STYLE OGIVAL SECOMDAIRK (ICONOGRAPHIE
Iconograpliie et statuaire.
ROIS retrouvons, au XIV* siècle, les sujets qui ont été représentés en bas-relief au XIII^ Nous n'avons donc rien à ajouter à ce que nous avons dit précédement.
Si les statuaires du XIV« siècle sont plus habiles que leurs devanciers, leurs figures ont souvent moins de naïveté. On s'attache plus aux petits détails et moins à l'effet général : les draperies sont quelquefois un peu tourmentées.
Jusqu'au XIII» siècle, on avait représenté encore assez souvent la Sainte- Vierge assise, portant l'Enfant-Jésus sur ses genoux (V. la page 253 ) ; on pensait alors que la Mère de Dieu devait recevoir, assise, les hommages des fidèles, et qu'il n'était pas digne d'elle de se tenir debout. A partir du XIV« siècle , on la figure presque toujours debout , tenant l'Enfant- Jésus sur le bras. On remarque un mouvement de hanche qui ne se voit guère au XIII* siècle.
Nous donnons une statue de la Sainte-Vierge portant la date de i3Zi3, et appartenant à l'église de Muneville Manche), à laquelle elle avait étédonnée, d'après l'inscription gravée sur le socle, par un clerc de la reine Jeanne d'Evreux avec une chasuble de veluyau.
Dans la représentation du Jugement dernier sur le tympan des portes, le Christ ne domine pas toujours la scène comme au XIII« siècle ; on le fjif, en général, de plus
DE CAUMONT. ABÉcf.DAinE D'ARCnfîOLOGlE.
petite proportion, aOn de réserver plus de place pour les autres détails.
Cependant nous le trouvons encore à peu près comme au XI II»
siècle, dans beaucoup de portails de la première moitié du XIV^ Le
spécimen précédent, déposé au musée de St-Lo, doit ôlre de celle époque. Les supports eu encorbellement sont assez souvent, au MV« siècle,
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ornés de figures bizarres, de quadrupèdes, de reptiles, etc. Les sculpteurs ont parfois essayé de faire de véritables caricatures. On dislingue quelquefois des images de moines parmi les figures satiriques. Celte observation peut être notée pour Thistoire de la sculpture et l'appréciation des idées du temps : le XV* siècle offre beaucoup d'exemples semblables.
Arcades. — Les arcades n'offrent pas de surélèvement ; les impostes et le sommet de l'ogive représentent les trois points d'un triangle équilatéral.
On ne trouve plus aussi fortement accentuées les moulures alternativement rondes et creuses, qui ornent, auXIII« siècle, les archivoltes des grandes arcades ; les scoties sont moins profondément évidées que celles du XIII* ; les tores, moins bien arrondis et parfois elliptiques, ne produisent plus ces oppositions de lumière et d'ombre qui donnent aux arcs multiples du premier style ogival une précision, un effet si remarquables.
Tours.
DANS les tours couronnées d'une flèche en pierre, un trottoir garni d'une rampe se voit presque toujours entre la tour et la base de la pyramide qui la surmonte, à partir du XIV* siècle. Jusque-là les toits pyramidaux des tours avaient reçu peu d'ornements : on y avait seulement sculpté des modillons imbriqués ou des tuiles festonnées ; mais, au XIV* siècle, on les perça de trous découpés en trèfles, en rosaces, etc. ; on couvrit leurs angles de crochets. La réunion de ces différents caractères peut servir à distinguer les grandes tours du XIV* siècle de celles du XIII* (1).
Du reste, une grande variété de formes fut en usage pour les tours du XIV* siècle ; comme au XIII*, les tours en bâtière continuèrent d'être usitées : on en vit même d'assez remarquables.
Notons aussi qu'à partir du XIV* siècle les architectes s'affranchirent souvent des règles qui avaient prévalu au XIII* pour la disposition des tours, et qu'ils les placèrent un peu arbitrairement. La belle tour de St-Pierre de Caen (1308) domine le portail méridional ; la tour de Notre-Dame du Kreisker, à St-Pol-de-Léon, s'élève au contre de l'égli.'^e; les tours de la cathédrale de Metz sont fort loin du portail occidental.
