‹ Abécédaire, ou, Rudiment d'archéologie (architecture religieuse)Chapitre 116 sur 182 · SYNAGOGUE · texte numérisé non relu

SYNAGOGUE

l’eglise et la synagogue dans le grand portail de n.-d., a trêves.

L’Ancien et le Nouveau-Testament sont représentés par des livres : le livre symbolique de la Loi ancienne est arrondi par le haut comme les Tables de la Loi (Voir la figure précédente) ; il est toujours carré quand il représente la Loi nouvelle.

Les quatre fleuves du Paradis, que les iconographes regardent comme figurant les quatre Evangélistes, ont été représentés au XIIIe. siècle pailles urnes d’où jaillissent des eaux abondantes; quelquefois les urnes sont tenues par des personnages.

Aux quatre Evangélistes les sculpteurs réunirent parfois les quatre grands prophètes : Daniel, Jérémie, Isaïe et Ezécliiel.

Ils ont aussi placé les douze Patriarches, les douze petits Prophètes, et les Sybilles.

Les douze Patriarches sont les douze enfants de Jacob, père des douze tribus d’Israël :

Benjamin.

Juda.

Aser.

Zabulon.

G ad.

Issachar.

Nephtali.

Siméon.

Dan.

Joseph.

Ruben.

Levi.

Quand leurs noms ne sont pas écrits près de leur figure, ils sont reconnaissables ù certains attributs rappelant la célèbre prophétie de leur père mourant (1).

On donne aussi le nom de patriarches aux justes de l’ancienne Loi, (Noé, Abraham, Jacob, etc. ).

Les douze petits Prophètes n’ont souvent aucun attribut particulier et seraient difficiles à reconnaître si leurs noms n’étaient inscrits dans les cadres qui les renferment.

Les Sybilles apparaissent, dans le XIII0. siècle, sur quelques-uns de nos monuments religieux.

Ces antiques prophétesses étaient regardées comme ayant prédit la venue du Christ, d’où elles ont figuré dans la décoration des églises ; sculptées, mais plus souvent encore peintes sur verre, elles y sont ordinairement vêtues des plus riches costumes. Les Sybilles les plus connues étaient ainsi désignées: la Sybille de Cumes , la Tyburtine , la Persique , la Lybienne, la S amie une , la Delphique , la Phrygienne, YHellespontine, YErytliréenne , etc.

On en ajoute plusieurs autres : quelques-uns en ont fixé le nombre à douze, peut-être pour les faire correspondre au nombre des Apôtres et des petits Prophètes.

Leur nom est ordinairement gravé près de leur image. Plus tard , vers le XVe. siècle, on les représenta portant des phylactères sur lesquels étaient écrits leur oracles.

Apôtres, — On connaît les attributs des Apôtres. Plusieurs sont tirés du genre de mort qu’ils endurèrent.

(1) V- Iconographie chrétienne de M. l’abbé Crosnier, p. 190.

Mk DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE D’ARCHÉOLOGIE.

Saint Pierre porte les clefs et parfois la croix, instrument de son supplice.

Saint Paul , l’épée avec laquelle il fut décapité.

Saint Jean tient à la main un calice duquel s’échappe un dragon (1).

Saint André porte la croix.

Saint Jacques- le- Majeur , le glaive, comme saint Paul, ou un bâton de pèlerin.

Saint Philippe , une croix.

Saint Barthélemy , un large coutelas ou une croix, à cause de l’incertitude du genre de sa mort : comme il fut écorché, on l’a aussi figuré portant sa peau sur un bâton.

Saint Matthieu porte une pique ou une équerre.

Saint Jude , un bâton ou une massue, quelquefois la palme du martyre seulement.

Saint Jacques-le-Mineur , un bâton; il fut assommé après avoir été précipité du haut du temple.

Saint Thomas tient une grosse pierre à la main : les architectes du moyen-âge l’honoraient comme leur patron et lui donnaient quelquefois une lance pour attribut.

