‹ Abécédaire, ou, Rudiment d'archéologie (architecture religieuse)Chapitre 71 sur 182 · UN DES VINGT-QUATRE VIEILLARDS DE L’APOC ALYPSE , A CHARTRES · texte numérisé non relu

UN DES VINGT-QUATRE VIEILLARDS DE L’APOC ALYPSE , A CHARTRES

ment de musique dans une main, et tenant l’autre élevée avec une fiole ou une coupe (cathédrale de Chartres, St.-Denis, Notre-Dame de La Coudre, à Parlhenay ; Notre-Dame de Saintes, etc. , etc.).

Jésus-Christ, ainsi entouré de cette cour céleste, préside ordinairement au Jugement dernier.

Dans les siècles précédents, on l’avait peint plein de douceur, souvent imberbe, sous la figure du bon Pasteur.

Au XIe. siècle, il juge et punit les pécheurs.

Quos scelus exercet me juDiCE poena coercet (1), lui fait dire l’artiste : autour de lui se développe l’appareil de la grande scène du Jugement dernier (2).

A Autun, par exemple, aux pieds du Christ, sont des tombeaux d’où sortent une multitude de petits corps humains. Les uns ressuscitent avec des attributs ou des attitudes qui indiquent la piété et le dévouement au service de Dieu; d’autres, au contraire, tiennent leur tête dans leurs mains, en signe de douleur. Quelques vices sont indiqués par des figures symboliques. Au milieu du bandeau, un ange, tenant un glaive, repousse les coupables qui veulent passer à la droite.

Plus haut, on aperçoit une balance soutenue par une main qu’entourent des nuages. L’archange saint Michel et le prince des démons mettent dans les bassins, l’un un petit homme bien fait, emblème de la vertu, l’autre un monstre, emblème du mal. Tandis que l’accusé, dont le sort est débattu dans ce moment solennel , tâche de se rapprocher de l’Archange, Satan fait tous ses efforts pour que la balance penche de son côté, et un de ses suppôts apporte un lézard, autre emblème du mal, afin d’en charger encore le bassin où sont appréciés les péchés ; mais l’Archange est vainqueur, sa main puissante imprime au

(1) Inscription placée autour du Christ du portail de la cathédrale, à Autun.

(2) On explique la représentation assez habituelle du Jugement dernier, à partir duXp. siècle, par l’affaiblissement des croyances ; l’opinion généralement répandue au Xe. siècle, dans la chrétienté, que l’an 1000 devait être fixé pour la fin du monde n’ayant été justifiée par aucun événement, on répandit des doutes sur la résurrection des morts. Les prédicateurs, pour raffermir la foi ébranlée, prirent assez souvent pour sujet de leurs sermons le Jugement dernier, et les architectes des XIIe. et XIIIe. siècles en placèrent le tableau dans la partie la plus apparente des églises qu’ils construisirl|it. Il fallait des images plus frappantes que celles dont on avait orné les églises durant l’ère primitive du style roman ; on peignit l’enfer , dont la représentation hideuse et saisissante n’avait point été essayée tant que la foi n’avait point eu besoin d’être ravivée.

fléau de la balance un mouvement qui assure l’avantage à la somme des bonnes œuvres.

Près de là est une chaudière, dans laquelle un démon entasse les

malheureux réprouvés. Un autre démon, qui a le corps dans le fourneau qui sert à chauffer la chaudière, en sort à moitié pour enchaîner d’autres damn's et les entraîner dans le feu éternel. L’impression que

produit cette image est adoucie par l’idée gracieuse de deux ressuscités* qui vont chercher un asile dans les plis ondoyants de la robe de l’Archange.

Dans l’autre partie du bas-relief, une longue suite de saints personnages élèvent les yeux vers le trône de Jésus-Christ, et semblent prier pour leurs frères. La Jérusalem céleste est représentée, suivant les images poétiques de l’Apocalypse, par un vaste et somptueux édifice. Quelques ressuscités y sont déjà parvenus ; d’autres s’efforcent d’y entrer : les Anges viennent à leur aide (1).

Sur d’autres bas-reliefs, la Jérusalem céleste est représentée par une ville murée , dont les remparts sont surmontés de tours à toits arrondis, tantôt coniques, tantôt en forme de coupole. Les portes de la ville sont bardées de ferrures qui se ramifient et forment des enroulements comme les ferrures du temps. De somptueux édifices paraissent iau-dessus des murailles. En un mot, la Jérusalem céleste est représentée comme une ville fortifiée du XIIe. siècle.

La représentation des peines de l’enfer ne se voit pas seulement dans les façades d’églises, on la retrouve encore sur des chapiteaux, sur des frises, etc.

Le démon est habituellement représenté, aux XIe. et XIIe. siècles,

sous la forme d’un homme à figure horrible, la tête armée de cornes,

le corps velu, souvent armé d’un croc dont il se sert pour précipiter les réprouvés dans l’enfer , représenté par une énorme tête à gueule enflammée. Quelquefois il a une tête d’oiseau , une figure grimaçante sur le ventre, et une queue de vipère.