(l) Il est cependant possible que, dès la fin du Xllie siècle, quelques tours aient été munies de balustrade* et peicées à jour; mais la plupart n'offraient pas ces caractères. 39
(310 DE CAL'ilONT. AHRCÉDAIRR DARf.HÉOLOGlK
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STYLE OGIVAL SECONDAlllK (tOURS).
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La tour des Jacobins de Toulouse, une des plus hardies que je
DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE D'aRCHÉOLOGIIÎ.
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briques, se compose d'une série d'étages à peu près égaux donl les ouvertures sont toulcs en forme de losange^ à purlir d'une certaine hauteur. Cette forme a, comme je l'ai dit, été motivée par l'emploi de la brique. Quelques flèches d'une pclile dimension ont été établies en eneor-
bellement sur le mur qui sépare le chœur de la nef, ou sur le gable occidental de celle-ci.
DE CAUMONT. ABECEDAÎRE D ARCHEOLOGIE.
Aucun clocher n'est sans doute moins coûteux et ne demande moins de matériaux; l'effet en est assez bon, surtout quand il est placé entre le chœur et la nef. Celui que j'ai présenté page 613, et qui existe dans le Calvados, est ainsi placé; il offre, sur une très-petite échelle, l'apparence des flèches en pierre dont la base repose sur le sol, et c'est un des types les plus élégants que j'aie vus.
On connaît plusieurs tours de ce genre en Angleterre : celle qui suit est placée sur le gable de l'Ouest ; un encorbellement s'élève au-
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TODR DE l'Église ue cobston (\\cleterii).
dessus de la fenêlie, pour supporter la saillie que forme sur le mur un des pans de l'oclogone. Ce qui précède suUil pour faire connaître ce genre de tours, et le parti qu'où en a tiré au XIV* siècle et dans les siècles suivants.
STYLli OGIVAL SECONDAIRE (l'ElNTUREs). 615
Clochetons. — Les clochetons olTrcnl en petit l'image des louis, seulement ils n'ont point de rampe à la base de la pyramide, et leur toit n'est pas découpé à jour; ils sont fréquemment octogones. Quelques clochetons octogones offrent un pelit fronton triangulaire au-dessus de chaque face de la tourelle, à la naissance du toit pyramidal.
Pavés. — Les pavés en terre cuite émaillée furent souvent employés pour le pavage des chapelles et des églises; on en forma parfois de magnifiques rosaces. — Nous parlerons, à l'article Tombeaux, des pierres tombales qui s'employèrent de plus en plus dans les églises. Le pavage du XIV siècle ne diffère de celui du XIII* que par les modifications que le dessin a subies dans les figures, modifications identiques avec celles de l'architecture et de la sculpture au XIV«^ siècle.
Peintures murales. — La peinture employée dans les siècles précédents, et qui, au XIIP siècle, avait couvert les portails, les arcatures et les parties les plus remarquables des édifices, fut également prodiguée au XIV*, et il nous reste, de celte époque, un grand nombre de décorations polychromes , malheureusement ternies et grandement détériorées. Les feuillages ont été souvent couverts de peinture verte ; le rouge, le bleu et quelques autres nuances se distinguent très-souvent encore; le vert et le rouge ont en général conservé beaucoup d'éclat. Les costumes des personnages avaient été rehaussés d'or. La peinture murale devait rivaliser avec la peinture sur verre ; c'est ainsi qu'à l'abbaye de St-Omer des figures de saints se voyaient sur les murs et devaient imiter l'effet des vitraux de couleur. Les colonnes étaient peintes en rouge, leurs chapiteaui en vert.
