‹ Abécédaire ou rudiment d'archéologieChapitre 67 sur 113 · XX · texte numérisé non relu

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MOIAIQCU DK rO:<»S ùt TITRktt.

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Les buntures »opt aussi assci variée* : clle« offrent des feuillef recourbéeè en crochets ; <lcs enlrrlac* dessinant de« encadrcmenU elliptiques, ou centre et aux extri-D)ilé< dcsqurN sVpanooitscnt des

6TYI.F, OGIVAL l'HIMITlF ( VITRAUX PEINTS ).

palmellcs; des feuillapos de difft'rcnls genres, recourbés à leurs entrémiles et offrant des formes analogues à celles que l'on trouve dans certaines moulures de la (in du XII' siècle.

Quant aux couleurs, c'est le vert, le rouge et le hUu qui dominent. Ces trois couleurs principales s'harmonisent très-bien entr'elles et produisent un très-bel effet. On a employé le jaune, le brun et quelques autres nuances, avec sobriété.

On vit aussi, au XIII* siècle, des vitraux en grisailles, c'est-à-dire dont

le fond blanc était couvert de dessins et d'entrelacs noirs ou gris. Ces Titres, moins chères que les vitres à personnages, produisaient aussi, dans les églises, un clair obscur d'un effet agréable : elles sont ordi-

518 DE CAl'MONT. ADÉctOAlRE d'aRCHÉOLOGIK.

Dairement divisées et relevées par des bandes dessinant des encadrements elliptiques, en losange, etc., et se détachant en noir, quelquefois en verre de couleur sur le fond. Le spécimen précédent est tiré d'un des vitraux de ce genre les plus élégants que j'aie rencontrés, dans la cathédrale de Chartres.

Les vitraux de couleur se sont multipliés partout, au XIII* siècle, avec une rapidité surprenante. L'abbé Lebœuf fut étonné d'en trouver une si grande quantité dans les églises du diocèse de Paris, quoique de son temps on en eût supprimé déjà beaucoup, pour obtenir plus de jour. Nous en voyons encore dans presque toutes les églises un peu considérables de la première période ogivale. Il faut donc qu'au XIII« siècle il y ait eu un grand nombre d'artistes occupés à la fabrication et à la composition des vitraux.

Si la f.ibrication de ces verrières occasionnait des frais considérables, on avait alors de grandes ressources dans les villes pour subvenir à la dépense : non-seulement les riches seigneurs, les abbés et les autres dignitaires du clergé, mais encore toutes les corporations d'ouvriers concouraient au vitrage des é;^lises : chaque corporation fournissait une vitre entière ou un panik-au de vitre, et c'était l'usage de fiçurer au bas du vitrail, au-dessus des autres tableaux, les numbres des corporations avec leurs attributs. Ainsi, au bas des vitres données par les poissonniers on voit, comme à la cathédrale de Rouen, des poissons exposés sur des tables, et des personnages présidant à la tente ; la corporation des changeurs est figurée par des hommes comptant de l'argent sur une table (Chartres); celle des bouchers^ par un boucher tuant un bœuf (id.); celle des boulangers, par un homme portant du ])ain ou en vendant (id.); celle des maréchaux, par des ouvriers ferrant un cheval et battant une enclume (id.) ; celle des cordonniers, par des personnages dont l'un taille le cuir et l'autre coud des souliers (id.).

On voit beaucoup d'autres industries ainsi repriseDtécs au bas d n vitres de Chartres, ce qui prouve que toutes les corporitions d'arts ci métiers y avaient contribué.

Les évèqucs et les abbés, les barons et les cbeTaliers, sont représentés de même au bas des verrières qu'ils ont données.

Celle espèce de signature, que l'on trou\e nu bas de tlRItCt Ici Titres, est irès-iniportanle à examiner, puisqu'elle indique infklfnhlei&enl qo^ n furent les donateurs*

Dans les fenêtres composées de lancettes sormoatèa d'ui m T>^^

STYl.i: OGIVAL rniillTIF (VITUAUX PFINTS). 519

l'image du donateur a quelquefois été encadrée dans la rose qui forme le couronnement de la fenêtre; c'est ainsi qu'à Chartres, on voit, représentés dans ces vitres circulaires, des rois, des ducs, des comtes, des barons, bienfaiteurs de cette cathédrale, revêtus de leurs armures, montés sur des chevaux richement harnachés et caparaçonnés, ayant leur écu chargé d'armoiries ; mais celle place me parait avoir été réservée aux grandes notabilités de Tépoque.

