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TIRANT

FRAGMENT d’uNE VOUTE EN BOIS DE FORME CINTRÉE.

STYLE DE LA RENAISSANCE. 659

Dans quelques églises, les montants qui portent la charpente viennent poser sur les chapiteaux des colonnes entre les fenêtres ; et quand , dans la suite, on a fait des voûtes en pierre à la place des voûtes en bois, les chapiteaux des colonnes sont souvent demeurés sans objet : ce qui embarrasse habituellement l’observateur qui n’a pas vu ce qui existait auparavant. La figure suivante, tirée d’une des églises d’Amsterdam ,

montre les montants de la charpente ainsi posés sur les chapiteaux des colonnes.

Les lours affectent presque toutes la forme hémisphérique ; j’en connais très-peu qui méritent d’être citées, et les clochetons sont remplacés le plus souvent par des aiguilles rondes avec renflements (Yr. la page 653), et par des espèces de piédestaux carrés ou octogones.

Le clocheton et l’arc-boutant qui suit , quoiqu’ils soient tirés d’un

DE GAUMONT. ABÉCÉDAIRE D’ARCHÉOLOGIE, monument civil , nous offrent un exemple très-caractérisé de ces parties

Les riais appliqués sur la base des clochetons et sur les contreforts sont arrondis, terminas par une pyramide cylindrique à renflements comme le toit des clochetons que j’appelle clochetons-candélabres. On en voit de semblables dans l’esquisse précédente A A.

De même qu’au XIIe. siècle, une architecture de transition s’était formée lorsqu’on avait abandonné le cintre pour l’ogive ; on vit paraître, lorsqu’on revint au cintre , un style mixte résultant de la combinaison des formes classiques avec les ornements du XVe. siècle. Le plein-cintre romain se montra couvert de la riche parure du style ogival , et l’ogive se maria aux arabesques et aux frontons antiques

STYLE DE LA RENAISSANCE. 661

L’église de la Ferté-Bernard ( Sarthe ) nous offre des exemples de ce mélange : ainsi, la fenêtre suivante , qu’on y voit présente des com-

LNE FENÊTRE DE l’ÉCLISE UE LA FERTÉ-BERNARD.

partiments dans le style de la Renaissance (pilastres, frontons, pendentifs), au milieu d’une grande ogive bordée de moulures dans le style du XVe. siècle.

Nous voyons, sur les rampants du toit d’une chapelle qui porte la date de 1530, les crochets très-développés du XVe.

siècle transformés en animaux bizarres qui suivent , dans leurs attitudes, le mouvement des feuilles frisées de l’époque précédente.

Il me resterait, et ceci ne serait pas la partie la moins curieuse du tableau que je viens de présenter, à examiner comment le style de la Renaissance s’introduisit et vint se substituer à l’ancien style dans les différentes régions de la France ; à faire connaître dans quelle contrée cette innovation malheureuse , selon moi , fut accueillie avec le plus d’empressement.

Mais cette introduction , plus ou moins rapide suivant les lieux, dut tenir à une multitude de circonstances que je n’ai point eu le loisir de rechercher, et qu’il me serait impossible d’indiquer autrement que pour certains pays. On sait que des artistes italiens , attirés en France par Louis XII et par François Ier. ; artistes parmi lesquels on cite Léonard de Viney, Joconde, Primatice, André del Sarte, Pierre Ponce, y apportèrent le goût du style italien.

Philibert de Lorme , Pierre Lescot, Bullant, et plusieurs autres architectes les suivirent dans la voie. Le goût du mo-

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narque devint contagieux, les seigneurs et les hauts dignitaires de l’État s’empressèrent de l’imiter en faisant reconstruire leurs châteaux et leurs maisons de ville. Les bords de la Loire nous offrent un zone très-riche de monuments de cette espèce.

Une révolution s’opéra, à l’époque de la Renaissance, dans la représentation de la nature humaine. Jusqu’au XVe. siècle , la nudité n’était pas permise, je ne dirai pas seulement dans l’architecture religieuse, mais dans l’architecture civile. On dissimulait même à dessein les formes sous la draperie du vêtement, de peur d’éveiller les passions charnelles : les sculpteurs de la Renaissance firent tout le contraire : ils prirent à tâche d’exécuter la nature nue et de donner à la gorge , aux épaules, au torse, une ampleur de formes que le moyen-âge avait dissimulée sous la draperie. Le retour des esprits vers les études classiques amena, par une même impulsion, les artistes à l’étude de l’anatomie du corps humain : ils devinrent païens, sans pourtant cesser d’être chrétiens de cœur, et se mirent à représenter, jusque dans les sanctuaires de nos églises, l’image nue de la femme, des Faunes, etc. , dans les positions les plus lascives.