Peinture slu verre.— Si l'on considère l'effet général, l'harmonie des teintes et la richesse des couleurs, le bel ûge du vitrail, c'est le XllI* siècle, surtout le temps de saint Louis. A mesure qu'on s'écarte de cette époque, si brillante aussi pour l'architecture, les productions des peintres-verriers perdent de leur mérite. Un des restaurateurs de l'art du peintre-verrier en France, M. Thévenot, de Clermont, a dit : 'i Les vitraux sont moins brillants de ton, moins harmonieux <; de couleur dans l'ensemble et l'aspect général au XIV' siècle. Il • y avait dès lors une disposition évidente à substituer le dessin à la ti couleur. »
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Quoique l'on ait encore figuré des légendes renfermées dans des médaillons, cependant, à partir du X1V« siècle, on peignit les figures beaucoup plus grandes qu'au XIII*, et souvent de grandeur naturelle : elles étaient encadrées dans des arcades Iréflées au sommet et couvertes d'un fronton triangulaire garni de crochets , accompagné de deux pinacles ou clocbetons, comme nous en voyons dans l'architecture de l'époque. Ainsi l'on abandonna peu à peu l'usage des encadrements chargés de petites figures , placés sur fond de mosaïque. Les fonds sur lesquels se détachaient les figures étaient d'une seule couleur dans chaque baie, et quelquefois dans plusieurs baies des fenêtres.
Quant à l'exécution des personnages, on s'étudia à mieux exprimer les ombres, à donner plus de relief aux draperies : les couleurs eurent un peu moins de brillant : on fit un plus grand usage, au XIII* siècle, des tons jaunes et vert pâle.
Les morceaux de verre furent un peu plus grands, et les plombs conséquemment plus écartés.
L'emploi des émaux, dont il est difficile de fixer absolument l'origine, prit une grande extension vers la fin du XIV* siècle. Ces émaux, ou couleurs fusibles, s'introduisaient dans les entailles pratiquées dans le verre au moyen de l'émeri. Écoutons l'explication, que donne Pierre Le Vieil, de ce procédé et de ses avantages :
« Les draperies des figures devinrent plus riches, lorsqu'on s'avisa « de graver lous les ornements nécessaires avec l'émeri et l'eau, qui t rongeait la couleur et découvrait le fond blanc du verre. On formait u une broderie par le moyen d'une nouvelle couverte d'or ou d'argent, a qu'on y appliquait suivant le coloris arrêté sur les cartons, composée (1 elle-même de ces nouveaux émaux. Alors les fleurs de lis de l'écu de u France, réduites à trois par Charles V, qui étaient insérées et en- « castrées avec le plomb dans un carreau de verre bleu, fondu tel dans u toute sa masse, percé ù l'endroit de fleurs de lis de verre jaune avec « autant de soin et de risque que de perle de temps; ces trois fleurs « de lis, dis-je, se montrèrent sur un champ d'azur d'un seul mor- « ceau, sur la surface duquel elles furent creusées et recouvertes d'un 0 émail de couleur d'or, sur le revers du fond blanc que l'émeri avait u découvert. Dans d'autres écussons, les plus chargés de pièces de blasons « dont l'assemblage avait auparavant demandé un temps considérable « à cause de la multiplicité des pièces de rapport qui entraient dans u leur exécution, les dilTérenls quartiers se développèrent sur autant
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a de verres de la couleur de leurs champs : on y grava des pièces carac- « téristiques du blason, on les recouvrit des émaux qui leur conve- • naient, couchés, comme nous l'avons dit, sur le revers de la gravure, « où l'on avait découvert le blanc du verre, de peur qu'à la rçcuisson u qu'il fallait en faire, les couleurs ne vinssent à se mêler et à « se confondre. »
Au XIV* siècle, on exécuta des grisailles composées comme auparavant d'entrelacs, de feuillages et de hachures croisées, plus ou moins serrées.
Ces verrières, toujours plus économiques que les autres, produisaient un effet très-saisissant.
Géograpliie du style ogival secondaire.
LA région que nous avons indiquée comme celle oii s'est développé le style ogival primitif, lorsqu'il existait à peine dans d'autres contrées, est aussi celle oii les monuments du XIV* siècle ont été plus brillants et plus remarquables. Toutefois, à cette époque, les bords du Rhin virent aussi s'élever bon nombre d'édifices importants du même style.
Dans le midi de la France, ou plutôt au-delà de la Loire jusqu'à la Méditerranée, les monuments à ogives furent toujours assez rares; ils témoignèrent de la timidité des architectes et de leur tendance ù se rapprocher, quant aux dimensions, du type des siècles précédents. Il faut toutefois, comme nous l'avons fait déjà pour une autre époque, excepter quelques cathédrales, telles que celle de Clermont, de Narbonne et plusieurs autres.