Le Christ n’est pas toujours représenté dans le tympan des portes; on le trouve quelquefois à la partie supérieure des façades. C’est ainsi qu’on le voit à Notre-Dame-la-Grande, à Poitiers, dans la façade de l’église de Ruffec, dans celle de la cathédrale d’Angoulême. Sur ces églises , il est représenté debout , au milieu des animaux symboliques, à Poitiers et à Angoulême ; entre deux anges , à Ruffec.

En Italie, c’est aussi le plus ordinairement au sommet des façades qu’on voit la figure du Christ, soit avec des anges en adoration, soit avec les symboles des quatre évangélistes.

(l)Voir la Description du -portail de l’église cathédrale d’Autun, par Mgr. Devoucoux, membre de l’Institut des provinces, et la belle planche figurant ce tympan dans le grand ouvrage de M. Du Sommerard , intitulé : Les Arts au moyen-âge.

J’ai dit que le Sauveur est ordinairement entouré des animaux symboliques, d’anges ou d’autres personnages ; il peut aussi se trouver isolé dans les portes dont le diamètre, peu considérable, n’a pas permis au sculpteur de figurer les accessoires ordinaires.

Qu’ appelez-vous nimbe ?

C’est un cercle ou disque qui, sur les monuments antiques, environnait la tête des divinités.

Les artistes chrétiens adoptèrent le nimbe ; non-seulement les troig personnes de la Trinité, mais la Sainte Vierge, les Apôtres, les Saints, la Vertu personnifiée , reçurent cet ornement dans les monuments peints ou sculptés.

Le nimbe qui entoure la tête des saints est toujours rond ou en forme de bouclier: il est rond, dit Guillaume Durand, écrivain du XIIIe. siècle, conformément à ce passage de l’Écriture : Scuto bonœ voluntatis tuœ coronasti nos. Mais, quand on représentait un saint vivant, le nimbe avait la forme d’un bouclier carré, dont les quatre côtés étaient symboliques des quatre vertus cardinales (V. mon Cours d’antiq., t. IV, p. 207).

En France , le nimbe se voit rarement aux Prophètes , aux Patriarches et aux Rois de l’Ancien-Testament ; cependant on en a quelques exemples. Dans l’Église grecque, au contraire, on les nimbait comme les saints de l’Évangile et sans distinction les uns des autres.

Au reste, l’absence du nimbe ne doit pas toujours faire révoquer en doute la sainteté du personnage. A St.-Trophime d’Arles, la figure du Christ, qui occupe le centre du tympan du grand portail, n’est pas nimbée. Dans les bas-reliefs , le nimbe manque quelquefois là où il n’était pas facile de le placer , et dans les figures trop éloignées de la muraille pour qu’il pût y être fixé d’une manière solide.

Les trois personnes de la Trinité n’ ont-elles pas un signe distinctif dans leur nimbe ?

Les trois personnes de la Trinité se distinguent facilement de tous les autres personnages nimbés , parce qu’une croix grecque se dessine au milieu de leur nimbe. Ainsi le Père, le Fils et le Saint-Esprit ont

des nimbes crucifères ; et quand ils sont représentés par des figures symboliques , ces figures sont entourées du nimbe croisé.

Présentez quelques exemples à l’appui (le cette assertion.

L’agneau , symbole du Christ, immolé par les enfants d’Israël , porte constamment le nimbe croisé (1).

Dans les bas-reliefs du XIIe. siècle et dans les siècles suivants , l’agneau soutient toujours du pied une croix à laquelle flotte souvent un petit étendard , il se retourne quelquefois pour l’examiner.

Voici la colombe, image du Saint-Esprit, la tête également entourée du nimbe crucifère.

Dieu le Père est parfois représenté par une main , sortant des nuages ou du ciel , entourée du nimbe comme la suivante. Cette main présente toujours les trois premiers doigts ouverts et les autres fermés ; c’est là la. main bénissante.

Qu’est-ce que l’auréole ? L’auréole est cet encadrement elliptique que beaucoup d’antiquaires ont désigné sous le nom de vesica piscis, et qui encadre habituellement la figure du Christ (V. la page 118, et le Christ de Vézelay, p. 194).

Cependant les auréoles ne sont pas toujours de cette forme, il y en a de rondes et de quadrilobées.

L’auréole, que M. Didron appelle gloire, est réservée aux trois péril) L’agneau à sept yeux et à sept cornes de l’Apocalypse a été rarement figuré sur les monuments : le nombre 7 désigne les sept esprits ou sept dons envoyés par Dieu sur la terre.

Le nombre 7 est aussi celui des têtes et des cornes des bêtes infernales de l’Apocalypse.