Les statues ont donc, indépendanment du costume de l’époque, des caractères tirés des formes anatomiques, et pour l’observateur elles forment une classe très-distincte dans la longue série des figures appartenant aux différents siècles.

La représentation de l’ensevelissement de N. -S. J. -G., avec personnages de grandeur naturelle, a été placée dans un grand nombre d’églises à la fin du XVe. siècle et au XVIe. Les artistes de la Renaissance reproduisirent cette scène touchante d’après des types convenus, et partout on trouve les mêmes personnages dans les mêmes attitudes , avec les mêmes costumes.

Pour faire comprendre comment les personnages sont disposés, je reproduis , p. 665 , l’ensevelissement du Christ existant dans la chapelle de Sissy ( Aisne ) , où M. Gomart , de l’Institut des provinces , l’a fait dessiner pour le Bulletin monumental.

La chapelle, éclairée mystérieusement, est occupée par onze personnages: sur le premier plan, trois soldats, plus petits que nature, sont endormis; au second plan, se passe la scène principale: on voit, étendu sur une grande dalle , le corps du Christ soutenu par Nico-

66/t DE GAUMONT ABÉCÉDAIRE d’ARCIIÊOLOGIE.

dôme , tandis que Joseph d’Arimathie apporte le linceul. Les membres du Christ sont glacés et presque raides ; cependant on voit que ce n’est pas la mort; car, sous cette immobilité apparente, on croit trouver le sommeil du Fils de Dieu fait homme , qui ressuscitera dans trois jours. La tête est très-belle de douceur et d’expression ; les mains, heureusement placées , tombent naturellement contre le corps. Au fond sont debout, dans diverses positions: sainte Véronique, saint Jean, Marie, sœur de Marthe, la Vierge et sainte Madelaine.

Je disais que l’ensevelissement du Christ a été sculpté avec plus ou moins de grandeur et de développement , dans beaucoup d’églises. St.- Quentin possédait deux ensevelissements : l’un , dans la collégiale ; l’autre, dans l’église St. -André. On rencontre encore intacts, dans quelques églises, ces pieux témoignages de la foi de nos pères, échappés aux dévastations de 1793. Les églises de Montdidier et de Doulens (Somme) ont leurs chapelles du Sépulcre, dans l’intérieur desquelles un enfoncement, ménagé dans la muraille et élevé de trois marches, présente un groupe de sept personnages entourant le Christ qu’on ensevelit.

L’église de Chaumont ( Haute-Marne ) possède intacte sa chapelle du Sépulcre avec son ensevelissement. On descend dans ce lieu retiré, situé à l’entrée de l’église , sous le portail , et l’on trouve, au milieu de dix personnages à genoux , le Christ déjà placé dans le tombeau ; la dalle , avec ses anneaux de fer , est disposée pour recouvrir le sépulcre.

Le sépulcie de St.-Mihiel, qui offre une représentation semblable, a été décrit bien des fois ; il est regardé comme un chef-d’œuvre. La scène de l’ensevelissement se voit aussi à Solesme, à Amboise, à Neufchâtelen Bray, à Bourges. Si je cite en passant quelques-unes de ces œuvres, c’est parce qu’elles ont fixé déjà l’attention des sculpteurs et des antiquaires ; mais je ne doute pas qu’on ne puisse encore en trouver en France une centaine de bien conservées , et qu’on ne puisse constater la destruction d’un nombre plus considérable de sépulcres semblables.

Distribution géographique. — S’il m’est difficile d’indiquer la géographie des monuments de la Renaissance , au moins puis-je afïirmer , dès ce moment, que ce style n’a pas partout présenté les mômes caractères.

STYLE DE LA RENAISSANCE

DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE d’ ARCHÉOLOGIE,

Je crois pouvoir dire aussi que la Belgique, l’Alsace et la Lorraine, ont mis peu d’empressement à l’adopter pour leurs constructions. Autant que j’ai pu le remarquer , durant mes courtes excursions dans ces pays, les exemples du style de la Renaissance y sont rares encore au XVIe. siècle ; on y est avec raison resté fidèle à l’architecture ogivale qui avait acquis, au XVe. siècle , un si haut degré de perfection dans ces régions septentrionales, pendant que chez nous on revenait au classique, par l'intermédiaire de ce style mixte dont le palais de Georges d’Amboise, à Gaillon , et quelques autres monuments fournissent de beaux types.

L’Angleterre n’a guère adopté le style de la Renaissance qu’au commencement du XVIIe. siècle.

