‹ Abécédaire, ou, Rudiment d'archéologie (architecture religieuse)Chapitre 126 sur 182 · GRISAILLES TIRÉES DE LA CATHÉDRALE 1)E CHARTRES · texte numérisé non relu

GRISAILLES TIRÉES DE LA CATHÉDRALE 1)E CHARTRES

Zl5Zl DE CAüMONT. ABÉCÉDAIRE D’ARCHÉOLOGIE.

naireinent divisées et relevées par des bandes dessinant des encadre-? ments elliptiques, en losange, etc., et se détachant en noir, quelquefois en verre de couleur sur le fond. Le spécimen précédent est tiré d’un des vitraux de ce genre les plus élégants que j’ai rencontrés dans la cathédrale de Chartres.

Les vitraux de couleur se sont multipliés partout, au XIIIe. siècle, avec une rapidité surprenante. L’abbé Lebœuf fut étonné d’en trouver une si grande quantité dans les églises du diocèse de Paris , quoique de son temps on en eut suprimé déjà beaucoup , pour obtenir plus de jour. Nous en voyons encore dans presque toutes les églises un peu considérables de la première période ogivale. Il faut donc qu’au XIIIe. siècle il y ait eu un grand nombre d’artistes occupés à la fabrication et à la composition des vitraux.

Si la fabrication de ces verrières occasionnait des frais considérables, on avait alors de grandes ressources dans les villes, pour subvenir à la dépense : non-seulement les riches seigneurs, les abbés et les autres dignitaires du clergé, mais encore toutes les corporations d’ouvriers concouraient au vitrage des églises : chaque corporation fournissait une vitre entière ou un panneau de vitre, et c’était l’usage de figurer au bas du vitrail, au-dessous des autres tableaux, tes membres des corporations avec leurs attributs. Ainsi , au bas des vitres données par les poissonniers on voit, comme à la cathédrale de Rouen, des poissons exposés sur des tables, et des personnages présidant à la vente ; la corporation des changeurs est figurée par des hommes comptant de l’argent sur une table ( Chartres ) ; celle des bouchers , par un boucher tuant un bœuf (id. ) ; celle des boulangers , par un homme portant du pain ou en vendant (id) ; celle des maréchaux , par des ouvriers ferrant un cheval et battant une enclume ( id. ) ; celle des cordonniers , par des personnages dont l’un taille le cuir et l’autre coud les souliers ( id. ).

On voit beaucoup d’autres industries ainsi représentées au bas des vitres de Chartres, ce qui prouve que toutes les corporations d’arts et métiers y avaient contribué.

Les évêques et les abbés, les barons et les chevaliers, sont représentés de même au bas des verrières qu’ils ont données.

Cette espèce de signature, que l’on trouve au bas de toutes les vitres, est très-importante à examiner, puisqu’elle indique infailliblement quels en furent les donateurs.

Dans les fenêtres composées de lancettes surmontées d’une rose ,

STYLE OGIVAL PRIMITIF (VITRAUX PEINTS ). /l55

l’image du donateur a quelquefois été encadrée dans la rose qui forme le couronnement de la fenêtre ; c’est ainsi qu’à Chartres, on voit, représentés dans ces vitres circulaires, des rois, des ducs, des comtes, des barons, bienfaiteurs de cette cathédrale, revêtus de leurs armures, montés sur des chevaux richement harnachés et caparaçonnés, ayant leur écu chargé d’armoiries ; mais cette place me paraît avoir été réservée aux grandes notabilités de l’époque.

Non-seulement on voit, sur les vitraux du XIIIe. siècle, des tableaux qui nous montrent l’histoire légendaire des saints patrons, mais on y retrouve la plupart des sujets qui décorent les façades des édifices le plus richement sculptés. Les cathédrales qui, comme celles de Chartres et de Bourges, avaient une si grande quantité de fenêtres complètement closes en verre, offraient aux peintres d’immenses surfaces à remplir; ils mettaient également à contribution l’ Ancien-Testament, l’Apocalypse, les légendes et tous les emblèmes alors admis par les théologiens.

