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STYLE OGIVAL DE LA oc. ÉPOQUE (TOMBEAUX). 619
C’est encore d’après les dessins de Gaignières que je reproduis l’esquisse de cette tombe , ornée de brillants émaux.
La statue tombale suivante est celle d’une dame de la famille des Hamon, seigneurs de Campigny ; elle porte le costume du commencement du XVIe. siècle. Ses pieds s’appuient sur une levrette ; les dais , les colonnettes et toutes les moulures sont en rapport avec l’époque que j’assigne à cette statue.
Parmi les plus beaux tombeaux du XVe. siècle, on peut citer celui de Philippe-le-Hardi , au Musée de Dijon. Sur un socle et une base de marbre noir , d’un profil largement prononcé, s’élève un dé, dont les quatre faces forment une suite d’arcades en ogives qui sont couronnées par une galerie découpée à jour , et soutenues par des pilastres ornés de colonnettes , de chapiteaux chargés de figurines d’anges, de pinacles et de clochetons.
Cette architecture , exécutée en marbre blanc , et projetée en avant d’un massif plaqué de marbre noir, figure un cloître sous les voûtes duquel sont placées quarante statuettes de personnages des maisons civile et religieuse du duc et de différents ordres monastiques.
Ces sculptures , d’une exécution admirable , rehaussées de dorures distribuées avec intelligence et réserve , sont surmontées d’une table , dont les moulures et la teinte noire contrastent merveilleusement avec la blancheur et la finesse du travail des objets qu’elle domine.
Ce qui a surtout été remarqué , c’est la naïveté de l’expression des religieux pleureurs, et la vérité du jet des draperies de leurs vêtements.
Sur la table est couchée la statue du duc Pilippe-le-Hardi. Ses pieds reposent sur le dos d’un lion.
Pierres tombales. — A partir du XVe. siècle, on voit les pierres tombales chargées, comme les tombes en relief, d’une infinité de détails d’architecture. Le défunt est représenté au centre d’un riche portail , dont les faisceaux de colonnes portent de petites figures de saints , placées à différentes hauteurs dans des niches, comme on vient de le voir sur la tombe de Pierre de Savoisy. Sur d’autres pierres on a figuré l’intérieur d’une église ou d’une chapelle , au centre de laquelle le défunt se tient debout , les mains jointes.
La perspective est difficile à saisir dans les dessins au trait , si compliqués , des pierres tombales du XVe. siècle. Quelques-unes ont des dimensions très-considérables en longueur et en largeur : on ne trouve plus dans ces grandes dalles, ordinairement d’une seule pièce, aucune
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STATUE TOMBALE DANS L’ÉGLISE DF CAMPIGNY (Calvados).
STYLE OGIVAL DE LA 3e. ÉPOQUE (TOMBEAUX). 621
diminution indiquée vers les pieds ; cette diminution , ordinaire au XIIIe. siècle, se voit d’ailleurs rarement dans les pierres du XIVe.
On voit , page 622, l’esquisse d’une pierre recouvrant, dans une des églises de Rouen , la dépouille mortelle d’un certain Mallet Poret , mort en 1A26, ainsi que l’atteste l’inscription très-facile à lire qui se voit dans l’encadrement.
Une chose à remarquer , c’est l’usage, que l’on adopta au XVe. siècle et dès le XIVe., de former la tête , les mains, les pieds du défunt avec du marbre , quelquefois , quoique rarement , avec du cuivre. Ces pièces de rapport faisaient saillir les parties nues sur celles qui représentaient les vêtements , et donnaient ainsi un peu plus de relief au dessin ; les petites figures placées , dans des niches , autour de l’effigie tumulaire étaient aussi assez souvent gravées sur de petites pièces de marbre rapportées. Ce luxe d’exécution, qui avait commencé au XIVe. siècle, mais qui caractérise principalement le XVe. , a causé la mutilation de beaucoup d’effigies tumulaires : on a arraché ces pièces de marbre blanc rapportées dans la pierre , et souvent on ne trouve plus que des trous informes à la place de la tête , des mains , des pieds du défunt ou des figurines qui ornaient l’entourage. Le cuivre, par sa valeur, a tenté bien plus encore la cupidité : on n’en trouve plus sur aucune des tombes qui en étaient incrustées.
