PIERRE TOMBALE DE NICOLAS DE GODERVILLE, ABBÉ DE SAINT-OUEN DE ROUEN
Une autre pierre tombale, dont voici l’esquisse et qui se trouve dans l’église du Mont-aux-Malades, près Rouen, est de la fin du XIIIe. siècle, ainsi que l’atteste l’inscription gravée sur la bordure.
La figure de la défunte est encadrée dans une ogive tréflée surmontée d’un fronton garni de feuilles rampantes ; deux anges tenant des encensoirs occupent les angles delà pierre, de chaque côté du fronton.
On remarquera le voile et la coiffure qui étaient en usage à la fin du XIIIe.
siècle et au XIVe., et le vêtement boutonné sur la poitrine et à manches justes, que l’on appelait Cotte hardie, par-dessus lequel est une espèce de surcot ou de manteau plissé sur les épaules.
Les pieds reposent sur un chien ; les mains sont jointes et relevées ; c’était la position qu’on leur donnait presque toujours sur les tombeaux des laïques , et quelquefois sur ceux des moines.
Les prélats les ont ordinairement croisées , comme nous les voyons sur la tombe de Nicolas de Goderville (p. 486), ou élevées, comme dans l’effigie de l’évêque d’Amiens; ainsi voilà trois attitudes différentes , dont une paraît particulièrement attribuée aux laïques.
Quelques tombes plates ont été recouvertes d’une planche de cuivre gravée au trait , quelquefois même émaillée ; mais on conçoit qu’elles aient tenté la cupidité et été, plus que les autres, exposées à la destruction. Je ne crois pas qu’il en reste maintenant en France une seule du XIIIe. siècle. On en cite quelques-unes en Allemagne.
Des plaques de cuivre émaillé, représentant le défunt, étaient parfois appliquées sur les murs au pied desquels se trouvaient les tombes (1).
J’ai trouvé dans les portefeuilles de Gaignières une de ces tombes en pierre protégées d’une grille en fer appelée herse, qui sont devenues extrêmement rares ; elle existait dans la cathédrale d’Angers.
Tombeaux des. cimetières. -- Je donne ( page 489) l’esquisse d’un
(1) Voir, pour plus de details , le cliap. iv du tome VI de mon Cours d’ antiquités monumentales.
TOMBFAU DE SAINT LOYER, DANS L’ÉGLISE DE LA COMMUNE DU MÊME NOM ( Ol’lie )
DK CA ü MON T. ABÉCÉDAIRE D'ARCHÉOLOGIE.
tombeau vénéré dans l’église de St.-Loyer (Orne ), décrit par M. de Glanville. Ce tombeau est du XIIIe. siècle. Les terrassements que l’on a faits depuis peu dans plusieurs cimetières ruraux ont mis à nu des tombeaux d’une forme pareille , portant sur leur toit des imbrications absolument semblables et qui très-certainement n’avaient pas été mis à couvert. C’étaient des monuments placés sur les tombes au milieu des cimetières du XIIIe. siècle.
Fanaux de cimetière.
Les fanaux furent , au XIIIe. siècle comme au XIIe. , construits au milieu des grands cimetières ; ils affectèrent tantôt la forme ronde , tantôt la forme carrée. Je n’en citerai qu’un seul ; celui que j’ai dessiné à Antigny, près deSt.-Savin, département de la Vienne , il se trouve au milieu d’une place située en avant de l’église paroissiale, et qui avait évidemment fait partie de l’ancien cimetière ; car elle est en quelque sorte pavée de cercueils qui se montrent presque partout à rase terre , la plupart dépourvus de leurs couvercles.
Le fanal d’ Antigny est décoré , sur les angles , de petites colonnettes dont les bases ornées de pattes annoncent le XIIIe. siècle. Un autel en pierre a été ménagé sur le socle qui porte cette colonne; on y parvient aujourd’hui par un escalier de trois marches qui doit être moins aiu^en que la pyramide.
La largeur de l’autel est de 1 mètre 9 centimètres et la profondeur de la table de 55 centimètres.
La colonne quadrangulaire qui s’élève au-dessus de l’autel a , sur
chaque face, à partir de sa base, 88 cent., y comprises les colonnette s angulaires ; la hauteur totale du monument peut être de 6 à 7 mètres. Son toit quadrangulaire, taillé en carène de navire, était primitivement surmonté d’une croix en pierre qui est tombée.
