‹ Abécédaire, ou, rudiment d'archéologie (volume 2)Chapitre 86 sur 154 · RUE · texte numérisé non relu

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ËRE ROMANE SECONDAIRE. 143

Y a-t-il, en France , beaucoup d’églises à coupoles ?

Le nombre en est assez limité aujourd'hui; un fait très-curieux,

c'est la manière dont ces églises sont distribuées sur le sol français, Il y a long-temps que j'avais constaté l’absence complete d'églises à coupoles au nord de la Loire, tandis que Fontevrault, sur la rive gauche du fleuve, et Loches, à quelques lieues de Tours, nous offrent deux exemples remarquables d’églises voûtées de la sorte; mais depuis, M. de Verneilh, qui a fait une étude spéciale des églises à coupoles en France, a trouvé que ces monuments sont décidément beaucoup plus nombreux qu’on ne le pensait, J'en connais, dit-il, déjà plus de douze dans le seul département de la Dordogne: je sais qu’il en exisle au moins autant hors du département, et les enquêtes faites par la Société française en ont relevé plusieurs autres. M. de Verneilh croit que tous les monuments à coupoles, compris entre la Loire et la Dordogne (au-delà de laquelle il n’y en a pas selon lui), se rattachent par Saint-Frontde Périgueux à la grande souche bysantine : c’est un point capital qu'il a établi au moyen de plans et de coupes à une échelle uniforme , où l’on peut suivre les dégradations successives d’un seul et même type commun à Saint-Front de ESPEURE et à Saint-Marc de Venise,

Il était très-important de constater la vraie date de Saint-Front. Cet édifice a été construit, d’après M. de Verneilh , peu de temps après Saint- Marc, de 976 à 4047, au moment où les colonies vénitiennes se fondaient dans la région centrale de la France. L’an 14000, la comtesse Emma de Périgord , mère de l’évêque Martin, bâtissait l'abside ou chapelle de Saint-André, ce qui prouve que les constructions étaient déjà assez avancées, — L'église à coupoles de Saint-Jean-de-Côte, en Périgord, a été bâtie par l’évêque Raymond de Thiviers, dans la seconde moitié du XIe. siècle; celle de Saint-Astier, dans la première moitié du XII*., par l'évêque Raoul-de-Couhé. Celle de Saint-Avit-des-Autels date de 4117 et de 1142. La cathédrale d'Angoulême est de 4104 à 4130; celle de Saintes, dont il ne reste qu'un dcs transepts, était du même temps. Les églises de Fontevrault et de Cahors ont été consacrées par le pape Calixte 11; ainsi des autres. La plus ancienne, après Saint- Front, serait la cathédrale du Puy-en-Velay. En somme, la présence de voûtes en coupoles dans une église n’est point un signe de haute antiquité. Elle annonce plutôt le XIIe, que le XI°,

En Poitou, en Anjou et ailleurs, les voûtes s’abaissent, non seulement vers les deux murs latéraux des nefs, mais aussi vers l'ar-

chivolte des arcs dans le sens longitudinal de l'édifice, de manière à former une suite d’ondulations.

Tours. — Que sait-on de l’origine des tours?

Les Romains se servaient de cloches et ce furent eux qui les introduisirent en Gaule ; mais l’époque où elles devinrent d'un usage général dans les églises, n'est pas encore certaine; on la fixe communément au Ve. siècle. D'abord peu volumineuses, les cloches ne nécessitèrent pas l'érection d'un bâtiment particulier ; ce ne fut guère qu'au VIIIe, ou au IX°. siècle que leur volume plus considérable rendit les tours indispensables. Anastase-le-Bibliothécaire rapporte qu'en 770 le pape Etienne III en fit bâtir une sur l’église Saint-Pierre de Rome, dans laquelle il plaça trois cloches pour appeler les fidèles aux offices (4).

L'auteur ne dit pas que cette église manquât de tour auparavant, mais il y a lieu de le supposer.

