PEINTURE MURALE
Quel parti a-t-on tiré de la peinture pour la décoration des églises romanes ?
On en a couvert les murs et les voûtes , et reproduit en couleurs tous les sujets que le ciseau du sculpteur gravait sur la pierre. Malheureusement le badigeon et le goût déplorable pour le regrattage ont fait disparaître la plupart des peintures anciennes qui pouvaient montrer l’effet de ces décorations polychromes. Il nous en reste pourtant quelques débris, à l’aide desquels on peut encore s’en faire une idée assez juste. Ainsi beaucoup de colonnes ont été peintes en rouge, quelques chapiteaux en vert; les voûtes l’ont été en bleu-ciel : il est facile de reconnaître que souvent les figures des bas-reliefs se détachaient sur des fonds de couleur différente , et que leurs vêtements ont été peints et dorés.
Les murs et les voûtes ont, dans quelques églises , été couverts de peintures représentant des scènes de l’Ecriture : l’église de St.-Savin, en Poitou , nous fournit l’exemple le plus remarquable que l’on puisse citer. Les peintures , d’un immense intérêt , qui couvrent les voûtes de cet édifice représentent , dans une suite de tableaux dont les personnages sont de grande proportion , des sujets de l’Histoire-Sainte et de l’Apocalypse. Les peintures de la crypte offrent l’histoire de saint Savin et de saint Cyprien , martyrisés , selon la tradition , tout près du bourg actuel. La description de ces curieuses figures nécessiterait un long mémoire : il me suffit de les signaler.
Les teintes ocreuses ou rougeâtres dominent dans ces grands tableaux et dans ceux, beaucoup plus petits, que l’on rencontre ailleurs, auxXIe. et XIIe. siècles.
Voici le spécimen d’une des peintures de St.-Savin, mais au trait, et ne pouvant, par conséquent , donner une idée de l’effet et delà couleur.
C’est le combat de l’archange Michel contre le dragon , que nous avons déjà vu représenté en bas-relief sur un tympan de l’église de St.- Micliel d’Entraigues ( p. 117 ).
L’Archange y est accompagné de ses anges , selon le texte de Y Apocalypse (1) , tandis qu’il est seul sur le tympan de St.-Michel d’Entraigues.
(Il Et faclum est prælium magnum in cœlo : Michael et angeli ejus præliabanlur rum dracone , et draco pugnabal et angeli ejus. Apoc. XII ,7,8.