Donnez quelques explications sur la confection des vitraux.

C’était au peintre-verrier à faire la distribution des tableaux qui devaient former chaque fenêtre , et des fonds sur lesquels il devait les placer: sur les mesures données, il devait établir son dessin et l’arrêter en couleurs sur ces cartons. Le trait du contour des ligures qu’il avait à peindre devait y être formé si exactement que les pièces nombreuses dont chaque panneau était composé, rapprochées les unes des autres, en ayant soin de laisser entr’elles la place de l’épaisseur du plomb, pussent remplir avec justesse l’espace auquel le panneau de verre était destiné.

Ces cartons, qui devaient coûter beaucoup de peine et d’attention, étaient soigneusement conservés et servaient à la confection de plusieurs vitraux destinés à des églises différentes. Aussi trouve-t-on , dans des vitres du XIIIe. siècle éloignées les unes des autres , les mêmes sujets reproduits de la même manière et provenant des mêmes cartons.

Pierre Le Viel avait fait la même remarque. Il cite des vitraux du XIIIe. siècle, identiques de dessin et d’exécution, dans les églises de St. -Etienne de Limoges, de Clermont-Ferrand, de Cambrai, de Poissy, etc., etc.... Les mêmes verriers devaient transporter', suivant les besoins , leurs ateliers dans différentes villes. La signature Clemens vitrearius Carnotensis , qu’on lit à Rouen sur une des verrières de la cathédrale, nous apprend que l’artiste qui les a faites était de Chartres ; la confection des nombreuses verrières de la cathédrale avait dû occuper des peintres long-temps dans cette ville: il y avait vraisemblablement là une école.

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Les vitraux du XIIIe. siècle sont toujours composés de pièces de petite dimension , parce qu’alors l’art était privé de plusieurs ressources importantes dont il se servit plus tard, telles que les moyens d’étendre le verre en grandes feuilles et celui de diriger à propos les coups de feu, plus ou moins violents, par l’action desquels les substances colorantes pénétraient ou teignaient superficiellement les pièces découpées qui entraient dans la composition de la verrière.

Souvent les pièces se brisaient au feu; or, moins elles étaient grandes, moins on avait ce danger à redouter; et, si la fracture arrivait, il était plus facile et moins coûteux de les réparer.

La difficulté que, faute d’employer le diamant, on éprouvait alors pour tailler le verre, et qui occasionnait aussi des fractures, était encore une des causes de l’emploi des pièces de petite dimension : cet emploi, il faut le dire, donne aux grandes verrières du XIIIe. siècle une solidité considérable, et nous lui devons la conservation des vitres nombreuses qui nous restent de cette époque. Ces vitraux ont une telle solidité qu’ils peuvent résister à des chocs violents ; j’ai vu des enfants s’exercer longtemps à jeter sur eux des pierres sans parvenir à les crever.

La mise en plomb des panneaux terminée, [il fallait placer ces différents morceaux dans les fenêtres qu’ils étaient destinés à fermer, et les assujettir solidement avec des barres de fer scellées dans la pierre : ces barres de fer s’appellent; armatures elles entraient quelquefois dans le système du dessin, en suivant le contour des médaillons ou encadrements renfermant des personnages.

3iéog£B*a|ïhie du style ogival primitif.

Quelle est , en France , la distribution géographique du style ogival primitif?

On trouve en France un très-grand nombre d’églises appartenant au style ogival primitif, mais elles ne sont pas également réparties dans toutes les provinces.

