PORTE DU
Celle autre porte est une de celles de la cathédrale de Lisieux (façade occidentale), plus ornée que les précédentes, et trilobée à l’intérieur.
Les voussures reposent sur des colonnettes dégagées ou à claire-voie. Des niches à statues couronnées de dais garnissent les contreforts qui
encadrent cette belle ouverture.
Porches. — Quelques portails sont précédés d’un porche plus ou moins saillant, surmonté de pignons triangulaires; je ne connais rien de plus magnifique en ce genre , ni de plus digne d’être cité, que les péristyles qui décorent les transepts de l’église de Chartres.
Ces péristyles sont élevés sur des perrons de plusieurs marches : ils présentent trois grandes arcades surmontées de pignons , correspondant aux trois entrées du fond, et soutenues sur des massifs, des pieds-droits et des colonnes qui, ainsi que les voussures, sont décorés d’une quantité considérable de statues, de bas-reliefs et d’ornements aussi curieux par la manière dont ils sont travaillés que par la variété de leur composition.
Les colonnes qui concourent avec les massifs à supporter les arcades de ces magnifiques péristyles sont ordinairement dégagées, et leurs ffds sont d’un seul morceau. Sur les parois latérales, des statues de grandeur naturelle représentent les Apôtres, les Patriarches, les Prophètes, des Evêques et d’autres personnages.
Le porche de la porte méridionale de la cathédrale de Lausanne est aussi très-remarquable : il était ouvert de trois côtés, les statues des douze Apôtres occupent , trois par trois , les deux côtés de la porte et les deux autres angles du porche : elles sont d’une belle exécution et comparables à celles de Chartres. Les arcades latérales ont été bouchées ; avant cette suppression, faite pour éviter le vent et la pluie, ce porche avait beaucoup de grâce et de légèreté; mais il ne correspond qu’à une porte et conséquemment il a bien moins d’importance que les porches de Chartres, qui en abritent trois.
Le porche ou vestibule de l’église Notre-Dame de Dijon est à citer; mais au lieu d’être détaché de l’église, comme ceux qui viennent d’être indiqués, il en fait partie et a été pris sur la longueur de la nef : ce n’est donc pas un porche dans le sens que nous attachons à celte expression, mais un vestibule.
Ces vestibules sont imités de ceux qui se voient dans quelques églises romanes, telles que celles de St.-Benoît-sur-Loire, Airvault (département des Deux-Sèvres), et plusieurs autres églises de la même époque (XIe. et XIIe. siècles).
Les églises moins considérables ont eu des porches beaucoup plus simples, mais toujours fort élégants; le porche qui suit en est une preuve: il était, comme celui de Lausanne, ouvert de trois côtés. La
plupart des anciens porches ont été détruits, il n’en reste guère aujourd’hui du XIIIe. siècle.
Disposition de figures dans les- portes. -- Il me paraît utile de dire un mot de l’arrangement des figures qui ornent le tympan et les voussures des portes principales, dans les églises du XIIIe. siècle.
A partir de la moitié du XIIIe. siècle et lorsque le système ogival est complètement développé, il est rare de rencontrer, comme au
PORCHE DU XIIIe. SIÈCLE, PERCÉ D’ARCADES TRILOBÉES SUR LES CÔTÉS.
XIIe. siècle, le Christ au milieu des quatre Évangélistes (V. la page 118) ; quand le Christ préside au Jugement dernier, on le voit sur presque tous les portails du XIIIe. siècle les deux mains élevées, ayant à ses côtés les Anges, puis la Sainte Vierge et saint Jean, Tune et l’autre à genoux et paraissant implorer sa clémence.
Des Anges tiennent ordinairement la Croix, la couronne d’épines, les clous et la lance, instruments de la passion, sans doute pour rappeler le sacrifice du divin Sauveur, et pour montrer aux réprouvés la justice du châtiment qui leur est réservé.
La résurrection des morts, l’examen des fautes et des bonnes œuvres symbolisé par le pèsement des âmes, puis la séparation des bons conduits au ciel et des méchants livrés aux démons et précipités dans l’enfer, se développent tantôt sur une, tantôt sur deux lignes, audessus du tribunal céleste.