Les pierres tombales du XVe. siècle sont encore extrêmement communes dans beaucoup d’églises ; elles le seraient bien plus encore si l’on n’avait refait à neuf le pavé des églises , sans prendre la peine de conserver ces grandes dalles si intéressantes : rien pourtant n’était si facile, et ici, comme dans beaucoup d’autres cas, l’incurie des architectes est impardonnable.
Les tombes les plus belles sont en pierre calcaire plus ou moins dure ; plusieurs étaient en cuivre ; mais la plupart ont été fondues et je n’en connais plus qu’une à St.-Junien (Haute-Vienne) ; quelques-unes ont été faites en schiste tégulaire ( ardoise ) ; d’autres en granité , dans les contrées où cette pierre abonde. La qualité des matériaux a toujours influé considérablement sur l’ornementation des pierres tombales. Les pierres en granité , par exemple , si difficiles à tailler , n’ont reçu que très-peu de dessins ; la plupart de celles que j’ai vues n’offraient avec l’inscription , lorsqu’elle existait , que de simples attributs du mort. Ainsi , sur les tombes des curés, que l’on voit dans beaucoup d’églises des régions granitiques, on trouve un calice, une croix ; sur celle d’un chevalier , une croix avec une épée et un écusson.
Tombeaux de cimetière. — Les monuments en pierre élevés, à ciel
PIERRE TOMBALE DU XVe. SIECLE , A ROUEN.
STYLE OC.IVAL DE T, A 3e. ÉPOQUE ( TOMBEAUX ).
ouvert, sur les tombes des fidèles n’ont jamais eu autant d’importance artistique que ceux qui étaient à l’intérieur des églises et qui étaient protégés de la pluie, de la gelée et des autres agents destructeurs; ils ont été généralement disposés de manière à favoriser l’écoulement de la pluie et taillés en forme de toit.
Quelques tombes de cimetière de la 2 e. moi Lié du XVe. siècle m’ont offert la forme d’une croix , et , vues en-dessus , l’image du toit d’une
TOMBEAU DU XVe. SIÈCLE.
église ; ce sont les plus anciennes que j’aie trouvées dans nos cimetières, dont les pierres tumulaires sont récentes en général.
Celle qui précède est géminée, c’est-à-dire qu’elle présente deux croix accolées ; elle recouvrait deux tombes: celles du mari et de la femme.
En Bretagne , on trouve , près de quelques tombeaux de cimetière, des pupitres en pierre dans le genre de celui qui suit. Probablement on venait, à certaines époques, réciter des prières près de la tombe du défunt et poser le livre sur ce pupitre. Quelques tombeaux offrent aussi des réservoirs pour de l’eau bénite. En Bretagne , on place encore , près des tombes, des vases, quelquefois même des fonds de bouteilles de verre pour recevoir de l’eau bénite.
Croix de cimetière. — Au XVe. siècle , on a sculpté beaucoup de croix en pierre dans les cimetières , et le style des moulures erf caractérise suffisamment l’époque. Ainsi, l’extrémité des bras de la croix porte souvent des feuilles frisées ; le chapiteau de la colonne est aussi caractérisé par le style des moulures; le fut affecte parfois la forme octogone ; enfin le piédestal, carré ou octogone, est orné, sur chaque face, de panneaux trilobés, prismatiques, couronnés de frontons aigus.
M. de Glanville a découvert, dans la Seine-Inférieure , plusieurs croix
62ft DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE D’ARCHÉOLOGIE,
CROIX DE CIMETIÈRE DU XVe. SIÈCLE.
