‹ Abécédaire, ou, Rudiment d'archéologie (architecture religieuse)Chapitre 85 sur 182 · COLONNE DE BRONZE, DITE COLONNE DU CHRIST, A HILDESHEI’Æ · texte numérisé non relu

COLONNE DE BRONZE, DITE COLONNE DU CHRIST, A HILDESHEI’Æ

devant le portail delà cathédrale, sur un socle carré en pierre, formant piédestal et haut de plus d’un mètre.

Objets destinés au culte.

Qu’avez-vous à dire des vases sacrés et autres objets destinés au culte , durant la période romane ?

Au XIe. et au XIIe. siècle surtout, les reliquaires, les vases sacrés, les crosses d’évêques et d’abbés devinrent d’une grande richesse. Nous ne citerons que quelques-uns de ces objets , ceux qu’on rencontre le plus habituellement dans les églises ou dans les collections.

Les coffrets en cuivre émaillé, dans le style byzantin, destinés à renfermer des reliques, sont assez communs. Ces coffrets ont presque toujours la forme d’une maison, ou d’une chapelle couverte d’un toit à double égout ; des émaux décorent le toit , les parois latérales extérieures et les deux extrémités ; on a figuré le plus souvent les apôtres et le Christ sur ces parois. Le Christ occupe ordinairement, à lui seul, l’une des extrémités ; les apôtres ou les saints ont été disposés sur les faces latérales. Je parle des reliquaires de petite dimension et dont la longueur est à peine d’un pied et souvent moindre ; il y en a quelques autres beaucoup plus grands, mais de même forme : comme exemple, je citerai la châsse de St.-Calmin , à Mozat, près Riom.

Cette curieuse châsse, d’une grande dimension, qui est figurée dans l’ouvrage de M. Malay , Sur les églises byzantines de l’Auvergne , se compose de planches en cuivre émaillé, ajustées sur une charpente, de manière à présenter l’image d’un cercueil à couvercle prismatique ou plutôt celle d’une église à deux pignons, comme les colfrets beaucoup plus petits dont je parlais tout-à-l’heure : elle contient les reliques de saint Calmin et de sainte Numadie , son épouse ; les peintures en émail représentent les différents actes de piété qui signalèrent leur vie , tels que la construction du monastère de Mozat , etc.

Des inscriptions expliquent ces tableaux. Deux d’entre eux représentent l’ensevelissement de Calmin et de Numadie, et leurs âmes figurées par des corps nus emportés au ciel par des anges.

Les châsses émaillées sont faites avec des planches de cuivre rouge, sur lesquelles le burin a creusé de nombreux vides remplis d’émaux de] diverses couleurs. Lorsque le cuivre paraît à la surface , il est doré et dessine des ornements d’architecture, des tiges de fleurs ou les nimbes des personnages. Les figures , ciselées ou le plus souvent

frappées au repoussoir, font saillie sur le cuivre. D’autres fois, les têtes seules sont saillantes , et le corps ou même le personnage tout entier est indiqué par un trait creux qui dessine les contours.

D’après les explorations de M. l’abbé Texier , le Limousin possède de nombreux reliquaires émaillés , de style roman. Il cite , comme les plus remarquables, ceux d 'Ambazac et de St.-Viame (Corrèze), dont les dimensions sont assez considérables ( 0m. 85 sur 0m. 73 de hauteur ) ; ceux de la Guêne ( Corrèze ) , de St.-Aurélien, à Limoges, et celui de Solignac.

On a renfermé les reliques dans des objets de formes diverses et de

différentes matières, quelquefois dans des cavités pratiquées au centre

des statues. Ainsi la statue, en bois doré, de la Sainte Vierge qu’on voit encore à Tournus, et qui, à en juger par le siège orné d’arcatures cintrées sur lequel elle est assise , aussi bien que par son costume , doit dater de la fin du XIIe. siècle, a dans le dos une petite armoire dans laquelle on renfermait des reliques.

