VUE DU FONT EN MARBRE DE ZEDELGHEM, PRÈS DE BRUGES
spirale. Le tout repose sur un soubassement carré , dont les quatre
côtés sont taillés en quarts de rond ornés de têtes de lion. Ce soubassement s’élève de 3 pouces au-dessus du sol.
« On a pratiqué, au centre delà partie supérieure, un réservoir hémisphérique bordé d’un large cordon d’arabesques gracieuses. Les espaces triangulaires compris entre ce cordon et les angles du carré sont garnis de masques symboliques. Peut-être sont-ce là autant de symboles du démon , contre lequel se prononcent les exorcismes qui précèdent le baptême.
« La cuve est arrondie en-dessous. Les chapiteaux des colonnettes sont ornés de feuilles qui font l’office de consoles , et au moyen desquelles le passage de la forme cylindrique à la forme carrée est rendu moins brusque. L’épaisseur de la table quadrangulaire forme une frise ou bande sur chaque face ; des bas-reliefs existent sur ces quatre bandes.
« Les sculptures de ces bas-reliefs représentent divers épisodes de la vie de saint Nicolas, évêque de Myre , en Lycie. »
Les fonts à caryatides sont composés d’une grande coupe hémisphérique, portée par quatre personnages en pied faisant l’office de caryatides. Deux de ces personnages ont ordinairement la face tournée vers le réservoir et le soutiennent avec effort de leurs mains , en même temps qu’ils l’appuient sur leurs poitrines et sur leurs cuisses. Les deux autres tournent le dos à l’eau baptismale ; leurs mains élevées viennent s’appuyer sur les bords de la piscine qu’ils portent sur leurs reins.
Les fonts de cette espèce que j’ai vus sont en granité et taillés dans le même bloc.
Les fonts tabulaires à réservoir rectangle ont la forme d’un carré long, et le réservoir, au lieu d’être arrondi comme tous les autres , est lui-même carré. Tel est le font tabulaire placé dans le transept nord de la cathédrale d’Amiens. Il est élevé sur cinq supports, dont quatre sont disposés aux angles et un au milieu. Le réservoir, d’un seul morceau en pierre de liais, a hors œuvre 7 pieds 2 pouces sur 2 pieds 10 pouces ; il porte, à chacun de ses angles, une figure de prophète et présente l’image d’une table allongée.
Dans les fonts pentagonaux , le pédicule est souvent formé de plusieurs colonnettes groupéês, taillées dans la même pierre, et l’exté-
rieur est pentagone au lieu d’être carré ; mais les exemples en sont rares.
Tombeaux.
Quelles particularités caractérisent les sépultures aux XIe. et XIIe. siècles ?
La forme des cercueils ou des tombeaux non apparents a été à peu près la même depuis le XIe. siècle jusqu’au XVIe. Quelquefois, à partir du XIIe. surtout, on remarque à l’intérieur un espace circulaire pour recevoir la tête.
Quelquefois aussi la place de la tête est indiquée par deux arêtes en pierre , ménagées à l’extrémité du coffre. Le couvercle est tantôt plat, tantôt prismatique.
Outre l’eau bénite , on plaçait dans le cercueil des pots remplis de charbon , dans lesquels on brûlait de l’encens ; ces pots étaient percés de petits trous sur la panse, pour que le charbon eût de l’air et que la combustion pût durer le temps nécessaire.
ÈRE ROMANE SECOiNDAIRE ( TOMBEAUX ). 261
J’ai eu l’occasion d’observer un assez grand nombre de ces vases , dont voici la forme la plus habituelle. Quelques-uns, destinés aux usages ordinaires de la vie, ont été accidentellement convertis en cassolettes , quand la perte de quelque parent a mis dans la nécessité d’en agir ainsi. Leur nombre, dans les sépultures, varie en général de un à quatre : quand il y en a quatre, ils sont souvent placés aux angles du cercueil.
Cet usage existait très-certainement au XIIe. siècle et probablement long-temps auparavant. On place, dit G. Durand], de l’encens près du cadavre pour combattre les mauvaises odeurs qu’il exhale ‘ cet encens est aussi le symbole des bonnes œuvres , qui sont pour le défunt taxe recommandation puissante auprès de Dieu.
Depuis quelques années , M. l’abbé Cochet, de Dieppe, a publié le résultat de recherches étendues sur les sépultures, et un mémoire de cet auteur, imprimé dansle tome XXII du Bulletin monumental, sera lu avec profit.
N’y a-t-il pas des champs de sépulture remplis de cercueils en pierre ?
Dans le Poitou, la Saintonge , la Champagne et plusieurs autres contrées, on voit des espaces considérables, au-delà de l’enceinte actuelle des cimetières, qui sont en quelque sorte pavés de cercueils en pierre : les couvercles de ceux-ci se montrent partout à rase terre , et rien n’est plus saisissant que ces tombeaux disposés en lignes parallèles , formant, s’il est permis de parler ainsi, d’immenses bataillons.
