardiitectnre romane, des tours octogones qui ont dû être invariablement eouTertes par des toits de même forme on par des toits ronds. Ces tours octogones sont rares dans rarchitecture romane du Nord , et j'ai lieu de croire que celles qu'on y voit ne datent que du XII* siècle ; ce sont, pour ainsi dire, des tours de tran^tion. J'en ai rencontré un {dus grand nombre dans le Poitou et dans le centre de la France, et elles sont communes sur les bords du Rhin.

Un autre genre de couronnement est celui qu'on désigne sous le nom de bâtière ^ et qui est formé de deux gables, supportant un toit plus ou moins incliné à double égout. Cette forme est la moins élégante de toutes ; je n'ai pas la certitude qu'eUe ait été employée dans l'architecture romane : elle m'a paru postérieure à toutes les tours des XI* et XII* siècles dans lesquelles je l'ai rencontrée et dater des dernières époques , sauf quelques exceptions.

Un très^rand nombre dé tours n'ont été achevées que dans les XIII*, XIV* et XV* siècles, et sans doute elles étaient primitivement couvertes en bois. Il ne faut pas confondre ces additions avec les parties anciennes : Il y a toujours quelques indices qui les font reconnaître.

Voici une série de tours nnnanes de différents genres et de différentes dimensions qui, pour la plupart, doivent appartenir au XII* siècle on à la fin du XI*. 15

DE CADMOIIT. ABéCÉDAIRB d'ARCR^.OLOGIE.

ST'^CTirBlfS M TOURS ROKARES.

SPPCIIÎEN» DS TOCB» BOMAÏlEi,

SPtollIKM Dl TOVM B0MANB5.

iR« mSkkHE SKCO«I>AIUE (TOUIIS). 229

SPKCIMEKS DE TOIRS r.0MA>F3.

230 DE GAUMONT. ABÉCÉDAIRE D*ARCHiOLO€IE«

TOOB ROMASB 40 CENTRi: D*rs T|A?ISEPT , SGRMOXTéE D'CN TOIT Elf QUAPEIITE DO IYI« 8IÈCU AYEC QVATRB I.Airmi?(E8 AV SOMMET (SAIRT-OnTAIf 01 FALàOK).

232 DB C&DIIORT. ABictoAIRE O'AaCHiOLOCIE.

SPECIMENS DB TOCBS BOHANBS.

Are romabi secondaire (tours). 333

bPéCUUNS DE TOURS ROMANES.

23U DE GADMONT. ABÉCÉDAIRE D*AnGHÉ0LOGIE.

10C1 OCTOGO^kE OC BAGE-LB-CBATEL ( SAO^C-rT-LOISE ).

(Dcus étages d'ouvertures; ircitures piUstrécs du style gemiaoique; pyrtnido octogoo« co pierre , postérieure è ii tour. )

ÈRE ROMANE SEGOrtOAIUE (TOORS). 235

L*e8caUer par lequel on monte aux étages supérieurs forme soutent, à Fun des angles du carré de la tour , une saillie ou tourelle qui fient se terminer à la base du toit ( Voir la p. 381 )• On plaçait ainsi Pe»calier en dehors, pour ne pas interrompre les voûtes qui séparent ordinairement les tours en plusieurs étages.

Dans certaines églises, au XII* siècle, on multiplia les tours sans nécessité et uniquement pour le coup^l^œil : là où une seule tour eût 8u£B, on en éleva jusqu'à trois et même qudquefob cinq; ce fut alors qu'on adopta , pour les grandes églises, Tusage, qui a subsisté

TODl C£!IT1ALE , ABSIDE ET TRAKSepT DE L'ÉGLISE DE LA CflAllITé-KCA-LOiBE.

depuis , de placer une tour de chaque côté du portail , à Touest La trœsième s'élevait sur le transepU Cette tour centrale était quelquefois

236 DE GAUMONT. ABÉGÉDAIBE D'aRCHÉOLOCIE.

omcé, à riou^eur, de manière à Fe§ter oufcrle ^ui|pi*a« toit «t à présemer on Tide ou dtee rar rimeneotkMi de la cnbi.

l^ns les églises à deux aliaidts de Ja aégioo maDoneolale da Rhin on a quelquefois élevé six ton», «ne sur càafoe transept, et quatre plus élevées et d*un moindre diamètre aux quatre fngiw dn gnmd comble, près des absides ; telle était fordonnanoe de la catliédrale de Spire avant les répanuions qu'elle a subies, et œUe 4e la catiiédrale de Worms.

Là cathédrale de Bambeiy a quatre belles lonrs : deux à Towest et deux à Test ; mais les deux tours occidentales appartiennent au style ogival (V. page 237).

La cathédrale de Tournai, si bien décrite par M. Lemabtre d*Anstaing, et qui offre plus d*un rapport avec les grandes églises rhénanes, avait une tour de chaque côté des transepts, qui se terminent en demicercle. Elle aurait neuf tours si elle était entièrement romane et qu'on eût complété le système , savoir : deux tours à Fouest, deux tours à Test, une tour au centre et quatre tours aux deux extrémités des IransepU ou de côté.

En France, beaucoup d'églises n'avaient qu'une tour centrale ou qu'une tour placée à l'ouest.

Dans la plus grande partie des églises rurales il existait une tour cen- traie qui répondait au ciborium , c'està^re à l'autd placé à l'entrée du chœur, et qui indiquait au dehors la place occupée par les saintes espèces. On peut lire, à ce sujet, les mémoires de M. le docteur Cattois.

Chaque grande région de la France a adopté un type particulier, et l'examen comparatif des tours romanes des diverses provinces a beaucoup d'mtérèL

En général, à mesure qu'on avance vers le Midi, les tours, sauf quelques exceptions, deviennent lourdes, trapues et moins élégantes : on peut en juger par celles du département de la Gironde, figurées page 328.

On voit par la tour de Gnias (vallée du Rhône), que je présente d'après des dessins de M. Victor Petit (p. 227), combien il y a de dislance entre ce type méridional et ceux qui prédominent dans le Nord et le Centre.

Dans le Poîlou, TÂngoumois el quelques autres parties de la France, les louis centrales, souvent octogones ou circulaires, sont couronnées d'une pyramide conique en pierre, ornée de saillies figurant des écailles ou des feuilles.

Ou y voit aussi des pyramides coniques sur des tours carrées.

Le fait se reproduit dans la lour de Déols (Indre), où des clochetons

lOCl CtItTRAU ET ABgIDR Dl GBeit. RHftnH éTABUl àV Tf mkOM.

ÈRE ROICANB SECONDAIRE ( CLOCHETOHS )• 339

à bases cylindriques occupent les angles résnllant de TapplicatioD dn toil conique sur le carré.

Je termine cet aperçu des tours romanes» dont je ponrrab produire beaucoup d^autres types, en présentant la tour centrale de Gmas dont la forme est élégante et originale ( V. la page S8B ).

Cloclietons.

LIS clochetons n'ont guère été employés durant le règne de Tarcfaitec. ture romane : j'en connab à peine, dans le nord-ouest de la France» quelques exemples du XI* siècle , et Ton peut affirmer qu'ils ont été fort rares dans ce pays , avant la deuxième moitié du XII*. L'églist Notre-Dame de Poitiers en a plusieurs d'une forme très-élégante , et j*en ai m de pareils sur d'autres églises regardées comme appartenant auXn« siècle.

Mais j'ai partout été frappé de leur petit nombre ; on les voit le plus souTent aux angles des transepts et des façades» et l'on peut admettre que leur présence dans les monuments romans est encore nne des innorations qui préparaient l'aTènement de l'architecture à ogifes.

L'usage de (dacer des coqs, en gnise de girouettes, sur les tours d'église est très^anden, sans qu'on puisse absolument en indiquer l'orighie.

Le poète Wolstan parle du coq qui surmontait la cathédrale de Winchester, dans sa Vie de saint Ethelwold écrite à la fin du X* siècle.

Sur la Tapisserie de Bayeux, nous foyons un coq fixé sur un des points saillanU du toit de l'abbaye de Westminster (p. 340 )•

Le Li?re-Noir de l'évéché de Goutances parle du rétabHssement do coq de la cathédrale , détruit par la foudre en 1091.

Le coq de Brescia, febriqué au IX* siècle» était de cuivre» et c'est le métal qui était usité alors.

D'après le témoignage de plusieurs écrivains ecdésiastiqoes et d'après des comptes d'église, il parait qu'assex souvent on enrichissait les coqs de dorures. La description de Woktan et le Livre-Noir nous apprennent que ceux de T^nchester et de Goutances avaient été dorés. Eckard, auteur du X* siècle, dans son Ibrre De casibus saneti galli, parle d'un coq que deux voleurs avaient voulu dérober, parce qu'ils s'étaient imaginés qu'il était d'or massif (1).

L'abbé B«mud , Bccherchfê tnr U$ coq* de* fglUt*

21x0 DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE tfARCHAOLOGIB.

Ainsi, des le XI« siècle, noe églises étaient «mnonlées de coqs.

Ce genre d'anémoscopes doit avoir été emprunté à la civilisation romaine. ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE.

Nous appelons iconographie chrétienne la représentation, en sculpture ou en peinture , des personnages et des faits ayant trait à la religion. LMconograpbie peut être considérée comme la connaissance des images et de leurs attributs. G*est dans la Bible, dans la Légende dorée , et quelquefois dans les fabliaux , qu'il faut en chercher rcxplication (1).