La bête à 7 têtes de l’Apocalypse a chacune de ses têtes nimbées, excepté celle qui est blessée à mort et qui est dépourvue de nimbe habituellement.

sonnes divines et à la Sainte Vierge. Nous trouvons la Sainte Vierge

encadrée dans une auréole sur le tombeau de saint Junien, près Limoges-

LA SAINTE VIERGE ENCADRÉE DANS UNE AURÉOLE ELLIPTIQUE, SUR LE TOMBEAU DE SAINT JUNIEN,

L’auréole entoure parfois l’àme des saints , figurée par un petit corps humain, comme on la représente au XIe. et au XIIe. siècles. L’âme est ainsi, dit M. l’abbé Crosnier, déifiée en quelque sorte au moment où elle retourne dans le sein du Créateur ; mais jamais les saints, quelque vénérés qu’ils fussent , n’ont été entourés de l’auréole , soit dans les peintures, soit dans les sculptures.

Voici la représentation d’une âme dans une auréole : deux anges la reçoivent et l’emportent au ciel, malgré les efforts que font deux démons pour s’en emparer (1).

Il y aurait une foule d’autres observations à faire sur le nimbe et l’auréole au XIIe. siècle. On trouvera les détails les plus complets sur ce

(1) Ce chapiteau est tiré de l’église de Rucqueville, décrite dans le 1er. volume de ma Statistique monumentale du Calvados.

sujet dans Y Iconographie chrétienne de M. Didron et dans l’ouvrage élémentaire qu’a publié, sur le même sujet, M. l’abbé Crosnier.

On avait figuré très-rarement le Christ en croix, du VIe. siècle au Xe. ;

on le rencontre encore rarement dans les sculptures antérieures au XIIIe.

CHRIST DU XIIe. SIÈCLE, A L’ÉGLISE DE LILLERS (Nord).

20 li

Aux XIe. et XIIe. siècles, il porte une espèce de jupon ; la tête est couverte d’une couronne ou d’une espèce de toque ; les pieds sont attachés l’un à côté de l’autre, chacun avec un clou.

Dans les siècles antérieurs au XIe. siècle , on avait figuré le Christ en croix , vêtu d’une robe à manches.

Quels sont les sujets le plus ordinairement représentés au XIIe. siècle?

Parmi les sujets religieux fréquemment représentés en bas-relief dans le XIIe. siècle , on peut citer :

La Tentation d’Adam et cl’Ève; Le Massacre des Innocents ;

L’Annonciation ; La Fuite en Egypte ;

La Visitation ; La Présentation de Jésus au Temple;

La Naissance de Jésus-Christ ; La Cène;

L’Adoration des Mages ; Le Sacrifice d’ Abraham.

Pouvez-vous montrer des bas-reliefs du XIIe. siècle reproduisant quelques-uns de ces sujets ?

Oui, voici d’abord la Tentation sur un chapiteau de St. -Benoît- sur- Loire. Le Créateur unissant Adam et Eve , la désobéissance de nos

premiers parents et leur expulsion du Paradis terrestre, forment trois tableaux : le serpent est tourné en spirale autour du tronc de l’arbre , qui a l’aspect d’un palmier. Le palmier, le figuier, le pommier, l’oranger, sont les arbres le plus habituellement imités, aux XIe. et XIIe. s'ècles, dans la reproduction de ce sujet biblique.

Fuite en Égypte. — Le chapiteau suivant, tiré de St.-Benoît-sur- Loire, offre une scène sur chacun de ses côtés, présentés en développement dans mon esquisse. Au milieu est la Sainte Vierge , assise sur

un âne avec l’Enfant nimbé , les pieds posés sur une espèce de marche-

pied ; saint Joseph conduit l’âne par la bride ; derrière l’âne, sur lé côté droit du chapiteau, un dragon est terrassé et percé d’une lance par un personnage mutilé, dans lequel je reconnais saint Michel; sur le côté opposé , un soldat me paraît poursuivre les émigrants ; enfin , une main sortant des nuages doit être celle de Dieu protégeant la fuite de la Sainte Vierge.

La Visitation. — La salutation de la Sainte Vierge et d’Elisabeth est figurée sur le chapiteau suivant : sous une arcade, représentant 1 intérieur d’une maison , les deux femmes s’embrassent ; des têtes

d’anges apparaissent au-dessus. Sur un des côtés du chapiteau est un ange tenant un encensoir.

Sacrifice cl’ Abraham. — J’ai précédemment (V. p. 163 ) produit un chapiteau sur lequel se trouve le sacrifice d’ Abraham : au centre, Abraham , armé d’un glaive à deux tranchants , lève le bras pour frapper son fils qui se trouve assis sur un autel à colonnes , tandis qu’il lui tient les cheveux de l’autre main. L’ange qui survient lui pose une main sur la tête et l’autre sur l’épaule. Derrière Abraham est un personnage dans les jambes duquel paraît un bélier ; de l’autre côté du chapiteau , on voit les préparatifs du sacrifice qui doit remplacer celui que l’obéissance d’ Abraham était sur le point d’accomplir : déjà le bélier est posé sur l’autel.

