C'IAPE DITE DE CHARLEMAGNE, A METZ
Il est essentiel d’observer que la date de la plupart des anciens tissus est très-problématique. M. de Longpérier a découvert, sur quelques-uns de ceux que l’on croyait des premiers siècles de l’Église, des preuves manifestes d’une origine bien moins ancienne, des XIe. et XIIe. siècles. Ce n’est donc que sous toute réserve qu’il faut examiner les tissus réputés comme les plus anciens ; mais, s’ils ne remontent pas à l’époque qu’on leur a assignée , on peut être certain qu’ils reproduisent des figures qui existaient sur les tissus précédents : l’art est resté stationnaire et les mêmes dessins ont été copiés avec une scrupuleuse exactitude pendant des siècles.
Il résulte de cette persistance des types et abstraction faite de l’origine absolue de certains tissus, qu’on doit tenir compte de l’élément décoratif fourni par les étoffes aux sculpteurs chrétiens ; on n’a pas encore fait assez d’études sur ce sujet, et nous le signalons comme très-digne d’occuper les antiquaires.
Il est certain d’ailleurs que le goût des étoffes à figures d’animaux remonte très-loin ; M. l’abbé A. Martin cite , dans ses Mélanges d’archéologie, un passage d’Astérius, évêque d’Amaséeà la fin du IVe. siècle, dans lequel cet évêque s’élève contre le luxe de son temps, qui avait trouvé le secret d’imiter dans les tissus, en combinant l’union de la chaîne et de la trame, toutes les formes d’animaux.
« On est avide, dit Astérius, d’avoir pour soi, pour sa femme, pour « ses enfants, des vêtements ornés de fleurs et de figures sans nombre..... « de sorte que, quand les riches viennent à se produire en public avec « ces peintures, les petits enfants se rassemblent, les montrent au doigt « en riant et leur laissent à peine un moment de répit. On voit lù des « lions, des panthères, des ours, des taureaux, des chiens, des forêts, « des rochers, des chasseurs, et tout ce que les peintres savent copier « dans la nature.
« Ce n’était donc pas assez d’orner ainsi les murailles, il fallait ani- « mer les tuniques mêmes , ainsi que les manteaux qui les couvrent. « Ceux qui ont plus de religion, parmi les riches, suggèrent aux artistes « des sujets tirés de l’histoire évangélique et font représenter J.-C. au « milieu de ses disciples, ou bien ses divers miracles : les Noces de « Cana avec les amphores, le Paralytique portant son lit sur ses « épaules, l’Aveugle guéri par un peu de boue, l’Hémorroïsse touchant la « frange des vêtements du Sauveur, Lazare sortant du sépulcre ; et ils « se figurent en cela faire une œuvre pie et se couvrii d’habits agréables .« à Dieu ! «