‹ Abécédaire, ou, Rudiment d'archéologie (architecture religieuse)Chapitre 23 sur 182 · SARCOPHAGE, A BORDEAUX · texte numérisé non relu

SARCOPHAGE, A BORDEAUX

Ce sarcophage offre un évasement sensible depuis sa base jusqu’à son ouverture ; plusieurs autres cercueils chrétiens affectent la même forme.

Le devant de ce beau cercueil est divisé par des pilastres en trois parties principales : le panneau central est occupé d’abord par le monogramme du Christ, encadré dans une espèce de couronne ou de guirlande, puis par des guirlandes de pampres chargés de fruits, sortant de deux vases et remplissant tout l’espace compris entre le monogramme et les pilastres ; les deux autres compartiments sont ornés chacun de deux rangs de cannelures disposés en zigzag et séparés l’un de l’autre par une bordure.

Le couvercle , en retrait sur le cercueil , prismatique et à bouts rabattus , est aussi divisé en trois compartiments. Au centre , on y a répété le monogramme du Christ avec les lettres A et £1 ; des rameaux à feuilles en forme de cœur remplissent les deux autres compartiments ; l’autre côté du toit , qui ne devait pas être en vue, n’offre que des feuilles imbriquées.

Beaucoup de cercueils qui , comme le précédent , ne sont point décorés de personnages, sont couverts de cannelures en spirale qu’on appelle des strigiles , parce qu’elles ressemblent, par leur forme , à l’in-

strument dont les Romains se servaient pour ôter la sueur qui couvrait leur corps , et pour se nettoyer la peau dans le bain.

L’étude des sarcophages n’est-elle pas importante pour l' histoire de l’art ?

Très-importante. Nous y voyons d’ailleurs les premiers pas du génie chrétien dans la sculpture, et quoique cette école ne fut pas encore dégagée des traditions païennes , elle nous offre cependant des types hiératiques bien arrêtés et une symbolique déjà compliquée. L’étude des sarcophages est donc d’une grande importance et d’un immense intérêt.

Vous parlez souvent du monogramme du Christ , expliquez-nous cette figure.

Ce monogramme est celui que Constantin avait fait tracer sur le Labarum: il se décompose en P (ro) et X [chi),e t se traduit par le mot grec Xpc-Toç, le Christ. Les lettres A et £l , qui accompagnent ordinairement le monogramme, sont placées pour indiquer que J.-C. est le commencement et la fin , suivant les paroles rapportées dans Y Apocalypse de saint Jean : Ego sum alpha et oméga, principium et finis. Tertullien a donné l’explication de ces deux lettres mystiques.

Qu’appelle-t-on tombeaux arqués ?

Les Catacombes de Rome renferment beaucoup de tombeaux sous des

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arcs semi-circulaires ; on en fit de pareils dans les murs des cryptes et des églises : ce furent les plus ordinaires , je crois, dans la plupart des villes de France durant les premiers siècles du moyen-âge.

ÈRE ROMANE PRIMITIVE (TOMBEAUX)

Les tombeaux arqués ont-ils été décorés de sculptures ?

Le plus souvent ils étaient très-simples et sans sculptures , sauf de rares exceptions.

Le couvercle du tombeau de Frédégonde, conservé dans les cryptes de St.- Denis, où il a été transporté, prouve que l’on a quelquefois représenté l’image du défunt en mosaïque.

Cette mosaïque se compose d’une infinité de fragments d’émaux de différentes nuances, disséminés dans un mastic préparé et coulé sur une pierre de liais. Les draperies, le contour des ornements, en un mot, tout ce qui est trait dans cette figure est formé avec des filets de cuivre incrustés ; les places de la tête , des pieds et des mains sont unies, et la pierre du couvercle est restée à nu dans ces parties ; mais il est évident que les pieds, les mains et la tête avaient été modelés en métal. L’usage de représenter le défunt en mosaïque s’est prolongé jusqu’au XIIe. siècle.

Pourquoi reste-t-il si peu de tombeaux mérovingiens ?

Parce que les églises qui en renfermaient ont été reconstruites plusieurs fois.

Les tombeaux apparents ont aussi presque tous disparu par suite de la nécessité où l’on se trouva-, dès le VIIe. siècle , de les cacher audessous du pavé des églises, où ils étaient devenus extrêmement nombreux ; c’est ce que nous apprend un des capitulaires de Théodulphe, évêque d’Orléans , dans lequel nous lisons :

« C’est une ancienne coutume en ce pays d’enterrer les morts dans « les églises, de sorte qu’elles deviennent des cimetières. Nous défendons « d’y enterrer personne à l’avenir, si ce n’est un prêtre ou un autre « homme distingué par sa vertu. On n’ôtera pas, toutefois, les corps « qui sont dans les églises, mais on enfoncera les tomber* x et on les « couvrira de pavés , de sorte qu’ils ne paraissent point. »

5Zl DE GAUMONT. ABÉCÉDAIRE D’ARCHÉOLOGIE.

L’usage d’enterrer dans les nefs dut rendre le pavage très-irrégulier ; on inscrivit parfois les noms des défunts sur les pavés , la dimension de ceux-ci n’était pas très-considérable d’abord. Enfin, vers la fin du VIIIe. siècle, les couvercles des tombeaux en pierre sortaient souvent du pavé, et quand le nombre s’en fut multiplié, il fallut les enfoncer et les cacher.

Il y a eu dans les cimetières, près de certaines tombes, des espèces de stèles , ou pierres aplaties plantées en terre , portant simplement le

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