Parmi les églises de la Renaissance on peut citer , en France , la façade occidentale de Villeneuve-le-Roi , l’église de Gisors , le portail de Ste.-Clotilde , aux Andelys, les absides de St. -Pierre et de St.- Sauveur de Caen , l’église d’ Argentan , diverses parties de l’église de Brou (Ain), etc., etc., etc.

AUTELS, FONTS BAPTISMAUX, CHAIRES , TOMBEAUX, TISSUS, PALÉOGRAPHIE MURALE

AU XVIe. SIÈCLE.

Autels.

Le style de la Renaissance changea, comme on doit le prévoir, le système d’ornementation des autels, et les formes anciennes furent modifiées : on vit paraître les rétables à colonnes et à frontons , qui se répandirent partout vers la fin du XVIe. siècle et formèrent de véritables monuments d’architecture moderne dans les églises ogivales. Cette révolution dans la forme des rétables et des autels fit boucher les fenêtres du chevet , et occasionna les travaux les plus déplorables et les plus disparates. Il n’y a guère d’églises de campagne dont les fenêtres orientales n’aient été condamnées.

Il existe encore, dans quelques églises de campagne, des rétables en

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bois du XVI°. siècle , dans le genre de celui que nous donnons ici ,

surmontés , comme les stalles, par un dais horizontal. On ne saurait trop respecter ces anciens autels , et nous en recommandons la conservation à MM. les Curés , malheureusement trop portés à faire disparaître ce qui est ancien pour le remplacer par des ouvrages modernes sans style et du plus mauvais goût.

Chaires.

Les chaires du XVI®. siècle sont très-rares, surtout en pierre. Celle

CHAIRE DE BALE, Er} SUSSE.

STYLE DE LA RENAISSANCE

de Bâle, en Suisse, qui est en grès vosgien comme celle de Strasbourg, est citée comme une des plus remarquables. Quoiqu’elle porte la date de 4 586, elle est ornée de ces enlacements prismatiques flamboyants que les architectes allemands ont détachés de la pierre avec tant d’habileté et qui caractérisent aussi la fin du XVe. siècle : preuve nouvelle de la persistance des formes ogivales prismatiques dans la région du Rhin.

Fonts baptismaux.

Les fonts baptismaux nouvellement établis se revêtirent de rinceaux et de broderies. Dans quelques-uns , la circonférence est partagée en quatre panneaux encadrant des sujets religieux exécutés en basrelief.

Tombeaux.

Les artistes de la Renaissance , trouvant dans les matériaux précieux (marbre, albâtre, etc. ) qu’ils pouvaient employer pour ces édifices de dimensions moyennes, une finesse très-favorable à la délicatesse de leurs sculptures, exécutèrent avec prédilection les monuments funéraires. Les tombeaux des cardinaux d’Ambroise, dans la cathédrale de Rouen; celui de François II, duc de Bretagne, et de ses deux femmes, que l’on voit dans le transept sud de la cathédrale de Nantes; celui qui existe dans le transept nord de la cathédrale de Dol (Ille-et-Vilaine) ; les tombeaux de François Ier., de Louis XII et d’Anne (1e Bretagne, à St. -Denis, montrent, avec beaucoup d’autres, ce qu’on pouvait faire en ce genre de plus magnifique.

Sur les pierres tombales, les formes des dessins gravés au trait subirent les mêmes changements que l’architecture dont ils offraient l’esquisse. Le plein-cintre fut, dans le cours du XVIe. siècle , substitué à l’ogive pour l’arcade qui encadre l’efligie du mort ; cet encadrement devint très-simple, comparé à ce qu’il avait été auparavant ; le principe et l’ornementation des deux architectures étaient si différents, qu’il n’en pouvait être autrement.

La pierre tombale suivante, tirée d’une chapelle des environs de Laval, est, comme on le voit, dans le style de la Renaissance ; elle appartient au tombeau d’Artuse de Melun, femme d’Olivier de La Chapelle, qui mourut vers 4 520.

La défunte est figurée dans une niche dont la voûte est ornée d’une coquille dont les plis 11abelliformes encadrent avec grâce la tête d’Arthuse.

Des pleureurs , au nombre de trois de chaque côté , tapissent les pilastres qui portent le cintre, et sur l’archivolte on lit, en caractères gothiques :

IN SOLA MISE- RICORDIA DEI MET QUERO SALVARI.

Dans les pays où les matériaux sont difficiles à tailler , comme dans les régions granitiques, dans celles où dominent les grès et certaines roches très -dures, les

pierres tombales n’ont pu recevoir que peu de moulures. On s’est

PIERRE TOMBALE d’aRTUSE DE MELUN, FEMME D’OLIVIER DE LA CHAPELLE.

