‹ Abécédaire, ou, Rudiment d'archéologie (architecture religieuse)Chapitre 152 sur 182 · STYLE OGIVAL TERTIAIRE · texte numérisé non relu

STYLE OGIVAL TERTIAIRE

XVe. SIÈCLE.

Quels sont les caractères du style de la troisième époque ?

Les caractères du style ogival de la troisième époque sont faciles à saisir, et l’on éprouve peu d’incertitude dans la détermination des monuments de cette période.

Forme des églises. — Il ne paraît pas qu’aucunes modifications aient été introduites, au XVe. siècle, dans le plan des églises ; la forme générale demeura la même depuis leXIVe. jusqu’au temps où l’on abandonna le style ogival pour revenir à l’architecture classique. Toutefois des artistes du XVe. ont eu de la tendance à s’écarter de la régularité symétrique des XIIIe. et XIVe. siècles ; ils ont fait aux églises existantes des additions qui en détruisent souvent l’harmonie : ils leur ont accolé des chapelles hors de proportion avec celles qui existaient auparavant et qui produisent l’elfet d’une excroissance monstrueuse sur le corps des édifices. La Bretagne est une des contrées de la France où ces irrégulières additions sont le plus fréquentes et le plus frappantes.

Ornements. — Les formes prismatiques ou anguleuses dominent dans les moulures du XVe. siècle ; elles se manifestent dans les tores , les nervures, les traverses et jusque dans les moindres détails: ce qui donne aux ornements un air de maigreur, une sécheresse de trait que n’offrent point ceux des XIIIe. et XIVe. siècles.

Ces nervures prismatiques sont peut-être le caractère le plus frappant de l’architecture ogivale de la troisième époque, et la font reconnaître au premier abord.

Trèfles et quatre-feuilles. — Les pétales des trèfles et des quatrefeuilles ne se terminent pas toujours par une pointe mousse, comme dans les siècles précédents , mais par une pointe aiguë.

Ornementation végétale. — Les feuillages affectent, à partir du XVe. siècle , des formes tout-à-fait différentes de celles que nous avons re-

marquées au XIIIe. et au XIVe. ; ce sont des feuilles de choux frisés, de chardon et de quelqu’aulre plante. Les feuilles de vigne ont été employées avec les feuilles déchiquetées : celles-ci forment, dans les rampants des portes, des fenêtres , des corniches , des guirlandes exécutées avec tant d’art qu’elles se détachent complètement et tiennent à peine au mur ; ces guirlandes sont parfois enlacées avec des rubans. Les sculpteurs se sont souvent plu à figurer divers animaux au milieu de feuillages.

Crochets. — Les crochets , quelquefois peu différents de ceux du XIVe. siècle, montrent, pour la plupart, un changement de forme analogue à celui des ornements.

Ordinairement ils représentent des feuilles de chou ou de chardon frisées , arrondies , contournées et ressemblant à des têtes de dauphins.

Arcatures. — Les arcatures sont presque toutes surmontées d’un fronton pyramidal, portant des impostes, qui est souvent garni de crochets et couronné d’un bouquet de feuillages frisés. La plupart de ces ) arcatures en renfer- j ment d’autres qui sont j trilobées.

Balustrades. — Les dessins contournés que nous allons remarquer dans les compartiments des fenêtres , se ,

montrent également dans les balustrades en pierre.

STYLE OGIVAL DE LA 3e. ÉPOQUE ( PANNEAUX ).

Pinacles. — Les pinacles en application, sur les contreforts et sur les parties saillantes des édifices, sont ornés de crochets. Les rampants des frontons reposent assez souvent sur des animaux.

Dais. — Les dais offrent aussi des couronnements pyramidaux trèscompliqués : beaucoup d’églises du XVe. siècle renferment des ornements de ce genre, d’une grande finesse d’exécution.

et XVIe.

en com-

Panneaux. — Tel est le nom que M. Rickmam et plusieurs autres antiquaires anglais donnent à de petites arcades trilobées, ordinairement superposées les unes aux autres et séparées par des lignes horizontales , qui ont été figurées sur les murs durant les XVe. siècles. Ces sculptures symétriques , qui divisent les murailles partiments égaux, et qui en cachent la nudité , présentent de l’analogie avec les panneaux des boiseries, et c’est en raison de cette ressemblance qu’elles ont reçu le nom par lequel on est convenu de les désigner.

En Angleterre , on a poussé très-loin l’emploi de cet ornement vers la fin du XVe. siècle.

C’est aussi à la fin du XVe. siècle que nous trouvons le plus fréquemment , en France, les moulures pannelées ; elles recouvrent quelquefois les contreforts depuis le haut jusqu’en bas, comme à St.-Wulfrand d’Abbeville; mais elles n’ont pas été employées avec autant de profusion qu’en Angleterre.

