TOMBEAU ÉVASÉ, AVEC COUVERCLE PRISMATIQUE A BOUTS RABATTUS
Les tombeaux isolés et portés sur des tables de pierre élevées , comme le précédent , sur des colonnettes ou sur des espèces de chantiers ( car ces deux genres de supports ont été indifféremment en usage), peuvent offrir un évasement considérable de la base à l’ouverture,
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de manière à former, avec le couvercle prismatique à bouts rabattus, la figure d’un prisme pentagonal taillé en biseau.
Au XIIe. siècle , les tombeaux se couvrirent d’un plus grand nombre de moulures; les arcades sous lesquelles s’abritèrent ceux qui étaient incrustés dans les murailles furent bordées d’archivoltes plus richement sculptées ; le cercueil lui-même fut quelquefois renfermé dans une espèce de châsse en pierre couverte de moulures. Nous pouvons citer, pour exemple de ce progrès, le magnifique tombeau dont on voit les débris parfaitement conservés dans l’église de Souvigny, et celui de saint Junien ( Haute- Vienne) , auquel nous avons déjà emprunté l’image de la Sainte Vierge entourée de l’auréole elliptique (p. 201) : sur les deux faces latérales de ce tombeau , on voit, dans des niches vingtquatre statuettes sculp- tées en haut-relief, et représentant des vieillards. Ils sont rangés trois à trois, douze du côté de la Vierge, et douze du côté opposé; ils sonl barbus, assis sur des trônes et drapés dans de riches vêtements. Le
FRAGMENT DU TOMBEAU ROMAN DE SAÏNT-JUNIEN ( Haute-Vienne ).
DE C AUMOJNT. ABECEDAIRE D'ARCHÉOLOGIE.
nimbe, attribut de la sainteté, se montre derrière leurs têtes; des couronnes
entourent leurs fronts :
ils tiennent d’une main une coupe au cou allongé ; de l’autre une cithare.
Du reste , les petites arcatures qui les renferment sont décorées avec tout le luxe du style roman fleuri :
l’art byzantin a déployé toutes les richesses de son ornementation capricieuse, au-dessus des arcs, sur les chapiteaux des colonnettes, sur les fûts surtout qui sont tour à tour losangés, cannelés en spirale, imbriqués , chevronnés , contrechevronnés , chargés d’étoiles , d’entrelacs et d’enroulements.
Voici l’esquisse d’une arcade tumulaire en saillie portée sur deux colonnes reposant ellesmêmes sur des lions, le long du mur méridional dans la cathédrale de Trêves; elle recouvre la tombe du cardinal Ivo, mort en 1142; l’archivolte est garnie de rinceaux bien fouillés (1).
(1) Le pavé de l’église, ayant été exhaussé, cache une partie de la tombe qui forme le soubassement des colonnes.
Je présente, comme spécimen des moulures exécutées sur les cercueils, une pierre tumulaire portée, à ses extrémités, sur deux chantiers décorés en avant de trois colonnettes , qui se trouvait dans le cloître de Nou aillé , à 3 lieues de Poitiers.
Le toit était orné de feuillages et de quatre rosaces ; les extrémités , de la figure d’une croix. Une inscription gravée sur le faîte attestait que le tombeau était celui d’un prieur nommé Guillaume. Il devait être de la fin du XIIe. siècle.
Le Poitou , la Saintonge et les contrées voisines ont été riches en tombeaux de ce genre au XIIe. siècle, et la forme s’en est perpétuée jusqu’à nos jours, puisqu’on voit partout dans plusieurs cimetières de nombreuses pierres de la même forme sans sculptures, et certainement peu anciennes , portées sur des supports ou chantiers.
J’ai remarqué au musée de Niort un tombeau fort intéressant , de la même forme. Ce tombeau , sculpté des deux côtés , devait conséquemment être isolé et non, comme beaucoup d’autres, adossé à un mur ou placé sous une arcade ; les sculptures qui le recouvrent représentent une chasse. Ainsi, d’un côté, un homme à cheval, le faucon sur le poing, et précédé d’un quadrupède, entre dans une forêt figurée par des feuillages et des entrelacements perlés, au milieu desquels un chasseur à pied tient son arc bandé pour percer un animal (V. la p. 268), de l’autre, un chien suivi d’un personnage à cheval , qui paraît être une femme , poursuit des quadrupèdes et des oiseaux qui se dirigent vers un engin carré, surveillé par un homme placé en arrière et prêt à se saisir des oiseaux, à mesure qu’ils seront pris dans le piège. Ceci rappelle la chasse aux ramiers dans les Pyrénées. Les extrémités du tombeau sont ornées d’une croix grecque et de
SCULPTURES SUR LES DEUX CÔTÉS DU TOMBEAU DE JAVARSAY , AU MUSÉE DE NIORT.
feuillages garnis de perles. Il n’est pas douteux que ce monument n’appartienne au XIIe. siècle ; on n’a pas de renseignements sur le per-
sonnage qu’il recouvrait , et , comme on l’a apporté du château de Javarsay, il avait déjà été déplacé, car il avait dû être érigé primitivement dans une chapelle ou une église.
Il existe au musée de La Rochelle, un tombeau encore plus curieux, peut-être; il était porté par six colonnettes (trois en avant, trois en arrière) lesquelles reposaient sur trois lions qui, eux-mêmes, se trouvaient sur un soubassement fait en pierre de Saintonge ( pierre de Crazannes) , comme le reste du monument.
La pierre tumulaire, de forme prismatique, a 1 mètre 95 centimètres
tombeau du xiie. siècle trouvé a laleu ( Charente-Inférieure ),
Tel qu’il existe au musée de La Rochelle depuis la suppression des colonnetfes.
de longueur sur une largeur de 55 centimètres à la tête, et de 50 centimètres seulement aux pieds. Ce sarcophage paraît avoir été adossé à un mur , la tête à l’Occident et les pieds à l’Orient. Cette disposition explique pourquoi les sculptures qui le décorent n’ont été placées que sur un des pans inclinés et aux pieds.
Les ornements, sculptés en relief, consistent en une espèce de fleuron, une croix grecque encrée avec un chapelet de perles au milieu T une palme perlée e t un marteau; il n’y a aucune trace d’inscription. Au-dessous du toit existe une bordure, ornée de cinq palmettes perlées auxquelles succèdent des feuillages. Aux pieds, on voit un feuillage à sept branches dont le dessin rappelle celui de la bordure.
Les colonneües, hautes de 33 centimètres, sont octogones. La base présente un cône tronqué , et le chapiteau une corbeille ; le fut est
droit sans ronflement. Les lions sont couchés et comme affaissés sous le poids qu’ils supportent. Les dalles du soubassement offrent , pour toutes moulures, un chanfrein et un socle. On croit que ce monument a été élevé à la mémoire d’un fondateur d’église , qui était à la fois architecte et ecclésiastique î les ornements gravés sur une des faces le font supposer. Ce tombeau a été décrit par M. Menut, de La Rochelle, membre de la Société française d’archéologie.
Ce fut au XIIe. siècle que l’on commença à sculpter la statue du défunt sur quelques tombeaux : les statues de Richard Cœur-de Lion, de Henri II et de sa femme, qui existent à Fontevrault, sont couvertes de peintures qui relèvent les draperies de leurs costumes. Ce sont les statues tombales les plus curieuses que je puisse citer du XIIe. siècle.