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XV° SIÈCLE

ON trouve dans rarchitccture de la fin du XV' siècle et de la 1'= moitié du XVI« de telles analogies avec celle de la l''' moitié du XV", qu'au premier abord on regardera peut être comme inutile d'établir entre elles aucune distinction ; cependant, en comparant avec soin les monuments de ces deux époques, on ne tardera pas à apercevoir les différences quelquefois très-légères, il est vrai, mais pourtant frappantes pour l'œil d'un observateur attentif.

Orriements,

IL s'établissait effectivement en France, en Angleterre et en Allemagne, vers la fln du XV« siècle, un sysièmc de décoration monumentale qui consistait surtout à surcharger de ciselures toutes les parties des édifices, et ù substituer aux colonnes et aux eniablemonts un nombre considérable de filets et de nervures. Les sculpteurs produisaient des morceaux d'une élégance étonnante, d'une exécution éblouissante.

Ainsi on trouve, plus particulièrement ù la fin du XV« siècle, les

FKSTONS TUILOBKS, SUSpPuduS auX

voussures des portes, des arcades, des fenêtres, aux arcs-boutauls, et parfois aux arceaux des voùles :

STYLE OGIVAL DF. lA 3*^ ÉFOQUE (oK.NKMtNTs).

les festons couroniienl mémo qiiciquefoislesentablements et forment, au sommet des murs, des cspcces de dentelles et de crêtes (V. la partie A de l'élévation figurée page 664", Les PANNEAUX tapissant les murs; les BRODEniEs; les pinacles en application , garnis de gros bouquets de feuilles déchiquetées ; les DAIS et les NICHES en encorbellement, couverts de ciselures d'une extrême finesse ; les ceps de vigne, découpés à jour ; les entrelacs,

les ARABESQUES Ct leS RINCEAUX,

caractérisent, surtout, la fin du XV* siècle elle commencement du XVI*. Les QUATRE FEUILLES, également fort communs, ont assez souvent plus de hauteur que de largeur, les deux feuilles verticales étant un peu plus longues que les feuilles horizontales.

Des nervures prismatiques, ou de simples filets, remplacent les colonnes bien plus souvent que dans la première moitié du XV'^ siècle. Ces nervures se prolongent quelquefois tout autour des arcades, sans qu'il y ait d'entablement ni rien qui indique la place des chapiteaux.

Les rampes de quelques balustrades imitent souvent les feuilles de fougère , elles offrent des combinaisons assez variées; celles que voici sont très-com-

munes dans les églises du commencement du XVIf siècle.

DE CAUMONT. AUllCKDAIRE D'AUCUiiOLOGIE.

Portes.

a 'est principalement dans les derniers temps de lu période ogivale que nous trouvons chez nous les portes et les fenêtres, en forme d'accolade, qui se rencontrent si fréquemment dans l'architecture mauresque.

Il y a des portes qui disparaissent, pour ainsi dire, sous les dentelles etles festons des voussures. Quelques frontons, surmontant les arcatures ou les fenêtres, présentent une brisure ou un renflement comme celui qui surmonte la fenêtre suivante.

PoncHES. — Les porches ou vestibules, au lieu d'offrir une forme reclangulairc , affectèrent assez souvent ta forme (Ciin triangle : il y en a sans doute de fort remarquables, mais en général l'clft-'t en est mauvais, selon moi : ces porches ne servent d'ailleurs qu'à masquer les façades que l'on s'est, à ce moyen, dispensé de décorer.

On peut juger de l'effet d'un porche triangulaire par celui de l'église de Notre-Dame d'Alençon , beaucoup trop vanté ; il est vrai que les lignes horizontales et les pan-

STVLE OGIVAL DE LA 3<= KPOQUIÎ (vOUTEs).

neaux qui suimonlcnt ce portique lui font perdre de sa légèreté, et que beaucoup de porches sont ornés avec plus de goût ; mais celte disposition me paraît partout choquante pour une entrée d'église, et elle montre combien, à la fin du XVe siècle, les architectes cherchaient à innoyer, au risque de s'écarter des vrais principes.

Voûtes.