Le même tableau, très-développé , occupe le vaste tympan du grand portail de la cathédrale d’Amiens. Voici la disposition du tribunal
PARTIE SUPÉRIEURE DU TYMPAN DU GRAND PORTAIL DE LA CATHÉDRALE D’AMIENS.
céleste dans la partie supérieure de ce tympan : la Sainte Vierge et saint Jean sont à genoux aux pieds du Christ ; deux anges, l’un portant le soleil , l’autre la lune , occupent, avec des édifices figurant la Jérusalem céleste, le sommet du tympan. La grande scène de la résurrection et du jugement se développe en-dessous : c’est un des plus grands et des plus vastes tableaux de ce genre que nous puissions citer.
Les voussures qui encadrent les tableaux sculptés sur le tympan des grandes portes ogivales sont garnies de statuettes , presque entièrement détachées , dans l’arrangement desquelles je crois avoir reconnu un système arrêté : ainsi, j’ai presque toujours remarqué des anges sur les voussures les plus rapprochées du Christ, puis successivement sur les autres, les apôtres, des martyrs et des personnages de l’Ancien-Testament.
On rencontre parfois aussi dans les voussures des portes, surtout sur celles dont la représentation du Jugement dernier occupe le centre , dix statuettes de femmes, les unes tenant soigneusement à deux mains une lampe en forme de coupe ; les autres tenant négligemment d’une seule main la même lampe renversée. On ne peut méconnaître, dans ces figures, la représentation des vierges sages et des vierges folles de la parabole rapportée par saint Matthieu, ch. xxv.
Le sculpteur a toujours eu soin de placer les vierges sages à droite du Christ et du côté des bienheureux; les vierges folles à sa gauche, du côté des réprouvés.
On pourrait décrire successivement un assez grand nombre de portails du XIIIP. siècle (Chartres, Bourges, Paris, La Couture, au Mans, St.-Seurin de Bordeaux, Amiens), dans lesquels le tableau du Jugement dernier est reproduit à peu près de la même manière. Les
bienheureux , conduits par les anges , se dirigent vers la Jérusalem céleste, figurée par une ville ceinte de murailles ou par une tour, à l’entrée de laquelle ils reçoivent une couronne. 25
Les réprouvés sont entraînés, à gauche, parties démons aux formes
les plus bizarres et les plus hideuses, puis précipités dans les flammes
de l’enfer, figuré par une énorme gueule prête à tout engloutir.
Les figures suivantes, tirées de la cathédrale d’Amiens, montrent des damnés entassés par des démons dans une chaudière dont le feu est excité par deux diables : l’un souffle pendant que l’autre attise le feu d’une main, et présente de l’autre un fer rouge à un damné pour
étancher sa soif. La plupart des réprouvés ont des lézards, ou des crapauds, qui s’attachent à diverses parties de leur corps.
Sur le pilier du milieu qui séparait les portes géminées de l’entrée
principale , on remarquait souvent une statue de J.-C, portant le livre des Évangiles et donnant sa bénédiction.
Sur quelques portes, on voit l’histoire de J.-C. , la vie delà Sainte Vierge (1), sa mort, son ensevelissement par les apôtres et son assomption; différents sujets de l’ Ancien-Testament, etc., etc.
Les tympans des deux portes principales de l’église de Notre-Dame de Trêves, bâtie vers le milieu du XIIIe. siècle, méritent d’être cités comme exemples.
Sur l’un de ces tympans la Vierge tient l’Enfant-Jésus sur ses genoux ; elle foule aux pieds un dragon , emblème du péché. A droite, on distingue l’Adoration des Mages : le roi le plus rapproché de la Sainte Vierge a mis un genou en terre et s’est découvert ; il porte sa couronne de la main gauche, et présente son offrande de la main droite ; les deux autres rois sont debout, leur couronne sur la tête ; l’étoile qui les a guidés est figurée dans la bordure qui encadre le tympan.
A gauche de la Vierge, on voit la présentation de J.-C. au temple.
Derrière la Sainte Vierge, saint Joseph porte de la main gauche un panier à anse, dans lequel sont deux colombes, offrande ordinaire des personnes du peuple.
(1) Quelquefois on trouve dans le tympan le Christ et sa Mère, assis sur deux sièges à peu près semblables et en quelque sorte «r œquo , ce qui n’a jamais lieu dans les tableaux où le Sauveur préside au Jugement dernier ; dans ceux-ci la Sainte Vierge a toujours l’attitude suppliante dont nous avons parle.
