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CHAPITRE YIII

STYLE DE LA RENAISSANCE

XVIe. SIÈCLE.

Qu’ appelle-t-on Renaissance ?

On appelle ainsi le retour aux formes antiques , comme si l’art eût sommeillé pendant l’ère ogivale et l’ère romane !!

Le style ogival, qui avait parcouru ses diverses périodes de perfectionnement et de dégénération , touchait à son terme , durant la seconde moitié du XVe. siècle. On allait, au XVIe., abandonner l’arcade en tiers-point pour reprendre le plein-cintre , abandonné lui-même pour l’ogive depuis le XIIe. siècle ; une immense révolution allait s’opérer dans l’architecture.

La découverte des manuscrits de Vitruve , les travaux d’Alberti , de Brunellesclii , et de plusieurs autres architectes italiens ; le goût qui s’était manifesté si ouvertement pour l’antiquité classique , à la fin du XVe. siècle et au commencement du XVIe. ; enfin, cet esprit d’innovation et de réforme qui fermentait dans la société aussi bien parmi les artistes que parmi les théologiens : tout avait préparé les esprits pour ce grand changement qui, dans nos contrées, commença sous les règnes de Louis XII et de François 1er.

Le style de la Renaissance a son caractère propre : les architectes du XVIe. siècle n’imitèrent pas servilement l’architecture antique dans ses formes et ses dispositions. Les ordres superposés , les revêtements de marbre, furent, avec ceux que nous allons indiquer, les principaux caractères de la Renaissance lorsque cette architecture fut introduite en France.

Les nouveaux architectes, dit M. Hope (1), semblaient vouloir faire de chacune de leurs créations, un portefeuille d’échantillons de tous les ordres de l’antiquité. L’exiguité des subdivisions, l’attention à les faire peu ressortir , pouvaient être assez bien calculées pour donner

(1 ) Dans son Histoire de L’architecture.

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une apparence de grandeur à des édifices réellement petits et destinés à être vus de près ; mais , en même temps , le relief mal accusé des différents membres , l’absence totale de cette hardiesse de dessin , de ces saillies vigoureuses , de ces oppositions d’ombre et de lumière nécessaires pour produire de l’effet à distance , donnaient aux constructions vraiment grandes quelque chose de plat et d’insipide; et comme on suppléait souvent aux contrastes vigoureux des ombres et de la lumière, par la juxta-position des matériaux de couleurs singulièrement variées, le tout se rapprochait souvent plutôt de la peinture que de l’architecture.

Malgré les défauts qui viennent d’être signalés avec un peu de sévérité, les monuments de la Renaissance se font généralement remarquer par la grâce de leurs proportions ; ils plaisent par la richesse et la délicatesse de leurs ornements.

Mais l’architecture dite de la Renaissance n’a pas été généralement employée dans les constructions religieuses du XVIe. siècle. L’ogive avait reçu pour ces édifices une sorte de consécration ; long-temps après l’adoption du style classique pour les constructions civiles , nous la voyons préférée pour les édifices religieux : le XVIIe. siècle lui-même nous fournirait de nombreux exemples de l’emploi de l’ogive ; il est vrai qu’alors le style ogival est dépouillé le plus souvent de ses ornements, et d’une grande pauvreté : ce n’est plus que le squelette de l’ancien style, mais l’ogive est toujours employée pour les fenêtres et les arcades.

Comme exemple des façades du XVIe. siècle en style ogival, d’ailleurs très-nombreuses encore dans toute la France , voici celle de l’église d’Appeville (Annebault), département de l’Eure, décrite par Mme. Philippe-Lemaître, membre de la Société française pour la conservation des monuments, et qui a été commencée en 1518, mais terminée, à ce qu’on croit , près de 30 ans après.

La porte est séparée en deux baies garnies d’une guirlande de feuillages et de têtes de chérubins ; au-dessus existe un tympan sans ornements, que surmonte une riche arcade en forme d’accolade, à plusieurs voussures décorées de feuillages ; du sommet de l’accolade s’élève un piédestal qui était destiné à recevoir une statue. Une fenêtre llamboyante, à quatre baies, surmonte cette porte : le tout est accompagné de deux élégants contreforts ornés de rinceaux , de dais et de pinacles hérissés de crochets absolument comme au XVe. siècle.

STYLE DE LA RENAISSANCE

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portail de l’église d’appeville, lrc. moitié di xvic. s. (de 1518 a 1550).

A tout prendre, les productions de la Renaissance ont été plutôt civiles que religieuses ; c’est-à-dire qu’on a construit dans ce style moins d’églises que de palais , de châteaux et de maisons.