DA^s beaucoup de voûtes les arceaux n'offrent rien de plus qu'au commencement du XV siècle ; dans d'autreSjilsse ramifient: tousles points oùs'opère la réunion des traverses sont alors fréquemment couverts d ecusscns , d'armoiries, quelquefois même de pendentifs ou de clefs pendantes et de diverses figures; mais nous allons \oir que c'est au XVI'^ siècle, à la Renaissance, que ks pendentifs eurent le plus de saillie.

Tours.

PLUSIEURS combinaisons nouvelles ont été essayées, pour les tours, par les artistes de la fin du XV"= siècle ; ils se sont plus ou moins écartés de la forme ancienne. Ajoutons cependant qu'une grande quantité de tours octogones ont été établies sur les transepts et hardiment jetées sur les quatre piliers qui supportent les arcades centrales (Evreux, St-Jeau de Caen, Bayeux, St-Ouen de Rouen, etc., etc.).

Quelques tours de la fin du XV« et du XVP siècle sont de véritables dentelles de pierre : telle est la flèche de la cathédrale de Fribourg

Dli CAUMUNT. ABfxÉDAlKi: P'aBCUI^-OI-OGIE.

STYLE OGIYAL DF. L\ C,^ ÉFOOL'I'', (TOUUs). GG7

CH Biisgaw, dont la pyramide est 5 jour (1) ; on admire le parti qu'on a su tirer du grès vosgien pour ces prodiges de légèreté, qui n*onl en rieu compromis la solidité.

La tour de Thann (Haut-Rhin) nous olFre un autre exemple du parti que l'on a tiré du grès vosgien eu Alsace; elle est à jour comme la précédente, et les détails eu sont de la plus grande finesse ; nous présentons (p. G66) une esquisse bien imparfaite des parties supérieuie et moyenne de ce charmant clocher.

La tour de Caudcbcc offre aussi une pyramide à jour ; la pyramide terminale du clocher nord de Chartres, élevée en 1500, celle de la tour de la cathédrale de Strasbourg, la tour d'Anvers, la tour de la principale église à Verneuil , enfin celles des cathédrales de Rodez , de Metz, et quelques autres doivent encore être citées comme des types remarquables de la dernière époque ogivale.

Beaucoup de tours de celte époque offrent, sur les angles de l'édifice carré qui supporte la pyramide, des obélisques ou clochetons qui se rattachent au corps du clocher par des arcs-boutants d'une légèreté extrême, dont l'intrados est orné de festons et de découpures.

Ce type, auquel appartiennent la tour de Caudebec (Seine-Inférieure) et une des tours de Mende (Lozère), a été reproduit avec plus de simplicité dans plusieurs flèches en pierre. Je dois à l'obligeance de M. de Glanville, membre de l'Institut des provinces, l'esquisse d'une de ces tours, celle de Valiquerville, arrondissement d'Yvetot (Seine-Inférieure) (page suivante). Les clochetons angulaires de celte tour portent des arcs-boutants festonnés et percés d'arcatures trilobées.

Ou fit aussi des pyramides à jour en bois, revêtues de plomb ( Couches, Évreux ) ; elles sont loujours d'une grande élégance.

Comme il me faut présenter ici des tours de différentes formes et celles qui ont été les plus usitées, je reproduis (page 669) un type que l'on rencontre dans certaines contrées : c'est une tour carrée en charpente, recouverte de plomb ou d'ardoise, établie sur une base en pierre.

L'étage supérieur est percé de croisées ou de fenêtres carrées, et le loit, portant des lucarnes sur ses quatre fuces, se termine par une galerie en plomb élégamment découpée à jour et par deux épis.

(1) Il n'est question ici que de la partie supcriettre de la tour, la partie inftirieure est d'une époque plus ancienne.

STYLE OGIVAI, nE LA 3'^ KPOQUE (tOURS).

îoln ne L\ l^f fiinitiÉ bt xVi' sifectr..

l)K CAL'MOXT. ABl'^CI^DAIRE [)'ARCnKOLOG!F..

Ce type a été commun au commencement du XV1« siècle , dans certains diocèses, surtout dans les contrites oii la pierre et lit r;irc.

Sans doute, ces tours, dont l'architecture se rapproche de celle dos maisons privées, sont loin d'être élégantes comme les flèches en pierre ; mais elles rachètent leurs défjuts par une certaine originalité.