Non-seulement on voit, sur les vitraux du XIII* siècle, des tableaux qui nous montrent l'histoire légendaire des saints patrons, mais ou y retrouve la plupart des sujets qui décorent les façades des édifices le plus richement sculptés. Les cathédrales qui, comme celles de Chartres et de Bourges, avaient une si grande quantité de fenêtres complètement closes en verre, offraient aux peintres d'Immenses surfaces à remplir; ils metlaient également à contribution, l'Ancien-Tesiament, l'Apocalypse, les légendes et tous les emblèmes alors admis par les théologiens.

Confection des vitra lx. — C'était au peintre verrier à faire la distribution des tableaux qui devaient former chaque fenêtre, et des fonds sur lesquels il devait les placer: sur les mesures données, il devait établir son dessin et l'arrêter eu couleurs sur ces cartons. Le trait du contour des figures qu'il avait à peindre devait y être formé si exactement que les pièces nombreuses dont chaque panneau était composé, rapprochés les unes des autres, en ayant soin de laisser entr'elles la place de l'épaisseur du plomb , pussent remplir avec justesse l'espace auquel le panneau de verre était destiné.

Ces cartons, qui devaient coûter beaucoup de peine et d'attention, étaient soigneusement conservés et servaient à la confection de plusieurs vitraux destinés à des églises différentes. Aussi trouve-t-on, dans des vitres du XIII* siècle éloignées les unes des autres, les mêmes sujets reproduits de la même manière et provenant des mêmes cartons.

Pierre Le Viel avait fait la même remarque. 11 cite des vitraux du XIII* siècle, identiques de dessin et d'exécution, dans les églises de St-Étienne de Limoges, de Clermont-Ferrand, de Cambray, de Poissy, etc., etc.. Les mêmes verriers devaient transporter, suivant les besoins, leurs ateliers dans différentes villes. La signature Clemens vitrearius Carnotensis, qu'on lit ù Rouen sur une des verrières de la cathédrale, nous apprend que l'artiste qui lésa faites était de Chartres; la confection des nombreuses verrières de la cathédrale avait dû occuper des peintres longtemps dans cette ville: il y avait vraisemblablement là une école.

520 DE CALMO.NT. AfiécÉDAIHK d'aRCHÉOLOGIF..

Les vitraux du XIII' siècle sont toujours composés de pièces de petite dimension, parce qu'alors l'art était privé de plusieurs ressources importantes dont il se servit plus tard, telles que les moyens d'étendre le verre en grandes feuilles et celui de diriger à propos les coups de feu, plus ou moins violents , par l'action desquels les substances colorantes pénétraient ou teignaient superficiellement les pièces découpées qui entraient dans la composition de la verrière.

Souvent les pièces se brisaient au feu ; or, moins elles étaient grandes, moins on avait ce danger à redouter ; et, si la fracture arrivait, il était plus facile et moins coûteux de les réparer.

La difficulté que, faute d'employer le diamant, on éprouvait alors pour tailler le verre, et qui occasionnait aussi des fractures, était encore une des causes de remploi des pièces de petite dimension : cet emploi, il faut le dire, donne aux grandes verrières du XIII* siècle une solidité considérable, et nous lui devons la conservation des vitres nombreuses qui nous restent de cette époque. Ces vitraux ont une telle solidité qu'ils peuvent résister à des chocs violents : j'ai vu des enfants s'exercer longtemps à jeter sur eux des pierres sans parvenir à les crever.

La mise en plomb des panneaux terminée, il fallait placer ces différents morceaux dans les fenêtres qu'ils étaient destinés à fermer, et les assujettir solidement avec des barres de fer scellées dans la pierre; ces barres de fer s'appellent armatures; elles entraient quelquefois dans le système du dessin, en suivant le contour des médaillons ou encadrements renfermant des personnages.