Saint Mathias tient une hache ou un glaive.

Depuis le XIIIe. siècle, on a représenté les Apôtres avec les attributs que je viens d’indiquer : l’esquisse suivante d’une vignette dont nous ne connaissons pas la date, nous montre les douze Apôtres avec leurs attributs.

(1 ) Un prêtre d’idoles ayant dit à cet Apôtre qu’il croirait à son Dieu s’il ava-

On les a représentés de même jusqu’au XVIIe. siècle et même jusqu’à nos jours.

S. Philippe. S. Barthélemy. S. Matthieu. S. Simon. S. Jude. S. Mathias.

Les vertus et les vices ont fourni , comme au siècle précédent , de nombreux sujets aux sculpteurs du XIIIe. siècle; mais, au lieu de représenter les vices sous des formes hideuses, de les montrer vaincus par la vertu armée d’une lance, on a mis plus de recherche dans la distinction des spécialités.

Chaque vertu a été figurée par un de ses actes ou attributs les plus frappants, et dans un autre tableau, mis en regard, chaque vice a été peint par l’action honteuse qui le caractérise.

On a commencé aussi à placer ces sujets ou bas-reliefs dans de petits cadres.

Je citerai, pour exemples, quelques-unes des représentations de ce genre décrites dans le Bulletin monumental par MM. Jourdain et Duval, membres de l’Institut des provinces.

Ajoutons que les vertus prirent les insignes de la chevalerie, et qu’elles portent habituellement un écusson chargé de symboles indiquant leurs mérites spéciaux.

lait un calice rempli de poison , saint Jean accepta ; mais Dieu permit que la mort sortît de la liqueur avant d’être bue, sous la forme d’un reptile.

Zi 16 DE CAUMONT. ABECEDAIRE D’ARCHÉOLOGIE.

VERTUS. VICES

La Foi , représentée par une vierge assise , la tête couverte (l’un voile, portant sur son écusson un calice.

L’Eseébance. Femme voilée, ayant sur son écusson une croix de résurrection.

I a C HâHiTÉ. Une femme, ayant pour emblème une brpbis , se dépouille de son vêtement pour le donner à un pauvre

L’A vABiCE.Une femme assise près d’un coffrefort , compte et considère les pièces de monnaie qu’elle en a sorties.

STYLE OGIVAL PRIMITIF ( ICONOGRAPHIE ). /[il

VERTUS. VICES

La Justice a sur son écusson un phénix, symbole L’Injustice est figurée par un homme cherchant de l'immortalité, et tient en main une palme. à corrompre son juge.

La Tempérance porte une colombe sur son écu ; cet oiseau étant le symbole de la Pureté, fille de la Tempérance.

La Présomption tombe avec le coursier qu’elle montait.

VERTUS. VICES

La Douceur porte sut1 son écusson l’image de La Fierté , représentée par un seigneur assis l’agneau , dont la douceur est proverbiale» Repoussant du pied son vassal»

STYLE OGIVAL PRIMITIF (ICONOGRAPHIE). /ll9

VERTUS. VICES

L'Obéissance porte sur son écusson un chameau , animal clés plus dociles.

L'Indocilité est figurée par un personnage parlant avec arrogance à un évêque.

La Persévérance a mérité la couronne par ses efforts constants, elle la porte sur la tète et sur son écu.

L’Inconstance est figurée par un moine, abandonnant le couvent qu’il avait considéré comme un heureux refuge.

Le bon et le mauvais arbre de l’Evangile opposés l’un à l’autre se voient à Amiens : l’un est vigoureux, couvert de fruits, les oiseaux du ciel viennent s’y abriter ; l’autre ( le mauvais arbre) a ses branches

desséchées et stériles, la hache a déjà attaqué son tronc; il sera coupé et jeté au feu.

