TOUR DES JACOBINS DE TOULOUSE
briques , se compose d’une série d’étages à peu près égaux dont les ouvertures sont toutes en forme de losange, à partir d’une certaine hauteur. Cette forme a, comme je l’ai dit, été motivée par l’emploi de la brique. Quelques flèches d’une petite dimension ont été établies en encor-
bellement sur le mur qui sépare le chœur de la nef, ou sur le gable occidental de celle-ci.
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Aucun clocher n’est sans doute moins coûteux et ne demande moins de matériaux ; l’effet en est assez bon , surtout quand il est placé entre le chœur et la nef. Celui que fai présenté page 539, et qui existe dans le Calvados, est ainsi placé ; il offre, sur une très-petite échelle, l’apparence des flèches en pierre dont la base repose sur le sol , et c’est un des types les plus élégants que j’aie vus.
On connaît plusieurs tours de ce genre en Angleterre : celle qui suit est placée sur le gable de l’Ouest ; un encorbellement s’élève au-
tour de l’église de corston ( Angleterre ).
dessus de la fenêtre , pour supporter la saillie que forme sur le mur un des pans de l’octogone. Ce qui précède suffit pour faire connaître ce genre de tours, et le parti qu’on en a tiré au XIVe. siècle et dans les siècles suivants*
Clochetons. — Les clochetons offrent en petit l’image des tours, seule* ment ils n’ont point de rampe à la base de la pyramide, et leur toit n’est pas découpé à jour ; ils sont fréquemment octogones. Quelques clochetons octogones offrent un petit fronton triangulaire au-dessus de chaque face de la tourelle , à la naissance du toit pyramidal.
Pavés. — Les pavés en terre cuite émaillée furent souvent employés pour le pavage des chapelles et des églises ; on en forma parfois de magnifiques rosaces. — Nous parlerons, à l’article Tombeaux, des pierres tombales qui s’employèrent de plus en plus dans les églises. Le pavage du XIVe. siècle ne diffère de celui du XIIIe. que par les modifications que le dessin a subies dans les figures , modifications identiques avec celles de l’architecture et de la sculpture au XIVe. siècle.
Peintures murales. — La peinture employée dans les siècles précédents, et qui, au XIIIe. siècle, avait couvert les portails, les arcatures et les parties les plus remarquables des édifices, fut également prodiguée au XIVe., et il nous reste, de cette époque, un grand nombre de décorations polychromes, malheureusement ternies et grandement détériorées. Les feuillages ont été souvent couverts de peinture verte ; le rouge, le bleu et quelques autres nuances se distinguent très-souvent encore ; le vert et le rouge ont en général conservé beaucoup d’éclat. Les costumes des personnages avaient été rehaussés d’or. La peinture murale devait rivaliser avec la peinture sur verre ; c’est ainsi qu’à l’abbaye de St. -Orner des figures de saints se voyaient sur les murs et devaient imiter l’effet des vitraux de couleur. Les colonnes étaient peintes en rouge , leurs chapiteaux en vert.
Peinture sur verre. — Quel fut l’état de la -peinture sur verre au XIVe. siècle ?
Si l’on considère l’effet général , l’harmonie des teintes et la richesse des couleurs, le bel âge du vitrail, c’est le XIIIe. siècle, surtout le temps de saint Louis. A mesure qu’on s’écarte de cette époque , si brillante aussi pour l’architecture , les productions des peintres-verriers perdent de leur mérite. Un des restaurateurs de l’art du peintreverrier en France , M. Thévenot , de Clermont , a dit : « Les vitraux « sont moins brillants de ton, moins harmonieux de couleur dans
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« l’ensemble et l’aspect général au XIVe. siècle. Il y avait dès-lors une « disposition évidente à substituer le dessin à la couleur. »
Quoique l’on ait encore figuré des légendes renfermées dans des médaillons , cependant , à partir du XIVe. siècle , on peignit les figures beaucoup plus grandes qu’au XIIIe. , et souvent de grandeur naturelle ; elles étaient encadrées dans des arcades tréflées au sommet et couvertes d’un fronton triangulaire garni de crochets, accompagné de deux pinacles ou clochetons , comme nous en voyons dans l’architecture de l’époque. Ainsi l’on abandonna peu à peu l’usage des encadrements chargés de petites figures, placés sur fond de mosaïque. Les fonds sur lesquels se détachaient les figures étaient d’une seule couleur dans chaque baie , et quelquefois dans plusieurs baies des fenêtres.
