‹ Abécédaire, ou, Rudiment d'archéologie (architecture religieuse)Chapitre 88 sur 182 · AGMINIBUS SUPERIS QUEM MISCUIT ARBITER ORBIS · texte numérisé non relu

AGMINIBUS SUPERIS QUEM MISCUIT ARBITER ORBIS

« La facture de ces vers , dit M. Aymar , les conjonctions de « certaines lettres, leurs formes particulières montrant un mélange de « capitales et d’onciales, indiquent une concordance d’époque très- « remarquable avec les deux belles portes qui , dans la cathédrale du « Puv , donnent entrée aux chapelles de St.-Gilles et St. -Martin ; « seulement l’ornementation est moins riche h La Voulte qu’au Puy. »

On doit à M. Le Blanc, bibliothécaire et membre de la Société française d’archéologie à Brioude, la description des portes de l’église collégiale de cette ville. Elles sont, dit M. Le Blanc, composées de deux battants rectangulaires , et ont été recouvertes, d’après les procédés indiqués par le moine Théophile , d’un cuir fort épais peint en rouge , sur lequel on a attaché des armatures en fer, au moyen de clous à tête saillante. Je présente un dessin de ces ferrures (Y. la page 298 ). Deux poignées en bronze, déformé ronde, complètent cette ornementation dans le centre. Des têtes aux yeux d’émail retiennent dans leurs mâchoires l’anneau servant à tirer les battants. Ces têtes sont accom-

pagnées d’inscriptions circulaires en vers latins. Ces inscriptions, restées long-temps cachées sous une couche de peinture et de poussière , ont été, pour la première fois, dégagées, en 1855, par M. Compagnon et par M. Le Blanc qui a fait exécuter des (fessins de ces boucles. Voici les inscriptions.

La première, autour de la tête d’homme, est ainsi conçue :

ILLECEBR1S ORIS CAPTOS FALLAX TRAHIT ORBIS (1).

La quantité indique qu’il faut lire ainsi le second vers, qui entoure une tête de chien :

ORIO REX ANIMIS VITAm DAT

spiritus oris :

Orion , roi , le souffle de ta bouche donne la vie aux âmes.

ea

PS

On ne serait pas embarrassé de citer des textes pour établir que , par Orion , le poète a entendu le Christ.

Ces portes, par leur forme carrée, par la simplicité de leurs ferrures, par le caractère paléographique des inscriptions, semblent plus anciennes que les portes de l’église d’Orcival ( Puy-de-Dôme ) qu’elles rappellent.

J’ai décrit, dans 1 e Bulletin monumental, la porte de l’église St.- Ambroise de Milan, dont les anneaux ont le plus grand rapport avec ceux de la porte de Brioude.

A Cologne, la porte de l’église Ste.-Marie-du-Capitole (transept Nord) peut dater du XIIe. siècle, à en juger par des moulures qui la décorent et servent d’encadrements à une série de tableaux carrés dans lesquels on voit l’histoire du Christ, sculptée en bas-relief. Ces tableaux sont au nombre de vingt-huit : quatorze sur chaque battant.

Mais il est bien rare de trouver des sculptures en bois remontant à cette époque.

(1) Le monde trompeur entraîne ceux que captivent les séductions du langage. Au moyen-âge , orbis , monde , signifiait les méchants , les réprouvés , propter multitudinem.

ÈRE ROMANE SECONDAIRE (PORTES EN BRONZE

TÊTES ET ANNEAUX DE BRONZE , A LA PORTE DE L’ÉGLISE SAINT- JULIEN DE BRIOUDE,

Au contraire, il nous reste un certain nombre de portes en bronze fondues au XIe. et au XIIe. siècle ; elles portent presque toutes leur date et montrent comment les bas-reliefs étaient disposés sur les battants des portes sculptées. La porte à deux battants de la cathédrale de Hildesheim, que j’ai examinée, remonte au XIe. siècle, ainsique le prouve l’inscription suivante :

ANNO DOMINICE INCARNATIONS MXV BERNWARDUS EPISCOPUS DIVE MEMORIE HAS VALVAS FUSILES

IN FACIEM ANGELICI TEMPLI OR MONIMENTUM SL1 FECIT SUSPENDI.