Deux lampes sont suspendues au bon arbre, comme pour recueillir l’huile qui va couler de ses fruits.

On pourrait faire, dans le grand portail de la cathédrale d’Amiens, un cours complet d’iconographie : je dois à M. l’abbé Duval l’explication et l’esquisse de quelques-uns des autres bas-reliefs qu’on y voit ; je vais les reproduire pour familiariser avec cette étude en faisant observer que, pour bien se rendre compte du rapport des sujets entre eux, il faudrait une vue générale de la façade.

Une description complète des figures en bas-relief et des statues de la cathédrale d’Amiens sera faite tôt ou tard, je l’espère, par M. l’abbé Duval et son collaborateur, M. Jourdain.

Les deux médaillons suivants, sculptés en demi-relief au-dessous de la statue colossale du prophète Isaïe, représentent deux scènes tirées

de ses prophéties. Dans la première, Isaïe a la vision du Très-Haut

sur son trône, entouré de séraphins (ch. vi, ÿ 1 et 2\ ; dans la seconde, un des séraphins purifie les lèvres d’Isaïe avec un charbon ardent (ch. vi, 6 et 7).

Les sujets des deux autres médaillons sont tirés des prophéties de Jérémie. Dans le premier, le prophète enfouit près du fleuve de l’Euphrate, selon l’ordre du Seigneur , sa ceinture de lin (Jérémie, ch.

xiii, f. 1 et suiv. jusqu’à 8); dans le second , le prophète Hananias ôte la chaîne du cou de Jérémie (ch. xxvm, /. 9 et suiv. ).

Voici deux sujets de la vie d’Ezéchiel. Dans le premier, Ezéchiel a la vision d’une roue dans une roue (Ezéchiel, ch. ier. , 16); dans le

second, le prophète devant Jérusalem, lui annonce des malheurs (divers chapitres , notamment le second ).

Les sujets suivants se rapportent au prophète Daniel. Dans le pre-

mier, on voit Daniel devant Balthazar ; dans le second, Daniel dans la fosse aux lions (ch. v et vi).

Les quatre médaillons qui suivent se rapportent au prophète Sophonie. Dans le premier, le Seigneur visite Jérusalem la lumière à la main (ch. Ier., 12); dans le second, le Seigneur étend sa main sur Juda et

sur les habitants de Jérusalem (Ibid., fi. k et 8) ; dans le troisième , le hérisson demeure dans les maisons et le corbeau sur le linteau (ch. n, Ik) ; dans le quatrième, les troupeaux et toutes les bêtes des nations couchent au milieu d’Assur (Ibid.).

Zl2Zl DE GAUMONT. ABÉCÉDAIRE D’ARCHÉOLOGIE.

Je place ici quatre médaillons qui se rapportent au prophète Aggée. Dans le premier, on voit le temple ruiné (ch. n, ÿ. 4); dans le second, le temple rebâti (ch. n, ^.8 et suiv. ); dans le troisième 5

le Seigneur apparaît au prophète (ch. i et n), et lui montre le temple ruiné; dans le quatrième, la terre et tout ce qu’elle produit sont desséchés (ch. ier., ÿ. 11).

Les deux médaillons que voici sont tirés de la vie du prophète Zacharie : 1°. un ange lui apparaît et lui montre le ciel (ch. v, 5) ; 2°. une

femme dans un vase, représentant l’Impiété, est élevée entre le ciel et la terre par deux femmes ailées ( Ibid . , ÿ. 6, 7, 8 et 9).

Sur le trumeau qui porte la statue de la Mère de Dieu, au portail de

ce nom, on voit : 1°. le création d’Adam; 2°. la création d’Eve. C’est la première Eve en face de la seconde, la chute avant la réparation.