Q-éograph.ie du style og-ival primitif.

On trouve en France un très-grand nombre d'églises appaiteoaot an style ogival primitif, mais elles ne sont pas également réparties dans toutes les provinces.

Les observations que j'ai faites, celles que plusieurs obserraleun ont entreprises de leur côté, ont démontré depuis longtemps déjà que le style ogival du XIII* siècle, tel que je viens de le décrire, derient de plus en plus rare à mesure qu'on s'avance du Nord vers le Midi, ooolrée dans laquelle il a eu beaucoup de peine à s'acclimater. Des obserratioos, faites il 7 a trente ans, m'avaient |)orté à circonscrire la réfioo où l'architeclure ogivale a pris son plus grand déTcloppcmenl par une ligne idéale embrassant la Normandie, le Maine, l'Orléauais, la Touraine, le pajs

STYLE OGIVAL PRIMITIF ( GÉOGRAPUIt). 521

Charlrain, l'Ile-de-France, la Champagne el le nord de la France. Celte circonscriplion n'était pas d'une exactitude rigoureuse: elle devra recevoir des modifications ; mais nous pouvons provisoirement l'admettre pour ramener nos divisions géographiques aux termes les plus simples.

Ainsi, dans cette région, le style ogival s'est développé dès le commencement du XIII* siècle avec les caractères que j'ai indiqués. Nous le voyons timide encore, mais cependant avec ses formes et ses combinaisons bien arrêtées dans la nef de Fécamp, bâtie à la fin du XII<^ et au commencement du XIII' siècle, par l'abbé Radulf, mort en 4 220, dans la cathédrale de Noyon et dans celle de Sens, en partie du XII« siècle. Le beau chœur de la cathédrale de Bayeux, plus avancé que la nef de Fécamp, s'élevait aussi dans la première moitié du XIII* siècle; vers le môme temps, nous voyons surgir nos plus belles cathédrales gothiques, telles que celle de Chartres qui, commencée dans le XII« siècle, fut achevée et dédiée en 1260, par Pierre de Maincy, soixante-seizième évoque; celle de Reims commencée, peu de temps après 1210, par le célèbre architecte Robert de Coucy ; la cathédrale d'Amiens commencée en 1221 ; enfin les cathédrales de Paris, de St-Denys, d'Auxerre, de Tours, du Mans, de Séez, de Rouen, de Lisieux et tant d'autres églises qui appartiennent, au moins en partie, au XIII^ siècle, et aux dernières années du XII*.

Sous saint Louis, cette architecture atteignit son apogée par l'emploi des larges fenêtres, des sculptures les plus fines et les plus pures, des formes les plus harmonieuses; la chapelle que ce prince ajouta à son palais, en 12^5 (la S'*-Chapelle de Paris), fait époque dans les annales de l'architecture française. De ce moment, le principe d'élévation et de légèreté fit des progrès rapides et le style ogival revêtit les formes les plus gracieuses.

Ainsi, sans chercher d'autres exemples, la S**-Chapelle de Paris que tout le monde connaît, nous montre l'état de l'art à la fin de la première moitié du XIII* siècle dans les provinces situées au nord de la Loire. L'architecture ogivale était moins avancée dans les autres régions que nous avons citées en parlant de l'architecture romane.

Si nous prenons d'abord l'Alsace et les provinces rhénanes, cette région à\i roman-germayiique j nous pourrons affirmer qu'une grande partie des édifices de ce pays> dans lesquels le style ogival se montre à peine, où le style roman prédomine, appartiennent au XIII' siècle. Le roman de transition régnait encore sur les bords du Rhin, lorsque, sur quelques points de la France, le style ogival était déjà brillant d'élégance et de légèreté.

522 DE TAUMONT. ABKCÉ.DAIRE D'AnCHÉOLCGIE.

Il résulte des obserralions faites par les antiquaires allemands, et de celles que j'ai pu faire moi-même, qu'au XIII" siècle, on n'employait point, au moins généralement, le style gracieux et léger que nous trouvons dans nos cathédrales d'Amiens, de Reims, de Chartres et de Paris, style qui régnait aussi en Angleterre, où il a reçu la dénomination d^ ancien anglais (early english).