Chacun de ces battants de bronze est divisé en huit cadres, renfermant autant de tableaux en bas-relief.

Sur le battant droit, ces tableaux présentent la création de l’homme, sa chute, son expulsion du Paradis terrestre et plusieurs autres scènes de l’Ancien-Testament.

Sur le battant gauche, les huit tableaux se rapportent à l’histoire de J.-C. depuis l’Annonciation jusqu’à la Passion et à la Résurrection.

Les portes de bronze de la cathédrale d’Augsbourg ne sont pas moins curieuses que les précédentes : on y voit trente-cinq compartiments renfermant trente-trois bas-reliefs, et les anneaux de chacun des battants. Cette porte a été décrite par M. le docteur Franz Joseph Allioli.

Il y a des portes de bronze à Aix-la-Chapelle et dans plusieurs grandes églises d’Italie : une monographie comparative de tous ces monuments en métal serait très-intéressante.

Tissus.

Quels sont les tissus les plus remarquables de l’époque romane secondaire ?

On sait que la fabrication des tissus de soie fut concentrée dans l’Orient et le Levant, durant plusieurs siècles du moyen-âge, et que ces contrées fournissaient les riches étoiles dont se paraient les princes, la haute noblesse et le clergé. Il n’est pas facile de connaître la date précise de ces tissus.

Parmi les quelques chasubles que l’on fait remonter à l’ère romane secondaire, on peut citer celle de St.-Rambert-sur-Loire, décrite par M. l’abbé Bouet.

ÈRE ROMANE SECONDAIRE (TrSSÜS).

Cette chasuble, fermée de toutes parts, n’a qu’une ouverture dans la partie supérieure, à peine suffisante pour laisser passer la tête du

prêtre. Elle n’est pas écliancrée comme les chasubles actuelles ; les côtés cependant sont un peu arrondis et ont environ k centi-

mètres de moins que la bande centrale. Elle va en s’élargissant jusqu’aux extrémités inférieures, qui ont assez d’ampleur pour que le prêtre puisse, au moment de la célébration des saints mystères, la relever sur les bras, et que cependant le devant et le derrière continuent de retomber presque jusqu’à ses pieds. Elle n’a pas non plus la raideur de nos chasubles modernes ; mais, comme un manteau léger et soyeux, elle retombe autour du corps en plis larges et ondoyants. Son ornementation est riche, simple et gracieuse : sur un fond de soie, des filigranes d’or dessinent de gracieux compartiments, dans lesquels sont relevés, en or, alternativement deux colombes et deux lions alfrontés, aux formes pures et bien arrêtées. Les compartiments sont interrompus par une bande, d’environ 10 centimètres de largeur, qui descend des deux côtés de l’ouverture jusqu’au bas de la chasuble. Cet ornement sacerdotal n’a que 1 mètre 5 centimètres de hauteur.

Les tissus les plus précieux, l’or, les pierreries, les broderies les plus exquises, les peintures les plus délicates furent prodigués dans l’ornementation des chasubles. Des débris des anciennes mosaïques , les miniatures des plus anciens manuscrits et le récit des écrivains qui les ont décrites , les représentent ainsi dès les premiers siècles de

l’Église.

L’ornement le plus saillant et le plus ordinaire de la chasuble antique était une bande partant de l’extrémité inférieure jusqu’à l’ouverture supérieure ; là elle se divisait pour contourner celle-ci, se!

réunissait de nouveau et descendait jusqu’à la partie inférieure) dorsale , ressemblant parfaitement au pallium archiépiscopal. Dom De;

Vert prétend même que c’était le véritable pallium ancien , qui , plus tard , fut réduit aux simples, bandelettes. Dans les anciennes' chasubles, c’est pour l’ordinaire sur ces bandes qu’étaient prodigués les plus précieux ornements.

Le tissu que voici a été trouvé dans un tombeau , présumé du XIIP. siècle.

Il existe à Troyes un manuscrit recouvert d’un tissu très-ancien qui , malgré son état avancé d’usure , a pu être dessiné.

Ce tissu porte des oiseaux affrontés et ressemble à d’autres déjà cités dans le Bulletin monumental.

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