ROMAN DE TRANSITION
feRK OGIVALE.— TRANSITlOIf. 885
TOlR.AtCADB DE MlTMOIS (caTAOOs). TOfiR DK TU VCX-LF-TàL ( nUB ).
STYLE DE rilANSlTlON. 26
mémicii d'it'ie ^.iiti DB TtiiitiTioii onnit oi pstirrtitct «obaiH.
L'église de Ponllgny , postérieure à 1150 , est un bel exemple dn style de transition :
cette ?aste église, due à la munificence d*un comte de Giampagne, est d'une homogénéité parfiiite et semble être bfttied'un seul jet. Elle a 108 mètres de longueur et 2S mètres de largeur, y compris les collatéraux. Les transepts sont très-développés. La ner n'a pas de chapelles latérales, comme toutes les églises de Fépoque, mais on en trouve une série complète bordant les bas-côtés qui font le tour du chœur.
Le style de l'église de Pontigny fournit un excellent horizon pour fixer les idées sur l'état de l'architecture dans la 2* moitié du
. , . PUM BE L'écLlSE DE PORTICMV.
XII* siècle. L'arc en
tiers-point y domine dans les arcades , comme dans les fenêtres ; ^o^ nementation des col<mnes est la même partout: leur base repose sur un socle carré ; les chapiteaux sont ornés de feuilles d'eau dans la nef et le transept , de crosses dans le chœur.
Tout caractérise le style de transition, mais la transition qui appartient déjà plutôt au style ogival qu'au style roman.
La révolution architectonique qui s'opérait durant la période transitionnelle ne consistait pas seulement dans la substitution de l'ogive au plein-cintre, mais aussi, comme nous le démontrerons^ dans l'adoption d'un système nouveau de moulures pour la décoration, et dans l'abandon de la plupart des ornements usités aux XI* et XII* siècles.
Cette époque est féconde en combinaisons gracieuses, et une des
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plus intéressantes de toutes. Le fragment d'entablement qne Toid , avec ses gracieux eochaiiicments perlés » ses feuillages au milieu desquels sortent im têtes, combinaison des corbeaux grimaçants a^ec les garnitures végétales qui devaient être employées seules au XIII* siècle
montre bien la richesse et Toriginalité qui caractérisent cette époque de Tart architectural en France. Il en est de même de cet antre frag.
n>ent, tiré d*ane église dans laquelle les ogives sq mnriput aux cintres*
ÈRE OGIVALE.— TRANSmO.f. 389
OiiGiNi Ml STTLB ooiTAL.— Il Fcste à résoudrc la quesUoa suivante: Dtm$ quelle contrée le êtffle ogival a-t-il pris naissance?
En laiflsailt de oftté les opinions plos ou moins bizarres de quelques ■ntiquaires (I) , on peut réduire à trois les principales hypothèses qni oirt «lé émises sur l'origine du style ogival.
Suirantles m», ce genre d'architecture existait très-anciennement ea Orient, et les croisés, enthousiasmés de ce qu'ils avaient observé dans ce pays, importèrent TogiTe en Europe, où elle fut généralement adoptée peu de temps après.
Les seconds étaient d'accord avec les premiers, quant à Torigine de Togive ; mais Us croyaient que les Maures avaient introduit celte arcade en Espagne avant les Croisades , et qu^elle s'était répandue de Ik dans tonte l'Europe, en même temps que la philosophie arabe.
Les troisièmes rejettent les deux systèmes précédents, et démontrent qoe Tarchitectnre à ogives est née dans l'Europe occidentale.
Les deux premiers systèmes sont abandonnés aujourd'hui. Les récents ouvrages de M. le comte Melchior de Vogué et de plusieurs autres voyageurs ont prouvé que les plus anciens monuments de style ogival que Ton trouve en Orient y ont été construits par les croisés, et que œ style y a été importé de l'OcddenL
Quoi qu*il en soit, on ne peut nier que l'arcade en tiers-point ne fût connue longtemps avant d'être appliquée à un système particulier d'architecture : le type de cette arcade existe dans les ouvertures formées de pierres surplombant les unes sur les autres, conmie <m en voit dans plusieurs monuments en Chine, en Egypte et ailleurs.
Mais il y a loin de ces arcades grossières aux ogives proprement dites, et an système d'architecture dont elles forment un des principaux caractères: aussi de pareils faits ne sont-ils d'aucune importance pour la solution du problème qui nous occupe,
Tai longuement analysé, dans mon Cours d'antiquités et dans mon Histoire de rarchitecture , les arguments employés par les diverses écoles. On peut consulter ce que j'en ai dit.
(1) Panni cet opiniont sÎDgalièret est celle de Warbartoo , qui a cherché Forigine da style ogival dans le» Toates natoreUes formées par les arbres séculaire» des forêts , frappé de l'analogie que préseotenl les grandes avenues d'arbres avec les neis des églises h ogivM, dont la décoration est empruntée au règue végétal. Ce savant croyait ainsi avoir trouvé l'origine du système ogival, sens prendre garde que des innovations successive» avaient de longue main préparé la révolution qui éclata au XII1« siècle.