Il faut dire toutefois que certains édifices exceptionnels nous montrent le style ogiral à peu près aussi avancé que chez nous. Telles sont l'église Notre-Dame de Trêves, élevée vers 1227, et diverses parties de la cathédrale de Cologne, commencée en 12^8. Mais ces basiliques dont le style est si différent de celui qu'on a employé pour la plupart des édifices contemporains, ont très-vraisemblablement été construites par des compagnies d'ouvriers étrangers et élevées sous la direction d'artistes ou d'architectes qui appartenaient à TËcole française. Ce fait, que j'avais annoncé en i837, a été depuis prouvé, d'une manière toutà-fait satisfaisante, par le savant baron de Roisin, de Trêves.

Le retard dans l'adoption du style ogival, au XIII' siècle, et la persistance de l'arcbitcclure romane, parallèlement au style ogival primitif, sont remarquables aussi en Lorraine et dans le pays Messin.

La formation complète du genre gothique a été également plus tardive dans les provinces du centre que chez nous ; et si l'on s'avance plus au sud, dans le Lyonnais et le Dauphiné, les monuments de ce style deviennent de plus en plus rares. Il est vrai que certaines égiisn du premier ordre font exception ; mais leur rareté confirme la supposition que je faisais tout à l'heure pour expliquer le stvie arancé delà cathédrale de Cologne ; elles sont l'œuvre de corporations formant une école ù part et composées d'iiommes étrangers au pays.

Dans le midi de la France, Tarcbitecturc de transition, cette époque de fusion entre le style roman qui finit et le style ogival qui commence, ne se manifeste qu'au XIII' siècle, comme en Allemagne. Alors seulement l'ogive, tout en gardant une cerlaiiie lourdeur, un caractère el des détails romans, commence ù prédominer et ù revêtir deslbmet^i lui sont propres. Les édifices qui appartiennent inconte^lableateat aa XIII* »iècle offrent un mélange continuel de cintres et de tien-points, d*ornemcnls bizantins et ogivaui, de formes posantes et élaaeêei. S'il y a quelques exceptions, parmi les monuments du XIII* rièdc da aiidl de la France, elles sont dues à des causes étrangères an pays.

Si de la Provence nous nous transportons dans les autres provinces du Sud, et que ntéme nous remontions vers TAq^HaiM de Nord,

STYLE CGIVAL l'HIMIÏlF (gÉOGRAPHIE). 523

remarquerons que, pendant que, dans l'Jle-de-France et les provinces voisines, le style ogival était en usage et complètement formé, il n'était pas compris par les artistes qui commençaient à l'employer dans ces contrées méridionales.

L'ogive dans leurs édifices produit l'elTet d'un élément étranger et bizarre : elle ne se marie pas avec les autres parties des constructions ; elle y vient en corps, pour ainsi dire y et non en esprit; l'arc pleincintre est devenu aigu sans que ces proportions aient été changées : il n'est ni plus étroit, ni plus élevé, et la pointe qui le termine est souvent si peu prononcée qu'il faut un œil attentif pour l'apercevoir. Du reste, l'architecture est resiée la même. Les colonnes sont courtes et rares, les chapiteaux carrés, historiés, ù feuilles grasses ou à enroulements ; les ornements, imités de l'antique ou barbares; les façades sont toujours percées de larges portes cintrées ou d'une ogive à peine sentie, surmontées d'un fronton à peine plus exhaussé que les frontons antiques; les tours sont rares et massives (1).

M. Parker, d'Oxford, est persuadé que l'architecture romane persiste et résiste à l'art ogival, suivant certaines directions correspondant aux principales lignes de communication avec l'Italie fréquentées au moyeu-ûge, tandis que l'architecture ogivale s'avance en sens contraire entre ces lignes, formant elle-même des courants au milieu des régions romanes du Midi, Cette théorie ingénieuse a été développée dans le Bulletin monumental (2).

Ce coup-d'œil , beaucoup trop rapide sans doute, suffit cependant pour limiter approximativement la région dans laquelle naquit, en France, et se développa le style ogival primitif; et déjà il conduit, comme on le voit, à préciser dans quelles contrées était le siège principal de l'école architcclonique ù laquelle nous devons les basiliques ogivales élevées au XIII* siècle.