On distingue, sur cet autre chapiteau de St. -Benoît, l’Agneau nimbé , monté sur le livre des sept sceaux ; les cavaliers de Y Apoca-

lypse, le démon et plusieurs autres figures , dont il est facile de reconnaître les attributs.

Nous trouvons dans le tympan de l’église de la Lande-de-Gubzac (Gironde) , dessiné par M. Léo Drouyn, une traduction de presque tout le premier chapitre de Y Apocalypse. A gauche du spectateur , sont les sept églises placées horizontalement sur deux rangs, quatre en bas, trois en haut. Chaque église est formée par une grande arcade plein-cintre , surmontée de quatre colonnes supportant une coupole , dont la couverture est formée de trois rangs horizontaux de pierres arrondies par le bas. Toutes les coupoles sont surmontées d’une boule ; sur la boule du milieu du rang supérieur est une croix grecque.

A droite des églises est un personnage debout , retourné et regardant en l’air, dans l’attitude de l’étonnement ; il presse avec la main droite un livre contre sa poitrine : Johannes septem ecclesiis quœ sunt in Asia.... Fui in spirituin dominica die et audivi post me vocem magnam.... et conversus sum ut vidèrent vocem quœ loquebatur mecum.... ( Apocalypse, chap. ier., vers. 4-10). Derrière saint Jean, et au milieu du tympan , on voit un grand personnage qui occupe toute la hauteur de l’encadrement.

Les versets 12, 13, 14, 15, 16 du ier. chap. de Y Apocalypse vont encore nous en donner la description : Et conversus vidi septem candelabra aurea , et in medio septem candelabrorum aureorum similem Filio hominis vestitum podere et prœcinctum ad mamillas zona aurea.... et

oculi ejus tanquam flammœ ignis et habebat in dextera sua stellas

septem ; et de ore ejus gladius utraque parte acutus exibat On

ne voit plus , des sept chandeliers , que quelques tiges et quelques trépieds. Le fond du tympan est couvert par de très-beaux enroulements de feuillages dont les tiges sont perlées. Le Christ , les bras étendus , est vêtu d’une longue robe à plis allongés, dont les manches très-larges sont bordées de cercles et de croix ; sur les bouts tombants de la ceinture on lit l’inscription : zona avrea.

Le sculpteur, en faisant les yeux très-ronds et presque farouches, a probablement voulu traduire le passage et oculi ejus tanquam flammœ ignis.

Il tient dans la main droite un cercle dans lequel sont figurées les sept étoiles , ayant la forme de fleurs de marguerite ; du côté gauche de la tête, on voit un glaive à deux tranchants.

L’encadrement du tympan contient cette inscription , à commencer par la gauche (Voyez le dessin pour la forme des lettres) : f Johes Vif. eccliis. que. sunt. in.... t. filiuho.... ter VII candelabra aurea.

Sur l’encadrement horizontal inférieur : Principiu. sine, principio. finis, sine. fine.

Léo Drouyn de'. TYMPAN DE L’ÉGLISE DE LA LANDE-DE-CLBZAC (Gironde).

Je ne pourrais, en si peu de mots, indiquer tous les sujets qui forment ce qu’on peut appeler Y Iconographie romane : je voudrais seulement familiariser avec le style de ces sculptures.

Voici d’autres sujets qui se rencontrent quelquefois :

Un homme affourché sur un lion , dont il déchire la gueule de ses deux mains, représente Samson. On sait que Samson a été pris par les Pères pour l’emblème du Christ ; que sa victoire sur le lion (1) a été regardée comme la figure de la victoire que J.-C. devait remporter plus tard sur les idolâtres.

Dans le Poitou on remarque, sur les façades de plusieurs églises, des cavaliers, de grandeur naturelle, qui occupent les arcades les plus apparentes de l’édifice (Civray, St.-Hilaire-de-Melle, Airvault, Vieux, Parthenay , Benet , Aulnay, etc. , etc. ) , et qui foulent un personnage aux pieds de leur cheval.

Il s’est élevé déjà de longues discussions pour savoir ce que représentent ces personnages à cheval ; et comme ils sont presque tous brisés, et qu’il ne reste souvent d’entier que le cheval , il a été jusqu’ici fort difficile de se prononcer. Le cavalier le mieux conservé que j’aie vu se trouve à Pavthenay-le-' Vieux (Deux-Sèvres).

MM. Jourdain et Duval, d’Amiens, ont publié une note sur ce sujet : peut-être serait-ce , disent ces savants iconographes , un des cavaliers de Y Apocalypse , le premier mentionné qui portait une couronne et était armé d’un arc ; cavalier dans lequel les interprètes reconnaissent une figure de J.-C.

Peut-être encore serait-ce la reproduction du fait attesté parles Écritures (iiv. II des Machabées , chap. m), à l’occasion de la tentative faite par Séleucus, roi d’Asie , pour s’emparer des richesses du temple.