Cliapelles seig-neuriales.

I E XV« siècle est une époque assez riche pour les chapelles détachées \ i des églises. On voyait alors , dans les châteaux , de petits oratoires très-remarquables par leurs détails (t la finesse de leurs sculptures.

CIUPF.ILE DC CUVTEAl} UE JlCOVILl.K.

Comme exemple d'une pelile chapelle seigneuriale de la fin du XV* siècle, je citerai celle du chûteau de Jucovillc, près La Cambc, arrondissement de Baycux, appartenant ù M. le comte de Cussy, membre de la Société française d'archéologie. C'est un joli petit édifice isolé , composé d'une nef et d'un s.inctiiaire, d(!iit voici l'élévation.

STYI.F. OClVAr, DE I,.\ 1'/ Él'OQUr: (STAT. ET ICONOGnAI'.;. 071

Statuaire et Iconograpliie.

UN très-giarul nombre de sLiluos ont clé sculplécs au XV«^ siùclc ; quelques-unes ne sont pas sans mérite; on remarque dansd'jutrcs un travail sec et prétentieux dans la pose et la draperie. Les basreliefs oiïrcnt les mûmes mérites et les mêmes défauts que les statues. Ou figure souvent à cette époque le Pèrc-Étcrnel coiffé de la tiare et en costume de pape, tenant devant lui le Christ en croix. Une colombe, qui manque dans le dessin ci-joint, occupe habituellement

l'espace compris entre la tête de Dieu le Père et les bras de la croix : c'est évidemment la représentation de la Trinité.

Saint Christophe portant le Christ enfant sur ses épaules (V. la pugc suivante) a particulièrement aussi, au XV« siècle et au XVI% été placé dans les églises : on en fait ordinairement une espèce de géant prêt à passer un torrent, et souvent la rive opposée est figurée par une montagne escarpée.

DE CAUMONT. abéc|5:d.\irr D\\ncnf:oLOGiE.

En décomposant le mot grec de Christophe, il signifie porte Christ,

et c'est de là que vient l'usage de le représenter comme im géant passant les rivières à pied, chargé do son précieux fardeau.

STYLE OGIVAL DE LA 3^ ÉPOQUE (PAVÉs).

Pavés.

GOMME au XW siècle, les pierres tombales et les carreaux de terre cuite émaillée ont formé, au XV, la principale décoration des pavés de nos églises. Voici, pour exemple des carrelages émaillés du XV« siècle,

le pavé du jubé de N.-D.-de.rÉpine. Quelques chapelles ont offert un

DE CAUMONT. âBKCkDAIRE D ARCHEOLOGIE.

genre de pavage que nous trouvons indiqué dans les vitraux et sur quelques tombes coloriées : ce soDt des pavés carrés de deux couleurs, ayant de petits cercles au centre et produisant l'effet indiqué par la figure suivante.

Tuiles émaillées.— On sait , par des témoignages historiques iocon testables, que les toits des premièresbasiliques étaient d'une certaine magnificence, et dorés dans quelques-unes de leurs parties. Nous savons aussi que, au XII« et au XII1« siècle, des crêtes en métal découpées à jour couronnaient les combles des églises; et sur les toits en plomb de l'église Notre-Dame de Chûlons on voyait des dessins et des personnages.

Probablement on fit dès lors des tuiles émaillées à glaçure de plomb, comme on avait fait des pavés ; mais je n'en connais aucun fragment de celte époque, au lieu que les XV'' et XVI« siècles nous en offrent encore quelques restes; ces toits, dont l'usage s'est conservé en Allemagne, en Alsace, en Franche-Comté, etc., etc., produisaient un effet fort remarquable.

Peinture sur verre.

MALGKÉ les destructions qui ont eu lieu partout, les vitraux de la troisième époque, comprenant le XV^' siècle et la première moitié du XVI% sont tellement nombreux encore, qu'il suffit de vouloir en chercher pour en trouver quelques-uns dans presque toutes les villes et souvent dans les campagnes.