Si nous analysions l'architecture à plein-cintre qui régnait, au XI I« siècle, dans les contrées où le style ogival parait s'ôtre d'abord développé, nous verrions que des combinaisons habituelles dans ce pays, et fort rares ou complètement inconnues dans les autres, préparaient insensiblement aux innovations que devait consacrer irrévocablement l'architecture ogivale. Ainsi, dès la lin du XI» siècle, nous trouvons en Normandie et ailleurs, et aussi en Angleterre, des colonnes

(1) V. M. lîenouvier, Sur le style ogival dans le midi de /<» France,

(2) Depuis la premibre édition Ue VAbécédairef M. Vlollet-lc-Duc, dans son Dictionnaire raisonné de l'architecture française, a (lonnv5 des renseignements étendus sur la géographie des styles.

524 DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE D'aBCBÉOLOGIE.

de différents modules disposées en faisceau sur les piliers, tandis que les régions d'Outre-Loire ne nous offrent habituellement que des colonnes cantonnées en croix sur les quatre faces du pilier; nous voyons, au nord de la Loire, ces colonnes s'élancer en faisceau jusqu'à la nabsance des voûtes, caractère frappant du style gothique.

Si nous comparons les fenêtres aiguës du XIII* siècle a\ec les fenêtres semi -circula ires du XI' et du XII', nous pourrons remarquer que les lancettes géminées nous représentent absolument, sauf la forme aiguë des arcades, les cintres géminés, si souvent employés dans l'architecture romane; les fenêtres disposées trois à trois, telles qu'on en voit à la fin du XII* siècle et au XIII', nous rappellent aussi les cintres disposés de même dans le siècle précédent.

La distribution des arcades et des portes est, à peu de chose près, la même dans le XIII* siècle que dans les siècles précédents.

Quant aux ornements, on peut dire que les trèfles, les qualre-fcuillcs et quelques autres habituellement employés dans le XIII* siècle s'étaient montrés dans le XII*.

L'usage des toits élevés, présentant une inclinaison favorable à récoolement des eaux pluviales, prévalut de bonne heure dans le Nord, et c'est une des causes qui durent puissamment influer sur l'adoption de l'arcade en pointe.

Nous pourrions pousser beaucoup plus loin notre examen comparatif, si ce court aperçu ne suflisait pour prouver que beaucoup d'éléments du nouveau style étaient compris dans l'architecture romane de la dernière époque.

11 n'est pas moins extraordinaire que presque partout cl presque en même temps on ait abandonné, dans la région du Nord, lo cintre pour l'ogive, l'ancien système pour le nouveau.

Il est évident qu'une grande révolution avait lieu dans l'art et dans les idées. En même temps que le travail de transformalioo s'opère dans les grandes églises du XII 1' siècle, ou reconnaît que l'unité dascrojranoes se dessine, que la liturgie se perfectionne cl que l'iconographie se régularise. La cathédrale du XIII* siècle embrasse dans soo enceinle un assez grand nombre de chapelles pour donner place aui uinls qui avaient auparavant i\ei églises particalièret. Toat le groupe, se classe, se développe. L'iconographie embraie rhiatoire complète de l'humanité, ses croyances, se» passions, ses vices, tes veiius, en méaae temps que ses connaissances scientifiques. L'églbe derient PexpresftioQ aussi complète, aussi large que possible, de la glorMktUoB de Dieu et du sentiment religieux.

STYLE OGIVAL PRIMITIF ( MOYKNS d'EXÉCUTION ). 525

Jugement qu'on doit pohter sur L'ARceiTECXunE nu xin« siècle. — A mon avis, le XIII" siècle est la belle époque de l'archileclure ogivale. Dès le XI V', il y eut moins d'harmonie dans l'ensemble : l'arcliilecture perdit de son élévation; on remarque plus de recherche et moins de naïveté dans les figures.

