ÉPOQUE. — PÉRIODE CARLOVINGIENNE
NOUS venons de voir, par ce qui précède, comment on peut distinguer et classer les monuments chrétiens des premiers siècles correspondant à la période mérovingienne. Examinons maintenant quel fut Tétat de Tart durant l'ère carlovingienne et jusqu'au XI« siècle.
Il est probable que, depuis le V<> siècle, l'art de bâtir, imitation servile de rarchitecture gallo-romaine, avait plutôt perdu que gagné, lorsque le génie de Charlemagne vint imprimer une nouvelle impulsion aux arts et aux lettres. Il est très-difficile de savoir exactement quels changements se manifestèrent alors dans l'architecture: les opinions sont sur ce point assez divisées; mais le grand nombre d'églises et d'abbayes élevées en France, sous ce prince, imprimèrent nécessairement un grand mouvement. Le charmant fragment de l'abbaye de Lorsch, qu'on voit sur le chemin de Manheim à Darmstadt, et qui
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FRAGMEnT DE L'ABBATE DE LOBSCH.
date de l'an 776, olTre des chapiteaux composites et des pilastres
ioniques, qui montrent qu'à celle époque encore on imitait assez correctement l'antique.
L'état prospère auquel les arts étaient parvenus ne put se maintenir clans les temps, moins heureux, qui suivirent le règne de Charlemagne. Les dissensions intestines et les malheurs sans nombre qui résultèrent de l'invasion des Normands, amenèrent bientôt une décadence marquée dans l'architecture : on vit s'éteindre, à la fin du IX* siècle et dans le X*, le talent des architectes, en même temps que les lumières de l'ancienne civilisation, ranimée par Charlemagne.
Des recherches approfondies , une analyse rigoureuse de certains édifices présentant des parties du IX* siècle, mélangées à des parties moins anciennes, une étude sérieuse des documents historiques se rapportant aux différentes reconsiructions de ces édifices, ont permis ù M. Alf. Ramé, de Rennes, d'indiquer à quels caractères on peut reconnaître les monuments des IX« et X* siècles , et de les distinguer des édifices plus anciens.
Les judicieux aperçus dont je parle ont fait l'objet de deux mémoires publiés dans le t. XXVI du Bulletin monumental^ et nous allons indiquer à quels principes de classification ils peuvent donner lieu.
D'abord M. Ramé trouve dans la crypte de St-Aignan d'Orléans quelques parties qu'il n'hésite pas à attribuer au IX« siècle. Il y constate la présence d'un appareil beaucoup plus long que haut, d'une grande régularité, et cite l'emploi de cet appareil, que j'appelle appareil allongé^ dans d'autres édifices se rapportant à la même époque.
Les pilastres formant une faible saillie aux extrémités septentrionale et méridionale du mur de la confession^ qui est séparée de la crypte et placée à l'ouest de celle-ci comme à St-Queiitin, à St-Avit et dans d'autres cryptes anciennes, sont couronnés par un tailloir dont voici l'esquisse ( V. la page suivante).
Un des caractères de ces tailloirs , c'est, comme le fait remarquer M. Ramé, la présence d'une espèce de cartouche peu saillant (c) étendu en application sur le biseau légèrement concave , mais dont les bords , plus étroits que le biseau , ne sont d'aucun côté tangents à ces arêtes ; parfois même ce premier cartouche en reçoit en application un second plus étroit que lui ( Voir la figure B ).
M. Ramé considère les tailloirs ornés d'un cartouche en application comme un des caractères les plus certains de l'époque carlovingîenne.
DE CADMONT. ABÉCÉDAIRE d'aRCHÉOLOGIE.
La figure ci-jointe montre comment les sculpteurs carlovingiens disposaient les moulures et les car- \ ^^-i^:;^^^^^^^^^^"""^"-^,^ /
louches sur les trianp:les du biseau correspondant aux petites faces de pied-droit : ces cartouches sail- j J lants étaient coupés perpendicu- 1 " ' lairement dans tous les sens avant j d'atteindre les arêtes du triangle i qui les renferme. La même coupe existe dans les chapiteaux analogues n'offrant pas de cartouches appliqués (V. C, p. 79).