Les détails d'architecture (arcades, frontons, pinacles, etc., etc.) qui, pour l'encadrement des figures, avaient pris un certain développement dans le XIV« siècle, se multiplient et s'accroissent au XV« de manière 5 produire, comme sur les pierres tombales, une très-grande

STVLE OGiViL DE LA 3*; ÉPOQUE (PEINTCnE SLR VERRE). 675

complicaliou de lignes et d'ornements; et, comme tout s'enchaîne dans ce qui tient au goût et aux formes, ces détails sont tous empruntés à l'architecture du temps. On a dessiné, sur les vitres, les dais, les pinacles, les frontons garnis de feuillages exubérants qui décorent les églises du XV« siècle et du XVl^

Il résulte de cette complication des détails arcbitectoniques de l'encadrement, qu'ils deviennent souvent écrasants pour les figures : elles paraissent succomber sous ces clochetons, ces pvramides sans fin qui s'élèvent au-dessus de leurs têtes; et ce premier caractère, joint à ceux que peut fournir l'examen des formes arcbitectoniques, assez fidèlement exprimées en peinture, permet de reconnaître s'ils appartiennent au commencement ou à la fin du XVI* siècle.

Les légendes ou inscriptions explicatives des scènes, peintes sur des phylactères, se multiplient dans le cours du XV* siècle, et fournissent encore un moyen d'apprécier les époques par la forme des lettres; enfin, quand on examine de près toutes ces vitres, on finit bien sou- ▼ent par découvrir des dates au milieu des inscriptions.

Les vitres du XV* siècle représentent, comme celles qui avaient précédé, des scènes de martyres, des miracles, etc., etc.; l'histoire de J.-C. et plusieurs faits de l' Ancien-Testament, quelquefois aussi le Jugement dernier, enfin les figures des Apôtres, des prélats, des abbés, les Sibylles, etc., etc., etc.

La couleur est une chose importante à considérer dans les vitraux du XV* et du XVI* siècle. Sans doute, ù celte époque, il y a des vitraux, éblouissants de coloris, dans lesquels le rouge le plus éclatant rivalise avec le bleu le plus velouté, le vert et le jaune le plus transparents; mais aussi bien souvent, surtout dans le XV* siècle, les teintes blanchâtres ou jaunes dominent : les tons clairs s'emploient surtout dans les dais et les pinacles qui encadrent les figures; celte tendance à abandonner la couleur finit par faire de tels progrès que, au XVI* siècle, on adopta presque généralement les grisailles ou les vitraux dans lesquels le jaune pâle et le gris-jaunâtre occupaient la plus grande place.

« Au XV^ siècle, dit M. Hucher, les ouvertures sont immenses et « les meneaux qui les parlagent peu apparents : les peintres-verriers « abusent du verre blanc et recourent à des accouplements de cou- « leurs qui sont très-piquants dans l'atelier, mais qui, vus à de grandes - distances, produisent de la lumière grise ; telle est l'union du jaune « et du violet, du rouge et du vert, etc. Enfin, et c'est là surtout une <. des plus mauvaises rondiiions des verrières, des fenêtres voisines.

676 DE CAUMONT. ABÉClbAIRE d'aRCUÉOLOGIE.

"j entièrement garnies de verres blancs, versent souvent dans le lieu « où est placé le spectateur, des torrents de lumière blanche qui alta- " quenl tout d'abord la rétine et décolorent, comme par anli^pation, i le tableau.

h Si, de l'effet général, nous passons à Texamen de la facture, à la (' critique de l'œuvre intrinsèque , nous reconnaîtrons que les cartons « sont, en général, disposés avec art; qu'ils sont tracés même avec « une certaine vigueur, mais que l'exécution sur le verre est timide et « le plus souvent inhabile : on s'aperçoit qu'on n'est plus au siècle n des grandes choses.

« Habituellement les tètes ne sont pas colorées, mais le peintre a « teinté les ombres; on reconnaît, à la variété des physionomies des K donateurs, que l'on a cherché à donner leur portrait. » Le personnage qui occupe la verrière suivante (V. la page 677) confirme les observations qui précèdent.

Comme il n'y a rien de brusque dans la marche de l'art, que tout s'opère par voie de transition, on peut tirer parti de cette modification progressive de la couleur pour classer chronologiquement les vitraux postérieurs au XIV* siècle ; il faudra pourtant user de tempéraments suivant les écoles; car certains artistes ont plus ou moins longtemps lutté contre cette dégradation des couleurs si brillantes des XlIP et XIV« siècles.

