‹ Abécédaire, ou, Rudiment d'archéologie (architecture religieuse)Chapitre 131 sur 182 · TOMBEAU DE LA REINE BÉRENGÈRE , AU MANS · texte numérisé non relu

TOMBEAU DE LA REINE BÉRENGÈRE , AU MANS

ti vement à l’abbaye de Lepeau, près du Mans, où cette princesse avait été inhumée , et fut transporté dans le transept nord de la cathédrale de cette ville, en 1821.

Le tombeau subit alors quelques changements.

En faisant abstraction de ces parties modernes, on aura le tombeau tel qu’il existait au XIIIe. siècle, c’est-à-dire une statue de grande proportion, couchée sur un cercueil orné sur les grands côtés de quatre-feuilles à lobes arrondis, cantonnés chacun de quatre petites roses. Les huit petites roses inférieures sont semblables, formées d’un double rang de cinq pétales ; les roses du rang supérieur sont, au contraire , différentes les unes des autres , et l’une est remplacée par une feuille de chêne.

La statue de la reine Bérengère a la tête portée sur un coussin ; sa robe est fixée au moyen d’une ceinture à laquelle est suspendue l’escarcelle : elle tient des deux mains, sur sa poitrine, un petit tableau

sculpté représentant une reine , dont le costume est à peu près le même que celui de la statue ; j’avais autrefois pensé que ce pouvait être la figure de la patronne de la défunte ; mais M. Hucher, qui a examiné beaucoup plus attentivement, croit que c’est le portrait de Bérengère elle-même.

Quelquefois on voyait au-dessus du tombeau , près de la statue du défunt, des statuettes représentant des anges, les quatre évangélistes, assis et tenant des livres , ou d’autres saints personnages : malheureusement ces petites figures , qui toutes avaient été traitées avec soin , ont beaucoup plus souffert que le reste , et souvent elles sont complètement mutilées. C’est, je crois, dans la seconde moitié du XIIIe. siècle , que cet ornement accessoire a commencé d’être usité : on le trouve également, à partir de cette époque, sur des tombes abritées sous des arcades , comme celles que nous avons citées précédemment.

On a quelquefois coulé en bronze les statues destinées à recouvrir les tombeaux : nous avons dans la cathédrale d’Amiens deux spécimens extrêmement curieux de* statues semblables ; ce sont , je crois, les seules qui existent à présent en France. Elles sont posées sur le pavé, l’une à droite, l’autre à gauche de la grande porte occidentale ; mais autrefois elles étaient plus loin dans la nef, ce n’est qu’en 1762 qu’elles ont été transférées où on les voit à présent.

La tombe placée à droite de la porte est celle de l’évêqueEvrard de Fouilloy , qui posa la première pierre de

la cathédrale en 1220, et mourut en 1223. Le prélat est représenté vêtu de ses habits pontificaux (chasuble, aube, etc. , etc. ) , donnant la bénédiction de la main droite, les pieds chaussés de sandales et posés sur deux reptiles ou dragons; la tête, coiffée d’une mitre trèscourte bordée d’un galon, repose sur un coussin semé de fleurons ou de quatre-feuilles. A la hauteur des bras sont deux anges agitant des encensoirs, et plus bas, près des genoux, deux clercs tenant des cierges allumés.

Le tout est encadré dans une ogive trilobée portée par deux colonnettes et accompagnée , à la partie supérieure , de tours crénelées et d’autres ornements assez ordinaires au XIIIe. siècle. Six lions servaient de pieds ou de supports à cette épaisse table de bronze, qui probablement se trouvait posée sur un soubassement en pierre : je n’ai point de renseignements précis sur la disposition première du tombeau avant sa translation à la place qu’il occupe à présent. Une inscription en vers léonins existe sur le bord de l’encadrement trilobé qui renferme la statue.

L’autre tombeau de bronze est celui de Geolfroi d’Eu, qui succéda a Evrard de Fouilloy et mourut en 1237 , après avoir élevé jusqu’aux voîites la construction commencée par son prédécesseur ; il est de la même forme que l’autre,

Le tombeau du fondateur de la cathédrale de Cologne, l’archevêque Conrad de Hochsteden, est aussi en bronze: la statue du prélat, qui a six pieds et demi, a subi de notables dégradations : la main droite a été enlevée, les pieds ont été brisés.

Les statues tombales, qui ont été autrefois assez nombreuses dans les cathédrales et dans quelques églises du premier ordre , ont disparu en grande partie dans le XVIIe. et le XVIIIe. siècle. A cette époque, les chapitres les firent détruire, soit parce qu’elles encombraient les chœurs des cathédrales , soit parce qu’alors on cessa d’apprécier la valeur artistique des objets anciens et que l’on n’estimait que ce qui était moderne : l’aveuglement alla si loin que les œuvres d’art les plus précieuses furent fondues et anéanties , sans respect pour l’intention des donateurs. Les statues des plus illustres personnages furent impitoyablement vouées à la destruction , et celles qui avaient une valeur intrinsèque, comme les tombes en métal, disparurent plus vite que les autres, parce qu’on pouvait tirer parti de la matière.

Les tombes en métal sont donc tellement rares aujourd’hui, qu’on peut h peine en citer une dizaine en France, en Allemagne et en Italie.

Or, il est extrêmement important de Recueillir les dessins de celles qui ont existé , quand ces dessins ont été faits.

Les manuscrits de Gaignières, bien connus de tous les archéologues, contiennent de curieux spécimens des statues en métal qui existaient en France de son temps ; plusieurs de ces dessins ont été coloriés , de manière à reproduire la couleur des émaux.