Nous nous bornerons donc à une simple indication des principaux caractères de l’architecture dite de la Renaissance.

Plan des églises. — L’irrégularité du plan se manifesta de plus en plus dans les églises du XVIe. siècle , et tout montre qu’on se dégageait des traditions anciennes.

Un fait que j’aurais dû signaler plus tôt et dont j’ai parlé dans plusieurs réunions de la Société française d’archéologie pour la conservation des monuments, c’est le plan particulier aux églises qui ont appartenu à des ordres mendiants ( Cordeliers, capucins , carmes, jacobins ou dominicains). Leurs églises n’ont eu qu’un bas-côté accolé à la nef principale, ou bien l’église a été divisée en deux nefs à peu près égales. J’ai visité plus de cinquante églises ayant appartenu à ces ordres et qui affectent ce plan au XVIe. siècle ; mais on le rencontre dans le XIVe. siècle et dès la fin du XIIIe.

La belle église des Jacobins de Toulouse, que nous avons figurée p. 520, est divisée en deux nefs égales par un rang de colonnes centrales aussi bien que celle des Jacobins d’Agen.

Les ordres prêcheurs et les ordres mendiants qui sont, comme on le sait, venus bien après les Bénédictins , tenaient bien moins qu’eux aux traditions; et comme la prédication était le principal objet de leur œuvre, on croit que la modification introduite dans leurs églises, et dont nous voyons encore tant d’exemples dans celles qui nous restent du XVIe. siècle et des siècles précédents , eut pour but de faciliter l’audition de leurs sermons aux fidèles auxquels une des nefs était réservée , et qui se trouvaient ainsi en regard des moines qui occupaient l’autre. Je suis très-porté à admettre cette explication, car j’ai vu dans quelquesunes de ces églises , notamment dans celle des Cordeliers de Caen ( aujourd’hui celle des Dames Bénédictines ) et qui paraît du XIVe. siècle, que le bas-côté accolé à la nef principale, dans laquelle était probablement la chaire, était surélevé et formait une sorte de galerie à laquelle la voix du prédicateur devait facilement parvenir.

Au XVIe. siècle, j’ai vu beaucoup d’églises de carmes, de capucins , etc. , voûtées en bois, peut-être en signe d’humilité ; mais on eut soin de peindre ces lambris et de les couvrir de personnages de grande proportion. C’est un système de décoration qu’il est bon de signaler.

Quels furent les ornements de l'architecture de la Renaissance?

Les panneaux et les frises , les pilastres et les autres membres ar-

STYLE DE LA RENAISSANCE

clii tectoniques , furent couverts d’une très-grande quantité d’imitations du règne animal et du règne végétal. Des amours, des figures diverses , souvent imaginaires , s’enlaçaient dans les dessins capricieux , mais toujours conduits avec grâce , qui ont été appelés arabesques , dénomination singulière, puisque les Arabes ont proscrit la nature animée de leurs ouvrages d’imitation.

L’église de Semur nous offre de magnifiques arabesques que voici :

arabesques de l’église de semur ( Côte-d’Or ).

nous en trouvons de sculptées avec une égale finesse dans l’église St. -Pierre de Caen, si remarquable par ses beaux pendentifs, et dans*1 beaucoup d’autres monuments religieux ou civils du XVI". siècle.

Les arabesques, pour nous servir du mot impropre qui a prévalu , étaient une imitation des décorations peintes que l’on avait trouvées dans plusieurs monuments antiques où elles avaient pu se conserver, et que l’on montre encore aujourd’hui dans les galeries voûtées et obscures des bains de Titus , à Rome (1). Mais ces ornements peints avaient, chez les Romains, comme à l’époque de la Renaissance, été traduits eu relief sur la pierre. L’arc de triomphe galloromain de Besançon nous en offre un exemple. C’étaient les ornements que décrit Vilruve, comme déjà en usage de son temps et menaçant de remplacer les décorations plus simples.

Après les arabesques exécutées en relief avec une finesse d’exécution vraiment remarquable, au XVIe. siècle, sur les pierres tendres aussi bien que sur le marbre , on peut citer , comme ornements habituels, les Médaillons, les Cartouches , les Rinceaux , etc , etc. ,

(1) De cette circonstance, les arabesques reçurent d’abord le nom de grotesques , c’est-à-dire décoration de grottes ou de lieux souterrains ; j’ai vu, il y a 20 ans, les arabesques des bains de Titus , mais elles auront bientôt disparu sous le suif et la fumée, si l’on permet, comme on le faisait aux gardiens, de promener sous ces voûtes des chandelles emmanchées au bout de longues perches, pour les faire distinguer dans l’obscurité des galeries.

