ÈRE ROMANE SECONDAIRE (COI.ONNES LT PILASTRES
fouillés et tapissant le fût depuis la base jusqu'au chapiteau. Celle riche ornementation, dont plusieurs exemples existent en Italie (cathédrale de Pise, baptislère, etc., etc. ), se rencontre dans les arcades du cloître Sl-Aubin d'Angers , dont presque toutes les colonnes sont couvertes de moulures variées.
Évidemment , ces rinceaux sont imités de ceux que l'on voyait sur quelques colonnes de la période gallo-romaine , et telles qu'on en voit encore une à l'arc-de-triomphe de Besançon.
La même tilialion peut être indiquée pour d'autres colonnes divisées, à différentes hauteurs, par des espèces de cercles que j'ai observés quelquefois, notamment dans l'église St-Sauveur de Nevers.
Ces colonnes rappellent celle qu'on rencontre à Tarc-de-triomphe de Besançon , déjà cité ; mais ces fûts sculptés sont exceptionnels et employés surtout dans les grandes entrées des églises.
Pilastres.
LES pilastres qui , dans beaucoup de provinces, sont restés unis et sans moulures, ont, dans d'autres , été décorés de cannelures, de riches chapiteaux , et ils ont remplacé les colonnes. Ce système paraît s'être développé en Bourgogne, dans le Bourbonnais, dans le diocèse de Langres, dans
une partie de la Suisse et le long du Rhône : les cathédrales d'Autun et de Langres, et la grande église de la Charilé-sur-Loire , celle de Paray-le-Monial , eu fournissent des exemples remarquables.
UK CAUMONT. AnECKOAlRE D ARCHEOLOGIE.
Plusieurs antiquaires pensent qu'il faut chercher Torigine des pilastres cannelés des monuments de la Bourgogne , dans rinlenlion qu'on a eue d'imiter les pilastres gallo-romains qui décorent les portes d'Arroux et de St-André , dans la ville d'AutuD. A Langres, les arcs-de-lriomphe gallo-romains sont aussi décorés de pilastres cannelés, et cet exemple a pu déterminer les architectes de la cathédrale à se servir de pilastres, imitant en cela les modèles antiques qu'ils avaient sous les yeux.
Parmi les autres églises dans lesquelles on observe des pilastres cannelés, on peut citer celles de Ton mus, de Si«-Ménehould , de Souvigny, de Beaune, de Cluny, les cathédrales de Lyon, de Génère et de Lausanne (chœur), celle de Vienne, etc., etc.
Il en existe aussi à Chàlons-sur*Saône'; dans l'église de Semur , on
voit des pilastres dont voici rcMiuisso ; l'un d'eux est orné de galons enlacés.
ÈRK IIOMANE SECONDAIRE ( COLONNES ET PILASTRES ). 201
PAETIE DE tX 6ATHÉI)1>ALE UE LANttBES AThC PILVSTRES CASSELÉS.
DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE d'aRCHÉOLOGIE.
Bases.
ON employa aux XI« et XII" siècles deux espèces de bases : la base atlique et la base formée d'un simple chanfrein, ou d'un tore aplati, qui répond à la base toscane ou à la base dorique. Dans beaucoup
de monuments à date certaine du XI* siècle, on trouve la base formée d'un simple chanfrein, quelquefois garni de zigzags ou de fretles crénelées ; mais la base atlique est généralement usitée au XII* siècle.
Des bases sur l'origine desquelles il ne peut guère rester d'incertitude, et que je n'ai jamais trouvées antérieurement au XII* siècle, pré- cuANFBEin orsé de FBETTEI CRÉHEIÉES. sentent un épanouissement très-sensible du premier tore et sont ornées de moulures figurant des perles ou des pierreries. On en voit de sem-
fiwi
IW^Wc^^EE^
blabics dans la cathédrale de Genève, en Bourgopue, et dans les régions où le style roman secondaire a brillé du plus vif érial.
Les bases du XII' siècle sont aussi très-souvent munies de pattes, ou
de feuilles qui les rattachent aux angles du piédestal carré sur lequel elles reposent.