Les statues en bois et en métal doivent être citées parmi les objets consacrés au culte ; ce sont souvent des œuvres d’art remarquables. Parmi les statues romanes en bois , on peut citer la Vierge noire de Notre-Dame de Dijon. Cette statue est maintenant couverte de vêtements , comme la plupart de nos Madones ; elle en fut momentanément dépouillée le jour de la visite faite , il y a quelques années , par le Congrès archéologique à l’église Notre-Dame : ce qui n’avait pas eu lieu depuis très-long-temps , et nous avons pu reconnaître qu’elle était représentée assise, comme toutes les Madones byzantines. Plus tard, quand on a recouvert de robes et de tissus la draperie sculptée de la statue en bois, on a voulu qu’elle fût debout; on l’a inclinée en avant pour lui donner en apparence cette position , et les vêtements dont on l’a couverte ont complété l’illusion. Dans l’origine aussi , la Vierge noire de Dijon , comme toutes les Vierges byzantines, tenait l’Enfant-Jésus sur ses genoux; on a fait disparaître cette statuette, qui s’opposait à la position qu’on voulait donner à la statue principale. Les traces de cet enlèvement sont faciles à reconnaître dans le dessin de M. V. Petit, que nous donnons p. 283 et qui fait voir la Vierge noire telle qu’elle s’est présentée à nos yeux, après l’enlèvement des vêtements qui la dérobent actuellement à la vue et n’en laissent voir que la tête ou plutôt le visage.

La Vierge noire de Dijon nous paraît plus intéressante que celle de Beaune , qui est aussi très-ancienne , également noire , et qui appartient au même type.

Ces monuments de la sculpture byzantine devraient tous être dessinés , étudiés et comparés ; nous en possédons encore une certaine quantité en France et dans les contrées voisines. Le moine Théophile donne, sur la confection des statues de ce genre, des renseignements curieux que je regrette de ne pouvoir reproduire , mais que j’indique à ceux qui voudraient les connaître.

La Vierge noire de la cathédrale du Puy-en-Velay devait , avant d’être refaite, offrir une grande ressemblance avec celles de Dijon et de Beaune. La Vierge de Rocamadour est aussi citée comme très-ancienne; mais toutes sont affublées de tissus , de robes et de dentelles qui ne permettent

LA VIERGE NOIRE DE DIJON ( Vue de face ).

pas cle les voir : pour les dessiner, il faut les dépouiller de tous ces accessoires , chose très-difficile sans la permission de l’autorité ecclésiastique supérieure.

Les crosses en cuivre émaillé du XIIe. siècle et du XIe. sont encore en assez grand nombre dans les collections. Dans la crosse de Robert d’Arbrissel, abbé de Fontevrault, déposée au musée d’Angers , et une autre qui existe au musée d’Amiens, la partie recourbée , formant la crosse proprement dite, imite le corps d’un serpent : les espèces d’écailles qui la recouvrent sont en émail bleu , entourées d’un bord doré. Le saint Michel et le dragon, en forme de salamandre , qu’il perce de sa lance sont dorés ; les yeux sont en émail ; sur le dos du dragon sont incrustées des turquoises.

Dans plusieurs autres crosses du XIIe. siècle, j’ai trouvé cette représentation de l’Archange frappant le dragon , et vraisemblablement l’adoption de ce sujet était emblématique des combats que livraient au malin esprit les chefs de la milice chrétienne ( évêques, abbés), auxquels ces crosses étaient destinées. D’autres crosses ressemblent à un serpent formant plusieurs tours de spire et n’offrent pas de personnage au centre.

Les fers à pains d'autel sont très-rares; on en connaît pourtant quelques-uns du XIIe. siècle : ce sont deux pièces en métal gravées en creux qui , en se rapprochant , imprimaient sur les deux côtés de l’hostie des figures religieuses , telles que la croix , la représentation du Christ, etc., etc.

Les ciboires en cuivre doré émaillé étaient fort en usage aux XIe. et XIIe. siècles. Voici la forme que j’ai trouvée le plus habituellement dans les collections. Le ciboire reproduit par l’esquisse suivante appar-

lient ü M. l’abbé Barraud , membre de l’Institut des provinces , à Beauvais.

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