Quant à l’exécution des personnages, on s’étudia à mieux exprimer les ombres, à donner plus de relief aux draperies; les couleurs eurent un peu moins de brillant: on fit un plus grand usage, au XIIIe. siècle, des tons jaune et vert pâle.
Les morceaux de verre furent un peu plus grands, et les plombs conséquemment plus écartés.
L’emploi des émaux , dont il est difficile de fixer absolument l’origine, prit une grande extension vers la fin du XIVe. siècle. Ces émaux, ou couleurs fusibles, s’introduisaient dans des entailles pratiquées dans le verre au moyen de l’émeri. Écoutons l’explication, que donne Pierre Le Vieil , de ce procédé et de ses avantages :
« Les draperies des figures devinrent plus riches , lorsqu’on s’avisa « de graver tous les ornements nécessaires avec l’émeri et l’eau , qui « rongeait la couleur et découvrait le fond blanc du verre. On formait « une broderie par le moyen d’une nouvelle couverte d’or ou d’argent, « qu’on y appliquait suivant le coloris arrêté sur les cartons, composée « elle-même de ces nouveaux émaux. Alors les fleurs de lis de l’écu de « France , réduites à trois par Charles V , qui étaient insérées et en- « castrées avec le plomb dans un carreau de verre bleu, fondu tel dans « toute sa masse, percé à l’endroit de fleurs de lis de verre jaune avec « autant de soin et de risque que de perte de temps ; ces trois fleurs « de lis, dis-je, se montrèrent sur un champ d’azur d’un seul mor- « ceau , sur la surface duquel elles furent creusées et recouvertes d’un « émail de couleur d’or, sur le revers du fond blanc que l’émeri avait « découvert. Dans d’autres écussons, les plus chargés de pièces de blason, « dont l’assemblage avait auparavant employé un temps considérable
STYLE OGIVAL SECONDAIRE ( GÉOGRAPHIE ). 5Zl3
« à cause de la multiplicité des pièces de rapport qui entraient dans « leur exécution , les différents quartiers se développèrent sur autant « de verres de la couleur de leurs champs : on y grava des pièces carac- « téristiques du blason , on les recouvrit des émaux qui leur conve- « naient , couchés , comme nous l’avons dit , sur le revers de la grâce vure, où l’on avait découvert le blanc du verre, de peur qu’à la « recuisson qu’il fallait en faire, les couleurs ne vinssent à se mêler « et à se confondre. »
Au XIVe. siècle on exécuta des grisailles composées comme auparavant d’entrelacs , de feuillages et de hachures croisées , plus ou moins serrées.
Ces verrières, toujours plus économiques que les autres, produisaient un effet très-saisissant.
Géographie du style ogival secondaire.
Que peut-on dire de la distribution géographique du style ogival secondaire ?
La région que nous avons indiquée comme celle où s’est développé le style ogival primitif, lorsqu’il existait à peine dans d’autres contrées, est aussi celle où les monuments du XIVe. siècle ont été plus brillants et plus remarquables. Toutefois, à cette époque, les bords du Rhin virent aussi s’élever bon nombre d’édifices importants du même style.
Dans le midi de la France, ou plutôt au-delà de la Loire jusqu’à la Méditerranée , les monuments à ogives furent toujours assez rares ; ils témoignèrent de la timidité des architectes et de leur tendance à se rapprocher, quant aux dimensions, du type des siècles précédents. Il faut toutefois, comme nous l’avons fait déjà pour une autre époque, excepter quelques cathédrales, telles que celles de Clermont, de Narbonne et plusieurs autres.