Or, si la première basilique du monde chrétien ne fut pourvue d’une tour que dans la deuxième moitié du VIII. siècle, nous pouvons admettre hardiment qu’on n'en éleva guère avant cette époque en France , et encore y furent-elles rares jusqu'à la fin du X°, siècle, La plupart de nos abbayes n'en avaient point dans le IX°., car il n’en est pas fait mention dans les descriptions que nous possédons et qui renferment des détails très-circonstanciés sur la forme, les murailles, les fenêtres, le pavé, les dorures et sur les différentes parties de ces édifices tels qu'ils existaient alors.

Tout en admettant que les tours d'églises furent extrêmement rares chez nous avant le IX°. siècle, je ne prétends pas déterminer l’époque de leur apparition ni la limiter au VIIIe, ; quelques rudiments de tours pouvaient déjà s’être montrés auparavant.

L'association des tours avec le corps des édifices religieux présenta pendant long-temps de grandes difficultés : tantôt on les plaça près du portail de l'Ouest, quelquefois aux extrémités des transepts : mais bien souvent les architectes moins hardis établirent leurs tours à côté des églises et en firent aïnsi des constructions accessoires presque sans lisison avec le reste. C'est ainsi qu'on les trouve presque toutes à Ravenne et dans les villes d'Italie, |

Quelle était La forme des tours ?

Quelle que fût d'ailleurs la place qu’elles occupaient, les tours

(1) Stephanus III À D 770 fecit super basilicam Sancti Petri turrim in qu tres posuit campanas quæ clerum et populum ad officium Dei convocarent (Anast. biblioth, in vitâ Stephani JI] }.

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* étaient assez ordinairement carrées, terminées par une pyramide obtuse à quatre pans, et percées sur leurs faces d’un certain nombre de fenêtres semi-circulaires; cette forme s'est conservée dans les tours des églises de Rome,

Par une exception très-remarquable, on avait adopté à Ravenne et dans quelques contrées la forme cylindrique pour les tours les plus anciennes.

Les tours qui furent construites au commencement du XIe, siècle durent être peu élevées. Dans le cours du XIIe, on les exhaussa de plusieurs étages ; on orna les murs d’arcades bouchées et de fenêtres,

Un grand nombre de tours étaient terminées par une pyramide à quatre pans, soit en pierre, soit en charpente: le plus souvent, cet obélisque était obtus, comme dans les siècles précédents, mais on fit aussi des pyramides plus élevées,

On ne savait pas encore marier les toits octogones aux tours quadrangulaires ; lorsqu'on trouve la forme octogone appliquée au toit des tours romanes, il y a presque toujours lieu de croire que ces pyramides sont moins anciennes que le corps de la tour qui les supporte.

I} faut bien remarquer que mon observation est seulement applicable aux tours dont lu base est quadrangulaire ; car on trouve aussi dans l'architectare romane des tours octogones qui ont dû être invariablement couvertes par des toits de même forme ou par des toits ronds. Ces tours octogones sont rares dans l'architecture romane du Nord, et j'ai lieu de croire que celles qu’on y voit ne datent que du XIIe, siècle; ce sont, pour ainsi dire, des tours de transition. J'en ai rencontré un plus grand nombre dans le Poitou, et elles sont communes sur les bords du Rhin,

Un autre genre de couronnement est celui qu'on désigne sous le nom de bâtiére et qui est formé de deux gables à double égout, supportant un toit plus ou moins incliné, Cette forme est la moins élégante de toutes ; je n’ai pas la certitude qu'elle ait été employée dans l’architecture romane, elle m’a paru postérieure à toutes les tours des XI°, et XIIe. siècles dans lesquelles je l'ai rencontrée,

Un très-grand nombre de tours n'ont été achevées que dans les XIIIe, XIVe. et XV°. siècles, et sans doute elles étaient primitivement couvertes en bois. Il ne faut pas confondre ces additions avec les parties anciennes , il y a toujours quelques indices qui les font reconnaître. |

Voici une série de tours romanes de différents genres et de différentes dimensions qui, pour la plupart, doivent appartenir au XII* siècle ou à la fin du XIe. 40

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