Les observations que j’ai faites, celles que plusieurs observateurs ont entreprises de leur côté, ont démontré depuis long-temps déjà que le style ogival du XIIIe. siècle, tel que je viens de le décrire, devient de plus en plus rare à mesure qu’on s’avance du Nord vers le Midi, contrée dans laquelle il a eu beaucoup de peine à s’acclimater. Des observations, faites i! y a vingt ans, m’avaient porté à circonscrire la région ou l’archi-

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teclure ogivale a pris son plus grand développement par une ligne idéale embrassant la Normandie, le Maine, l’Orléanais, la Touraine, le pays Chartrain, l’Ile-de-France, la Champagne et le nord de la France. Cette circonscription n’était pas d’une exactitude rigoureuse : elle devra recevoir des modifications ; mais nous pouvons provisoirement l’admettre pour ramener nos divisions géographiques aux termes les plus simples.

Ainsi, dans cette région, le style ogival s’est développé dès le commencement du XIIIe. siècle avec les caractères que j’ai indiqués. Nous le voyons timide encore, mais cependant avec ses formes et ses combinaisons bien arrêtées dans la nef de Fécamp, bâtie à la fin du XIIe. et au commencement du XIIIe. siècle, par l’abbé Radulf, mort en 1220. Le beau chœur de la cathédrale de Bayeux , plus avancé que la nef de Fécamp, s’élevait aussi dans la première moitié du XIIIe. ; vers le même temps, nous voyons surgir nos plus belles cathédrales gothiques, telles que celle de Chartres qui, commencée dans le XIIe. siècle, fut achevée et dédiée en 1260 , par Pierre de Maincy, soixante-seizième évêque ; celle de Reims commencée, peu de temps après 1210, par le célèbre architecte Robert de Coucy ; la cathédrale d’Amiens commencée en 1221 ; enfin les cathédrales de Paris, d’Auxerre, de Tours, du Mans, de Séez, de Rouen, de Lisieux et tant d’autres églises qui appartiennent, au moins en partie , au XIIIe. siècle , et aux dernières années du XIIe.

Sous saint Louis, cette architecture atteignit son apogée par l’emploi des larges fenêtres, des sculptures les plus fines et les plus pures, des formes les plus harmonieuses ; la chapelle que ce prince ajouta à son palais, en 1245 ( la S,e.-Chapelle de Paris), fait époque dans les annales de l’architecture française. De ce moment, le principe d’élévation et de légèreté fit des progrès rapides et le style ogival revêtit les formes les plus gracieuses.

Ainsi, sans chercher d’autres exemples, la Sle. -Chapelle de Paris que tout le monde connaît , nous montre l’état de l’art à la fin de la première moitié du XIIIe. siècle dans les provinces situées au Nord de la Loire. L’architecture ogivale était moins avancée dans les autres régions que nous avons citées en parlant de l’architecture romane.

Si nous prenons d’abord l’Alsace et les provinces rhénanes, cette région du roman-germanique , nous pourrons affirmer qu’une grande partie des édifices de ce pays, dans lesquels le s!yle ogival se montre à peine, où le style roman prédomine, appartiennent au XIIIe. siècle. Le roman de transition régnait encore sur les bords du Rhin, lorsque.

sur quelques points de la France, le style ogival était déjà brillant d’élégance et de légèreté.

Ainsi, il résulte des observations faites par les antiquaires allemands , et de celles que j’ai pu faire moi-même , qu’au XIIIe. siècle, on n’employait point, au moins généralement, le style gracieux et léger que nous trouvons dans nos cathédrales d’Amiens, de Reims, de Chartres et de Paris, style qui régnait aussi en Angleterre, où il a reçu la dénomination d 'ancien anglais ( early english ).

Il faut dire toutefois que certains édifices exceptionnels nous montrent le style ogival à peu près aussi avancé que chez nous. Telles sont l’église Notre-Dame de Trêves, élevée vers 1227, et diverses parties de la cathédrale de Cologne, commencée en 1248. Mais ces basiliques, dont le style est si différent de celui qu’on a employé pour la plupart des édifices contemporains, ont très-vraisemblablement été construites par des compagnies d’ouvriers étrangers et élevées sous la direction d’artistes ou d’architectes qui appartenaient à l’École française. Ce fait, que j’avais annoncé en 1837, a été depuis prouvé, d’une manière toutà-fait satisfaisante , par le savant baron de Roisin , de Trêves.