Ainsi, au XV* siècle et au commencement du XVI', le dessin des figures est assez uni ; mais elles manquent d'effet, par suite de l'emploi des blancs, des jaunes et des couleurs pâles; les fonds offrent souvent des étoffes damassées d'une grande richesse, sur lesquelles on distingue des fleurs peintes en apprit; les étoffes des vêtements présentent la même richesse.

Les tentures figurées derrière les personnages, les lointains, les paysages, produisent souvent de la confusion. Les couleurs éclatantes, employées pour les vêtements des figures dans certains vitraux, s'harmonisent assez mal avec les clairs des fonds : il y a moins d'unité, moins d'harmonie de ton que dans les siècles précédents.

L'encadrement des vitres de la 3'= époque présente le plus souvent une guirlande de feuillages déchiquetés assez maigre, qui ne se détache pas assez franchement sur le fond : ces tons indécis, employés non-seulement dans la bordure, mais, comme je le disais, dnns l'architecture et dans plusieurs parties des tableaux, donnent beaucoup de vague aux compositions, et comme décoration monumentale, elles sont, à mes yeux, inférieures ù celles des siècles précédents.

8TYLE OGIVAL DE LA 3« fiPOQVE (viTRACX). 677

FIGCBE DE LOIIS It, DCC D iSJOC, COMTE OC HKlyt.

678 DE CAUMONÏ. ABKCÉDAIME d'aUCUÉOLOGIE.

u Une chose surprenante, dit Le Vieil, c'est la quantité prodigieuse .. des ouvrages de peinture sur verre de ce temps, dont furent garnis u noD-seulement les palais de nos rois, les églises, les maisons des a grands, mais encore les lieux d'assemblées publiques dans toutes les « villes, les oratoires, les cloîtres des monastères, les salons des riches. Il les appartements des simples particuliers, etc.. . »

Ce fut effectivement ou XVI« siècle et à la fin du XV* que la peinture sur verre fut communément employée pour les fenêtres des châteaux et des maisons opulentes.

Pierre Le Vieil est grand admirateur des vitraux de la dernière époque, et nous ne saurions nous ranger de son avis, quoique nous sachions apprécier tous les chefs-d'œuvre qu'elle a produits, o On vit, a au XVP siècle, dit-il, la peinture sur verre devenir susceptible de « ces sites gracieux, de ces lointains agréables qui jusque-là avaient « été impraticables aux artistes, et que l'élude de la perspective leur <; avait rendus aussi faciles qu'à ceux qui s'exerçaient dans les autres '( genres de peinture. Tel arbre, telle plante, qui, dans les siècles • précédents, se voyaient grossièrement chargés de leurs fleurs et de i. leurs fruits, exécutés, comme dans la mosaïque, par un lourd « assemblage de pièces de rapport très-nombreuses, jointes avec du H plomb, les montraient réunis avec leurs troncs, leurs tiges et leurs " feuillages peints sur un ou plusieurs morceaux de verre blanc d'une « juste étendue. »

Nous répondrons, avec M. Jules Renouvier, à l'opinion ainsi exprimée, que les ombres et les reflets du clair obscur, le goût du dessin plus pur, l'abandon des fonds mosaïques, l'observation de la perspective, l'admission des sites et des lointains agréables, les tons propres et naturels, la variété des costumes et des portraits, toutes ces modifications, qui rapprochent la peinture sur verre de la peinture ordinaire, ne furent introduites qu'au détriment des qualités qui lui étaient propres, et en opposition à sa destination qui est, comme peinture transparente et décorative, plutôt de frapper et à^éblouir par l'éclat et l'effet d'ensemble que d'attacher par la perfection des détails.

L'application des émaux colorants à la surface du verre devint un procédé ordinaire au commencement du XV* siècle : on voulait ainsi se rapprocher de plus en plus des efl'ets de la peinture à l'huile ; mais les émaux superficiels n'ont jamais produit le même effet que ceux qui sont incorporés au verre : ils manquent de transparence ; ils ont toujours quelque chose de terne et de crasseux.

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