Héliodore , chargé par le roi de cette entreprise , était entré dans le temple, et prêt à forcer le trésor, quand lui et les siens virent paraître un cheval sur lequel était monté un homme terrible, habillé magnifiquement , et qui , fondant avec impétuosité sur Héliodore , le frappa en lui donnant plusieurs coups clés pieds de devant.

D’autres, enfin, persistent à voir un saint Martin dans ce cavalier ; quelques-uns en ont fait le fondateur de l’église; mais cette opinion n’est pas soutenable. Voici l’opinion de M. de Longuemar ; elle nous paraît préférable à toutes les autres.

« Ce superbe cavalier, dit-il, couronné, portant un faucon sur le poing

(f) On sait que Samson, ayant un jour rencontré un lion, le prit parla gueule et le mit en pièces.

(insigne (le la puissance au moyen-âge), et qui renverse en passant un être décrépit, est l’image de l’Église triomphante dans la personne du Fils de Dieu ressuscité, foulant sous ses pieds le démon.

« Si l’on s’étonne que l’artiste du moyen-âge ait pu représenter le Christ sous les traits et avec les attributs d’un seigneur suzerain , c’est qu’on est trop accoutumé à juger les œuvres du passé avec les idées du présent.

« Les Grecs représentaient le Père-Éternel en costume de grand archevêque ; les peintres et les sculpteurs de l’Occident l’ont offert aux regards, du XVe. au XVIIe. siècle, revêtu des habits pontificaux et coiffé de la tiare. Pourquoi serait-il donc si étonnant qu’aux XIe. et XIIe. siècles, l’artiste, voulant offrir le type de la toute-puissance divine, l’ait symbolisée sous les traits d’un de ces seigneurs suzerains auxquels les populations étaient habituées à rendre hommage à deux genoux (1) ?

« Si parfois ce cavalier est revêtu d’une armure , il ne faut pas oublier que saint Jean annonce la venue du Christ à la tête des armées célestes, le front ceint de plusieurs diadèmes, et portant écrit sur ses vêtements : « Roi des rois et Seigneur des seigneurs. » Si on jette les yeux sur l’archivolte qui se courbe autour du cavalier de Parthenayle-Vieux, on la voit décorée de petites figures posées sur des barques, emblèmes bien connus des âmes qui flottaient dans les limbes, attendant avec impatience la venue du Christ qui devait les racheter, et que le sculpteur a rapprochées de leur Sauveur. »

Cette interprétation, si on veut bien y réfléchir, est vraiment la seule qui explique comment le tympan des arcades romanes, qui occupe une place si importante dans l’ensemble de la décoration murale des églises, a été si fréquemment réservé â ces grandes effigies, dont la taille elle-même est encore une preuve de leur caractère élevé. Elle rejette , par conséquent , au nombre des impossibilités la pensée que ces cavaliers aient jamais pu être le cachet orgueilleux de la puissance féodale , apposée jusque sur les murs consacrés au Très- Haut ; et cela au milieu des emblèmes et des effigies du Christ , de la Vierge, des anges, des patriarches, des prophètes et des saints , répandus sur ces larges pages , consacrées tout entières à la gloire de Dieu et à l’exaltation de la religion.

La statue mutilée , sur laquelle des opinions très-divergentes ont été émises, et qui se trouve incrustée dans le mur de St. -Étienne-le- Vieux ,

(1) Ce n’est certainement pas plus extraordinaire que de voir figurer, au XIIe. siècle , sur les tableaux Hollandais , des bourgmestres en grand costume autour d’un Ecce-Homo ou d’une Descente de croix.

ù Caen (statue que je crois du XIIe. siècle), représentait le même sujet.

et je ne doute pas que ces figures n’aient été beaucoup plus répandues qu’on ne l’avait pensé d’abord.

Ne voit-on pas diverses sculptures symboliques dans les églises des XIe. et XIIe. siècles?

L’antagonisme entre ie bien et le mal n’est pas seulement exprimé par la condamnation des méchants et la récompense des bons : on retrouve l’opposition de ces deux principes indiquée dans beaucoup d’autres sculptures. Par exemple, on voit quelquefois les vertus terrassant les vices. Les vertus, sous la figure de femmes, le casque en tête , portent des boucliers au bras gauche , et tiennent de la main droite une épée à deux tranchants qu’elles plongent dans la gueule des ligures qui représentent les vices et qu’elles ont terrassées. Ce sont ordinairement des femmes qui représentent les vertus : Durand, évêque de Mende, en indique le motif dans son Rationale divinorum officiorum. Les vertus , dit-il , sont représentées sous la figure de femmes parce qu'elles touchent et nourrissent ( mulcent et nutriunt ).

L’image des vices se reproduit de différentes manières. L’une de ces représentations symboliques les plus singulières est celle d’une femme

UN CHAPITEAU DE L’ANCIENNE ÉGLISE SAINT-NICOLAS d’ ANGERS.

dont les mamelles sont dévorées par des serpents enlacés , quelquefois par des crapauds ou d’autres reptiles (Montmorillon, Sle.-Croix de

Bordeaux , St.-Sernin de Toulouse, St. -Sauveur de Diuan , St.-Jouin de Marnes, etc. etc. ).

