STYLE OGIVAL PRIMITIF ( MOYENS D’EXÉCUTION
fessé, qu’il n’ait renoncé aux animosités et aux vengeances et ne se soit réconcilié avec ses ennemis.
« Cela fait, ils élisent un chef , sous la conduite duquel ils tirent leurs chariots en silence et avec humilité (1). »
Mais cette foule qui venait travailler par corvée à la construction des églises n’avait aucune notion d’architecture ; elle agissait évidemment sous la direction des architectes (2) , et ceux-ci devaient être forl nombreux, puisqu’on bâtissait partout avec tant d’ardeur au XIIe. et au XIIIe. siècle.
Il paraît que, dès cette époque, les maçons ou tailleurs de pierre se réunirent en compagnies, qui avaient leurs statuts et leurs chefs, et qui allaient s’établir dans les lieux où il y avait des édifices religieux à construire.
Quand on considère la perfection et l’uniformité des monuments du XIIP. siècle. , on ne peut douter qu’il n’existât parmi les architectes une doctrine bien arrêtée et des connaissances beaucoup plus étendues qu'on ne l’a supposé pendant long-temps.
La découverte de l’Album de Villard de Honnecourt , architecte du XIIP. siècle (3) , parmi les manuscrits de la Bibliothèque impériale , est venue prouver cette proposition que j’établissais, en 1830 , en professant mon Cours d’antiquités.
Bientôt ce précieux manuscrit sera publié : les pages où Villard de Honnecourt consigna les souvenirs graphiques de ses voyages et les résultats de sa pratique, révèlent une foule de faits que l’on était loin de soupçonner, et de méthodes de construction qui dénotent des connaissances plus avancées qu’on n’en avait accordé aux hommes de cette époque: aussi attend-on avec impatience les soixante -quatre planches
(1) Voir le reste de cette lettre dans un mémoire deM- Ricliommesur l’abbaye de St. -Pierre-su r-Dive.
(2) Les travailleurs bénévoles étaient principalement occupés à transporter les matériaux. Plusieurs antiquaires attribuent à la difficulté que l’on devait éprouver à voiturer les pierres, le volume peu considérable qu’elles offrent presque toutes dans les constructions du moyen-àge; il faut compter aussi pour beaucoup la facilité que l’on trouvait à manier des pierres d’un petit volume, surtout lorsqu’il fallait les placer dans les pyramides et dans les murs élevés des églises.
(3) Villard de Honnecourt, dont les feuillets de l’Album nous révèlent le nom , florissait dans le second tiers du XIIP. siècle, et construisit le chevet de Notre-Dame de Cambrai. Il visita les cathédrales de Laon , de Reims, qu’il étudia avec soin, puis cellesde Chartres, de Lausanne, et poussa ensuite ses pérégrinations jusqu’en Hongrie.
du fac-similé de cet Album (1) et le Commentaire de M. Lassus, terminé, depuis la mort imprévue de cet habile architecte, par M. A. Darcel, membre de la Société française d’archéologie.
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