Zj26

Les quatre ligures suivantes représentent la virginité de la Sainte Vierge dans le mystère de l’Incarnation, elles sont sculptées au-dessous des statues colossales de Marie et de l’ange représentant ce mystère et montrent : 1°. la pierre vue par Daniel qui se détache de la montagne,

sans la main d’aucun homme; 2°. la toison de Gédéon; 3°. le buisson ardent; !x°. la verge d’Aaron.

STYLE OGIVAL PRIMITIF ( ICONOGRAPHIE ). Zl27

Voici quatre médaillons sculptés au-dessous des statues colossales de Marie visitant sainte Élisabeth : ils représentent : 1°. l’Ange appa-

raissant à Zacharie pour annoncer la naissance de saint Jean ; 2°. Zacharie devenu muet; 3°. la naissance de saint Jean; 4°. Zacharie écrivant que l’enfant sera appelé Jean.

On voit, dans les quatre médaillons accompagnant les statues colossales de Marie et du vieillard Siméon , figurant la présentation au temple : 1°. la fuite en Egypte ; 2°. les idoles de l’Égypte, tombant

de leur trône au moment de l’entrée de Jésus-Christ ; 3°. Jésus-Christ enseignant dans le temple; 4°. le retour à Nazareth.

Pour montrer le rapport qui existe entre les médaillons et les grandes images ou les statues dans certains portails, je vais présenter, toujours

d’après MM. Jourdain et Duval, les statues de Salomon et de la Reine de Saba qu’on voit à Amiens, sur un des latéraux d’un des porches de la grande façade appelée Porche de la Mère de Dieu.

Les quatre médaillons qui remplissent le soubassement, immédiatement au-dessous des statues, ont un rapport certain et évident avec ces grandes images.

Le 1er. médaillon ( V. p. 430 ) représente le monarque devant un temple , à genoux sur une courte colonne, les mains jointes et un peu élevées vers le ciel. Le livre des Rois, après avoir raconté la construction et la dédicace du temple de Jérusalem , dit que le roi de Juda s’adressa au peuple dans V atrium du temple, et que , se tournant ensuite vers le temple lui-même, il adressa à Dieu une admirable prière, agenouillé sur un socle que les Paralipomènes nomment basis.

Le 2e. médaillon au-dessus du précédent est historié du roi Salomon le diadème au front, le sceptre en main , siégeant sur un trône principalement remarquable par l’ornementation de ses six degrés , par les deux bras qui, s’allongeant de chaque côté , empoignent des deux mains les accoudoirs du siège , et par les deux lions qui se tiennent à droite et à gauche auprès des mains. Les versets 18e. et 19e. du xe. chap. du IIIe. livre des Rois donnent l’explication de ces faits. Il y est dit que le roi Salomon fit de plus un grand trône d'ivoire qu’il revêtit d’un or très-pur. Ce trône avait six degrés... et deux mains tenaient le siège des deux côtés , et deux lions étaient auprès des deux mains.

La statue de la Reine de Saba est aussi clairement désignée par les sujets d’historiation des deux médaillons qui lui correspondent.

Sur l’un d’eux est représenté un festin royal dans lequel le monarque, assis à une table splendidement servie, se montre entouré d’officiers de sa maison, d’échansons et de serviteurs. Sur l’autre, le roi, toujours couronné, indique à une reine, parée comme lui du diadème et du manteau, la scène du premier cartouche, en même temps que, de l’autre main, il lui désigne les deux tableaux représentant le trône de Salomon et sa prière au temple. On comprendra facilement le sens de ces deux sujets, sur la seule exposition du texte sacré : Or, la Reine de Saba voyant toute la sagesse de Salomon , la maison qu’il avait bâtie , la manière dont la table était servie, les appartements de ses officiers , les diverses classes de ceux qui le servaient , la magnificence de leurs habits, ses échansons et les holocaustes qu’il offrait dans la maison du Seigneur, fut ravie en admiration , et elle dit au Roi: Ce qu'on m’avait rapporté , dans mon royaume , de vos entretiens et de votre sagesse était véritable.

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