II paraît que ces images hideuses se rapportent plus particulièrement aux passions de la chair, dérèglements, adultères, etc. , etc. (1).

Le sphinx, la chimère et le griffon, dont on voit des représentations

si nombreuses sur nos églises byzantines , avaient été adoptés par les chrétiens , comme doués du pouvoir d’éloigner les esprits malins. C’est vraisemblablement cette croyance qui a fait placer, à l’entrée des églises de France, ces lions dont j’ai déjà parlé, et auxquels on supposait le pouvoir d’éloigner les ennemis invisibles ou de paralyser leur mauvais vouloir.

On peut consulter, sur les idées mystiques qui se rapportaient à certains animaux, les Bestiaires ou commentaires écrits au moyen-âge sur ce sujet. MM. Martin et Cahier en ont publié plusieurs dans leurs Mélanges d' archéologie , et M. Hippeau vient de faire paraître, sous le titre de Bestiaire divin , un volume in-8°. qui renferme un très-grand nombre de recherches savantes sur le même sujet.

Le basilic a par devant la forme d’un coq , par derrière celle d’un serpent, habet caudam ut coluber , residuum vero corporis ut gallus ,

(1) Les reptiles, et surtout le serpent, étaient considérés comme l’emblème du vice : aussi, d’apres leurs légendes, les premiers évêques ont-ils presque tous vaincu des serpents monstrueux ; allégorie par laquelle on a voulu peindre le triomphe de la foi sur la superstition.

Saint Marcel , évêque de Paris, délivra aussi cette ville d’un serpent qui était venu d’une forêt des environs , et qui , selon la légende, avait creusé la fosse d’une dame de haute naissance , accusée d’adultère , pour dévorer une partie de son corps.

selon le lexle de Vincenl de Beauvais. C’est ainsi qu’il était représenté sur une église des environs de Lyon. Le basilic , l’aspic , le drago et

autres figures symboliques méritent d’être attentivement étudiés dans les églises romanes où iis se trouvent.

Les sirènes sont reproduites si souvent dans nos églises qu’il est bien

Selon M. l’abbé Voisin, la sirène pourrait bien représenter l’àme chrétienne purifiée par le baptême. On la trouve effectivement sur des baptistères.

A Angers, la sirène tient d’une main un poisson, emblème du Christ, de l’autre un glaive que l’on croit être l’emblème de l’autorité de la foi ou de la puissance de la parole divine.

Le sagittaire , poursuivant un cerf ou un bélier (capricorne) qu’il perce de traits, est encore une figure dont la présence, au milieu des

tympans des portes et dans les archivoltes, ne peut passer inaperçue ; et comme l’a dit M. Potier , conservateur de la bibliothèque publique de Rouen, il y a lieu de rechercher quel motif les artistes du moyenâge ont eu pour la reproduire si souvent.

Sur des chapiteaux du XIIe. siècle, j’ai rencontré des oiseaux à queue de serpent binant dans un calice, comme on en voit sur le chapiteau

suivant de la nef de la cathédrale du Mans. Ce sujet n’a peut-être l ien

de symbolique. Quelques-uns pourtant l’ont regardé comme la reproduction, modifiée par le goût byzantin, des deux colombes buvant dans une coupe, l’emblème de la douceur et des vertus chrétiennes, que l’on trouve très-fréquemment gravées au trait sur les pierres tumulaires des premiers siècles de l’Église.

Enfin , quelques bas-reliefs sont peut-être des réminiscences de mo-

TYMPAN D’UNE PORTE LATÉRALE, A MARIGNY ( Calvados’).

numents de l’Orient, tels sont les animaux séparés par un arbre que l’on a cru être le hom ou arbre symbolique des Orientaux.

Le même sujet se trouve exprimé différemment dans le ty mpan qui suit ;

TYMPAN DE l’ ÉGLISE DK COLLEVILLE -SUR-MER ( CalVçldûS ),

ce sont des oiseaux à tête de dragon; et comme le cintre était peu élevé , il a fallu leur donner une autre position et comprimer le liom. L’attitude forcée de ces oiseaux ne manque pas, d’ailleurs, d’élégance et de mouvement.

La même pensée paraît avoir guidé le ciseau du sculpteur dans la porte suivante, où l’on voit deux animaux bizarres, séparés par un arbre.

Les lions affrontés, si communs dans l’ornementation romane, rappellent aussi ceux qu’on rencontre sur des monuments de l’Orient.

On a donné diverses explications des figures qui couvrent les chapiteaux de la crypte de l’église de Parize-le-Châtel , diocèse de Nevers (V. page 220). Ces figures seraient les symboles des sept Péchés capitaux : l’Envie serait représentée par un hibou ; l’Orgueil par un singe jouant du violon, et un porc pinçant de la harpe; l’Avarice par un homme serrant entre ses mains des bourses pleines, qu’il craint qu’on ne lui ravisse ; l’Impureté par une sirène à deux queues ; la Colère par un centaure poursuivant un cerf ; la Paresse par une tortue.