STYLE DE LA RENAISSANCE

borné, comme on l’avait fait auparavant, à y figurer, tantôt en creux , mais souvent en relief, une croix avec quelques attributs

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rappelant la profession du défunt (1) : ainsi , pour les ecclésiastiques on trouve habituellement un calice près de la croix ; pour un écuyer, un écusson et une épée. Ce système, le plus simple de tous, s’est perpétué durant le XY1I°. siècle.

J’ai trouvé des tombeaux de cette espèce dans beau-

(1) Dans le XVe. siècle et les époques antérieures , ce système (le pierres tombales avait été en usage dans les pays de grès , de granité et de pierres d’un grain grossier; alors l’encadrement était quelquefois un peu plus élégant et dans le style ogival, comme cette pierre en granité dessinée par M. Bouet à Loctudi, département du Finistère.

Elle est ornée d’une arcade subtrilobée , avec fronton à crochets et panache , accompagné de deux clochetons. Au milieu de cet encadrement s’élève une croix flanquée de deux écussons , ce qui porte à croire que la tombe renferme deux personnes, peut-être le mari et la femme.

coup de contrées de la France; MM, de Barthélémy et Guimard en ont signalé un grand nombre dans une église située prés de St.-Brieux.

Peinture sur mur et sur verre. — La peinture murale dont voici l’esquisse, et qui se voyait sur le mur d’une chapelle, représentait le lai bien connu des trois morts et des trois vifs ; on voit, d’après le costume des personnages , qu’elle datait du XVIe.

siècle.

Trois hommes à cheval s’avancent vers une croix près de laquelle se dressent trois squelettes. Or, le poème rapporte que trois jeunes seigneurs cheminaient gaiement pensant aux plaisirs et à la chasse, quand ils rencontrèrent trois squelettes qui leur adressèrent de sérieuses réflexions sur la vanité des choses humaines. Ce sujet, que nous trouvons au XVIe.

siècle, avait déjà été usité dès le XIIIe.

Voici le dessin d’une peinture murale nouvellement restaurée, qui existe sur la clôture du chœur d’Amiens , si remarquable par ses bas-reliefs ; elle date

PEINTURE Ml RALE DU XV Ie. SIÈCLE,

STYLE DE LA RENAISSANCE. 67o

de la première moitié du XVIe. siècle et figure une tenture du temps.

PEINTURE MURALE DU XVIl>. SIÈCLE, A AMIENS.

Ce qu’il importe de faire remarquer, c’est que les rinceaux et les arabesques formaient, an XVIe. siècle, l’encadrement habituel des figures peintes, comme ils le faisaient pour les sculptures.

II en était de même pour les vitraux quand on avait adopté pour eux le style de la Renaissance (1).

Voici, pour preuve, le couronnement d’un des vitraux de Notre-Dame

de Châlons-sur-Marne : les arabesques y remplacent les clochetons et les dais pyramidaux, qui, dans les vitraux plus anciens , surmontaient les personnages.

(1) Pour les vitraux, comme pour les peintures, on continua quelquefois à se servir d’anciens patrons.

FRAGMENT D’üN VITRAIL DU XVIe. SIÈCLE,

STYLE DE LA RENAISSANCE

La correction du dessin fit des progrès constants dans le cours du XVIe. siècle, pour l’exécution des figures, et celles qu’on vit sur les vitraux furent souvent une reproduction des dessins de Raphaël, de J. Cousin, des Primatice et des artistes de leur école. Le paysage , l’architecture et tous les autres détails furent traités d’après de nouveaux principes; les pièces de verre furent plus grandes qu’ auparavant.

En revanche, ces progrès du dessin continuèrent d’être acquis aux dépens de l’etfet et de la couleur.

L’emploi de la grisaille devint général , et au lieu de le borner, comme auparavant, aux accessoires des figures, on vit ces teintes monochromes appliquées à des vitres entières,

Au milieu des grisailles on trouve quelquefois de petits tableaux d’une extrême finesse , dans lesquels les artistes épuisaient toutes leurs ressources pour l’exécution des détails.

Ces tableaux se peignaient avec des émaux habilement étendus à la surface du verre.

Boiseries. — L’époque de la Renaissance a produit des boiseries d’un fini très-remarquable; les moulures du style ogival commencent par y être souvent combinées avec les arabesques , puis elles finissent par disparaître et sont, vers l’époque de Henri II et dès le temps de François Ier., remplacées par les combinaisons que voici. La planche suivante reproduit une vue générale des stalles de l’abbaye de Lonlay (Orne), qui doivent dater de cette époque. Les boiseries de la Renaissance sont encore très-nombreuses en France.

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