(1) Imtructicnê ««r C Iconographie oitrétûimê, par M. Didron.

fcRB ROMANB SBCOHDAIRE ( TCOHOORAPHIB )• S/^i

L'ère des iconoclastes a^t, pendant longtemps^ anéanti les études toonograi^ques : elles commencèrent à renaître an XI* siècle , mais ce ne Alt qQ*au xn* qa*elles firent de grands progrès» qae les scnlptenrs et les peintres chrétiens complétèrent le catéchisme monumental et parlèrent anx yeux des fidèles on nouveau langage par les Ogures»

Jusqu*è kl fin du XI* siècle, on avait rendu la figure humaine de la manière la plus bixarre et la plus incorrecte.

Mais, au XII* siècle, on vit paraître des statues et des bas-reliefe qui, sans être exempts de défiiuts, étaient, au moins, ramenés k une certaine correction. Cette renaissance de la statuaire contribua puissamment à changer Taspect des monuments religieux , en apportant un élément nouveau dans leur décoration.

Les archivoltes et les voussures des portes, ornées auparavant de Bgzags, de fi^ttes crénelée, de biUettes et de moulures diverses que j*ai fiiit connaître, commencèrent à se couvrir de personnages (Civray, Notre-Dame de hi Coudre, k Parthenay ; cathédrales du Mans, d* Angers, etc«« etc.) ; les tympans, qui jusque-là n'avaient eu pour ornement que des figures chimériques ou simplement des pierres taillées symétriquement, parfois disposées en échiquier, furent tapissés de bas-relie6.

On commença, au XII* siècle» à sculpter des figures de grande proportion. On plaça, sur les façades des édifices et sur les parois latérales des portes, des statues représentant des personnages de TAncieii et du Nouveau-Testament ; ces statues, confiées sans doute aux artistes les plus^ habiles du temps, offi-ent pour Thistoire de Tart plus dlntérèt que les autres figures à cause de leurs grandes dimensions et de leur relief complet. La plupart sont vêtues de longues tuniques , recouvertes d'une espèce de manteau qui s'ouvre par devant et laisse apercevoir de riches étoflles, le plus souvent bordées de galons.

Dans toutes ces statues, on remarque de longs bustes, des yeux saillants, fendus, des sourdb arqués, une sorte de raideur et d'absence de mouvement qui, indépendamment de leur costume et de leur physionomie byzantine, les feront toujours distinguer de celles du Xm* et du XIV* siècle. Si l'on examine les statues qui décorent le grand portail de Chartres, celles que Ton voit au Mans, à Provins, à Bourges, à Aries, à St-Gilles, à Angers, etc., etc., dans toutes on leroarquera les caractères que je viens d'indiquer; on les retrouvera dans les autres représentations en bas-relief on en peinture, qui appartiennent à la même école^

2/i2 DE CAUMOHT. ABÉCiDAIRB D*AlCBiOI.OGU.

Ce qui diadngue les %are9 de cette époque, soU ba»4«lle6, soit

•TATnt DO m* nàcu.

Statues, c*est rimitatkn d*un type à peu près ualfome dans les timHs du visage, la lonnittre et le costume des différents perKcmnages (1).

(1) Soamol CM •Uloet oat été peintM ; Imn jcqk ont qodqvefQit de» prunellet en émail, iocruttéft dans la pierre.

U Pèie^leniel, le Quist, b Viei«e, les AfiôUpes» let Sainls, les Anges reçurent , dans ce lyatème» leun traits, leur forme» leur costone propre et déterminé. Ces types, partout admis, partout re|ut>duits afec le scrupulç rd^eux qui tenait à la fois à un sentiment de dévotion et à rimpuissanoe de l\irt, étaient partout exécutés au moyen de prvicédés semblables, comme le dit M, Raoul Rochette, dans ses Leçons snr Vhisurire de la statwnre (1).

Un des sujets qu^on obsenre le plus ordinairement et qui fttippe le plus, tant par la dimension des figures que par la place qu*elles occupent, c^est la représentation de Dieu entouré de divers attributs, qui, à partir du XI* siècle, se trouve firéquemment sur le tympan des portes et parfois au milieu des frontons des églises. On remarque deux manières principales de représenter ainsi la Divinité.

Souvent Jésus-Qirist est assb sur son trône, vêtu d*une longue tunique enridûe de brodenes et tenant la main droite élevée comme pour donaer la bénédiction ; autour de lui sont les symboles des quatre Évangélistes désignés dans la vision de saint Jean, savoir : dans la partie supérieure du tympan , au niveau de la tète du Sauveur, Faigle (saint Jean J, Tange (saint Mathieu ), et plus bas, le licm (saint Marc }, et le bcEuf (saint Luc). Il a les pieds sur une espèce de tabouret ou escabeau , scabelium , à daire-voie , que les sculpteurs du XIP siècle ont presque toujours fidèlement reproduit ( Voir la page 165 ).

Souvent on remarque, à côté de ce tabouret figurant peut-être la terre, et au centre du tableau , des ondulations figurant probablement des eaux, suirant ce passage du chapitre iv , verset 6 , de TApocalypse : En face du trône du Seigneur il y avait comme une mer de verre «embUMe à un cristaU Les eaux sont figurées par des lignes ondulées, à Bourges, dans le tympan de la belle porte méridionale de la cathédrale du Mans, è Angers et ailleurs (2). En résumé, la représentation du Christ, au milieu des animaux symboliques, a été reproduite à peu près de même dans les tympans du XII* siècle.

Les artistes paraissent avoir une grande prédilection pour ce sujet thié de PApocalypse (S).

(4) Cnari d'artUologie professé à la Bibliothèque royale , en 1828.

(^ Des ondalatioDt semblables , qi^ font le toor du tympan , ezprimeDt peoi-ètfe, dans quelques tableaux, TarOi^B-ciel dont il est pwlé dans le chapitre nr , S S*

(5) Les sculpteurs du Xll* siècle ont essajé de peindre Tiaiage du trône

24À DB CAOMOHT. ABÉcfoAIRB D^ARCHiOLOOtB.

Aillenn» Jésns-Ourist est représenté dans rattitude que je Tiens diftdiqner; mais, au lieu des symlioles des quatre ÉTaugélistes, oo ¥oit seulement à ses cdtés deux anges, tantôt debout et tenant des encensoirs, tantôt à genoux et dans Tattitode de la prière. Au lieu de tenir un Kyre, le Christ est représenté parfois les deux mains étendues : c*est ainsi qn*on le voit à Autun.

Sur le tympan de la grande église de Véielay, nous voyons le Christ, de grandeur colossale, la tête entourée d'un nimbe croisé, les chereax sépaiés sur le front et retombant sur les épaules, la figure grande et noble, les mains étendues comme pour bénir.

Le costume se compose d'un péplum plissé à Irès-petils plis , retombant jusqu'à la ceinture, d'une robe très-ample, pBssée de même, à grandes manches, qui laissent voir une autre robe d'une étofc

différente (!}•

A droite et à gauche du Christ sont les douie Apôtres, de proportion relativement plus petite, leur tète n'arrivant guère qu'aux hanches du personnage principal ; tous tiennent des Uvres ou des tablettes.

De l'extiémilé des mains du Christ sortent des lignes ou rayons qui se dirigent sur la tète de chacun des personnages dont il vient d'être question, et qui sont évidemment les Apôtres.

Cette représenution mystique des grâces opérées par l'imposition des mains se voit dans qudques autres bas-reliefi; mais id elle est ptas curieuse peut-être qu'ailleurs, à cause de l'expression des figures : dies paraissent frappées, saisies, par l'inspiration qu'elles reçoivent du rayon lumineux qui vient toucher leurs têtes.

Saint Pierre, reconnaissable à la clef qu'il porte, est le plus rapproche du Christ; sa tête et ses genoux touchent presque aux vêtements du Seigneur.

Nous avons figuié, dans le tome IX du Bulletin monumental, une esquisse des fresques de Montoire qu'il est bon de rappeler ici. Cette

câesta , td qu'U est décrit dan» le chapitre iv de l'Apocalypse . TcweU 6 et 7 . qne noua tranacriTona ici : . i^ . j

c 6. En face du tfône, il y avait comme une mer de Terre aemblable à du « crisUl.et au miUeu du trtoe et alentour . a y avait quatre animaux qui « étaient pleins d*yeux derant et denière. »

« 7. Le premier animal était semblable à un lion , le second semblable à « an boBuf ; le troisième avait le risage comme celui tfun homme; k qoa- € trième éuît semblable à un ai^e qui vole. »

(1) NoUê d'vH voyg* dâtu U cmtr« de U Frma , par M. Mérimée.

246 DE €ADMO{fT. ABÉCÉOAIRB D*ARCHÉOLOGU.

esquisse, que nous devions à M. Lannay, membre de la Sodélé fiwiçaise d*archéologie, à Vendôme, et que nous avons donnée aoan dans le e« volume de notre Cours d'antiquitét (chapitre desPeiatures murales}, moutre JéSus-Glirist, entouré de ses douze apôtres, les mains écartées comme à Vézelay ; mais, au lieu de rayons sor> tant de Textrémitë des doigts, le Christ a dans chaque main une plaie ( celle des clous du crucifiement) d*où sort un ruisseau de sang. Ce jet de

sang se ramifie et chacun des g

filets qui s'en détoche va |

s'attacher au front d'un des ^

apôtres. f

On voit que ce sujet est le ^

même , quant à l'Wée , que |

celui que le sculpteur xi rendu ^

différemment sur le tympan 2

, de Vézelay. |

Les archivoltes qui enca- «

drenl le tympan offrent quel- |

quefois des personnages en |

bas-relief. Ce sont souvent ^

les vieillards dont il est parlé ^

dans les passages suivants de l'Apocalypse :

A côté du trâneil y en avait vingi-qualre autres , et sur cesvingl-quatre trônes étaient assis vingt-quatre vieil! ards vêtus de robes blanches, et ayant des couronnes d* or sur leur tête.,. { chapitre Vf ),

j 4) Kt les vingt^ualrc vieillards se prosternèrent devant

l'Agneau , ayant diacun une harpe et une coupe pleine de parfwms qui sont les prières des saints (chu p. v , n". 8).....