DE GAUMONT. ABÉCÉDAIRE d’ ARCHÉOLOGIE,

SCULPTURES SUR LES CHAPITEAUX DE LA CRYPTE DE PARIZE LË-CHATEL (Nièvre).

Mais je crois qu’il faut, pour expliquer ces figures et quelques autres, avoir recours aux Bestiaires , à Y Encyclopédie de Vincent de Beauvais, et aux ouvrages qui nous ont transmis les idées symboliques ou les croyances populaires attachées à certains animaux. On en sera convaincu , je pense , en examinant les figures qui existent sur un monument roman , très-curieux, conservé dans l’église de Souvigny (Allier), et dont nous avons fait faire des moulages que l’on peut voir à Moulins et dans le musée de la Société française d’archéologie, à Caen (1). Voici quelques-unes de ces figures :

A Souvigny comme ailleurs, la Sirène a la tête et le corps d’une femme jusqu’au ventre ; le reste du corps est celui d’un poisson.

Il en est souvent question dans les Besliaires ; les anciens croyaient qu’elle chantait pour séduire les navigateurs, afin de les dévorer quand ils s’endormaient en se laissant captiver par la mélodie de sa voix.

La figure appelée Manicora , à Souvigny, est un quadrupède, à tête de femme , coiffé d’une espèce de bonnet phrygien, que nous avons trouvé sur un certain nombre de bas-reliefs , dans nos églises romanes.

V Éléphant est un des animaux qui ont occupé le plus les anciens et dont l’instinct merveilleux les a le plus frappés ; il en est question dans tous les Bestiaires.

(1) Voir le tome XX du Bulletin monumental.

DE GAUMONT. ABÉCÉDAIRE d’ARCHÉOLOGJE.

L’animal suivant , figuré sur le monument de Souvigny, est un caméléon , ou un des animaux de cette espèce mentionnés dans les Bestiaires : il a deux pieds seulement , une queue de saurien et la tête d’un quadrupède ; il paraît couvert d’écailles.

Le Griffon est un quadrupède ailé , à tête d’aigle ; celui-ci a le pied droit levé ; sa queue se termine en cœur et est relevée en demi-cercle.

Pline a dit et, après lui, les savants du moyen-âge , notamment Vincent de Beauvais, ont répété que les griffons sont des espèces de monstres que l’on représente avec des ailes , et qui , tirant l’or des mines, mettent toute leur ardeur à conserver ce métal.

La Licorne ou unicorne , unicornis , est mentionnée dans les Bestiaires : ils répètent tous que cet animal a corps de cheval et à tête de cerf, 11e se laisse prendre que par une vierge, qui seule a le pouvoir de l’attirer et de l’enchaîner.

Il est bon de dire aussi un mot des représentations des races d’hommes fabuleuses , citées dans les auteurs grecs et latins , puis dans les auteurs du moyen-âge antérieurement à Vincent de Beauvais (1).

( ! ) Vincent de Beauvais , savant dominicain du XIIIe. siècle , peut être regardé comme le précurseur des encyclopédistes , à une époque où le nom d’encyclopédie n'était pas encore inventé.

On ne sait pas la date de sa naissance, mais il est mort en 1264 ou, selon d’autres, en 1266 : ce qui fixerait, suivant quelque probabilité, sa naissance vers le commencement du siècle.

Saint Louis , lors de son expédition en Orient, avait appris qu’un prince

Le monument de Souvigny nous donne la représentation de quelques-unes de ces espèces. Ainsi on y voit un homme , en partie défiguré par une oblitération de la pierre, qui tient de la main droite une massue et a une de ses jambes difforme. Le mot Soni est inscrit sur le cadre.

Vient ensuite un Éthiopien , Etliiopes. Pline parle des merveilles de l’Éthiopie et de l’Inde et des animaux gigantesques que produisaient ces pays. Les hommes y avaient également des caractères particuliers, selon les croyances du temps.

Les Satyres étaient parfaitement connus dans l’antiquité. Pline, dans diverses citations , les appelle des animaux très-agiles, à figure humaine , qui courent tantôt à quaire pieds , tantôt sur deux , et avec une telle vitesse qu’on ne peut les attraper que vieux ou malades. Celui que nous voyons à Souvigny est courbé en avant et s’appuie sur un bâton.

La figure suivante représente très-probablement un de ces hom-

de ce pays faisait transcrire, à grands frais, des milliers de volumes et tenait des bibliothèques ouvertes aux savants ; il avait conçu le dessein d’imiter en France cette belle institution.

Entrepris par ses ordres et sous ses auspices , le résumé de Vincent de Beauvais était destiné à contenir les principes de toutes les sciences alors enseignées dans les universités et les écoles théologiques.

mes, à tête d’animal, qui sont mentionnés comme marchant indifféremment à deux pieds ou à quatre ; les pieds de derrière ont toutà-fait la structure de pieds humains.

