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CHAPITRE V

LES caractères tic rarchilecture romane primitive ou style lotin sont multiples, et, pour les mieux saisir, il sera bon d'adopter la méthode analytique, c'est-à-dire, d'étudier la forme des églises cl d'examiner ensuite séparément chaque membre du corps archilecloniquc : V appareil , les colonnes et les pilastres, les corniches, Vcntabkment , les fenêtres, les portes, les ornements intérieurs et extérieurs , etc.

Vu le petit nombre de types, les généralités qui vont suivre s'appliqueront à la période entière du roman primitif, que nous diviserons pourtant en deux parties, en groupant dans la première tout ce qui paraît caractériser l'état de l'art avant le IX* siècle.

^oriïie des premières églises.

PniMiTivEMENT Ics églises chrétiennes ont été calquées sur les basiliques romaines.

Les basiliques servaient à la fois de tribunaux et de bourses de commerce. On s'y réunissait pour parler d'affaires ; quelques-unes pouvaient aussi contenir des étalages de marchandises, comme nus halles ou nos bazars.

A l'intérieur, deux rangs parallèles de colonnes ou de pilastres divisaient rédifice en trois parties inégales, dans le sens de la longueur.

La galerie centrale était la plus large et la plus élevée ; elle était occupée en partie par les marchands, les plaideurs, les avocats, en partie par le peuple. Les plaideurs et les curieux se plaçaient aussi à

DE CAUMONT. ABÉCKDAIIIE d'aRCHÉOLOGIE.

droite et à gauche, dans les deux ailes latérales.

A rextrémilé de ces trois galeries il y avait un espace peu profond qui , comme dans nos tribunaux actuels , était réservé exclusivement aux avocats, aux greffiers et aux autres officiers de justice, et qui se terminait par un enfoncement semi-circulaire placé vis-ù-vis de la galerie centrale. C'était au milieu de cet hémicycle que s'asseyait le président ou premier juge, ayant à ses côtés les juges assesseurs.

Les basiliques une fois transformées en églises, il ne fut pas difficile d'adapter les cérémonies religieuses à la disposition du local.

L'évêque ou le prêtre qui officiait, entouré des prôtres assisl;ints, se plaça au fond de l'hémicycle appelé tribune^ où étaient auparavant les juges, sur un siège, cailiedra, ordinairement en marbre, et qui s'élevait au-dessus des bancs en pierre adossés à l'abside destinés aux autres prêtres : de là il dominait et présidait l'assemblée. L'espace réservé aux avocats , entre l'hémicycle et les nefs , devint une enceinte privilégiée pour les chantres et les ecclésiastiques; il prit le nom de chœur : l'autel fut placé à peu près entre le chœur et le près bij ter ium ou tribune.

En avant de l'autel on plaça une chaire , que Ton appela ambon ,

A . -^^ X,rnn^ B

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dans laquelle on montait de deux côtés différents (A, B) et où l'on venait lire l'épître et l'évangile.

feRE nOMANE PKIUITIVÊ ( FOR Ml- DES ÉGLISES ). 7

Les galerhîs ou nefs des basiliques furent occupées par les fidèles : le côté droit était celui des hommes, et le gauche celui des femmes.

Lorsqu'il y eut deux ordres de colonnes dans la nef centrale, et qu'il régna une galerie au-dessus du premier ordre, ces espèces de tribunes furent réservées aux veuves et aux vierges qui se consacraient à la prière.

Pour rappeler les temps de persécution où les fidèles célébraient les mystères dans les Catacombes , sur les tombeaux des martyrs, on creusa sous l'aulel un caveau dans lequel on déposa les restes des chrétiens morts en odeur de sainteté.

Ce caveau fut appelé la confession, en mémoire des martyrs qui avaient versé leur sang pour confesser la foi chrétienne, et dont" il contenait les reliques.

Les Catacombes élaicnt , comme tout le monde le sait, des galeries souterraines auxquelles les Romains avaient donné le nom A'Ayeuariiv , parce qu'elles avaient été creusées pour extraire des matériaux et de la pouzzolane, espèce de sable volcanique que l'on employait pour la confection des mortiers.

Ces galeries se ramifient à l'infini sous la campagne de Rome et forment, à une certaine profondeur au-dessous du sol, une multitude de chemins dans les directions qu'affectaient les matériaux exploités pendant des siècles.

Ce furent ces espèces de labyrinthes que les premiers chrétiens choisirent pour prier secrètement en commun , mais surtout pour inhumer les saints, les martyrs et ceux qui appartenaient à la communion chrétienne ; car il existait probablement déjà des oratoires dans la ville.

On trouve dans les Catacombes des espèces de chambres ( cubicula) qui ont pu servir à la célébration des mystères. Le tombeau d'un martyr {titulus , memoria, co?j/*cs.sio) adossé au mur servait d'autel ; c'était sur ce tombeau, recouvert d'une dalle de pierre, que le saint saci ifice se célébrait. Des lampes , suspendues à la voûte ou attachées aux murailles , éclairaient ces réduits souterrains.

La forme des basiliques ne fut pas exclusivement adoplée pour les églises. Il y eut, dès l'origine, quelques églises circulaires : telle fut entr'aulres celle de St-Élienne-le-Rond , à Rome , qui remonte au V« siècle. Cette forme fut adoptée pour l'église bâtie à Jérusalem , sur le St-Sépulcre, par l'impératrice Hélène, et elle paraît avoir

DE CALMONT. ABECEDAIRE D ARCHEOLOGIE,

I'LA> DE SALNTE-C0?iST4NCE HOKt LES HCtS , A ROME.

élé préférée , dès les premiers temps, pour les églises dont on faisait des chapelles funéraires.

La forme circulaire et , plus fréquemment encore, la forme octogone furent aussi adoptées pour les baptistères , qui étaient des édifices distincts, près des églises , et dont on parlera bientôt.

Les églises bâties en Occident, au V* siècle, offrirent des innovations partielles dans le plan des basiliques. La plus notable, peut-être, fut l'apparition des transeptSt c'est-à-dire l'élarçissement que prit le voisseau entre l'abside et les nefs, de manière à donner au plan de l'édifice la forme d'une croix. Quelquefois aussi, au lieu d'une seule abside , on en fit trois de proportions différentes , on mit leur diamètre en rapport avec la larçeur des nefs vis-à-vis desquelles elles étaient placées.

Plusieurs églises très -anciennes se terminent par deux absides, l'une à l'Est, l'autre ù l'Ouest , et les extrémités du transept étaient aussi semicirculaires : c'est ce que prouvent le plan de l'église souterraine de St-Laurent de Grenoble , probablement du V* siècle ; celui de l'église de Germiny-Ics-Prés, du 1\« , et d'autres encore que je pourrais citer.

$tl>T-PAlL UOBS LIS yiK&, A KUMC.

Le plan des églises en Orient fut différent de celui des églises d'Occident. Quand Constantin eut transporté à Bvzance le siège de l'Empire, et qu'il voulut y fonder, sous l'invocation du Fils de Dieu, un temple auquel il donna le nom de S^*'Sophie , on reproduisit vrai-

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