Il faudrait être complèlcinent dépourvu de goût et de sensibilité pour contempler sans émotion l'effet magique de nos belles églises du XIII* siècle. Les heureuses proportions observées par les architectes dans la forme des arcades et des fenêtres, la vaste étendue des nefs, ces murs aériens sur lesquels on a semé les découpures et les élégantes broderies; toutes ces merveilles de sculpture et de hardiesse, rehaussées par la clarté mystérieuse d'un jour que les vitraux peints ont terni, impriment à l'âme un sentiment éminemment religieux.

Et lorsque, placé sous le portique d'une cathédrale, l'œil saisit tout l'espace du temple, parcourt la nef centrale, glisse avec étonnement sous ces voûtes ù la fois légères et gigantesques pour venir se perdre dans le lointain où apparaît le rond-point, on ne peut se défendre d'une vive exaltation, d'une sorte de tressaillement; l'aspect d'une basilique frappe les sens, comme le ferait une poésie sublime ou une belle mélodie.

Si de l'intérieur on passe à l'extérieur, on n'est pas moins charmé des proportions à la fois vastes et gracieuses du vaisseau, de l'élégance des tours, de la profusion des clochetons, des arcs-boulants et des contreforts.

L'examen le plus superficiel suffit pour convaincre qu'une pensée prédomine dans les monuments du XIII^ siècle, savoir : rélancement, la direction vers le ciel. Celle forme pyramidale qui se produit dans toutes les parties dominantes des édifices, non-seulement dans les frontons, les tours, les clochetons, mais encore dans les fenêtres ù lancettes, contribue beaucoup à donner aux basiliques une apparence de hauteur qu'elles n'ont pas toujours en réalité. C'est aussi de cet accord dans les formes que naissent l'harmonie et l'unité qui distinguent si heureusement les monuments de la première époque ogivale.

Il suffit d'observer sans prévention l'aspect magnifique des grandes églises élevées par les architectes du moyen-âge, pour se convaincre que le style ogival du XIII* siècle convient à nos temples, auxquels il imprime un caractère solennel, que n'offrent point en ce genre les imitations plus ou moins heureuses de l'architecture antique.

526 DE CAUMONT. ABÉCÉDAinC d'aRCHÉOLOGIE.

Moyens d'exécdtio.h. — Le clergé possédait des revenus considérables, et quelquefois il pouvait entreprendre de grands travaux sans réclamer de secours étrangers. Mais il lui fallut bien souvent recourir à l'assistance des fidèles : alors il trouvait dans le zèle extraordinaire, dans Tenlhousiasme inconcevable qui animait les esprits, de telles ressources en tout genre, qu'au lieu de se borner à construire de nouvelles églises et à réparer les anciennes, on en renversait quelquefois de très-solides pour les réédifier d'après les règles du style ogival. Non contents de contribuer par des offrandes à la construction des basiliques, les fidèles se rendaient en foule dans les lieux où l'on en élevait, pour prendre part aux travaux les plus pénibles. C'était une sorte de pèlerinage qu'on entreprenait pour racheter ses fautes et pour obtenir des grâces spirituelles.

Dans une lettre écrite, en !li5, aux religieux de l'abbaye de Tultebery, en Angleterre, Haimon, abbé de Sl-Pierre-sur-Dive , peint l'empressement avec lequel on se livrait à ces actes de dévotion.

Haimon rapporte que, pendant la nuit on allumait des cierges sur les chariots, autour de l'église en construction, et qu'on \plllaif en chantant des hymnes et des cantiques.

Enfin, il nous apprend (et ceci est intéressant à noter) que le pieux usage de se réunir, pour travailler à la construction des i^lises, avait pris naissance à Chartres, à l'occasion des travaux qui furent faits ù la cathédrale de cette ^ille; que d'autres réunions eurent lieu, peu de temps après, à St-Pierre-sur-Dive pour aider à construire l'église de celte abbaye, cl qu'ensuite de semblables congrt'galions se fonnèrenl dans toute la Normandie, surtout dans les tieur oit Coh élevait det temples sous l'invocation de la Sainte-} ierge (t).