Ces vieillards à têtes couronnées sont toujours représentés un inslra-

ÈRB BOMARB SECONOAinB ( IGONOGBAPHIC )• W

i de tûmskpiit dans une mal», et teaiot Tautre élerée avec une fiole ou une coupe (cathédrale de Chartres» St-Denis, Notre-Dame de La Coudre^ àPaithenaj; Notre4)aiiie de Saiotes etc,etCi).

Jésus-Christ, ainsi entouré de cette cour céleste, préside ordinairement au Jugement dernier.

Dans les siècles précédenU, on Tavait peint plein de douceur, souvent imberi>e, sous la flguié du Ibon Pasteur.

Au XII* siècle^ fl juge et ffhnit les pécheurs.

Qoos scBLUS 4xBacET m juam POiu cobrckt (i), lui fait dire Tartiste ; autouè' de lui se HëyelopiÊ l'âppaM de la grande nènè du Jugement 4bmler i%):

A Autun, par exemple, aux pieds du Christ, sont des tombeaux d*où aonent une multitude de petits «bitsUVAilns. Les mM ressuscitent a?ec des attributs ou des attitudes qui indiquent la piété et le défouement au seHice de Dieu; d'autres, au contraire, tiennent leur tète dans leurs mains, en signe de douleur. Quelques vices sont indiqués par dès figures ftynd>oliques. Au milieu du bandeau, un ange, tenant un gtaire, repbusse les coupables qui feulent passer à droite.

Plus hatft, on aperçut une balance soutenue par une main qu*entoareltft des nuages. L*archange saint Michel et le prince des démons mettent dans les bassins, l'un un petit homme bien feit , emblème de la vertu; Tautre un monstre i emblème du mal. Tandb que Taccusé, dont le sort est débattu dans ce moment solennel, tâche de se rapprocher de TArchange, Satan fait tous ses efToits pour que la balance penche de son oôlé^ et un de ses suppAts apporte un léiard, autre emblème du mal, afin d*en charger encore le bassin où sont appréciés les péchés; mais T Archange est vainqueur, sa main puissante imprime au

(1) IiMcripUon placée autour du Chriat du portail do la cathédrale» à AuIud.

(2) On explique la représentatioo a«es habituelle du Jugement dernier, à partir du X' aiècle, par raffaibliaaement dea crojances ; Topinion généralement répandue au X* aiède, dana la chrétienté, que Tan 1000 devait Atre fixé pour la fin du monde n^ayant été juatifiée par aucun événement , on répandit des doutes »ur la résurrection des morts. Lea prédicateur», pour raffermir la foi ébranlée , prirent asses souvent pour sujet de leurs sermons le Jugement dernier, et les architectes des Xkl° et XIll* siècles en placèrent le tableau dana la partie la plus apparente dea églises qu'ils construisirent. 11 fallait dea images plus frappantes que celles dont on avait orné les églises durant Tère priinitive du style roman : on peignit Fenfer , dont la représentation hideuse et aainsiante n'avait point été essayée tant que la foi n'avait point tu beaoin d*ètre ravivée.

268 DE GADMOlfT. ABÉCéOAIIIE D^ABCHÉOLOGIE.

fléau de la balance un moufement qui assure Tavantage à la somme des bonnes œuvres.

Près de là est une chaudière > dans laquelle un démon entasse les

riAOHniT DO eiAiiD lit-uuir do roaxia d'aotoh.

malheureux réprouvés. Un autre démon, qui a le corps dans le fourneau qui sert A chaufler la chaudière , en sort à moitié pour enchaîner d'autres damnés et les entraîner dans le feu étemel. L*lmpression que

fcRE ROUANB SECOUDAIRE ( ICOlfOORAPHIE }. 269

produit cette image est adoacie par l'idée gracieuse de deux reasasdtés, qui Tont chercher on asile dans les plis ondoyants de la robe de FArchange.

Dans Taotre partie du bas-relief; une longue suite de saints personnages élèvent les yeux vers le trône de Jésus-Christ, et semblent prier pour leurs Iréres. La Jérusalem céleste est représentée, suivant les images poétiques de TApocalypse, par un vaste et somptueux é<!^Oce. Quelques ressuscites y sont déjà parvenus ; d'autres s'efforcent d*y entrer : les Anges viennent à leur aide (i).

Sur d'autres bas-relie&, la Jérusalem céleste est représentée pi.r une ville murée, dont les remparU sont surmontés de tours k toits arrondis, tantôt coniques, tantôt en forme de coupole. Les portes de la viDe sont bardées de ferrures qui se ramifient et forment des enroulements comme les ferrures du temps. De somptueux édifices paraissent au-dessus des murailles. En un mot, la Jérusalem céleste est représentée comme une ville fortifiée du XII* siècle.

Au-dessus de la porte centrale de quelques grandes églises et audessus du porche, quand il en existait un, on consacrait un autel à saint Michel-Archange. S'il y avait deux tours à la façade, l'une pouvait recevoir un autel dédié à Tarchange Gabriel, l'autre à l'archange Raphaël Mais, le plus ordinairement^ saint Michel était vénéré seul. On trouve sa chapelle au-dessus du portail occidental à Toumus, à Brioude, à la cathédrale d'Autun , à St-Benoit-sur-Loire , etc., etc. Dans beaucoup d'églises, la chapelle St-Michel était établie au premier étage des tours (St-Germain-des-Prés, St-Pierre-sur-Dive , etc., etc., etc. )•

M. Albert Le Noir fait observer que la persistance du culte de saint Michel, dans une des tours des églises , était due sans doute à ses fonctions de conducteur des âmes, ce qui aurait contribué à conserver son cuite auprès du parvis , près de la façade sur laquelle on représentait le pésement des âmes et le jugement dernier. Il croit que la forme dissemblable et la hauteur inégale des tours qui flanquent la façade des grandes églises, inégalité qui est à peu près constante , peut être expliquée par la présence de l'autel consacré dans

(1) Voir Xa Dturiplion du portait de l'égliu eathédraU d'Autun, par Mgr Devoocoux , membre de TlnsUtut des provinces , et la belle planche figurant ce ^mpan dans le grand ouvrage de M. Do Sommerard < intitulé : Lt* Art$

250 'OB GAOMONT. AB^CiDAIllB d'aRGHÉOLOGIE.

Vtm d'elles à Patchange salât MItM. On aurait émtaè «ne plos grande kaoteor, mie décttradoo pltisbrUlante à ceDe des tours qui contenait l'autel du chef de Tamiée céleste.

Les tours , d*aiOeurs , étaient pour Téglise des propugnacula qui poufaient a?oir leur utilité eu temps de troubles, et il était logique de placer Tautel du chef de la milice céleste dans ces espèces de donjons pour qu'il prot^eftt Tégllse, la cité sainte, la maison du Setgoeur.

A Toumus, notre savant ami M, Canat de Ghiiy , de llnstitut des prorinces, nous a montré la chapelle St-Michel qui surmontait le portail entre les deux tours ; elle était en communication avec la nef par une ouverture comme nos tribunes. D'autres grandes églises m'ont offert la même disposition, notamment la cathédrale d'Autun , et « autant qu'il m'en souvient, celles de Moissac, Vézday et qudqoes autres. Mais ces dispositions anciennes ont été cachées soit par rétablissement des orgues, soit par d'autres travaux , et il fout les examiner avec sohi pour en retrouver la trace.

La représentation des peines de Tenfer ne se voit pas seulement dans les fiiçades d'égHses, on la retrouve encore sur des chapReaux, sur des frises, etc.

Le Démon est habituellement représenté , aux XI* et Xn* siècles, sous la forme d'un homme à figure horrible, la tète armée de cornes, le corps velu, souvent armé d*un croc dont il se sert pour précipiter les réprouvés dans l'enfer , représenté par une énorme tête à gueule enflammée. Quelquefois il a une tête d'oiseau, une figure grimaçante sur le ventre, et une queue de vipère.

Le Christ n'est pas toujours représenté dans le tympan des portes: on le trouve quelquefois à h partie supérieure des façades. C'est ainsi qu'on le voit à Notre^Dame-la-Grande, à Poitiers; dans la façade de l'église de Ruflec, dans celle de la cathédrale d'Angouléme. Sur ces églises , il est représenté debout , au milieu des animaux symboliques, à Poitiers et à Angouléme ; entre deux anges, k Ruffec

En Italie, c'est aussi le plus ordinairement au sonmiet des façades qu'on voit la figure du Christ, soit avec des anges en adoration, soit avec les syniNiles des quatre Évangélistes.

ÈRE aOMArrfl SBCONOAIftB ( IGOROGIAPHII )• 951

J'ai dit que le Sauveur est or* dioâtanent 'entouré des aolbiaut sjmboliiia^ d*anges ou d^autres personnages; il peut aussi se trou- ?er isolé dans les portes dont le diamètre, peu considérable, n*a pas permis au sculpteur de figurer les accessoires ordinaires.

LeNiMBsest un cercle ou disque qui, sur les monuments antiques, environnait la tête des difinités.

Les artistes chrétiens adoptèrent le nimbe : non-seulement les trois personnes de la Trinité, mais la

Sainte-Vierge , les Apdtres, les Saints, la Vertu personi^ée, reçurent cet ornement dans les monuments peints ou sculptés.