On voit ensuite à Souvigny un Iopode: les Iopodes « equinospedes habentes, » dit la Chronique de Nuremberg, sont des hommes à pieds de cheval, comme l’indique très-bien la figure gravée , sous ce titre, sur le monument de Souvigny : nous ne lisons que le mot Pocles ; mais il est évident que deux lettres sont elfacées et qu’elles ont existé.

Le Cidipes, que l’on remarque enfin sur le même monument , n’a qu’un pied. Pline, Vincent de Beauvais, et, après eux, la Chronique de Nuremberg, en parlent.

Ce sont ces prétendus hommes qui, n’ayant qu'un pied , s’en servaient, en se couchant sur le dos, comme d’un parasol pour se garantir des ardeurs du soleil : la Chronique de Nuremberg les figure ainsi posés. Mais nous en trouv ciennes.

des représentations plus an-

On voit que l’étude des Bestiaires n’est pas inutile pour expliquer certaines figures, et je la recommande à ceux qui voudront s’occuper sérieusement d’iconographie. Ainsi , sur un des chapiteaux de Parizele-Châtel ( figuré p. 220 ) on voit évidemment : d’abord, un Cidipes s’abritant sous l’ombre de son pied ; puis successivement le Sagittaire perçant un cerf ; un second Cidipes dans une posture plus forcée que le premier , et enfin un lion. Le développement de l’autre chapiteau , figuré même page , s’expliquerait comme le précédent : on y voit des

serpents, le hibou , le Nicticorax des Bestiaires , et quelques autres figures.

Le sujet que voici (un homme entre deux monstres) et que j’ai trouvé exprimé , avec quelques variantes sur divers monuments du XIIe. siècle, ne voudrait-il pas dire que l’homme, fortifié par la religion, parvient à maîtriser les monstres les plus redoutables, images des passions humaines? Ce serait la traduction de la légende, qui nous montre partout les premiers évêques terrassant des dragons et s’en faisant obéir, au nom de Jésus-Christ.

Du reste, il faut se garder de pousser trop loin l’interprétation des figures, et prendre garde de donner trop d’extension au symbolisme. A toutes les époques, la fantaisie a été un des éléments de l’art, et l’on ne doit pas s’étonner qu’il y ait eu dans l’ornementation, au moyenâge , des figures de convention, comme il l’architecture romaine.

Quant aux figures grotesques et parfois obscènes qui ornent les façades ou l’entablement des édifices religieux, ce serait, selon l’opinion de quelques antiquaires, la personnification des vices. Ils seraient là pour avertir les fidèles qu’ils doivent entrer dans le temple le cœur pur, et laisser à l’extérieur toutes les passions qui souillent l’âme. Selon d’autres, la plupart de ces figures bizarres n’ avaient aucune signification et n’étciient que des ornements créés par le caprice des sculpteurs.

Les figures grotesques déplaisaient à saint Bernard. Voici comment il s’exprime, à ce sujet, dans une lettre écrite, vers l’an 1125, à Guillaume, abbé de St. -Thierry : « A quoi bon tous ces monstres grotesques en peinture et en sculpture?... A quoi sert une telle difformité , ou cette beauté difforme ? Que signifient ces singes immondes , ces lions furieux, ces centaures monstrueux ?.... Que signifient ces guerriers qui combattent , ces chasseurs qui donnent du cor ces quadrupèdes à queue

de serpent, etc., etc. ?.... » (1).

Les sculpteurs chrétiens ne se sont pas bornés à reproduire des sujets religieux et des sujets symboliques , ils ont trouvé dans les fables des moralités qu’ils ont jugées bonnes pour l’instruction du peuple : la scène du Renard et de la Cigogne, et quelques autres sujets, ont été sculptés, dès le XIIe. siècle, sur plusieurs de nos églises.

Les calendriers illustrés ont aussi tenu leur place dans les façades de nos églises, quelquefois même sur le tympan des portes, comme dans le spécimen suivant (le tympan de la porte St.-Ursin, à Bourges), où les mois sont représentés chacun par une action en rapport avec la saison.

Chaque scène est encadrée dans une arcature particulière, et, pour qu’il ne puisse rester d’incertitude, le nom du mois auquel elle correspond est inscrit au-dessous.

Ce curieux monument de la sculpture du XIIe. siècle porte le nom de son auteur: Girauldus fecit istas portas. Cette inscription, gravée dans un cartouche au-dessous des figures , atteste donc qu’il s’appelait Girauld. La porte St.-Ursin a survécu à l’église dont elle faisait partie; elle a été replacée le long d’un mur, près de la promenade publique, grâce à un administrateur éclairé qui en a compris l’intérêt à une époque où l’on ne s’occupait guère d’antiquités de ce genre.

(1) Apud Mabillon. , inter opéra sancti Bernard! , cap. ïii , n°. 29, t. I, p. 53. Paris, 1690.

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