M. l'abbé A. Martin fait remouter au VIII» siècle l'origine des pattes des socles des colonnes. Il cite, à Aix-la-Chapelle, parmi les débris antiques, des socles de bases carlovingieones dont les angles supérieurs sont déprimés, sans doute afin de ne rien laisser perdre à la vue des tores si richement ornés, sous la Décadence romaine, a En parant à un « incouTénient, dit M. Marti tin, cette dépression en u faisait naître un autre. La u partie déprimée était peu u agréable à voir : on lui a substitua son contraire , « c'est-à-dire des ornements u en saillie, qui furent plus vi tard transformés en pattes « ou feuilles. >»
Un caractère qui semble être particulier à la première moitié du XI* siècle est la baguette peu accentuée qui dissimule les parties anguleuses des tailloirs ; cette baguette se remarque, à Nevers, dans la crypte de St-Cyr et dans la chapelle de S"-Julitte ; on la voit dans les cryptes de St-Étienne
DE C.\UMONT. ABÉCÉDAIRE Ii'aBCHÉOLOGIE.
d'Auxerre, et dans l'église de St-Savinien de Sens. M. l'abbé Crosnier indique les dates précises de la construction de ces édifices : la crypte de St-Cyr et la chapelle de S'*-Julitle sont de 1028 , la crypte d'Auxerre de 1038, et l'église de St-Savinien de Sens est aussi de 1028 ; or, ces trois églises, placées à distance les unes des autres , portant le caractère qii vient d'être signalé, les angles dissimulés par des baguettes
D«SES ET PIEOcSTACX DES COLONISES DE Lk CRTPTE DB SlI^T-CTn, A RETERS.
peu accentuées, pouvaient donc être considérées comme présentant le type des bases de celte époque, au moins pour la contrée où elles se trouvent placées.
Piédestaux.
UN grand nombre de colonnes sont assises sur un socle peu élevé ; mais , au XII* siècle , on appporta plus de recherche dans cet accessoire des colonnes.
En Auvergne, dans le midi de la France, en Italie, les colonnes h fût détaché ont quelquefois des piédestaux que je ne sauraismioux comparer, pour la forme, qu'à plusieurs in-folios empilés les uns sur les autres ; on en trouve de semblables en Sicile , notamment dans le cloître de Montréal.
Les piédestaux les plus ordinaires se composent de plusieurs larmiers en retrait qui s'élèvent plus ou moins au-dessus du soL
Cliapiteaux.
j-Tv u M» et au XII* siècle, le chapiteaux sont extrêmement variés J^^Y et d'un grand intérêt.
Un des chapiteaux du XI* siècle les plus simples , et en môme temps les plus communs, est celui-ci, qui se compose seulement de deux
r.llAPlTI-Al DD XI* SlkCLK.
larges feuilles recourbées en volute ; on le trouve particulièrement dans le nord-ouest et dans le centre de la France.
Les chapiteaux cannelés, ou godronnés, ne sont pas rares non p4us dans le nord-ouesL
On peut voir, page 206, d'autres chapiteaux présumés du XI*" siècle.
Sur les bords du Rhin , le chapiteau cubique arrondi en-dessous
est assez commun ; on le rencontre dans toute l'Alsaoe et même audelà de la chaîne des Vosges ; quelques-uns sont couverts de moulures d'un beau style (Voir les pages 207 et 208 ).
DE CADMONT. ABÉCÉDAIRE d' ARCHÉOLOGIE.
Ss, 1» H
C >nnar<l «i» K
CHAPITE\CX CDBIQCES ORNIT ( ROM VN CF."; >UM(JtB ).
DE CAUMONT. ABKCh'DAIRE o'ARCnKOLOGIK.
Des monstres ailés , enlacés par leurs extrémilé postérieures , s'élancent vers les ang;les et mordent des guirlandes qui dessinent le contour de la corbeille ; de gracieux enlacements couvrent les autres parties du chapiteau. L'abaque est décoré de guirlandes et de palmettes.