Le nimbe qui entoure la tête des saints est toujours rond ou en Ibrme de bouclier: il est rond, dit Guillaume Durand, écri?aindu XIII* siècle, conformément à ce passage de TÊcriture : Seuto bonœ voluntatis tuœ eoronasti nos. Mais , quand on représentait un saint vivant, le nimbe avait la forme d*un bouclier carré, dont les quatre côtés étaient symboliques des quatre vertus cardinales (V. mon Coicrt d*antiq.,i. IV, p. 207).

En France, le nimbe se voit rarement aux Prophètes, aux Patriarches et aux Rois de 1^ Ancien-Testament ; cependant on en a quelques exemples. Dans l'Église grecque, au contraire, on les nimbait comme les saints de TÉvangile et sans distinction les uns des autres.

Au reste, Tabsencc du nimbe ne doit pas toujours feire révoquer en doute la sainteté du personnage. A St-Trophime d'Arles, la figure du Christ, qui occupe le centre du tympan du grand portail, n'est pas nimbée. Dans les bas-reliefs, le nimbe manque quelquefois là où il n'était pas facile de le placer, et dans les figures trop éloignées de la muraille pour qu'il pût y être fixé d'une manière solide.

Les trois personnes de la Trinité se distinguent facilement de tous les autres personnages nimbés, parce qu'une croix grecque se dessine au milieu de leur nimbe. Ainsi le Père , le Fils et le Saint-Esprit ont des nimbet crucifères ; et quand ils sont représentés par des figures symboliques, ces figures sont entourées du nimbe croisé.

DE GAUNONT. ABÉCÉDAIRE D*ARGHÉOLOGII.

L^agneau, symlx^

du Christ, immolé par les enfants d'Israël , porte constamment le nimbe croisé (i).

Dans les bas-reliefii du XII* siècle et dans les siècles suivants , Tagneau soutient toujours du pied une croix laquelle flotte souvent un petit étendard ; U se retourne quelquefote pour rexaminer.

Void la colombe, image du Saint-Esprit, la tète également entourée du nimbe cnidfère.

Dieu le Père est parfois représenté par une main, sortant des nuages ou du ciel, entourée du nimbe comme la suivante. Cette main présente toujours les trois premiers doigts ouverts et les autres fermés; c'est là la main bénissante.

L'auréole est cet encadrement elliptique que beaucoup d'antiquaires ont désigné sous le nom de vesica piscis, et qui encadre habituellement la figure du Christ (V. la page 165, et le Christ de Vézelay, p. 2A5).

Cependant les auréoles ne sont pas toujours de cette forme ; il y en a de rondes et de quadrilobées.

L'auréole, que M. Didron appelle gloire, est réservée aux trois personnes divines et à la Sainte-Vierge. Nous trouvons la Sainte-Vieige encadrée dans une auréole sur le tombeau de samt Junien, près Limoges.

(1) L'agneau à sept jeux et à sept cornet de TApocalypse a été rarement figuré sur les monuments : le nombre 7 désigne les sept esprits ou sept dons envoyés par Dieu sur la terre.

Le nombre 7 est aussi celui des tètes et des cornes des bêtes infernales de T Apocalypse.

La bêle à 7 tètes de TApocalypse a chacune de ses tètes nimbée , excepté celle qui est blessée à mort et qui est dépourvue de nimbe habiloellement.

lAo Droiijrii delà

i unm-finct ncADiéi dai» nt Aviioit luimoct, mi le foi«M*r De •«l^T jqiiuii.

254 DE CAUMONT. ABÂG^DAIRB D*ARGH£oLOGIB.

L*aiiiéole entonre parfois Pftme des sains, figurée par un petit corps linmain, comme on la représente au XI* et an XII* siècle. L*ftme est ainsi, dit M, l*abbé Crosnier, déifiée en quelque sorte au moment où elle retourne dans le sein du Créateur; mais jamais les saints, quelque Ténérés qu'ils fiissent , n*ont été entourés de Tauréole , soit dans les peintures, soit dans les sculplutes.

Vold la représeiitation d'une ftme dans une auréole : deux anges la reçoiTent et remportent au cid, malgré les efforts que font deux démons pour s'en emparer (i).

11 y aurait une foule d'autres observations à faire sur le nimbe et ranréole au XII* siède. On trouvera les détails les plus complets sur ce

(4) Ce cliapiteaa est tiré de Téglise de RacqueviUe, décrite daut le i*' ▼<>• lame de ma Suuiêtique mntnwunttiU du Cahad/o*.

ÈRE ROMANE SBCONOAIRE ( ICOIIOGRARUIB )• S65

sqiet fUiOB Vieanoirap^ ehritiennê de M. lUdron et dans ToaTrage élémentaire qu*a pubUé, sur le même sujet. II. Tabbé Grosnier. On avait fi|piré très-rarement le Christ en croix, du Vl« siècle au X* ;

on le rencontre encore rairement dans les sculptures antéi;içu])es au XIII**

256 DE GAUMOtlT. ABÉCÉDAIRE D*ARCHÈOLOGIB.

Aux XI* et xn* siècles, il porte une espècede japon; la tète est eoo* verte d*ime couronne ou d*une espèce de toque; les pieds sont attachés Tun à côté de Tautre, chacun avec un clou.

Dans les siècles antérieurs au XI« siède, on avait figuré le Christ en croix, vêtu d*une robe à manches.

Parmi les sujeu religieux fréquemment représentés en has-reUef dans le XII* siècle, on peut dter :

La Tentation d*Adam et d*Ève ; Le Massacre des Innocents ;

L* Annonciation ; La Fuite en Egypte ;

La VisitaUon ; La Présentationde Jésus au Temple;

La Naissance de Jésus-Christ ; La Gène ;

L*Adoration des Mages ; Le Sacrifice d* Abraham.

On peut montrer des bas-relie& du Xir siècle reproduisant quelques-uns de ces sujets. Voici d'abord la Tenlation sur un chapiteau de St-Benoit-sur-Loire. Le Créateui' unissant Adam et Eve, la déso-

Ik TBnTàTIOll D'ADàM «T D»èV8.

béissanoe de nos premiers parents et leur expulsion du Paradis terrestre, forment trois tableaux : le serpent est tourné en spirale autour du tronc de Parbre, qui a Taspect d*un palmier. Le palmier, le figuier, le pommier, Toranger, sont les arbres le plus habitudlement Imités, aux XI* et XII* sièdes, dans la reproduction de ce sujet biblique.

ÈRB ROMANE SBOOtlDAIRI (ICONOGBAPHIE). 257

Fuite bu Égtpts. -^ILe chapiteau lahrant, lire de St-BenoU-sur- Loire, offre une scène sur chacun de ses côtés, présentés en déreioppement dans mon esquisse. Au milieu est la Sainte-Vierge, assise sur

un ane avec rEoCBuit nimbé» les pieds posés sur une espèce de maiçhe^ pieé; saint iofC|ih coaduit r«Be par la bride; derrière Ttoe, sm le

^8 DC CAUMONT. ABÉCÊDAIBE O'ARCBÉOLOGIB;

côté droit du chapiteau, un dragon est terrané et percé d*une lance par un personnage mutilé, dans lequel je reconnais saint Michel ; sur le cdté opposé, un soldat me parait poursuivre les émigrants ; enfin , une main sortant des nuages doit être celle de Dieu protégeant la fuite de la Sainte- Vieige.

La Visitation. •— La salutation de la Sainte-Vierge et d'Élisabelh est figurée sur le chapiteau suivant : sous une arcade, représentant rintérieur d'une maison , les deux femmes s'embrassent ; des tètes

un ange tenant un encensoir.

Sacbificb d'Abrahaw. — Tai précédemment (V. p. 318) produit un chapiteau sur lequel se trouve le sacrifice d'Abraham : au centre, Abraham, armé d'un glaive à deux tranchants, lève le bras pour frapper son fils qui se trouve assis sur un autel à colonnes, tandis qu'il lui tient les cheveux de l'autre main. L'ange qui survient lui pose une mam sur la tête et l'autre sur l'épaule. Derrière Abraham est un personnage dans les jambes duquel parait un bélier; de l'autre côté du chapiteau, on voit les préparatib du sacrifice qui doit remplacer celui que l'obéissauce d'Abraham était sur le point d'accomplir: déjà le bélier est posé sur l'auteL

On distingue, sur cet autre diaptteau de St-Benolt, TAgneau

nimbé, monté sur le livre des sept sceanx : les cavaliers de VApocatjfpse, le démon et plusieurs autres figures, dont il est fiicile de reconnaître les attributs.

Nous trouvons dans le tympan de l'église de la Lande-de-Gubiac (Gironde), dessiné par M. Léo Drouyn, une traduction de presque tout le premier chapitre de V Apocalypse, A gauche du spectateur sont les

260 Dfi GAUMOIfT. ABi^r.^.DAIIIR d'aRCHAoI.OGIF.

sept églises , plseées hoiizontaleBient sur deux rangs, quatre en bas, trois e» haut Chaque église est fermée par une grande arcade pleîn-cimie, surmontée de quatre colonnes supportant une eoupole, dont la conrerture est formée de trois rangs horizontaux de pierres arrondies par le bas. Toutes les coupoles sont surmontées d*une boule ; sur ki boule du milieu du rang supérieur est une croix grecque.

A droite des églises est un personnage debout, retoamé ^ regardant en Tair, dans Tattitude de Tétomiement; il presse avec la main droite on livre contre sa poitrine : Johannes $eptem ecclesm qvœ sunt in Asia»,,m Fui td spiritu in dominiea die et audivipost me vocem nnÈgnam.,», et conversui sum ut viderem vocem quœ loquebatur mecum,».. {Apoca^ iypu, chap. i*', vers. A-iO). Derrière saint Jean, et au milieu du tympan, on voit un grand personnage qui occupe toute la hauteur de Pencadrement.