Le retard dans l’adoption du style ogival, au XIIIe. siècle, et la persistance de l’architecture romane, parallèlement au style ogival primitif, sont remarquables aussi en Lorraine et dans le pays Messin.

La formation complète du genre gothique a été également plus tardive dans les provinces du centre que chez nous; et si l’on s’avance plus au Sud, dans le Lyonnais et le Dauphiné, les monuments de ce style deviennent de plus en plus rares. Il est vrai que certaines églises du premier ordre font exception; mais leur rareté confirme la supposition que je faisais tout à l’heure pour expliquer le style avancé de la cathédrale de Cologne ; elles sont l’œuvre de corporations formant une école à part et composée d’hommes étrangers au pays.

Dans le midi de la France, l’architecture de transition, cette époque de fusion entre le style roman qui finit et le style ogival qui commence, ne se manifeste qu’au XIIIe. siècle , comme en Allemagne. Alors seulement l’ogive, tout en gardant une certaine lourdeur, un caractère et des détails romans, commence à prédominer et à revêtir des formes qui lui sont propres. Les édifices qui appartiennent incontestablement au XIIIe. siècle offrent un mélange continuel de cintres et de tiers-points, d’ornements byzantins et ogivaux, de formes pesantes et élancées. S’il y a quelques exceptions, parmi les monuments du XIIIe. siècle du midi de la France, elles sont dues à des causes étrangères au pays.

Si de la Provence nous nous transportons dans les autres provinces du Sud, et que môme nous remontions vers l’Aquitaine du Nord, nous remarquerons que , pendant que chez nous la forme ogivale était déjà en usage , elle n’était pas comprise par les artistes qui commençaient, à l’employer.

« L’ogive dans leurs édifices produit l’effet d’un élément étranger et « bizarre ; elle ne se marie pas avec les autres parties des constructions ; « elle y vient en corps , pour ainsi dire , et non en esprit ; l’arc pleinci cintre est devenu aigu sans que ses proportions aient été changées, « il n’est ni plus étroit, ni plus élevé, et la pointe qui le termine est « souvent si peu prononcée qu’il faut un œil attentif pour l’apercevoir. « Du reste, l’architecture est restée la même. Les colonnes sont courtes « et rares, les chapiteaux carrés, historiés, à feuilles grasses ou à en- « roulements ; les ornements, imités de l’antique ou barbares ; les face çades sont toujours percées de larges portes cintrées ou d’une ogive à ce peine sentie, surmontées d’un fronton à peine plus exhaussé que les « frontons antiques ; les tours sont rares et massives (1). »

M. Parker, d’Oxford, est persuadé que l’architecture romane persiste et résiste à l’art ogival, suivant certaines directions correspondant aux principales lignes de communication avec l’Italie fréquentées au moyen-âge, tandis que l’architecture ogivale s’avance en sens contraire entre ces lignes, formant elle-même des courants au milieu des régions romanes vers le Midi. Cette théorie ingénieuse a été développée dans le Bulletin monumental.

Ce coup-d’œil, beaucoup trop rapide sans doute, suflit cependant pour limiter approximativement la région dans laquelle naquit, en France , et se développa le style ogival primitif ; et déjà il conduit , comme on le voit, à préciser dans quelles contrées était le siège principal de l’école architectonique à laquelle nous devons les basiliques ogivales élevées au XIIIe. siècle.

S’il m’était permis d’analyser l’architecture à plein-cintre qui régnait, au XIIe. siècle, dans les contrées où le style ogival paraît s’être d’abord développé , nous verrions que des combinaisons habituelles dans ce pays, et fort rares ou complètement inconnues dans les autres, préparaient insensiblement aux innovations que devait consacrer irrévocablement l’architecture ogivale. Ainsi, dès la fin du XIe. siècle, nous

(I) V. M. Renouvier , Sur le style ogival dans le midi de la France ,

trouvons en Normandie et ailleurs, et aussi en Angleterre, des colonnes de différents modules disposées en faisceau sur les piliers, tandis que les régions d’Outre-Loire ne nous offrent habituellement que les colonnes cantonnées en croix sur les quatre faces du pilier; nous voyons, au Nord de la Loire, ces colonnes s’élancer en faisceau jusqu’à la naissance des voûtes , caractère frappant du style gothique.