Le chapiteau cubique que voici , plus long et conséquemment plus lourd que les précédents, vient de l'église de Rosheim (Bas-Rhin), dont nous avons précédemment donné une esquisse (p. 178).
i:?( IMS Cii\i''Tr»i\ vr I "m.i isr Di r.oviiriM ( r tt-iiiiiN ),
Le chapiteau stiivaut, qui se trouve au musée du Mans, surmontait une col(Uinc monocylindrique d'un grand diamètre , dans une église
ÈRE ROMANE SECOXOAIRr: ( CHAPJTF.AUX ) 209
qui n'existe pins : on y remarque rornenienlalion corinthienne du
style roman, Irès-Iargemenl cocçue et telle que nous la Irouvo quelquefois dans l'ouest et dans le centre de la Franco.
PS
DR CAL'MONT. ABKCf.DAinK D'ARrHKOI.OGIF.
Le chapiteau que nous figurons ici apparlient à un style un peu plus avancé, au roman poitevin à feuilles contournées et perlées, dont l'Anjou et le Poitou offrent tant d'exemples au X1I« siècle.
Parmi les plus riches et les plus élégants que je connaisse, se rapportant à ce type, on peut citer les chapiteaux de l'église de St- Jean de Parlhenay, dont plusieurs m'appartiennent aujourd'hui.
CBirnEvO K0M4> , DANS LE Mt$EE DC U (Hi.
Le magnifique chapiteau suivant, avec sis aigles dont les serres sont mordues par des serpents, provient de l'église Sl-Marlin de Nevers; c'e^t un des plus élégants que le MI' siècle ait produit».
u Jf
Ces chapiieaiix ti ceux qui viennent ensuite appartiennent plus particulièrement au Xll« siècle; l'ornementation végétale, les enrou-
\\ 'mHi I
nnîannTTT.^cr.rtr.n.^.., .-;HmiinT.i..-imim
I u' ' I ■;''.>vv>'-'A>.'.>Vj\)J/;^\;-j^.^n.v,v,i/^^"i'
lemenls et les galons perlés y dominent : ce sont les plus élégants. Rien de plus remarquable, sous ce rapport, que les trois chapiteaux suivants, qui appartiennent au roman bourguignon.
ïM. 212
DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE d'aRCHÉOLOGIE.
cn^riTEiCX aoMiiii nuit or la •ocaGO(.>c.
On appelle cliopiteanx historiés ceux qui offrent des sujets religieux en bas-relief, comme le suivant, sur lequel on voit le sacrifice d'Abraham.
Il est, enfin, une classe de chapiteaux fort intéressants par la bizarrerie
de leurs figures. Ce sont des monstres de différentes 'formes et dans différentes postures. On a cru découvrir des symboles dans ces divers
214 DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE o' ARCHÉOLOGIE.
sujets figurés, mats j'ai toujours trouvé les explications données un peu
trop conjecturales pour être ici reproduites : que l'étude continue, el peut-être arrivera-t-on à des interprétations plus salisfiisantcs.
Quelques savants pensent que les influences Scandinaves ont dû jouer un rôle dans le système décoratif des X« et XI* siècles, et l'abbé A. Martin avait essayé d'expliquer certaines sculptures au moyen des croyances Scandinaves. M. Hucber, du Mans, fait, de son côté, des recbercbes dans ce sens ; mais il n'est pas encore temps, je crois, de formuler des principes.
Voûtes.
T> *^s beaucoup d'églises romanes il n'y avait de voûtes en pierre \/ qu'aux absides: pour le reste, la cbarpenle du toit restait visible ou elle était cachée par un lambris en bois.
Les architectes éprouvaient de la difliculté à établir les voûtes lorsqu'elles étaient un peu larges. Je connais un très-grand nombre d'églises de cette époque qui n'ont été vofitées qu'aux XIU', XIV«, XV' siècles, et d'autres qui ne le sont point encore ; mais il est juste de dire que les artistes habiles el hardis surmontèrent heureusement les obstacles. Le moyen qu'ils employèrent fut de diviser, comme on l'avait fait anciennement, les voûtes par parties carrées, et de diriger la pression sur des points correspondant 5 des piliers, des faisceaux de colonnes, etc., etc., et de former ce que nous appelons des voûtes (farde. Plus lard, principalement au XII* siècle, ces voûtes furent consolidées au moyen d'arceaux en pierre de taille, conduits en lignes diagonales.