La cathédrale St. -Maurice d’Angers avait fourni plusieurs tombeaux en bronze à la collection de Gaignières, notamment celui de Guillaume de Beaumont, dont le cercueil fut ouvert il y a quelques années et offrit, avec les restes du défunt, les débris d’un tissu curieux. Guillaume de Beaumont devint évêque d’Angers en 1202 ; il donna, en 1236, une partie de son palais pour bâtir la chapelle du transept nord, et mourut le 2 septembre 1240. Il fut inhumé dans le chœur de la cathédrale , et c’est là que se trouvait la statue en cuivre dont je présente le dessin , d’après Gaignières ( p. 483 ).

Le successeur de Guillaume de Beaumont , Michel de Villoyseau , évêque de 1240 à 1260 , eut aussi une statue en cuivre émaillé , que l’on trouve dans Gaignières ; mais, comme il avait doté le couvent des Jacobins d’Angers , ce fut au milieu du chœur de cette église qu’elle fut placée et non dans la cathédrale ; le rouge , le bleu et le violet dominent dans les émaux de cette statue , d’après le dessin de Gaignières.

On trouve aussi dans les portefeuilles de Gaignières la statue tombale en cuivre émaillé de Guillaume Bollant, évêque du Mans, tirée de l’abbaye de Notre-Dame de Champaigne où il avait été inhumé.

D’après l’échelle jointe au dessin , elle avait 5 pieds et quelques pouces de longueur, sur 2 pieds 3 pouces environ de largeur. Le rouge , le bleu , le vert et le violet étaient les couleurs dominantes dans les émaux.

Il était évêque en 1256 : il mourut en 1259 avant d’avoir achevé la troisième année de son pontificat, à son retour de Borne, où il était allé pour soumettre au Pape diverses contestations qui s’étaient élevées entre l’église du Mans et le pouvoir temporel.

L’évêché de Beauvais avait fourni à la collection de Gaignières une quantité considérable de monuments funéraires en cuivre.

Nous y trouvons la tombe en cuivre jaune de Benault de Nantuel, qui existait dans le chœur de l’église cathédrale de St. -Pierre. Une inscription en vers rimés occupait le tour de l’encadrement. Cet évêque mourut en 1283.

Zl8Zl DE GAUMONT. ABÉCÉDAIRE d’aRGHÉOLOGIE.

Secondement la tombe de Thibault de Nantuel , successeur du précédent , qui occupa le siège de 1283 à 1300. La statue est encadrée dans une architecture à personnages. Une inscription en caractères gothiques se développait sur la bordure.

Pierres tombales. — Si quelques personnes eurent des monuments élevés hors terre , un bien plu3 grand nombre étaient ensevelies sous le pavé des églises ; pour les plus notables on cherchait à exprimer , au moyen de la gravure au trait , sur la pierre , l’image du défunt dans une arcade, avec les accessoires que nous venons de remarquer sur les tombes en relief: quoique l’on ait, comme je le disais tout-àl’heure, fait disparaître une grande partie de ces pierres en repavant les églises, et que beaucoup d’autres aient été usées par le frottement prolongé des chaussures des fidèles, il en reste une quantité considérable encore qu’il est fort intéressant d’examiner et qui devraient toutes être dessinées avec soin.

Châlons-sur-Marne est une des villes de France qui possédait le plus de pierres tombales. On peut lire à ce sujet le Compte-rendu du Congrès archéologique tenu dans cette ville par la Société française d’archéologie. Voici une de celles qu’on voit dans l’église de Notre- Dame , d’après le dessin de M. Barbat.

Le commencement de l’inscription , ainsi conçu :

ICI î GIST : DESOZ : GESTE : LAME :

THIEBAUZ : RUPEZ : DONT : DEX : AIT : LAME :

nous indique le nom du défunt qui est représenté à cheval, le faucon sur le poing ; chose insolite , car on ne voit presque jamais le défunt dans l’exercice des actes qui occupèrent son temps durant sa vie. Cette pierre est donc extrêmement curieuse. Plusieurs autres des pierres tombales de Châlons sont d’un très-grand intérêt.

Les pierres tombales de l’église de Noyon ont été décrites , il y a quelques années, dans le Bulletin monumental: elles sont assez nombreuses encore.

Je reproduis (page 486) la pierre tombale d’un abbé de St.-Ouen

de Rouen ; on y voit l’abbé , au milieu d’une arcade ogivale subtrilobée , les mains croisées sur la poitrine, la crosse inclinée et maintenue par le bras droit.

Toutes les parties du costume sont très-nettement rendues, et l’on distingue facilement la chasuble, le manipule brodé de fleurs, suspendu au bras gauche, Y aube dont le bas porte aussi des broderies , etc. , etc.

Les pieds reposent sur un chien.

A la hauteur des épaules deux clercs portent des flambeaux, et plus haut, entre la tête de l’ogive et les angles de la pierre tombale, sont deux anges tenant des encensoirs. L’inscription est gravée en belles lettres majuscules tout autour de la pierre et sur la bande qui dessine l’archivolte de l’ogive (1).

[1) Voici le texte de cette inscription :

AbBAS PACIFICÜS, HUMILIS , Plus ATQDE PÜDICÜS, JlJSTUS, MAGNIFIEES, FRATERNE PACIS AMICXJS , Prtjdens, facundus, patiens, paucisque secundes Non ea quæ mundus quærens , a crimine mundxjs

MoRIBüS ORNATUS, OMNI PROBITATE PROBATUS

Vermibxjs esca datus jacet hic nicolaus homatus Tan TI PASTORIS ANIMÆ sine labe laboris

Dét fons dulcoris, dominus diadema decoris.

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