Si nous comparons les fenêtres aiguës du XIIIe. siècle avec les fenêtres semi-circulaires du XIe. et du XIIe., nous pourrons remarquer que les lancettes géminées nous représentent absolument , sauf la forme aiguë des arcades, les cintres géminés, si souvent employés dans l’architecture romane; les fenêtres disposées trois à trois , telles qu’on en voit à la fin du XIIe. siècle et au XIIIe. , nous rappellent aussi les cintres disposés de même dans le siècle précédent.

La distribution des arcades et des portes est, à peu de chose près, la même dans le XIIIe. siècle que dans les siècles précédents.

Quant aux ornements, on peut dire que les trèfles, les quatre-feuilles et quelques autres habituellement employés dans le XIIIe. siècle, s’étaient montrés dans le XIIe.

Nous pourrions pousser beaucoup plus loin notre examen comparatif, si ce court aperçu ne sutlisait pour prouver que beaucoup d’éléments du nouveau style étaient compris dans l’architecture romane de la dernière époque ; au reste, il n’est pas moins extraordinaire que presque partout et presque en même temps on ait abandonné, dans la région du Nord, le cintre pour l’ogive, l’ancien système pour le nouveau.

L’usage des toits élevés présentant une inclinaison favorable à l’écoulement des eaux pluviales, prévalut de bonne heure dans le Nord, et c’est une des causes qui durent puissamment influer sur l’adoption de l’arcade en pointe.

Quel jugement doit-on porter sur /’ architecture du XIII0. siècle ?

À mon avis, le XIIIe. siècle est la belle époque de l’architecture ogivale. Dès le XIVe., il y eut moins d’harmonie dans l’ensemble, l’architecture perdit de son élévation ; on remarque plus de recherche et moins de naïveté dans les figures.

11 faudrait être complètement dépourvu de goût et de sensibilité , pour contempler sans émotion l’effet magique de nos belles églises du XIIIe. siècle. Les heureuses proportions observées par les architectes dans la forme des arcades et des fenêtres, la vaste étendue des nefs

STYLE OGIVAL PRIMITIF (MOYENS INEXÉCUTION ). /|Gi

ces murs aériens sur lesquels on a semé les découpures et les élégantes broderies ; toutes ces merveilles de sculpture et de hardiesse, rehaussées par la clarté mystérieuse d’un jour que les vitraux peints ont terni, impriment à fume un sentiment éminemment religieux.

Et lorsque, placé sous le portique d’une cathédrale, l’œil saisit tout l’espace du temple, parcourt la nef centrale, glisse avec étonnement sous ces voûtes à la fois légères et gigantesques pour venir se perdre dans le lointain où apparaît le rond-point, on ne peut se défendre d’une vive exaltation, d’une sorte de tressaillement; l’aspect d’une basilique frappe les sens, comme le ferait une poésie sublime ou une belle mélodie.

Si de l’intérieur on passe à l’extérieur, on n’est pas moins charmé des proportions à la fois vastes et gracieuses du vaisseau, de l’élégance des tours, de la profusion des clochetons, des arcs-boutants et des contreforts.

L’examen le plus superficiel suffit pour convaincre qu’une pensée prédomine dans les monuments du XIIIe. siècle, savoir : l’élancement, la direction vers le ciel. Cette forme pyramidale qui se produit dans toutes les parties dominantes des édifices, non-seulement dans les frontons, les tours, les clochetons, mais encore dans les fenêtres à lancettes, contribue beaucoup à donner aux basiliques une apparence de hauteur qu’elles n’ont pas toujours en réalité. C’est aussi de cet accord dans les formes que naissent l’harmonie et l’unité qui distinguent si heureusement les monuments de la première époque ogivale.