Les vrrscls i?, 18, 14, 15, i6 du t*' chap. de VApocalypu vont encore nous en donner la description : Et conversus Mi septem ctmdelabra aurea, et in medio septem candelabrorum aureorum shu^^ Filio Aominis Vc'Stitum podere et pr(ecinctum ad mamiilas zona aiu*ea... et oculi eju$ tanquam ftammœ tpnts..... et habebat in dextera suastellas

septem ; et de ore ejus gladius utraque parie acutus exibat On

ne voit plus des sept chandeliers, que quelques tiges et quelques trépieds. Le fond du tympan est couvert par de très-beaux enoattlements de feuillages dont les tiges sont perlées. Le Christ, les bra& étendus, est vêtu d*unc longue robe à plis allongés, dont les manches très-larges sont bordées de cercles et de croix ; sur les bouts tombants de la ceinture on lit rinscription : zona avrea.

Lesculpteur, en faisant les yeux très-ronds et presque faroudies, a probablement voulu traduire le passage: et oculi ejus tanquam flttmmœ ignis.

Il tient dans la main droite un cercle dans lequel sont igurèes les sept étoiles^ ayant la forme de fleurs de marguerite; du côté gauche de la tète, n^ voit un glaive à deux tranchants.

L^encadrement du tympan contient cette inscription, à commencer par la gauche (Voyez W dessin, pour la forme des lettres] : f Johes VIL eccUis. que, sunt, in.... t, fUiu ho„„ ter VU candelabra aurea.

Sur l'encadrement horizontal inférieur : Principiu. sine, principio. finis, sine, fine.

Je ne pourrais, en si peu de mots, indiquer tous les sujets qui forment ce qu'on peut appeler V Iconographie rowume : je voudrais seulement fomiliariser avec le style de ces sculptures.

Void d'autres sujets qui se rencontrent quelquefois :

ÈRE lUnCANB SEGOtlDAIRE ( ICOIfOORAPHIE ).

OS Lu

ce

262 DS GAUMONT. ABÉCÉOAIBE D*ARCHéOLOGl&

Un homme aflfonrché sar un lion, dont il déchire la gueale de ses deux mafais^ représente Samson. On sait que Samson a été pris par les Pères pour Temblème du Christ ; que sa victoire sur le lion (i) a été regardée comme la figure de la victoire que J.-C. devait remporter plus tard sur les idolâtres.

Dans le Poitou on remarque, sur les &çades de (dusieurs églises, des cavaliers, de grandeur naturelle, qui occupent les arcades les plus apparentes de Tédifice (Givray, St-Hilaire-de-Melle , Airvault, Vieux, Parthenay, Surgères, Benêt, Aulnaj, etc., etc.), et qui foulent aux pieds de leur cheval un petit personnage presque toujours représenté dans la position la plus humble.

11 s*eBt élevé déjà de longues discussions pour savoir ce que représentent ces personnages à cheval ; et conune ils sont presque tous brisés, et quHl ne reste souvent d'entier que le cheval, il a été jusqu'ici fort difficile de se prononcer. Le cavalier le mieux conservé que j'aie vu se trouve ù Parthenay-le-Vieux (Deux-Sèvres).

MM. Jourdain et Duval, d'Amiens, ont publié une note sur ce sujet : peut-être serait-ce, disent ces savants iconographes, un des cavaliers de V Apocalypse , le premier mentionné qui portait une couronne et était armé d'un arc ; cavalier dans lequel les interprètes reconnaissent une figure de J.-G.

Peut-être encore serait*ce la reproduction du fait attesté par les Écritures (liv. II des Machabées, chap. m), à l'occasion de la tentative Êute par Séleucus, roi d'Asie, pour s'emparer des richesses du Temple.

Héliodore, chargé par le roi de cette entreprise, était entré dans le Temple, et prêt à forcer le trésor, quand lui et les siens virent paraître un cheval sur lequel était monté un homme terrible, habillé magnifiquement, et qui, fondant avec impétuosité sur Héliodore, le frappa en lui donnant plusieurs coups des pieds de devant,

D^autres, enfin, persistent à voir un saint Martin dans ce cavalier; quelques-uns en ont lait le fondateur de l'église ; mais cette opinion n'est pas floutenable. Voici l'opinion de M. de Longuemar; elle nous parait préfihuble à toutes les autres.

c Ce superbe cavalier couronné , portant un feucon sur le poing (insigne de la puissance au moyen-âge j, et qui renverse en passant un être décrépit, est, dit-il , l'image de l'Église triomphante dans la personne du Fils de Dieu ressuscité, foulant sous ses pieds le démon.

(1) On sait que Samson , ayant un jour rencontré un lion, le prit p«rl« gueule et le mit en pièces.

ÈB£ ROMAIIB 8£G0NDAIHE (ICONOGRAPHIE). 263

« Si V<m s'étonne que Tartiste dn moyen-âge ait pu représenter ieChrist soQS les traits et aTec les attribats d*iui seigneur snxerain, c'est qn'on est trop aocoatamé à juger les œuvres du passé avec les idées du présent, c Les Grecs représentaient le Père-Étemel en costume de grand ar^ ehevéque; les peintres et les sculpteurs de TOcddent Tont offert aux • regards, du XV* au XVII* siècle, revêtu des habite pontificaux et coiffé de la tiare. Pourquoi serait-il donc si étonnant qu'aux XI* et XII« siècles, l'artiste, voulant offrir le type de la toute-puissance divine, Tait symbolisée sous les traits d'un de ces seigneurs suserains auxquels les populations étaient habituées à rendre hommage à deux genoux (i) ? « Si parfois ce cavalier est revêtu d'une armure, il ne faut pas oublier que saint Jean annonce la venue du Christ à la tête des armées célestes, le front ceint de plusieurs diadèmes, et portant écrit sur ses vêtements : « Roi des rois et Seigneur des seigneurs. > Si on jette les yeux sur l'archivolte qui se courbe autour du cavalier de Parthenayle-Vieux, on la voit décorée de petites figure» posées sur des barques, emblèmes bien connus des âmes qui flottaient dans les limbes, attendant avec impatience la venue du Christ qui devait les racheter, et que le sculpteur a rapprochées de leur Sauveur, >

Cette interprétation, si on veut bien y réfléchir, est vraiment la seule qui explique comment le tympan des arcades romanes, qui occupe une place si importante dans l'ensemble de la décoration murale des églises, a été si fréquemment réservé à ces grandes eflBgies, dont la taille elle-même est encore une preuve de leur caractère élevé. Elle rejette, par conséquent, au nombre des impossibilités la pensée que ces cavaliers aient jamais pu être le cachet orgueilleux de la puissance féodale, apposée jusque sur les murs consacrés au Très- Haut ; et cela au milieu des emblèmes et des effigies du Christ, de la Vierge, des auges, des patriarches, des prophètes et des saints répandus sur ces larges pages, consacrées tout eutières à la gloire de Dieu et à l'exaltation de la religion.

L'opinion de M. l'abbé Auber se rapproche de la précédente , mais elle en diffère en ce qu'il voit dans le cavalier non pas J.-C. lui-même, mais un symbole du Christianisme victorieux triomphant des oppositions du Paganisme, de l'hérésie, des schismes ; en un mot, de tous les ennemis que lui suscitent les passions du cœur humain.

(l)Ce n'est cerUiuem«nt pas plus extraordinaire que de voir figurer, au Xll* siècle, sur les tableaux hoUandais, des bourgmestres en grand costume autour d'un Ecct-Homo ou d^une Descente de Croix.

264 DE GAUMQNT. ABÉCéDAIRB D'ARCHiOLOGIE.

La Statue matUée, sur laquelle des (^pfaiioos Uès-diferiKeBles oot été émises, et qui se trouve incrustée dans le mur de St-Étieiine-le-Vieai,

à Gaen (statue que je crois du XII* siècle ) , représentait le même sujet

Je rai retroufé sur un des chapiteaux de la cathédrale d^Aotan,

et je ne doute pas que ces fi((ineft D*ldent éléDMttcoup ph» I«pilti4tie5 qu'on ne TayaH pensé d'abord.

L'antagonisme entre le bien et le mal n^est pas seulement exprimé par la condamnation des méchants et la récompense des bons : on re« trouve l'opposition de ces deux principes indiquée dans beaucoup d'autres sculptures. Par exemple, on voit quelquefois les vertus terrassant les vices. Les vertus, sous la figure de femmes, le casque en tète, portent des boucliers au bras gauche, et tiennent de la main droite une épée à deux tranchants qu'elles plongent dans la gueule des figures qui représenlent les vices et qu'elles ont terrassées. Ce sont ordinairement des fenunes qui représentent les vertus : Durand, évêque de Mende, en indique le motif dans son Rationale divinorum o/pciorum : Les vertus, dit-il, sont représentées sous la figure de femmes, parce qi^elUs touchent et nourrissent (mulcent et nutriunt),

L'unage des vices se reproduit de différentes manières. L'une de ces représentations symboliques les plus singulières est celle d'une femme

rs ca^pHEAr de l'a?5cii:.\>e église sai>t-îiicoi as d'angers.

dont les mamelles sont dévorées par des serpents enlacés, quelquefois par des crapauds ou d'autres reptiles (Montmorillon , S^«-Croix de Bordeaux, St-Semiu de Toulouse, St-Sauveur de Dinan, St*Joum de Marnes, etc., etc.).