Quatre fenêtres carrées , orientées Est-Ouest, Nord et Sud, s’ouvrent au-dessous de ce toit, au sommet de l’édifice : c’était là qu’on plaçait autrefois le fanal. Pour monter jusque-là , à l’intérieur de la colonne creuse, il fallait grimper comme le font les ramoneurs dans les cheminées ; quelques trous dans les pierres pouvaient d’ailleurs faciliter cette ascension. La porte qui servait à s’introduire dans le corps de la colonne est percée du côté du Nord , presque au niveau de la table de l’autel ; elle n’a que 21 pouces de hauteur sur 13 pouces de largeur ; vraisemblablement elle était fermée au moyen d’une porte en bois.
L’autel accolé au fanal d’Antigny nous prouve que, dans certaines circonstances , on disait la messe au pied de cette pyramide : c’est une des plus complètes que nous ayons visitées , puisqu’il n’y manque que la croix qui formait le couronnement.
Les chapelles sépulcrales avec fanaux sont très-rares : je ne connais de conservée que celle de l’ancien cimetière des religieuses de Fontevrault , qui se trouve aujourd’hui sur la promenade publique.
Elle est carrée, flanquée de quatre contreforts. Du sommet du toit en pierre de l’édifice s’élève une colonne creuse de k à 5 mètres de hauteur portant une lanterne octogone à son sommet. Chacune des faces de la lanterne est
percée d’une ouverture ; un toit conique recouvre le tout ; à l’intérieur, la chapelle est voûtée en coupole surhaussée ; les angles du carré sont rachetés au moyen de petites voûtes qui transforment le plan
carré en octogone. De chaque angle de cet octogone, à la naissance de la coupole et du sommet des murs qui les unissent , partent des nervures qui s’élèvent en se rapprochant et. s’arrêtent à la naissance de la colonne creuse qui couronne l’édifice.
On connaît la date de cette chapelle. Nous avons un document
authentique qui suffirait ù lui seul S
pour lever tous les doutes s’il en restait encore après l’étude de ses caractères architectoniques. C’est une charte de Bertha, dixième abbesse de Fontevrault, élue en 1217, et datée de 1223, par laquelle elle confirme une donation qu’une de ses religieuses , Ala , duchesse de Bourbon , fit en faveur de cette chapelle , qu’elle avait fait bâtir (1).
Je peux citer , comme un des types les plus complets et les mieux conservés du XIIIe. siècle , la croix que j’ai signalée le premier dans le cimetière de Jouarre (Seine-et-Marne).
La base , à scotie évidée comme celle des colonnes du temps, repose sur un socle carré aux angles duquel se détachent de petites tours terminées par un toit circulaire, comme on en trouve souvent dans les bas-reliefs du XIIIe. siècle ; au-dessous de ce socle est un soubassement en pierre et un escalier.
Le fut de la colonne , ou l’arbre de la croix , est très-mince et d’un seul morceau ; la croix sort du chapiteau qui le surmonte : les bras en sont terminés par des fleurons très-fréquents dans l’architecture ogivale primitive. D’un côté on a représenté le Christ, et de l’autre, la Sainte Vierge tenant l’Enfant-Jésus ; ces deux petits bas-reliefs sont entourés d’un encadrement à quatre lobes.
(1) « Noveritis quod venerabilis Ala quondam ducissa Borbonii post vero « mullum tempore religiosa monialis et benefactrix. nostra , dédit nostro con- « silio et assensu in puram et perpetuam eleemosinam capellam quam adstrui « fecit de suo proprio in medio cimiterii nostri, in honore beatæ Catharinæ « XLIX solidos quatuor denarios minores singulis annis percipiendos »
Croix de pierre.
Sièges et Stalles.
Qu' avez-vous à clive des stalles?
Les sièges en pierre du XIIIe. siècle, pour le célébrant ou pour l’évêque, se rapprochent souvent par leur forme de ceux du XIIe. ; mais on les a placés quelquefois dans des niches , sous un dais offrant une grande complication de détails.
En fait de stalles en bois du XIIIe. siècle , on ne cite que celles de la cathédrale de Poitiers qui ont été décrites et figurées; les stalles ne devinrent, je crois, communes que dans le XIVe., et encore nous en reste-t-il extrêmement peu de cette époque.
Nous trouvons, dans quelques églises , des sièges en pierre établis le long des murailles et qui remplaçaient les stalles. Dans une église du Calvados, dont les murs sont ornés d’arcatures ogivales , des sièges ont été creusés dans la pierre entre les colonnes , de manière que chaque arcature correspondait à un siège.
Portes ferrées.
Il existe, dans quelques églises, des portes couvertes de ferrures conduites de manière à former des enroulements et des dessins compliqués : ces armatures couvrent presqu’entièrement les battants de bois auxquels elles sont attachées au moyen de clous à têtes saillantes; on connaît les portes de N.-D. de Paris, celles de l’église de St.-Severin. Voici d’autres spécimens de ferrures, tirés de la cathédrale