Quant aux chapiteaux, qui fournissent toujours des caraclèrcs précieux pour Tarchéologue , M. Ramé a trouvé que si les ornements et les feuillages des chapitaux des IX' et X* siècles sont ceux employés dans la première moitié du XI* siècle, il sont néanmoins exécutés avec un faire particulier qui n'est pas celui des monuments du XI' siècle ( St-Germain-des-Prés, Morienval, près Élampes, St- Benoît-sur-Loire, monuments contemporains du roi Robert}.
Pour le prouver, M. Ramé a décrit, dans le BuUelin monumcntat^ des chapiteaux que nous allons reproduire, et qui résument assez bien rornemenlalion primititc de la crypte de St-Aignan d'Orléans.
PAUTIES r>D MARTYHICy. I>E SaINT-AMI, A OKLÉaNS.
Le premier a un abaque strié et orné du carlouclie caractéristique. La corbeille a un espcct presque mérovingien : les feuillages engainants de la base sont travaillés comme dans certains chapiteaux de Jouare et de St-Jean de Poitiers ; mais on voit la maladresse du sculpteur qui, ne sachant plus dégager la volute du chapiteau , la représente en profil et la rabat des deux côtés de l'arête angulaire. Une couche de ciment, démesurément épaisse, sépare Tabaque de la corbeille, et le chapiteau du fût qui le supporte.
Déjà l'astragale fait partie du chapiteau, taudis qu^auparavant, et
DE CADMONT. ABÉCÉDAIRE d' ARCHEOLOGIE.
es DES CnVlMTrACS DE UA CRTPTE Ot SUST-A»CVi>.
ÈRE ROMANE PRIMITIVE ( PÉRIODK CARI.OVINGIENNE). 81
dans les monuments romains , il forme bourrelet à l'extrémité supérieure du fût et qu'il a pris à même celui-ci.
Un second chapiteau a une silhouette plus élancée; M. Ramé a remarqué que son galbe reproduit celui de trois chapiteaux de St- Généroux qui affectent la forme d'une pyramide renversée ; les arêtes angulaires sont abattues à une petite distance de l'abaque et remplacées par une face étroite et allongée , de sorte que la corbeille passe ainsi du carré à l'oclogoue. Les volutes simulées du profil laissent place, entre elles, ù une rose qui occupe toute la partie cubique de la corbeille et en forme la décoration principale. L'abaque n'offre plus l'application du cartouche.
Un troisième chapiteau (p. 80) reproduit, avec des formes plus trapues, l'ornementation du second. La partie supérieure est identique, seulement, au lieu de reposer sur une pyramide à huit pans, elle est supportée par une rangée de palmeltes grossières.
Ces palmettes se trouvent employées à Germiny-les-Prés et à St- Généroux.
Les chapiteaux historiés ou ù personnages se montrent dès le IX'" siècle: on en voit un dans la crypte de St-Aignan. Auparavant on n'avait guère admis que l'ornementation végétale avec quelques figures symboliques.
En résumé, M. Ramé attribue une partie de la crypte au commencement du IX'' siècle, époque à laquelle l'église St-Aignan futreconstruite par Charlemagne. La confession^ les gros piliers, les petites piles centrales et tous les murs latéraux de la crypte dateraient de cette époque.
Il attribue aux restaurations devenues nécessaires, à la fin du IX* siècle ou au commencement du X* , après les ravages des Normands, les voûtes que supportent les piliers et qui recouvrent le collatéral de l'abside et les travées les plus orientales.
Les restes de la vieille église St-Front, de Périgueux, qui remonte au moins au X* siècle, et qui précédent aujourd'hui l'église à coupoles, montrent, comme les parties anciennes de St-Aignan, des joints épais et saillants , des claveaux réguliers cunéiformes. Les roses qui se trouvent sur presque tous les chapiteaux de la crypte de St- Aignan y sont semées à profusion.
M. Ramé a fait aussi un examen sérieux de la crypte de St-Avit d'Orléans, que j'avais décrite, de mon côté, dans le Bullelin monumental. Celte crypte doit remonter également à une période antérieure nu
DE CAUMONT. ABÉCÉUAIRE d'aRCHÊOLOGIR.