ÈRE IlOMANK SKrONDAinF (VOUTES).
Quoique les architecles aient tiré un grand parti des arceaux croisés pour la consoli(^on des voûtes, ils oui aussi souvent négligé de s'en servir; beaucoup d'églises du Poilou et de la Sainlonge (St-Hilaire et Notre-Dame de Poitiers, St-Eulrope, à Saintes) ne m'ont présenté que des arcs parallèles dans les voûtes cintrées, que M. Willie nomme voûte$ en wagon ; je pourrais en dire autant de beaucoup d'églises de l'Auvergne, du midi de la France, etc., etc.
Les arceaux croisés diagonalement produisent le meilleur effet dnns^nj
VOtTKB AVUC AnCKACX f.ROISFS.
IJouet ciel.
les voûtes, et l'on peut encore les considérer comme un des éléments
DE CADUONT. ABÉCÉDAIRE d'aRCHÉOI.OGIK.
E, b^a-ot doi.
TOCIES DK
t'ÉClUl Dl P414T-II-MOJIUI (MOt-lI-tOial).
de la décoration de nos églises ; le plus souvent, ils soni taillés eu loniie de tores ou boudins.
A St-IVfaurice d'Angers, les arceaux sont couverts d'un chapelet de rosaces, que j'ai retrouvées dans d'autres constructions de la fin du XII« siècle.
Dans quelques églises, à Sl-Germer, par exemple, ces tores sont enrichis de diverses moulures :
galons, losunges, zigzags, broderies, etc.
Quelquefois, quoique raremeut, les points d'intersection des arceaux arce.ct nr yotte, » SM-sT-r.riiv.u. sont ornés de fleurons formant clef de voûte.
CLEF DE VODTE , A S VINT- GERMF R.
Pour diminuer la poussée, on a, dans quelques églises, eu soin d'exhausser les voûtes et de leur donner la forme d'un fer-à-cheval. Les voûtes des ailes, dont la portée était beaucoup moins considérable et qui ne présentaient pas la même difficulté d'exécution, ont été disposées de manière à soutenir la voûte centrale. Cos ailes ont, en effet, dans les
DE CAUMONT. ABKCKDAinF. D ARCHKOf.OGIE.
églises dont je parle, une hauteur presque égale à celle de la grande uef et semblent avoir été élevées jusque-là pour servir de contreforts à la voûte principale. Ainsi, dans quelques édifices, la voûte des ailes ou celle des galeries qui les surmontent ne forme qu'un quart de cercle qui vient s'appuyer en arc-boutant sur les murs de la nef, un peu audessous du niveau des impostes de la voûte magistrale.
On ne peut mécoiinaitre dans cette di*<po?ition l'origine des arcsboutanls, qui jouent un si grand rôle dans l'architecture à ogives.
Au centre du transept, où il y avnit ordinairement une tour, les voûtes prenaient souvent la force ovoïde, et se rapprochaient plus on moins des coupoles adoptées en Orient.
Coupoles.— Une coupole est une?oûte qui représente la moitié d'une sphère, et qui, comme une calotte, couvre les diflerenles parties des nefs, le transept, etc., etc.
D»ns une môme église, il fillait plusieurs coupoles pour couTrir la nef, le transept, le chœur. A St-Front de Périgueux , il y en a cinq ; il y a des églises orientales qui en offrent un nombre plus considérable.
Pour établir ces coupoles arrondies sur des murs dont les divisions devaient toujours offrir des carrés, on plaçait, entre les arcs, des
ÈRE ROMANE SErONDAIRE ( VOUTKS KN COUPOLe), 219
pendentifs qui étaient disposés de manière à former avec eux, à la