En considérant que, dans le midi de la France et sur les bords du Rhin, les architectes étaient encore , au XIII* siècle , fidèles aux principes de l'école du XII* , on pourrait être tenté de croire qu'au XIV* siècle ils auraient dû adopter le style ogival primitif; mais il n'en est point ainsi : quand ils se décidèrent à adopter le style ogival, ils le prirent dans l'état où il se trouvait. Nous le voyons, au XIV* siècle, en Allemagne et ailleurs, avec des caractères à peu près semblables à ceux qui dominent chez nous.
En Allemagne, ou trouve une preuve de ce que j^avance dans la
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cathédrale de Francfort, dont le chœur a été bâti en 13J5, et qui présente effectivement les caractères de cette époque ; dans la cathédrale de Strasbourg, et dans quelques autres. Si le système d'ornemontalion qui domine dans ces édifices se rapproche beaucoup du nôtre, il faut dire toutefois qu'on y remarque l'emploi de grandes fenêtres allongées, d'une légèreté fort remarquable, qne nous n'avons pas aussi habituellement chez nous. Ces fenêtres sont employées surtout dans les églises qui n'ont pas de bas-côtés et qui offrent , par conséquent , pour l'établissement des jours, des murs verticaux d'une grande hauteur. Telles sont les fenêtres dont les meneaux ont tant de portée et de légèreté, de la cathédrale de Francfort; celles de la cathédrale de Metz et celles du chœur de la cathédrale d'Aix-la-Chapelle. On voit aussi se développer, ainsi que l'a remarqué judicieusement M. Whevel, un système d'ornementation d'après lequel les moulures des façades étaient disposées sur deux plans différents, de manière que les unes se détachaient complètement des autres et formaient claire-voie. Ce système, que nous trouvons à Strasbourg, dans la cathédrale, produit un effet tel que la façade semble être placée derrière un riche écran découpé à jour.
Au reste, il ne faut pas, je crois, attribuer spécialement au XIV* siècle ce brillant système de décoration : on l'observe dans quelques monuments de cette époque, mais il appartient tout autant au XV"^ siècle.
Dans le centre et dans le midi de la France, je n'ai rien remarqué qui différencie essentiellement le style du XIV"= siècle de celui qui prédomine dans le Nord et en Angleterre ; seulement, comme je le disais en commençant, les édifices de ce genre n'ont pas acquis le même développement que dans le Nord.
L'Italie, toujours attachée aux anciennes formes, répudia longtemps l'ogive : on y a employé le plein-cintre jusqu'au XIV* siècle, combiné avec les moulures ogivales.
L'architecture ogivale n'a jamais élé comprise en Ilalie comme en France : les églises manquent d'élévation ; il est très-rare qu'elles aient un trifurium^ et les fenêtres du clérestory sont souvent remplacées par une ouverture ronde, comme à S"-Pétronille de Bologne. On peut attribuera cette suppression d'un étage, dans 1rs églises ogivales d'Italie, le peu d'élégance, je pourrais dire la pesanteur qui les distingue presque toutes.
Les constructions religieuses du XIV* siècle ne sont pas rares : nos
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principales églises, commencées au X1II% ont élé conlinuées au XIV" et n'ont souvent été terminées qu'au XV* ; mais il n'est pas toujours facile de distinguer ce qui, dans ces édifices, appartient à l'époque qui nous occupe, par la raison que les architectes du XIV* siècle se sont quelquefois conformés au stvle emplu}é par leurs devanciers, pour ne pas détruire l'unité qui doit régner dans une œuvre pareille. Un examen attentif conduit néanmoins à reconnaître les parties construites au XI V* siècle, dans les édifices qui appartiennent au premier et au second style ogival, lors même qu'elles sont peu caractérisées.
AUTELS. — FONTS BAPTISMAUX. — TOMBKAUX. — VASES SACRÉS. — TISSUS. — PALÉOGRAPHIE MURALE.