'En considérant que, dans le midi de la France et sur les bords du Rhin, les architectes étaient encore, au XIIIe. siècle, fidèles aux principes de l’école du XIIe., on pourrait être tenté de croire qu’au XIVe. siècle ils auraient dû adopter le style ogival primitif; mais il n’en est point ainsi : quand ils se décidèrent à adopter le style ogival , ils le prirent dans l’état où il se trouvait. Nous le voyons, au XIVe. siècle , en Allemagne et ailleurs , avec des caractères à peu près semblables à ceux qui dominent chez nous.
En Allemagne , on trouve une preuve de ce que j’avance dans la
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cathédrale de Francfort, dont le chœur a été bâti en 1315, et qui présente effectivement les caractères de cette époque; dans la cathédrale de Strasbourg , et dans quelques autres. Si le système d’ornementation qui domine dans ces édifices se rapproche beaucoup du nôtre , il faut dire toutefois qu’on y remarque l’emploi de grandes fenêtres allongées, d’une légèreté fort remarquable, que nous n’avons pas aussi habituellement chez nous. Ces fenêtres sont employées surtout dans les églises qui n’ont pas de bas-côtés et qui offrent, par conséquent, pour l’établissement des jours , des murs verticaux d’une grande hauteur. Telles sont les fenêtres si élevées , et dont les meneaux ont tant de portée et de légèreté , de la cathédrale de Francfort ; celles de la cathédrale de Metz et celles du chœur de la cathédrale d’Aix-la-Chapelle. On voit aussi se développer, ainsi que l’a remarqué judicieusement M. Whewel, un système d’ornementation d’après lequel les moulures des façades étaient disposées sur deux plans différents , de manière que les unes se détachaient complètement des autres et formaient claire-voie. Ce système , que nous trouvons à Strasbourg, dans la cathédrale, produit un effet tel que la façade semble être placée derrière un riche écran découpé à jour.
Au reste , il ne faut pas , je crois , attribuer spécialement au XIVe. siècle ce brillant système de décoration : on l’observe dans quelques monuments de cette époque , mais il appartient tout autant au XVe.
Dans le centre et dans le midi de la France , je n’ai rien remarqué qui différencie essentiellement le style du XIVe. siècle de celui qui prédomine dans le Nord et en Angleterre; seulement, comme je le disais en commençant, les édifices de ce genre n’ont pas acquis le même développement que dans le Nord ; leurs moulures sont plus maigres et moins bien fouillées.
L’Italie, toujours attachée aux anciennes formes, répudia long-temps l’ogive : on y a employé le plein-cintre jusqu’au XIVe. siècle , combiné avec les moulures ogivales.
L’architecture ogivale n’a jamais été comprise en Italie comme en France : les églises manquent d’élévation ; il est très-rare qu’elles aient un triforium , et les fenêtres du clérestory sont souvent remplacées par une ouverture ronde, comme à Ste. -Pétronille de Bologne. On peut attribuer à cette suppression d’un étage, dans les églises ogivales d’Italie, le peu d’élégance , je pourrais dire la pesanteur qui les distingue presque toutes.
Les constructions religieuses du XIVe. siècle ne sont pas rares : nos principales églises, commencées au XIIIe., ont été continuées au XIVe. et n’ont souvent été terminées qu’au XVe. ; mais il n’est pas toujours facile de distinguer ce qui , dans ces édifices, appartient à l’époque qui nous occupe, par la raison que les architectes du XIVe. siècle se sont quelquefois conformés au style employé par leurs devanciers , pour ne pas détruire l’unité qui doit régner dans une œuvre pareille. Un examen attentif conduit néanmoins à reconnaître les parties construites au XIVe. siècle, dans les édifices qui appartiennent au premier et au second style ogival , lors même qu’elles sont peu caractérisées.
AUTELS — FONTS BAPTISMAUX. — TOMBEAUX. — VASES SAGRÉS. — TISSUS. — PALÉOGRAPHIE MURALE.