On trouve aussi dans une lettre de Hugues, archevêque de Rouen, écrite en 1145 ;'» Thierry, évéque d'Amiens, des détails sur ces fraudes réunions d'ouvriers bénévoles :

« Les habitants de Chartres (dit l'archoTtquc de Rouen) ont concouru ù la construction de leur église en chnrrinni dos matériaux ; Nolre-

(1) Huju» sacrie ln«tttut!onis rltus apud Cârur • «t In-

choatu». ac deludc In nostr» vlrtatlbu» Innunirrls . — r

totam fcrc Normanulam longe latcque eonvaluit n H

mlscriconHa; dlcata, priccipaî occupavtt (Annales de i'ttritt de *atHt i t. VI, p. 394).

Il est à rf marquer qu'on cul pour la Salntc-Vicrgfl noatr^-- ',

\ partir du XIM ilbclc: c'eut à cctie ««poquc que l'on comme i . a chapelle qui lui était dtMl<5e de plai vaatra dirocnaîant qn'aai aulrr^.

STYLE OGIVA;. PRIMITIF (MOYENS d'eXI^XUTION). 527

Seigneur a récompensé leur humble zèle par des miracles qui ont excilé les Normands à imiter la piété de leurs voisins. Nos diocésains ayant donc reçu notre bénédiction se sont transportés à Chartres, où ils ont accompli leur vœu.

u Depuis lors, les fidèles de notre diocèse et des autres contrées voisines ont formé des associations dans un but semblable; ils n'admettent personne dans leur compjgnie, à moins qu'il ne se soit confessé, qu'il n'ait renoncé aux animosités et aux vengeances et ne se soit réconcilié avec ses ennemis.

a Cela fait, ils élisent un chef, sous la conduite duquel ils tirent leurs chariots en silence et avec humilité (1). n

Mais cette foule qui venait travailler par corvée à la construction des églises n'avait aucune notion d'architecture ; elle agissait évidemment sous la direction des architectes (2), et ceux-ci devaient être fort nombreux, puisqu'on bûtissait partout avec tant d'ardeur au XII» et au XIII« siècle.

Il paraît que, dès celte époque, les maçons ou tailleurs de pierre se réunirent en compagnies, qui avaient leurs statuts et leurs chefs, et qui allaient s'établir dans les lieux où il y avait des édifices religieux à construire.

Quand on considère la perfection et l'uniformité des monuments du XIII* siècle, on ne peut douter qu'il n'existât parmi les architectes une doctrine bien arrêtée et des connaissances beaucoup plus étendues (lu''on ne Ca supposé pendant longtemps.

La découverte de l'Album de Villard de Honnecourt, architecte du X1II« siècle (3), parmi les manuscrits de la Bibliothèque impériale, est venue prouver celte proposition que j'établissais, en 1830, en professant mon Cours d'antiquités.

(!) Voir le reste de cette lettre dans un mémoire de M. Hichomme sur l'abbaye de Sf-Pierre-sur-Dive.

(2) Les travailleurs bénévoles étaient principalement occupés à transporter les matériaux. Plusieurs antiquaires attribuent h la diificultc que l'on devait

éprouverhvoiturer les pierres, le volume peu considérable qu'elles offrent presque tontes dans les constructions du moyen-ÛKe ; il fdut compter aussi pour beaucoup la facilité que l'on trouvait à manier des pierres d'un petit Tolnrae, surtout lorsqu'il fallait les placer dans les pyramides et dans les murs élevés des églises.

(3) Villard de Honnecourt, dont les feuillets de l'.Mbum nous révèlent le nom, florissait dans le second tiers du XIIF sibcle, et construisit le chevet de Notre-Dame de Cambrai. Il visita les cathédrales de Laon , de Keims qu'il étudia avec soin, puis celles de Chartres, de Lausanne, et poussa ensuite ses pérégrinations jusqu'en llontjrie.

528 DE CAUMONT. ABéc^DAlRR d'aRCHÉOI.OGIE.

Ce précieux manuscrit a été publié : les pages où Villard de Honnecourt consigna les souvenirs graphiques de ses vojages et les résultats de sa pratique, révèlent une foule de faits que l'on était loin de soupçonner, et de méthotles de construction qui dénotent des connaissances plus avancées qu'on n'en avait accordé aux hommes de cette époque : on peut en juger par le fac-similé de cet Album (1) et par le Commentaire de M. Lassus, terminé, depuis la mort de cet habile architecte, par M. A. Darcel, membre de la Société française d'archéologie.

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