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goût. Pour les marbres, les bronzes, les tentures, les décorations de tout genre , on chercha de nouveaux motifs dans les formes élégantes et sveiles du style que, quelques années auparavant, les artistes qualifiaient de barbare et de gothique.
Certes , l'homme qui a exercé sur son époque une influence aussi considérable doit tenir une place dans l'histoire du SIÈCLE, et ce mouvement était dû à M. de Caumont. Que Ton ne vienne pas dire, en effet, que d'autres avaient suivi la même carrière, car la publication du Cours d'antiquités a devancé de huit années tout ce qui a paru sur le même sujet en France.
Par la fondation de la Société des Antiquaires de Normandie en 1824, M. de Caumont avait imprimé une activité considérable, dans celte province, aux études archéologiques.
Plus tard, il voulut communiquer celte impulsion aux autres provinces par la création d'une Société archéologique embrassant tout le territoire français.
Dès l'année 1829, plusieurs sociétés savantes et divers archéologues de l'ouest et du nord de la France, se réunirent pour réclamer près du ministre de l'Intérieur contre les décisions municipales qui devaient entraîner la démolition d'un certain nombre de monuments précieux. C'est ainsi que cette association, improvisée sous l'inspiration de M. de Caumont, se signala surtout en 1832 en sauvant par ses réclamations le baptistère Saint-Jean de Poitiers, monument du V^ siècle, unique en France, que la municipalité voulait démolir pour élargir une rue.
Cependant l'association qui s'était spontanément formée entre les archéologues du Poitou, du Maine, de la Touraine, de la Normandie, etc., etc. , avait d'autres services à rendre. Elle comprit que sa mission était grande : elle fit un appel à tous les hommes de cœur qui voudraient coopérer à son œuvre, et après avoir étendu ses rameaux sur presque tous les coins du royaume, elle s'organisa définitivement, en 1833, sous le titre de Société française d'archéologie pour la conservation et la description des monuments nationaux.
Le Congrès archéologique de France , fondé par cette Société, a constamment offert un grand intérêt depuis l'année 1834. M. de
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Caumonl Ta vivifié par ses enquèles aicliéologiijues si intéressantes, qui , tout en réunissant de précieux matériaux pour l'histoire de l'art dans chaque province, donnent lieu à un véritable enseignement oral toujours infiniment profitable pour les hommes réunis à l'appel de la Société.
Des livres distribués, des médailles et des encouragements décernés par la Société, donnèrent une grande impulsion h l'enseignement archéologique qu'elle avait recommandé dans les écoles et les séminaires.
Administrée avec la plus sage économie, la Société française d'Archéologie . qui n'a d'autres fonds que ceux provenant de la cotisation annuelle de ses membres , a pu cependant voter bon nombre d'allucalions pour aider à restaurer des édifices intéressants et pour faire des fouilles.
De pareils résultats devaient mériter à M. de Caumonl les récompenses honorifiques les plus ilatleuses. Ainsi, en janvier 1833, il était élu correspondant de l'Académie des Inscriptions et IJelles-Lettres, et, en décembre de la même année, il était, à la demande de ^]. Guizot, nommé chevalier do la Légiond'IIonneur ; en 1844, il recul la croix d'officier de l'Ordre royal de Belgique, el successivement la décoration d'officier de l'Aigle Ivouge de Prusse, sur la présentation du célèbre comte de llumboldt , les décorations de St-xMaurice de Sardaigne , de l'Kloile polaire de Suède.
Peu de temps après, S. M. le roi Maximilien envoyait à M. de Caumont, avec une lettre autographe, la croix de St-Michel de Bavière, le roi de Hollande le nommait commandeur de la Couronne de Chêne des Pays-Bas, Sa Sainteté Pie IX le décorait de son ordre, en lui adressant un bref dans lequel il donnait une haute approbation à ses publications.
Enfin, les délégués des Sociétés savantes de France, réunis en congrès à Paris en 18GI , ont fait frapper une médaille à son elfigie qui lui a été solennellement oli'erle.
A tant de témoignages honorables, nous n'avons plus qu'à ajouter les éloquentes paroles (juc prononçait M. le comte de
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Monlalemberl dans une séance publique du Congrès archéologique de France.