En Allemagne , les panneaux , soit collés , soit détachés du mur et formant claire-voie , sont quelquefois disposés de manière à suivre le mouvement du toit , ou celui des frontons triangulaires , dans les fa-

çades ; on avait, dès le XI . siècle, disposé de même les arcatures à plein-cintre, sur les bordsdu Rhin; et ceci est une preuve de la persistance de certaines combinaisons qui ont traversé les siècles , et se sont reproduites dans les différents styles.

Lefragmentque voici montre l’effet des panneaux, des pinacles en application portant sur des animaux-caryatides, enfin celui des frontons triangulaires garnis de feuilles frisées audessus des fenêtres , et surmontés de balustrades à compartiments flamboyants.

Festons. — Les festons forment une élégante gar-

niture, suspendue aux voussures ment est surtout caractéristique des derniers temps de la période ogivale ; il appartient plutôtàla fin du XVe. siècle qu’à sa première moitié.

STYLE OGIVAL DE LA 3e. ÉPOQUE (CONTIIEFORTS).

Contreforts.— Les contreforts, soit qu’ils supportent des arcs-boutants,

soit qu’ils soutiennent immédiatement les murs, ont de distance, en di

CONTREFORTS , FENÊTRE , BALUSTRADE ET A RC A T F RES DANS LE STYLE FLAMBOYANT DE LA FIN DU XVe. SIECLE.

nef de l’église de pont-l’évêque (Calvados),

STYLE OGIVAL DE LA 3e. ÉPOQUE (COLONNES ). 569

stance , leurs faces ornées de pinacles en application ; on y voit aussi des niches comme dans le siècle précédent. Lorsqu’ils supportent des arcs-boutants et qu’ils se détachent des murs, ils sont couronnés par des clochetons qui affectent la forme octogone , et dont chaque face est surmontée , près du toit, d’un fronton aigu hérissé de crochets, ou par des aiguilles.

Les contreforts, placés aux extrémités des édifices, au lieu d’être parallèles aux murs , comme on les trouve constamment au XIVe. siècle et auparavant, sont souvent disposés de manière à faire face aux angles.

Jamais, avant le XVe. siècle, je n’ai vu d’exemples de contreforts ainsi appliqués sur les angles ; mais , à cette époque , cette disposition se rencontre fréquemment.

Colonnes et pilastres. — Les colonnes groupées sont, pour la plupart, d’une extrême finesse ; presque toujours elles sont elliptiques et non cylindriques, et la partie antérieure est coupée de manière à présenter une bande anguleuse, comme si une règle de bois était clouée du haut en bas de la colonne : il existe , entre les deux tores de la base , un écartement considérable qui se module en forme de doucine allongée.

Bien souvent il n’y a plus de colonnettes, elles sont remplacées par de simples nervures prismatiques. Les chapiteaux les plus ordinaires sont ornés de feuillages frisés, disposés en deux bouquets superposés l’un à l’autre. Vers la fin du XVe. siècle et au XVIe. , il n’est pas rare de trouver absence complète de chapiteaux : alors les nervures des piliers se prolongent, sans interruption, jusqu’au faîte de l’édifice et ne font qu’un avec les arceaux ramifiés de la voûte. Sur quelques pilastres , on trouve des pinacles , des moulures d’un grand relief plus ou moins compliquées , et des consoles qui devaient supporter des statues.

Portes. Les portes sont parfois ornées de figurines et de statues, comme au siècle précédent ; quelques-unes ont seulement , de chaque côté , des pilastres divisés en plusieurs panneaux et surmontés d’aiguilles. La plupart des portes offrent, à l’extrados, une bordure de

feuillage ornée de crochets , dont le sommet s’élève verticalement en forme de pédicule , et supporte un piédestal quelquefois destiné à recevoir une statue.

Enfin, dans beaucoup d’arcades du XVe. et du XVIe. siècle, les lignes, au lieu de produire une pointe mousse par leur intersection diagonale, comme dans les ogives du XIIIe. et du XIVe. , se relèvent subitement près du point de jonction , de sorte que l’ogive ressemble à une accolade et résulte de deux courbes conduites en doucine.

Ce mouvement, que l’on trouve souvent dans l’architecture mauresque, se reproduit non-seulement dans les portes, les fenêtres, les arcades simulées, etc., etc., mais dans tous les ornements où la forme elliptique de l’ogive est employée , comme dans les lobes des trèfles , des quatrefeuilles et des rosaces. Il contribue à donner un caractère particulier

STYLE OGIVAL DE LA 3e. ÉPOQUE (PORTES).

aux arcades et aux ornements de la troisième époque ogivale.

Les portes en arcs surbaissés, que Ton appelle aussi arcs Tudor, parce qu’ils ont été très-usités en Angleterre sous le règne de Henri VII et de Henri VIII, se rencontrent surtout vers la fin du XVe.

siècle et au commencement du XVIe. (règne de Louis XII) ; elles

sont, comme les autres, garnies de belles feuilles recourbées et couronnées d’un panache pédiculé.

Fenêtres et roses. — Les compartiments qui divisent les fenêtres et

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