On a porté à 20,000 le nombre des cercueils de pierre observés dans d’anciens cimetières ruraux ; mais il est vrai de dire que ces inhumations remontaient, en partie , à des temps antérieurs
au XIe. siècle , et en partie à des siècles postérieurs.
Les mêmes faits se présentent partout.
Dans quelques cercueils, on avait inhumé plusieurs membres de la même famille :
c’est, au moins, ce que j’ai conclu de la présence de deux et quelquefois de trois têtes réunies. Dans plusieurs sépultures, la tête de celui qui avait été inhumé le premier avait été ramenée vers les pieds pour faire place au second.
Dès l’année 1830, j’ai donné des détails assez étendus sur les cimetières dans le VIe. volume de mon Cours d’ antiquités.
Fanaux. — Qu’appelez-vous fanaux de cimetière ?
Ce sont des colonnes creuses, rondes ou carrées, ayant au sommet plusieurs ouvertures dans lesquelles on entretenait, au moyen-âge (XIIe. et XIIIe.
siècles surtout ) , des lampes allumées au milieu des grands cimetières. J’ai décrit dans le VIe. volume de mon Cours, page 32Zi et suivantes, plusieurs monuments de ce genre. Il paraît que tous les fanaux de cimetière avaient , à leur base, un autel orienté, où l’on disait la messe lors des inhumations. La lampe servait à éclairer , la nuit , les convois mortuaires qui venaient de loin, et qui pouvaient bien ne pas toujours arriver avant la fin du jour (V. ce que j’ai dit, à ce sujet , dans le tome VI de mon Cours ) (1).
Parmi les plus beaux fanaux de cimetière remontant au XIIe. siècle, on peut citer celui de Fenioux (Charente-
fd) Depuis que j’ai le premier signalé et décrit les fanaux de cimetière, plusieurs antiquaires s’en sont occupés, notamment MM.de Chasteignier , Texier,
FANAL DE CIMETIERE , A CELLEFROIN ( Charente ).
Inférieure), figuré dans mon Cours, pl. LXXXVII, n°. 2 ; celui de Cellefroin (Charente) ; ceux de Ciron (Indre), de Felletin (Creuse), de Parigné-l’Évéque ( Sarthe ) , de Journet, etc., etc., etc.
Quelquefois les fanaux ont été remplacés par des chapelles sépulcrales , surmontées d’une colonne creuse et d’un fanal.
Les chapelles sépulcrales et les lanternes des morts ont donc été établies dans un même but.
Le fanal allumé , sinon toujours, au moins dans certaines occasions au sommet des colonnes, était encore une sorte d’hommage rendu à la mémoire des morts, un signal rappelant aux passants la présence des trépassés et réclamant leurs prières pour eux. M. Lecointre-Dupont, de Poitiers, remarque que les colonnes ou fanaux se rencontraient particulièrement dans les cimetières qui bordaient les chemins de grande communication , ou qui étaient dans des lieux très-fréquentés.
Tombeaux Apparents. — Quels caractères offrirent les tombeaux apparents durant ta période romane secondaire ?
Les tombeaux apparents n’appartiennent qu’à des notabilités de l’époque à laquelle ils furent érigés.
Comme il fallait éviter d’encombrer les églises, on les plaça souvent sous des arcades pratiquées dans l’épaisseur des murs, à l’intérieur, et quelquefois à l’extérieur , dans les cloîtres, les salles capitulaires, etc. ; un petit nombre de tombeaux furent isolés dans les cryptes, les églises ou les chapelles.
de Lavillegille et Lecointre-Dupont , membres de la Société française d’archéologie pour la conservation des monuments.
Les tombeaux placés dans l’épaisseur des murs, sous des arcades, reposent , tantôt sur un soubassement en pierre de taille , tantôt suides colonnes cylindriques ou sur des espèces de chantiers. Le couvercle , quelquefois plat , est aussi parfois de forme prismatique ou triangulaire imitant la disposition d’un toit à double égout.
J’ai figuré, dans mon Cours d’aniiquiiés et décrit (t. VI, p. 357 et suivantes ), deux tombes arquées très-remarquables : l’une à l’extérieur du transept sud de l’église de St. -Hilaire de Poitiers et datant du XIe. siècle; l’autre dans le transept nord de l’église d’Airvault (Deux-Sèvres).
Quand les cercueils étaient complets et hors terre, ils étaient portés assez souvent par de petites colonnes courtes ou par des piliers, et élevés ainsi au-dessus du pavé. J’ai figuré, dans l’allas de mon Cours d’ antiquités , pl. G, deux cercueils semblables qui se voient dans la crypte de St. -Maixent. L’un est celui du patron de la ville (saint Maixent); l’autre, celui de saint Léger, évêque d’Autun, dont les restes avaient été appportés de Bourgogne.