STYLE OGIVAL DE LA 3P. ÉPOQUE
C’est principalement dans les derniers temps de la période ogivale que nous trouvons chez nous les portes et les fenêtres , en forme d’accolade , qui se rencontrent si fréquemment dansl’architecture mauresque.
Il y a des portes qui disparaissent , pour ainsi dire, sous les dentelles et les festons des voussures. Quelquesfrontons, surmontant les arcatures ou les fenêtres , présentent une brisure ou un renflement comme celui qui surmonte la fenêtre suivante.
Les porches ou vestibules , au lieu d’offrir une forme rectangulaire, affectèrent assez souvent la forme d’un triangle : il y en a sans doute de fort remarquables , mais en général l’effet en est mauvais, selon moi : ces porches ne servent d’ailleurs qu’à masquer les façades que l’on
s’est, à ce moyen, dispensé de décorer. On peut juger de l’effet d’un porche triangulaire par celui de l’église de Notre-Dame d’Alençon , beaucoup trop vanté ; il est vrai que les lignes horizontales et les panneaux qui surmontent ce portique lui font perdre de sa légèreté , et que beaucoup de porches sont ornés avec plus de goût ; mais cette disposition me paraît partout choquante pour une entrée d’église , et elle montre combien , à la fin du XV0 siècle, les architectes cherchaient à innover , au risque de s’écarter des vrais principes.
Voûtes. — Dans beaucoup de voûtes les arceaux n’offrent rien de plus qu’au commencement du XVe. siècle ; dans d’autres, ils seramifient : tous les points où s’opère la réunion des traverses sont alors fréquemment couverts d’écussons, d’armoiries, quelquefois même de pendentifs ou de clefs pendantes et de diverses figures.
Tours. — Les artistes de la fin du XVe. siècle ont essayé plusieurs combinaisons nouvelles pour les tours , et se sont plus ou moins écartés de la forme ancienne. Ajoutons cependant qu’une grande quantité de tours octogones ont été établies sur les transepts et hardiment jetées sur les quatre piliers qui supportent les arcades centrales (Evreux, St. -Jean de Caen, Bayeux, etc., etc.).
Quelques tours de la fin du XVe. et du XVIe. siècle sont de véritables prodiges de légèreté , telle est la flèche de la cathédrale de Fribourg en Brisgavv, dont la pyramide est à jour (1); on admire le parti qu’on a
(1) 11 n’est question ici que de la partie supérieure de la tour , la partie inférieure est d’une époque plus ancienne.
toi r de l’église de thann (Haut-Rhin).
su tirer du grès vosgien pour ces prodiges de légèreté, qui n’ont en rien compromis la solidité.
La tour de Thann ( Haut-Rhin ) nous ofïre un autre exemple du parti que l’on a tiré du grès vosgien en Alsace ; elle est à jour comme la précédente , et les détails en sont de la plus grande finesse ; nous présentons (p. 585) une esquisse bien imparfaite des parties supérieure et moyenne de ce charmant clocher.
La tour de Caudebec offre aussi une pyramide à jour ; la pyramide terminale du clocher nord de Chartres, élevée en 1500 ; celle de la tour de la cathédrale de Strasbourg, la tour d’Anvers , la tour de la principale église à Verneuil, enfin celles des cathédrales de Rliodez, de Metz, et quelques autres doivent encore être citées comme des types remarquables de la dernière époque ogivale.
Beaucoup de tours de cette époque offrent, sur les angles de l’édifice carré qui supporte la pyramide , des obélisques ou clochetons qui se rattachent au corps du clocher par des arcs-boutants d’une légèreté extrême , dont l’intrados est orné de festons et de découpures.
Ce type, auquel appartiennent la tour de Caudebec (Seine-Inférieure) et une des tours de Mende (Lozère), a été reproduit avec plus de simplicité dans plusieurs flèches en pierre. Je dois à l’obligeance de M. de Glanville , membre de l’Institut des provinces , l’esquisse d’une de ces tours, celle de Valiquerville, arrondissement d’Yvetot (Seine-Inférieure) (page 587). Les clochetons angulaires de cette tour portent des arcsboutants festonnés et percés d’arcatures trilobées.
On fit aussi des pyramides à jour en bois, revêtues de plomb ( Conciles , Evreux ) ; elles sont toujours d’une grande élégance.
Comme il me faut présenter ici des tours de différentes formes et celles qui ont été le plus usitées, je reproduis (page 588) un type que l’on rencontre dans certaines contrées : c’est une tour carrée en charpente recouverte de plomb ou d’ardoise, établie sur une base en pierre.
L’étage supérieur est percé de croisées ou fenêtres carrées, et le toit, portant des lucarnes sur ses quatre faces , se termine par une galerie en plomb élégamment découpée à jour et par deux épis.
Ce type a été commun au commencement du XVIe. siècle , dans certains diocèses , surtout dans les contrées où la pierre était rare.
Sans doute , ces tours , dont l’architecture se rapproche de celle des maisons privées , sont loin d’être élégantes comme les flèches en pierre ; mais elles rachètent leurs défauts par une certaine originalité.
Ch
valiq 1ER ville (Seine-Inférieure ).
TOUR DE LA lre. MOITIÉ DE XVIe. SIÈCLE.
STYLE OGIVAL DE LA 3e. ÉPOQUE (CHAPELLES). 589
Chapelles seigneuriales. — Le XVe. siècle est une époque assez riche pour les chapelles détachées des églises. On voyait alors, dans les châteaux, de petits oratoires très-remarquables par leurs détails et la finesse de leurs sculptures.