Après ces groupes qui remplissent presque tout le tympan, on voit d’autres personnages plus petits qui débordent sur la guirlande de l’encadrement et l’interrompent : ce sont, du côté gauche, les bergers avertis par un ange de la naissance du Christ, et, du côté droit, le massacre des Innocents,
L’autre tympan représente le couronnement de la Saillie Vierge ; le Christ, reconnaissable à son nimbe croisé, pose la couronne sur la tête de sa Mère, aidé par un ange placé du côté opposé ; puis viennent deux autres anges debout, tenant des couronnes ; l’espace qui reste de chaque côté est occupé par des arbres (1).
La voussure la plus rapprochée du tympan, et qui en forme la bordure, est remplie par huit anges, dont deux encensent la Vierge et six ont des couronnes à la main. Dans la seconde voussure, on voit des anges portant des vases à parfums, des livres, des ciboires, etc. Le tout est garni de guirlandes de feuillages admirablement exécutées.
(1) Il est difficile de savoir si ces deux arbres, dans l’un desquels est un oiseau , sont mis là pour remplir les vides , ou s’ils ont une autre destination. Ou sait que le palmier était le symbole de la résurrection.
Arcades.— Les grandes arcades supportées par des colonnes ou des pilastres, à l’intérieur des nefs, ne sont jamais ornées de figures en bas-relief comme les portes. Souvent, au XIIIe. siècle, l’arc de ces ogives est surélevé et se rétrécit légèrement près des impostes. Cette disposition des arcades contribue beaucoup à donner aux monuments à ogives de la première époque la hardiesse et l’élancement qui en font, à nos yeux, le principal mérite.
Voûtes. — C’est peut-être dans la construction des voûtes que les architectes du XIIIe. siècle ont montré le plus d’habileté. Il y a des voûtes qui n’ont que 6 pouces d’épaisseur, et qui sont jetées d’un mur à l’autre à plus de 100 pieds d’élévation, avec une hardiesse admirable; jamais elles ne sont faites en pierres de taille, mais en petites pierres mêlées avec beaucoup de mortier; et cependant ces voûtes, si faibles en apparence, ont une telle solidité, qu’elles résistent, après des siècles, aux efforts des hommes et des éléments (1).
Les arceaux des voûtes en ogive sont croisés , comme ceux des voûtes à plein-cintre; quelques-uns sont parallèles entre eux, et traversent les nefs en ligne droite, de manière à séparer ces travées. Tous viennent se réunir et s’appuyer sur les massifs qui séparent les fenêtres.
Cette retombée des arceaux se fait ordinairement au niveau de l’entablement qui supporte les fenêtres du troisième étage. 11 en résulte que, vues du portail de l’Ouest, ces fenêtres se trouvent masquées en partie et séparées les unes des autres par les arêtes de la voûte.
(1) Je connais des voûtes du XIIIe. siècle qui sont exposées, depuis plus de soixante ans , à l’action des eaux pluviales par suite de l’enlèvement des toits des églises dont elles font partie et qui sont encore très-solides. Certes, des voûtes en pierres de grand appareil n’auraient pas résisté plus long-temps , et jamais il n’eût été possible , vu la pesanteur des matériaux et la légèreté des supports, de les établir à des hauteurs aussi considérables que les voûtes de nos églises ogivales.
Les points où s’opère le croisement des arceaux sont ornés de fleurons; un petit nombre d’arceaux ont été tapissés de \iolettes ou de fleurs disposées en guirlande.
VOUTE DE LA 2e. MOITIÉ DU XIIIe. SIÈCLE.
On remarque, dans la hauteur de l’arc des voûtes, les mêmes variations que dans celle des arcades.
En Anjou, en Poitou, et en général au-delà de la Loire, on trouve constamment, au XIIIe. siècle et dans les siècles suivants, un système de voûtes qui n’a point été usité dans les provinces du Nord , ni dans beaucoup d’autres contrées de la France, et dont j’ai déjà parlé, page 170.
Les nefs ont été longitudinalement divisées par des arcs parallèles correspondant à chaque travée , et les voûtes viennent dans le sens
longitudinal s’appuyer sur eux en s’abaissant, comme elles le font sur les murs latéraux; de sorte, qu’au lieu d’offrir, comme ailleurs, un niveau constant à leur sommet dans toute l’étendue de l’édifice, elles présentent une suite de renflements et de dépressions dans le sens longitudinal.
Ces voûtes, dont chaque compartiment est de forme conique , sont d’ailleurs fortifiées par des arceaux ou boudins, dont les uns se croisent à angle droit et les autres diagonalement, à peu près comme on les
VOUTE DU XIIIe. SIÈCLE, AVEC ARCEAU LONGITUDINAL ONDULE.