Si l'ogive était emfAojée en Orient avant le XII* tiède, ce qui parait contraire aux observations les plos consciendenseSy riisagen*en était pas général , puiscpie des églises élevées dans le XII* par des artistes renommés, les cathédrales de Pise, de Pavle^de Véroiie, érigées vers le même temps avec le concoars d^arcfaHectes étrangers » offinent toutes un style analogue à celui qui régnait ches noos dans le XI* siècle. Bien d*autres feits prouvent que le style roman était usité à Bjzance, et dans Fempire grec, au XII* siècle.
Nous pouvons conclure que si Tare en tiers-point avait été imité des monuments de TOrient, ce que personne n'a pu démontrer et ce que nient aujourd'hui les meilleurs observateurs^ le style ogival a subi* dans le nord de TEurope, une métamorphose presque complète.
C'est là, évidemment, qu*il a pris les formes excessivement élancées qui le caractérisent dès le XII* siècle , et qu'il a développé ces moyens d'exécution vraiment merveilleux qui excitent notre admiration. C'est là qu'il s'est revêtu d'une ornementation végétale inconnue auparavanU
Les causes qui ont déterminé la création du style ogival sont phis complexes qu'on ne l'a pensé jusqu'id. Ceux qui ont fiiit des recherches sur l'origine de cette architecture se sont attachés à certains caractères isolés, sans examiner avec assez d'attention l'ensemble des éléments qui la composent , et sans tenir compte des innovations successives qui en avaient fort andennement préparé la naissance.
Plus on avance dans l'étude des monuments du moyen-âge , plus on demeure convaincu que l'architecture ogivale s'est développée sous l'influence des conceptions de nos artistes indigènes.
C'est donc, je le crois, en Occident que s'est roaiié le style ogival. Quand on voit de près l'architecture du XIII* siède et de la fin du XII*, on reconnaît que l'ogive a été commandée par les besoins et l'expérience. La poussée des voûtes à pldn-cintre sur les murs latéraux, et la solidité qu'il fallait leur donner pour qu'ils pussent résister à cette poussée , excluaient l'ouverture des larges fenêtres ; les églises étaient sombres et lourdes.
On trouva dans l'arc brisé ou ogive un moyen de diminuer cette poussée, et ce Alt le prindpal motif de l'abandon de l'arc à pldncintre pour l'arc aigu. En même temps, on dirigea le poids de la poussée sur des parties garnies de contreforts et soutenues par des arcs4>outants : alors on put alléger les mors et percer de laiges ouvertures entre les piles sur lesqudles portait le poids des voûtes.
Du reste, oa aurait grand tort de confondre Pogive avec le style ogival. La question de l*origine de l*ogi?e, si on Pisolait des autres caractères du système architectonique qui pré?alut en même temps qu*eUe, suait uns question oisbusb ; et eûUon résolu la question de CinventUm de Care en tierh^point , on n^en serait pas moins incertain sur Porigine du style ogival,
Tai établi, il y a longtemps , que les premiers essais ont été flûts d*abord dans les contrées qui avaient peu de monuments romains, et particulièrement dans llle-de-France, la Normandie et TAngleierre. Nous Terrons bientôt la preure de ce ftdt dans le défeloppement précoce que prit le style ogi?al dans les mêmes contrées.
Le style ogival a^t-il prévalu en même temps dans toutes les pro» vinces de France ? Non ; des églises romanes ont été bâties dans certaines contrées, lorsque Tarchitecture ogivale régnait déjà sans partage dans d*autres, et Tardiitecture à pleinnântre n*a pas été partout abandonnée au commencement du XIII* siècle. Ainsi le Midi et plusieurs autres contrées de la France ont conservé fort longtemps, et quelquefois jusqu'au XJV siècle, le style roman de transition ; les innovations ont été tardives dans un pays, rapides dans un autre , et Ton aurait tort de vouloir toujours régler les progrès variables de Part sur la marcbe uni* forme du temps.
En résumé, Togive a été usitée dès la première moitié du XII* siècle dans la France occidentale : il est impossible de (aire remonter moins loin quelques parties de Téglise de Chartres et plusieurs autres édifices dans lesquels Togive domine.
Il n*en est pas moins vrai que Tarchitecture romane a régné longtemps encore concurremment avec ce nouveau style et que, même dans les contrées où ce dernier a prédominé, Tare en tiers-point ne triompha complètement du cintre qu*à la fin du XIIP siècle. H faut donc assigner comme terme moyen à Tarcbitecture de transition, la période comprise entre le XI* siècle et le XIII*, dans le centre, le nord et le nord-ouest de la France.
Sur les bords du Rhin, dans la Lorraine, le Lyonnais, le midi de la France, et dans d'autres contrées, le bomar de TnA>siTiON a persisté jusqu'à la pin du JMl* SièCLE.