L'illuslre membre de l'Académie française , après avoir présenté un tableau rapide et saisissant du mouvement archéologique développé en France, terminait ainsi sa belle improvisation :
« Ainsi donc, Messieurs, ayons confiance et réjouissons-nous. « Certes, nous aurons encore à lutter contre les dédains des uns, « contre la mauvaise volonté des autres, et surtout contre la parte cimonie d'un trop grand nombre de corps constitués. Nous verce rons encore démolir ou dénaturer plus d'un monument digne « d'admiration ou d'intérêt ; mais sachons bien que notre cause est « gagnée. Il nous restera le devoir et le mérite de la persévérance '< dans l'œuvre commencée, il y a vingt ans, sous peine de la voir " dégénérer et s'éteindre. Mais tout annonce qu'elle durera et que « nous verrons de plus en plus ce que nous voyons déjà, c'est-à- « dire notre art ancien et historique compris, étudié, restauré et <- appliqué jusque dans les moindres détails, depuis les voûtes « aériennes qui couronnent nos églises, jusqu'aux carrelages his- « tories et émaillés destinés h remplacer ces tristes dalles noires et V blanches qui leurservent de pavé moderne. Bientôt la flèche de la « Sainte-Chapelle, en se dressant de nouveau au centre de Paris, « dans la plus belle position qu'offre peut-êlre aucune ville du « monde, viendra témoigner à tous que Thcure de la renaissance « de l'art catholique et national a définitivement sonné.
& Sans doute, dans cette renaissance, tout n'est pas irrépro- « chable : on peut beaucoup critiquer et se moquer dédaigneu- ;« semenlde telle tentative avortée, de telle exagération puérile. ' Mais, comme je l'ai dit ailleurs, on peut avoir raison dans le dé- « tailet se tromper sur l'ensemble. Les échecs partiels ne changent « rien au résultat général. Quoi qu'on fasse, la marée monte, le •- flot marche. On ne voit pas bien ce qu'il gagne à chaque moment « donné. Dans ses mouvements réguliers, mais intermittents, il « semble reculer autant qu'avancer, et cependant il fait chaque « jour sa conquête imperceptible, et chaque jour le rapproche du « but marqué par la Providence, Messieurs, la justice exige que (c nous sachions rendre un hommag3 légitime à ceux qui ont été " les auteurs et les principaux instruments de colle régénération.
X PREFACE DE L EDITEDR.
.< Parmi eux, il esl Irois noms qui se recomni ancien l sans réserve à « voire reconnaissance et à celle de la poslérilé. Je ne crois pas me « laisser égarer par l'amilié en réclamant une place hors iignepour « M. Riol, dont le livre, jusqu'à présent unique sur la peinture chré- « tienne en Italie, a initié tant de lecteurs et de voyageurs aux plus <^ pures merveilles de l'art religieux. Vous connaissez tous M. Di- « dron , son infatigable activité , son dévouement un peu belli- « queux à notre cause, ses publications, qui ont tant fait pour (( répandre dans le public, et surtout dans le clergé, le goût et Fin- « telligence des trésors qui nous restent. Mais, avant loul, vous « rendrez liommage avec moi à M. de Caumont, au fondateur de « nos Congrès. Le premier, lorsque nous étions tous, les uns dans « Tenfance, les autres dans l'ignorance, il a rappelé en quelque ^< sorte à la vie Part du moyen-âge ; il a tout vu^ loul étudié, loul « deviné, tout décrit. Il a plus d'une fois parcouru la France entière (t pour sauver ce qui pouvait être sauvé, et pour découvrir non- V. seulement les monuments, mais ce qui était plus rare encore, les <^ liommes qui pouvaient les aimer et les comprendre. Il nous a « tous éclairés , encouragés, instruits et rapprochés les uns des « autres. Qui pourrait dire les obstacles, les mécomptes, lesdé- « goùls de tout genre contre lesquels il a dû lutter pendant celte « laborieuse croisadede vingt-cinq années? Lus honneurs auxquels « il avail droit, en France, ne sont pas venus le trouver. Sachons « lui en tenir lieu par notre afleclion, notre reconnaissance, notre « respect. Je lisais l'autre jour dans l'admirable livre de M'"'^ de « Staël, intitulé : Dix années d'exil, qu'en arrivant à Salzbourg « elle avait vu une grande route percée dans le roc par un arche- V véque, et, à l'entrée de ce vaste souterrain, le busle de ce prince « avec celle inscriplion : Te saxa îoquuntur. Messieurs, quand <. nous élèverons un busle ou une statue à M. de Caumonl, nous » y graverons ces mots : Te saxa loquuiitur ! Et ces pierres, ce 0 seront les monuments de noire vieille France, c'est-à-dire les « plus nobles pierres qu'on puisse voir sous le soleil. »
F. LE BL.^NC-UARDKL,
Mevibre Je la Société fvtinçais^c d'ArchfoIoQÎe.