366 DE GÀUMONT. ABéciOAIBE d'ARGHÉOLOGIE.

Il parait que ces images hideuses se rapportent plus particalièrement aux passions de la chair, dérèglements, adultères, etc., etc. (i). Le sphinx, la chimère et le griffon, dont on voit des représentations

si nombreuses sur nos églises byiandnes, avaient été adoptés par les chrétiens^ comme doués du pouvoir d^éloigner les malins esprits. G^est vraisemblablement cette croyance qui a Dût placer, à rentrée des églises de France, ces lions dont j*ai déjà parié, et auxquels on supposait le pouvoir d'éloigner les ennemis invisibles ou de paralyser leur mauvais vouloir.

On peut consulter, sur les idées mystiques qui se rapportaient ù certains animaux, les Bestiaires ou commentaires écrits au moyen-ftge sur ce sujet MM. Martin et Cahier en ont publié plusieurs dans leurs Mélanges tP archéologie ^ et M. Hippeau a fait paraître, sous le titre de Bestiaire divitif un volume in-8" qui renferme un très-grand nombre de recherches savantes sur le même sujet.

Le basilic a par devant la forme d*un coq, par derrière celle d*un serpent: habet caudam ut coluber, residuum vero corporis ut gallus.

(1) Les reptiles, et surtout le serpent , étaient considérés comme Temblème du vice : aussi, d'après leurs légendes , les premiers évèques ont-ils presque tous vaincu des serpents monstrueux; allégorie par laquelle on a voulu peindre le triomphe de U foi sur la superstition.

Saint Marcel , évêque de Paris, délivra aussi cette ville d'un serpent qui était venu d'une forêt des environs , et qui , selon la légende, avait creusé U fosse d'une dame de haute naissance , accusée d'adultère , pour dévorer une partie de son corps.

selon le texte de Vincent de BeauTsis. C'est ainsi qn*il était représenté sur une église des environs de Lyon* Le basilic, Taspic, le dragon et

autres figures symboKques méritent d'être attentivement étudiés dans les églises romanes où ils se trouvent* Les sirènes sont reproduites si souvent dans nos églises qu*il est bien

difficile de ne pas admettre qu'elles aient eu un sens symbolique.

268 DE GAUMONT. ABÉCÉDAIRE d'aUGHBOLOGII:.

fiélôii M. Tabbè Vbhllh, 4» ftirèhe piMÉrniU bi«i teptimaÈu ÏH chrétientie {hirifiée par lebaptèine : on hi troore ^ffcctircÉIcfct ^r ëes baptistères.

A Angers, la sirène tient d'ane main un poisson, emblème du Christ, de l*antre un glaive que Ton croit être l'emblème de rautorilé de la foi ou de la puissance de la parole divine (V. la page 267).

La sagittaire, poursuivant un cerf on un bélier (^capricome) qu^ii perce de traits, est encore une figure dont la présence, au milieu des

REPItkSElIlATlON DC SAOnTAlKE DANS LE CLOITEE SAINT-ICB», A AX6EBS.

tympans des portes et dans les archivoltes, ne peut passer inaperçue ; et comme Ta dit M. Pottier, conservateur de la Bibliothèque publique de Rouen, il y a lieu de rechercher quel molif les artistes du moyen* âge ont eu pour la reproduire si souvent.

Sur des chapiteaux du XII* siècle, j*ai rencontré des oiseaux à queue de serpent buvant dans un calice, comme on en voit sur le chapiteau

ÈRR, WMANE SECONDAIRE (ICONOGRAPHIE). 269

suivant de la nef de Y» 9i||)|^ale du Mans. Ce sujet n*a peut-être rien

de symbolkiue. Quelques-uns pourtant Tonl r.^gardé comme la reproduction, modîGée pnr le goût hyzantin, des deux colombes buvant dans une coupe, l'emlKme de la douceur et des vertus clirélicnnes, que Ton trometivs-fix'qucmment gravées au trait sur les pierres tumulaires dos premiers sit'cics de r%liie.

Rnfin, quelque bas^reliefo sont peut-être des réminiscences de mo-

TYMPA^ D'OKI porte LVTÉRALC, A MARIGNT (CALVADOS).

numentsde TOrient: tels sont les animaux séparés par un arbre que Ton a cru être le hom ou arbre symbolique des Orientaux. Le même sujet se trouve exprimé difTéremmentdans le tympan qui suit:

ce sont des oiseaux à tèle de dragon ; et comme le dntre était peu élevé, il a &Du leur donner une autre position et comprimer le ham* L^atUtude forcée de ces oiseaux ne manque pas, d^ailleurs« d*élégance et de mouTemenL

La même pensée parait aroir guidé le ciseau du sculpteur dans la porte suivante» où Ton Toit deux animaux biiarres, séparés par un arbre.

Les lions alTrontés, si communs dans Tomementation romane, rappellent aussi ceux qu*on rencontre sur des monuments de TOrienL

On a donné diverses explications des figures qui couvrent les chapiteaux de la crypte de Téglise de Parizele-Châtel, diocèse de Nevers ^V. page 272). Ces figures seraient les symboles des septPéchés capitaux : TEnvie serait représentée par un hibou ; TOrgueil par un singe jouant du violon, et un porc pinçant de la harpe ; TAvarice par un homme serrant entre ses mains des bourses pleines, qu*il craint qu^on ne lui ravisse ; rimpnreté par uue sirène à deux queues ; la Colère par un centaure poursuivant un cerf; la Paresse par une tortue.

272 DE CAUMONT. ABéCÉDAIRK D'ARGH^LOG».

DE CAOMOirr. ABÉC&DAiRB D'aRCHÉOLOGIE.

l*animal suivant, figuré sur te monument de Souvigny, est un iOMétéônt on un des anfanattx de lèette espèce mentionnés dans les •Bestiaires: il a deux pieds setilement , une queue de saurieu et tatén: d^tin iiÛBdrapède ; il pandt couvert d^écailles.

Le Griffon est un quadrupède ailé, à tête d^aigle ; celui-ci a le pied droit levé ; sa queue se termine en cœur et est relevée en demi-cercle.

Pline a dit et, après lui, les savants du moyen-âge, notamment Vincent de Beauvais, ont répété que les griffons sont des espèces de monstres que Ton représente avec des ailes, et qui , tirant Tor des mines , mettent toute leur ardeur à conserver ce métal.

La Licorne ou Unicome , imicomis, est mentionnée dans les Bestiaires : ils fApètent tous que cet animal à corps de cheval et à tète de cerf, ne se laisse prendre que par une vierge, qui seule a le pouvoir de l*attirer et de Tenchatner.

H est bon de dire aussi un mot des représentations des rtoes d*hommes fabuleuses , citées dans les auteurs grecs et latins , puis dans les auteurs du moyen-âge antérieui^ment à Vincent de Beauvtis (1).

( I ) Vincent de Beauvais , savant dominicain du XUl' siècle , peut être te* gatdé comme le précurseur des encjdopédbtes , à une époque où le nom d*eucyclopédie n^était pas encore inventé.

On ne sait pas la datede sa naissance, mais il est mort en 1264 ou, selon d'autres, en 1266 : ce qui fixerait, suivant quelque probabilité, sa naissance veft le commencement du siècle.

Saint Louis, lors de son ex|>édi(ion en Orient, avait appris qu'un prince

Le nuHmmeDt de Souvign y nous donne la représentation de quelques-ânes de ces espèces. Ainsi on j Toit un homme, en partie défiguré par une oblitérati<m de la pierre, qui tient de la main droite une massue et a une de ses jambes difforme. Le mot Sont est inscrit sur le cadre.

Vient ensuite un Éthiopien, Eihiapu, Pline parle des merveilles de TËthiopie et de Tlnde et des animaux gigantesques que produisaient ces pays. Les hommes y ayaient également des caractères particuliers, selon les croyances du temps.

Les Satyres étaient parfaitement connus dans Tantiquité. Pline, dans diverses citations, les appelle des animaux très^iles, à figure humaine , qui courent tantôt à quatre pieds, tantôt sur deux, et avec une telle vitesse qu*on ne peut les attraper que vieux ou malades. Celui que nous voyons à Souvigny est couifaé en avant et s^appuie sur un bâton.

La figure suivante représente tiès-probablement un de ces hom-

I eWQPES-

de ce pays faisait traoscrire, à grands (irab, des milliers de volumes et tenait des bibliothèques ouvertes aux savants ; il avait conçu le dessein d*imiter en France cette belle institution.

Entrepris par ses ordres et sous teê auspices , le Résumé de Vincent de Beau vais était destiné k contenir les principes de toutes les sciences alors enseignées dans les Universités et les érolcs lliéologiques.

mes, à tête d^animal, qui sont mentioiinés comme marchant indifféremment à deux pieds ou à quatre $ les pieds de derrière ont toutà-fait la structure de pieds liumains.

On Toit ensuite à Souvigny un lopode : les lopodes « equinospedes liabentes, > dit la Cliroiiique de Nuremberg, sont des liommes à pieds de clieval, comme Tindique très-bien la figure gravée, sous ce titre, sur le monument de Sou- Tigny : nous ne lisons que le mot Podes ; mais il est évident que deux lettres sont ei&cées et qu*elles ont existé.

Le Cidipes^ que l*on remarque enfin sur le même monument, D*a qu^un pied. Pline, Vincent de Beauvais, et, après eux, la Chronique de Nuremberg, en parlent.

Ce sont ces prétendus hommes qui, n'ayant qu'un pied^ s'en servaient , en se couchant sur le dos, comme d'un parasol pour se garantir des ardeurs du soleil : la Chronique de Nuremberg les figure ainsi posés. Mais nous en trouvons des représentations ciennes.