Il suffit d’observer sans prévention l’aspect magnifique des grandes églises élevées par les architectes du moyen-âge , pour se convaincre que le style ogival du XIIIe. siècle convient plus particulièrement à nos temples, auxquels il imprime un caractère solennel, que n’offrent point en ce genre les imitations plus ou moins heureuses de l’architecture antique.

Par quels moyens -parvenait-on à bâtir, aux XIIe. et XIIIe. siècles, ces basiliques répandues en si grand nombre dans toutes les parties de la France?

Le clergé possédait des revenus considérables, et quelquefois if pouvait entreprendre de grands travaux sans réclamer de secours étrangers. Mais il lui fallut bien souvent recourir â l’assistance des fidèles ; alors il trouvait dans le zèle extraordinaire, dans l’enthousiasme inconcevable qui animait les esprits, de telles ressources en tout genre, qu’au lieu de se borner à construire de nouvelles églises et à réparer

DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE d’ARCIIÈOLOGIE.

les anciennes, on en renversait quelquefois de très-solides pour les réédifier d’après les règles du style ogival. Non contents de contribuer par des offrandes à la construction des basiliques, les fidèles se rendaient en foule dans les lieux ou l’on en élevait, pour prendre part aux travaux les plus pénibles. C’était une sorte de pèlerinage qu’on entreprenait pour racheter ses fautes et pour obtenir des grâces spirituelles.

Dans un lettre écrite , en 1145, aux religieux de l’abbaye de Tuttebery, en Angleterre, Haimon, abbé de St.-Pierre-sur-Dive, peint l’empressement avec lequel on se livrait à ces actes de dévotion.

Haimon rapporte que pendant la nuit on allumait des cierges sur les chariots, autour de l’église en construction, et qu’on veillait en chantant des hymnes et des cantiques.

Enfin, il nous apprend (et ceci est intéressant à noter ) que le pieux usage de se réunir, pour travailler à la construction des églises, avait pris naissance à Chartres , à l’occasion des travaux qui furent faits à la cathédrale de cette ville; que d’autres réunions eurent lieu, peu de temps après, à St.-Pierre-sur-Dive pour aider à construire l’église de cette abbaye , et qu’ensuite de semblables congrégations se formèrent dans toute la Normandie, surtout dans les lieux où l’on élevait des temples sous l’invocation de la Sainte Vierge (1)

On trouve aussi dans une lettre de Hugues, archevêque de Rouen, écrite en 1145 à Thierry, évêque d’Amiens, des détails sur ces grandes réunions d’ouvriers bénévoles :

« Les habitants de Chartres (dit l’archevêque de Rouen) ont concouru à la construction de leur église en charriant des matériaux; Notre- Seigneur a récompensé leur humble zèle par des miracles qui ont excité les Normands à imiter la piété de leurs voisins. Nos diocésains ayant donc reçu notre bénédiction se sont transportés à Chartres , où ils ont accompli leur vœu.

« Depuis lors , les fidèles de notre diocèse et des autres contrées voisines ont formé des associations dans un but semblable ; ils n’admettent personne dans leur compagnie, à moins qu’il ne se soit con-

(1) Hujus saeræ institutiouis ritus apud Carnotensem ecclesiam est inchoatus, ac deinde in nostra virtutibus innumeris confirmatus, postremo per totam fere Normanniarn longe lateque convaluit ac loca per singula Matri misericordiæ dicata, præcipue occnpavit ( Annales de l’Ordre de saint Benoît , t. VI, p. 394).

11 est à remarquer qu’on eut pour la Sainte Vierge une très-grande dévotion, à partir du XIIe. siècle ; c’est à cette époque que l’on commença à donner à la chapelle qui lui était dédiée de plus vastes dimensions qu’aux autres.

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