STYLE OGIVAL DE LA 3e. ÉPOQUE (CROIX). 625
qui oui de l’intérêt; nous en reproduisons deux, dont une, plus ancienne que l’autre , doit être du XVP. siècle, peut-être de la première moitié (Y. la p. 624).
L’autre ne date probablement que du XVIe. siècle : nous la figurons vue des deux côtés, page
En Bretagne, on a fait des croix sur lesquelles on distingue des groupes de personnages assez compliqués, et d’un travail d’autant plus remarquable qu’elles sont en pierre très-dure : les croix de cette espèce les plus anciennes datent du XVIe. siècle, ou de la fin du XVe. Celle que voici est une des plus simples ; elle a été dessinée par M. Bouet, à Scaër, département du Finistère.
Stalles et boiseries.
Les stalles en bois n’ont-elles pas été nombreuses au XVe. siècle?
Oui : une des décorations les plus remarquables des chœurs de nos cathédrales, c’étaient les stalles, dont les dossiers élevés, les dais, les accotoirs et les miséricordes offraient un luxe de moulures qui attestait la patience et l’habileté des sculpteurs sur bois.
L’introduction, dans les églises , de ces stalles que l’on appelle aussi formes, remonte à une époque qu’il n’est pas facile de déterminer avec précision; mais, au XIIIe. siècle, quand le chœur fut entouré de tous côtés d’arcades ogivales accédant aux ailes, le clergé se trouva exposé au vent et au froid, et il dut chercher à s’en garantir au moyen de constructions en bois ou en pierre.
De là les stalles, qui prémunissaient contre l’humidité de la pierre et les impressions du vent: au XVe. siècle surtout, le sculpteur vint prêter le secours de son ciseau , et trouva , dans les stalles et les boiseries accessoires, matière à exercer son talent. Les dossiers et les
STYLE OGIVAL DE LA 3e. ÉPOQUE (STALLES).
dais des slalies se couvrirent de sculptures délicates ; des figures bizarres et fantastiques parèrent les miséricordes et les accotoirs ; chaque stalle eut son basrelief différent de ceux qui ornaient les autres : variété qui avait peut-être aussi pour objet de faire plus facilement reconnaître à chacun des membres du clergé sa place habituelle.
Voici le dessin d’une stalle du XVe.
siècle, avec ses accotoirs et sa miséricorde à console sculptée.
L’extrémité des stalles disposées sur une même ligne offrait , à l’extérieur, des bas-reliefs et des moulures, comme on le voit par l’exemple suivant tiré des stalles de St.-Benoît-sur-Loire ( p. 628 ).
Les stalles se composaient de trois parties principales: les sièges, les dossiers et les couronnements ; mais il arrive souvent que les sièges seuls ont été conservés, et qu’on a détruit les dossiers et les dais, comme dans l’exemple précédent; il nous en reste pourtant de parfaitement intactes: celles d’Amiens, par exemple, les plus belles peutêtre qui existent en France et qui ont été décrites avec le plus grand soin, dans un ouvrage spécial , par MM. Jourdain et Duval.
Les stalles de St.-Martin-des-Bois (Oise) sont également complètes: j’en ai donné la description dans le tome VI de mon Cours d’antiquités (p. 607 et suiv. ). Celles de l’église abbatiale de St.-Pierre-sur-Dive seront décrites et figurées dans le IVe. volume de ma Statistique monumentale du Calvados ; elles sont bien conservées et datent de la première moitié du XVIe. siècle.
Les stalles de la cathédrale de Rouen sont du XVe. siècle : elles ne sont pas entières et leurs dossiers ont disparu ; les bas-reliefs de ces stalles offrent tous autant de sujets différents, dont M. Langlois a donné la description. La plupart des professions du temps y ont chacune leur représentant, dans le costume de l’époque, et occupé des travaux de son état : ce qui porte à croire que les divers corps de métiers de