On voit que l'étude des Bestiaires n'est pas inutile po«tr expliquer certaines figures, et je hi recommande à ceux qui voudront s'occuper sérieusement d'iconographie. Ainsi, sur un des chapiteaux de Pariiele-Chàtel (figuré p. 272) on voit évidemment: d'abord, un Cidipes s^abritant sous l'ombre de son pied ; puis successivement le Sagittaire perçant un cerf; un second Cidipes dans une posture plus forcée que le premier, et enfin un lion. Le développement de l'autre chapiteau, figuré môme page, s'expliquerait comme le précédent : on y voit des

serpents, le hibou, le Nicikorax des Bestiaires, et quelques autres figures.

Le sujet que Toici (un homme entre deux monstres) et que j*ai trouvé eiprimé, avec quelques variantessur divers monuments du XII* siècle, ne voudrait-il pas dire que rhomme, fortiâé par la religion, parvient k maitriser les monstres les plus redoutables, images des passions humaines? Ce serait la traduction de lu légende, qui nous montre partoullespremiers évéques terrassant des dragons et s*en faisant obéir, au nom de Jésus- Christ.

Du reste, il faut se garder de pousser trop loin rinterpréUtion des figures, et prendre garde de donner trop d^extension au symbolisme. A toutes les époques, la fantaisie a été un des éléments de Tart, et Ton ne doit pas s^étonner q u'il y ait eu dans Tomementation, au moyenàge, des figures de

conventioD, comme il y en avait dans Tarchitccture grecque et dans l'architecture romaine.

^78 DE CAUMORT. ABÉCiDAIRB D*ARGHÉ0L061B.

Quanl aux figures grotesques et parfit obscènes qui ornent les fiiçades ou Tentablement des édifices religieux, ce serait, selon rq[iinkKi de quelques antiquaires la personnification des Tices. Ils seraient là pour arertir les fidèles qu^ils doivent entrer dans le temple le cœur par, et laisser à l'extérieur toutes les passions qui soulDent rame. Selon d'autres, la plupart de ces figures bixarres tCapoient aucune signifier lion et n*é(aient que des ornements créés par le caprice des sculpteurs. Les figures grotesques déplaisaient à saint Bernard. Voici comment il s'exprime, à ce sujet, dans une lettre écrite, vers Tan 1135, à Guillaume, abbé de St-Thierry : A quoi bon tous ces monstres grotesques en peinture et en sculpture?.., A quoi sert une telle difformité , ou cette beauté difforme? Que signifient ces singes immondes ^ ces lions furieux^ ces centaures monstrueux ?.., Que signifient ces guerriers qui combat"

lent, ces chasseurs qui donnent du cor ces quadrupèdes d queue

de serpent , etc. , etc. ?•••• > (1).

Les sculpteurs chrétiens ne se sont pas bornés à reproduire des sujets religieux et des sujets symboliques : Us ont trouvé dans les fables des moralités qn^ils ont jugées bonnes pour rinstnM^on du peuple : la scène du Renard et de la Gigogne, et quelques autres sujets, ont été sculptés, dès le XII* siècle, sur plusieurs de nos églises.

Les calendriers illustrés ont ausd tenu leur place dans les fiiçades de nos églises, quelquefois même sur le tympan des portes, comme dans le spécimen suirant (le tympan de la porte St-Ursin, à Bouiges), où les mois sont représentés chacun par une action en rapport avec la saison.

Ghaque scène est encadrée dans une arcature particulière, et, pour qu'il ne puisse rester d'incertitude, le nom du mob auquel die cor^ respond est inscrit au-dessous.

Ge curieux monument de la sculpture du XIP siècle porte le nom de son auteur: Girauldus fbcit istu poitu. Gette inscription, gravée dans un cartouche au-dessous des figures, atteste donc qu'il s'appelait Girauld. La porte St-Ursin a survécu à l'église dont elle faisait partie; elle a été replacée lé long d*un mur, près de ki promenade publique, grice à un administrateur éclairé qui en a compris l'intérêt à une époque où l'on ne s'occupait guère d'antiquités de ce genre.

(i) Apud Mabîllon. , intcr opéra tancU Bemardi, cap. xu, n^29, L I, p. 55. Paria, 1690.

280 DE CAUNOIIT ABécéOAIRE D*ARCHÉ0L06IE.

Peinture murale.

jTT Pépoque romane , on a employé avec suooès la peinture pour T^Y la décoration des églises.

On en a coufeit les murs et les voûtes , et reproduit en ooolears tous les sujets que le ciseau du sculpteur graTait sur la pierre. Malheureusement le badigeon et le goût déplorable pour le grattage ont fiât disparaître la plupart des peintures anciennes qui pouTaient montrer reflet de ces décorations polychromes. II nous en reste pourtant beaucoup de dâ>ris, k Taide desquels on peut encore s*en feire une idée asseï juste. Ainsi, beaucoup de colonnes ont été peintes en rouge, quelques chapiteaux en ?ert; les voûtes Tont été en Ueu-ciel : il est fedle de reconnaître que souvent les flgures des bas-relie6 se détachaient sur des fonds de couleur diflérente, et que leurs vêtements ont été peints et dorés.

Les murs et les voûtes ont , dans qudques églises , été couverts de peintures représentant des scènes de TÉcriture: Tégllse deSt-Savin, en Poitou, nous fournit l'exemple le plus remarquable que Ton puisse citer. Les peintures, d*un immense intérêt , qui couvrent les voûtes de cet édifice représentent, dans une suite de tableaux dont les personnages sont de grande proportion , des sujets de THistoire-Sainte et de TApocalypse. Les peintures de la crypte offrent Thistoire de saint Savin et de saint Cyprien , martyrisés , selon la tradition , tout près du bourg actuel La description de ces curieuses Ggures nécessiterait un long mémoire : il me suffit de les signaler.

Les teintes ocreuses ou rougefttres dominent dans ces grands tableaux et dans ceux, beaucoup plus petits, que Ton rencontre ailleurs, aux XI* et Xll« siècles.

Voici le spécimen d'une des peintures de St-Saviu , mais au trait, et ne pouvant , par conséquent , donner une idée de Teffiet et de la couleur.

C'est le combat de l'archange Michel contre le dragon , que nous avons déjà vu représenté en bas-relief sur un tympan de l'église de St- Michel d'Eutraigues (p. 164 }.

L'Archange y est accompagné de ses anges , sdon le texte de VApocalypse (i) , tandis qu'il est seul sur le tympan de St-Bfichel d'Entraigues.

(1) Et faolum est praliom magDum in cobIo : Michael et angeii ejos pnelia* banlur cum dracone, et draco pugnabat et angeli ejoa. {Apoc XII, 7,8.)

ÈRE ROMAM£ SEGOMOAIftE ( PEINTURE MURALE ). 281

L'Archange est monté sur un cheval blanc; il dirige contre le dragon

382 OE GAUMONT. ABÉGÉOAIRB D*ARGHiOLOGie.

une espèce de jaTeline très-mince ; un ange , à côté de lui , tient un iMudier pointu par le bas.

Le dragon est accompagné lui-même de deux anges aimés d'épées , à pied , et qui paraissent le défendre.

Voici encore la figure de Jonas et des ornements archilectoniques

VBUITOAB HCBALEf A SAlNT-tATIII.

|)eiiits à Sl-Saviu.

Quelques colonnes y avaient été peintes, de manière à représenter

ÈRE ROMàNB SKGONDAIRB (PEINTURE MURALE). 283

des marbres , des agates , etc. , etc. , Gomme on a essayé dç findiquer sur celle esquisse,

Les peintures de St-Savin ont été décrites par M. Mérimée, dans un ouTrage spécial publié aux frais du Gouvernement.

« La palette des artistes qui ont travaillé à St-Savin , dit ce savant académicien, était des plus restreintes, et je doute qu'ils aient fait usage

28A DE GAUMONT. ABÉCéDAIRB D*ARGHÉ0L0G1IS.

de toutes les ressources que comportait ce genre de peinture, même de leur temps. Les couleurs qu'ils ont employées sont le blanc, le noir, deux teintes de jaune, plusieurs teintes de rouge , plusieurs nuances de Tert, du bleu, et les teintes résultant de la combinaison des couleurs précédentes avec le blanc.

« Le blanc des fresques de St-Savin couvre peu : il s'est décomposé souvent^ et parfois il est devenu comme translucide. Les inscriptions de la nef tracées en blanc sont maintenant illisibles.

' Le noir a été rarement employé pur. Mêlé au blanc, il servait à faire diverses nuances de gris.

« Les rouges se sont, en général, très-bien conservés. Ce sont, je crois, des ocres, et, par conséquent, ils n'ont jamais une grande vivacité. La teinte qui se reproduit le plus fréquemment est intense , un peu violacée et tirant sur le pourpre.

« Les jaunes sont également bien conservés. 11 y a des draperies peintes en jaune qui ont on éclat remarquable , et que nos ocres n'ont point , ce me semble , aujourd'hui.

c Le bleu est fortement altéré. On s'en est, d'ailleurs , servi asseï rarement. Presque toujours il a pris une teinte verdâtre et sale. L'analyse que M. Chevreul a fiiite a démontré que le cobalt était la base de cette couleur.

« Le vert est quelquefois très-brillant et très-vif. J'ignore quelle était sa composition, mais je doute que ce soit une terre naturelle. La teinte la plus claire manque, je crois, à la fresque moderne. >

Il est inutile de dire qu'aucune de ces couleurs n'a de transparence. Toutes ont un aspect terreui et terne. Il est évident qu'on ne les a jamais recouvertes d'un vernis ou d'un encaustique , comme quelques peintua*s murales des anciens.