STYLE DE LA RENAISSANCE

et plusieurs combinaisons assez gracieuses.

Les fenêtres sont souvent il plein-cintre, et sans compartiment en pierre. Les portes et les arcades sont également cintrées.

La fenêtre que voici , tirée de l’église de St.-Pierre de Caen, montre le style de la Renaissance le mieux caractérisé, non-seulement dans sa forme , mais dans ses accessoires ( contreforts-pilastres, clochetons-candélabres, etc., etc.), dans les figures, les médaillons dont elle est surmontée, et dans l’entablement à balustrade qui couronne le tout. Celte balustrade, avec ses entrelacs gracieux et ses personnages nus, reproduit un des types de ce genre les plus gracieux du XVIe. siècle.

Les fenêtres cintrées de cette forme n’atteignirent jamais que des proportions moyennes et uniformes, très-différentes en cela des énormes fenêtres de toute proportion qui , au XVe. siècle , avaient dominé dans la plupart des grands édifices, et dont il fallait absolument ternir la lumière au moyen des vitraux peints.

Les arcades , cintrées comme les fenêtres , et à peu près ornées de même , offrirent , sur leurs supports , à l’intérieur des nefs particulièrement, des encorbellements de forme très-élégante, destinés à recevoir des statues et couronnés de dais circulaires terminés en pyramides : il n’y a guère d’églises de la Renaissance un peu importantes qui n’en présentent des exemples.

Les portes principales, qui ont le privilège d’attirer les regards plus que toute autre partie des édifices , ont été aussi plus ornées que les fenêtres et les arcades, dans plusieurs de nos églises de la Renais-

sance.

La porte suivante , tirée d’un édifice civil, offre la même disposition que plusieurs portes d’église que j’ai dessinées.

Les contreforts se dissimulent et se transforment en pilastres ou en chambranles.

Les moulures qui couronnent l’extrados du cintre s’élèvent encore en accolade et forment panache, réminiscence d’une disposition habituelle au XVe.

siècle : deux médaillons accompagnent ce panache.

Enfin quelques rinceaux courent çà et là sur les parties lisses pour que toutes les surfaces soient ornementées ou couvertes de ciselures.

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Dans l'entablement on distingue l’archivolte, la frise et la corniche, et les proportions antiques sont souvent observées.

Les voûtes conservent souvent la forme ogivale , mais elles tendent à se surbaisser et parfois elles sont à plein-cintre ; elles sont le plus ordinairement couvertes de culs-de-lampe et de pendentifs, ornés d’un grand nombre de ciselures , comme dans le spécimen suivant. Ce n’est pas sans quelque surprise qu’on voit suspendus ces culs-de-lampe imitant les stalactites dont les eaux tapissent certaines grottes , et qu’on se promène sous ces vofites d’où pendent des pierres pesant plusieurs mille livres. Ainsi, au lieu de s’élever suivant le génie primitif, les arcs des voûtes tendaient à se rapprocher du sol.

Beaucoup d’églises rurales et même quelques grandes églises n’ont encore, au XVIe siècle, que des voûtes en bois , et comme ces lambris sont assez importants, il est bon d’en dire un mot (1) : ils se composent,

(1) Les lambris antérieurs au XVe. siècle ont presque disparu et sont tombés en pourriture ; voilà pourquoi nous n’en avons pas parlé dans les chapitres consacrés au XIIIe. et au XIVe. siècles.

comme dans les édifices civils de la même époque , des poutres placées sur le sens de l’épaisseur des murs et qu’on nomme sablières , des arbalétriers qui dessinent l’ogive ou le cintre , si l’église est cintrée.

VOUTE A PENDENTIFS EN PIERRE DU XVIe. SIECLE.

STYLE DE LA P.ENA tSSANCE.

Ceux-ci sont maintenus par des poutres transversales appelées tirants, La poutre faîtière est portée, de distance en distance, par des poteaux

ou poinçons s’élevant verticalement des tirants jusqu’au sommet de la voûte.

Les planches qui cachent les chevrons et forment le contour apparent de la voûte ont été quelquefois couvertes de peintures, et les lignes de jonction ont été dissimulées par des tringles sculptées. M. Bordeaux , qui a fait une collection des ornements peints sur les lambris de nos églises , a reconnu qu’ils ont été faits à l’aide d’un emporte-pièce. Voici

un exemple des dessins obtenus par ce procédé sur le merrain non peint des voûtes. La planche suivante montre une voûte en bois du XVIe. siècle, avec le poinçon et le tirant d’une autre voûte.

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