Les peintures suivantes se trouvent dans l'église de Tournus , dont elles décorent une des arcades; on y voit, au milieu d'une bordure courante de galons formant des espèces de méandres, diverses 6gures grotesques assez intéressantes.

Ceci nous rappelle qu'à St-Savin il existe aussi des figures grotesques et des animaux fantastiques, dont je puis offrir ici un spécimen : ce sont des chevaux ailés, des oiseaux ayant de longs becs recourbés en-dessus, des quadrupèdes à tête humaine, etc., etc.

ÈRE ROMANE SECONDAIRE ( PEINTURE MURALE j.

286 DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE d'aRCHÉOLOGIE.

Irtin^i i^ii ihiti^ .i^MhM^r

iviciuwt DB pcnmitt mciufi do m* ii^xxt. (TIréM de différenlM contrées.)

ÈRE ROMAIKE SECONI^AIRX ( PIINTORB MURALE). 287

V^id d^uDtres peintures miïralos , tliéeB et deux églises romanes dii Bourbonnais, et figurant, les (mes, des mpèo» de marqueteries;

E. Sagot del.

les autres , des enroulements , des feuillages et des ornements de différentes formes.

M. le comte de Galembert, de Tours, a recueilli de nombreux spécimens de peintures murales des XI* et XII* siècles, de TAnjou, de la Touràine et du Poitou. Il a particulièrement signalé comme eoTÎeuses des ^peintures que nous avons visitées nous-mème , celles de St-Julien de Tours , de Notre-Dame de Rivières, près Chinon , de Tavan, près lUe-Bouchard , du Liget, etc., etc. De la comparaison des très-nombreux exemples qui sont venus se ranger dans le bel atlas qn*fl a présenté à la Société française d^archéologie et de ceux que f ai tus sur différents points de la France, on peut conclure que le dessinateur des XI* et xn* siècles ne parait pas se préoccuper de Tarrangement des personnages : il les met à telle ou telle place,

288 DE GADMONT. ABÉCÊDAIRB d'aRCHÉOLOGIB

uniquement pour TinteUigeiioe de son sujet et sans aucun soin de la confusion qui peut en résulter pour Tesprit et pour les yeux.

Les proportions du corps varient sans motif apparent Les membres sont grêles.

Les règles de la perspective sont complètement inconnues, aussi bien pour les figures animées que pour les objets inanimés ; ragencement des plis révèle la forme du corps : ainsi, aux genoux, sur le ventre « la poitrine et les épaules , les traces du pinceau se contournent en volutes dont le centre correspond à la rotule , aux bouts dés seins, au nombril et aux autres parties saillantes du corps. Enfin , ce que tout le monde a pu observer , la peinture de Tépoque ( à la détrempe ou à fresque) nWre pas de combinaisons très-variées, et sous la couleur toujours étendue liquide , le trait du dessin persiste « accusant presque seul les modifications de la forme.

Pavagre des égrlises.

Nous avons très-peu de spécimens des pavés de nos églises aux XI* et XIP siècles ; nous savons seulement qu'alors le sanctuaire était souvent pavé de mosaïques ou de marqueteries. Il m*a paru que le pavé en mosaïque , qui était le plus précieux, était surtout réservé pour les abords de Tautel, pour les absides et les sanctuaires. Quand la mosaïque a été employée pour la décoration des voûtes , c'est aussi dans les voûtes en cuMe-four qu'on la trouve. Ainsi à Trieste , ainsi dans les églises de Rome qui en ont ; puis à Germiny-les-Prés» la seule église en France qui ait encore une mosaïque, elle tapisse rintérieur des voûtes absidales.

L'église de Gruas nous fournit la preuve de ce que nous venons d'avancer; car c'est dans l'abside, autour de l'autel qui en remplissait le centre, que se trouve l'intéressant pavé que nous sommes heureux de signaler à l'attention du monde archéologique ( V. la page suivante ).

Les prophètes Hélie et Hénoc se tiennent debout de chaque côté de l'espace A, occupé par l'autel. Hélie est vêtu d'une longue robe maintenue par une ceinture ; un petit manteau jeté sur ses épaules y est attaché par une agrafe, tandis que Hénoc porte sur sa poitrine le costume du guerrier romain, avec une espèce de laticlave ou de teau agrafé sur l'épaule droite par une fibule.

iKRE ROMAIIR SECOIIDATRE (PATAGB8).

290 DE CAUMOMT. ABÉCÉDAIRE d'ARCHÉOLOGIB.

Deui bandes 6guraDt peal-ètre des colonnes s'élèvent près de chacune des deux figures, et Ton en voit sortir de chaque côté une main qui parait les bénir Tune et Tautre,

Au milieu de Thémicycle, derrière l'autel, sont figurés deux arbres symboliques : l'un est un figuier, puisque le mot Ficus est écrit près de là en lettres majuscules ; l'autre, qui porte des fruits orbiculaires, n'a pas de désignation.

On a constaté l'existence de fragments de payage en mosaïques dans quelques autres églises de France ; mais ces débris, qui étaient plus ou moins détériorés , ont été complètement détruits et remplacés par d'autres pavages. Je suis convaincu que la mosaïque de Gruas est la plus intéressante des mosaïques chrétiennes employées en pavage qui nous restent en France aujourd'hui.

Si la France ne nous offre plus que de faibles débris de pavés en mosaïque des XL* et XII« siècles , nous en trouvons de magnifiques dans la cathédrale Si-Marc de Venise , que , grâce aux chemins de fer , tout le monde peut visiter aujourd'hui sans difficulté. Rien n'est d'un plus grand effiet que le pavage de St-Marc avec ses riches dessins , ses paons, ses figures variées dans lesquelles il existe malheureusement quelques lacunes. Ce pavé est bosselé et inégal par suite des tassements qui se sont faits dans le sol , tassements que j'ai remarqués souvent dans les mosaïques romaines; mais il est superbe dans son ensemble. On trouve aussi une curieuse mosaïque dans le chœur de la cathédrale d'Aoste : on en cite dans d'autres églises d'Italie ; mais c'est à St-Marc qu'on peut vraiment se rendre compte de la magnificence de ces pavés, construits d'après les procédés de l'art antique.

On dut commencer , aux XI* et XII* siècles, à employer des pavages formés de dalles plus ou moins grandes , avec dessms en relief très* peu saillants qui se détachaient sur un fond rempli par un ciment de couleur, maintenu et en quelque sorte incrusté à la surftce du pavé pour fidre ressortir les dessins sculptés en méplat

Le département du Nord renferme encore des spécimens remarquables de ces pavés ; mais comme il n'est pas sftr qu'ils remontent audelà du XIII* siècle , quoique le style de quelques-uns semble l'annoncer, nous les décrirons plus tard : toujours est-il que j'ai trouvé ailleurs quelques fragments de ces pavés appartenant à la période romane , et qu'ils avaient été employés dès cette époque.

On peut être certain que les monuments qui, au XII* siècle, étalaient

ÈRE ROMAIIB SECONDAIRE (PATAGBS ). 291

tant de richesse dans leurs sculptares, aYaient des pavages en harmonie ayec cette magnificence.

PATés éiiAïuif iM Tn&i cum dbs ii« et xn« ukcLBs.

Les pavés fbrmés de pièces en terre cuite émaillée étaient usités dès le XI* siècle : M. Digot en a remarqué dans Téglisc romane de Mousson qui date du XI* siècle, et dans une autre église de Lorraine (celle de LaltrMous-Amance), consacrée en 1076. Je présente quelques-unes de ces briques émaillées.

Hégions monuzaezitales.

EN Fkance» les églises romanes sont très-nombreuses : oo pourrait en dter des centaines : si Ton veut connaître les plus importantes, OD peut consulter le catalogue imprimé dans mon Histoire de Varehiuc" ture au mojfen-dge , pages 385 et suivantest les nombreux renseignements donnés sur les églises de France dans les 81 volumes déjà parus du Bulletin monumental , et les publications diverses feites , depuis quelques années, dans tous les départements.

Des voyages multipliés m*ont permis de comparer les édifices des averses régions de la France, dans le but de rechercher qudles modifications le génie des architectes pouvait avoir introduites dans telle on teUe province; et d^autre part , pour examiner s^il y avait synchronisme parfidt entre les édifices offrant , à de grandes distances , identité de types architectoniques.

292 DE CAUSÎONt. ABÉCÉDAIRE D^ARCHÉOLOGIE.

D'après les observation^ que j'ai faites , j'ai dirisé l'Empire en plusieurs régions que Ton peut circonscrire à peu près ainsi qa'H soit: la région du Nord et de TUe-de-France ; la Normandie ; la Bretagne ; le Maine, l'Anjou et la Touraine ; le Poitou , l'Aunis , la Saintonge ; le Midi , depuis la Garonne jusqu^aux fh>ntières ; l'Anveigne ; la Bourgogne ; la région de l'Est ou Franco-Germanique.

On peut simplifier encore ces divisions et les réduire à sept , comme les indique la carte suivante , savoir : la région du Nord et de l'Ile^ de-Fmnce, s'étendant de la Belgique jusqu'au Sud de la Loire ;

CiATE DES aifllOnS MOHCMIITALCS DE LA riAlfCE AB XII* niCLE.

La région du Nord-Ouest, comprenant la Normandie et la BKtagne;

La région de l'Ouest, embrassant le Poiton, la Saintonge, la IViil* raine et une partie de l'Anjou :

La région du Sud-Ouest , s'étendant depdis la Dordogné j«isqu*adi Pyrénées;

La région de l'Auvergne, limitée aux départements dn Puy-de-Dôme,

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