Nous devons dire un mot du plan que
mn RUCHES À L'AIR LIBRE.
nous avons suivi pour parvenir à mettre les abeilles à découvert; il pourra servir de base pour quelque perfectionnement. Nous savions qu’elles établissaient toujours les fondemens de leurs travaux sur des points fixes et solides ; nous avons de suite imaginé qu’en leur offrant des parois libres et flottantes nous devions réussir : C'est cette idée qui nous a guidé, nous l’avons suivie et nous nous en sommes bien trouvés; d’autres pourront l'étendre encore; car il est possible de construire des ruches dont les dispositions les plus bizarres pourront produire des effets merveilleux, et nous sommes pénétrés d'avance qu'un tel appareil procurerait à ces insectes une quantité considérable d'amateurs qui, sans cela, ne s’en seraient jamais occupés.
3. Une chose également fort heureuse, est que cette découverte, qui nous permet d’étudier physiologiquement les abeilles, puisse être en même tems employée à la culture économique ; nous savons que les habitans de nos campagnes tiennent singulièrement à leurs vieilles habitudes et qu'il est très-difficile de leur faire partager nos innovations, fussent-elles même des plus avantageuses : aussi, ne nous flattons-nous pas de les convaincre de
suite; nous n’espérons recueillir leurs suffrages que par la succession des tems ; c’est donc moins pour eux, que pour les personnes plus confiantes que nous écrivons.
4. La construction de notre ruche est fort simple ; elle se divise en quatre parties mobiles superposées les unes sur les autres. Chacune de ces parties se nommera case; chaque case est formée de deux tablettes en bois blanc de trois lignes d'épaisseur , sur un pied carré de surface. Chaque tablette a un trou de dix-huit lignes carrées au centre ; ces deux tablettes sont réunies par quatre colonnes en bois de six lignes de diamètre sur quatre pouces de hauteur, fixées entre Les deux tablettes à distances égales, et à trois pouces des bords de chaque face; on assujettit avec un clou d’épingle chaque extrémité des colonnes; cet ensemble constitue une case.
5. On superposera quatre cases semblables pour la formation d’une ruche ordinaire. La correspondance des trous doit parfaitement exister. On bouchera celui qui sera tout à fait à la partie supérieure de la ruche, mais de manière à ce qu’on puisse l'ouvrir et fermer à volonté. On maintiendra l'assemblage de l’édifice au moyen de deux fils de fer passés en
croix sous Ja case inférieure, réunis et serrés sur la case supérieure. Dans la suite, les abeïlles en propolisant les cases entr'elles , en augmenteront encore la solidité.
6. Le tout étant ainsi disposé, on enveloppe cet ensemble, d’une simple toile, en laissant libre une des faces de la case inférieure ; c’est par où l’on devra introduire l’essaim, après quoi on devra le renfermer en ménageant toutefois une petite ouverture pour que les abeilles puissent entrer et sortir librement.
7. L'essaim introduit, se comportelà, comme partout ailleurs; il cherche à établir les fondemens de ses gâteaux. Les parties latérales de cette ruche ne lui offrent guères de sécurité, aussi n'est-ce pas Jà qu’il commence d’abord ; c'est vers le centre de la case où il se trouve, bientôt il envahit la seconde , ensuite la troisième, et enfin la dernière, Dans les années favorables, c’est l'affaire de 8 à 10 jours; on peut alors enlever totalement la toile qui ne tiendra que très-légèrement aux gâteaux; on le pourrait également au bout de quelques jours, mais on risquerait de voir iles abeilles se porter d’un seul côté, ce qui offrirait un travail irrégulier : si , Comme nous le conseillons, on attend que toutes les cases soient à
peu près remplies, alors la ruche présentera un ouvrage régulier qui se continuera dans le même ordre.
8. Ainsi mises à l'air libre, les abeilles continueraient tranquillement leurs travaux, si l’état de l'atmosphère était toujours calme et exemptde toutce qui peutnuireessentiellement à ces insectes; car, on conçoit que malgré la dénomination de ruche à l’air libre, il faut cependant la mettre à l'abri de l’intempérie des saisons; les abeilles ne résisteraient certainement pas à l’ardeur du soleil de certains étés , ni aux gelées des hivers, pas plus qu'aux ouragans et aux pluies, etc. On devra donc remplir les conditions nécessaires, même aux autres ruches, pour les garantir de ces incommodlités et leur faire un surtout.
9. D'abord, les ruches seront placées chacune sur un plateau ou tablier large de deux pieds; elles ne devront pas porter immédiatement sur ce plateau; on les exhaussera sur quatre petites cales qui s’élèveront à un pouce environ du niveau du tablier. Il y a un avantage à ne pas multiplier ces supports, c'est celui de pouvoir clairement enlever tous les insectes qui habituellement se nichent entre ces sortes
8 RUCHES À EAIR LIBRE.
de points d'appui. Les abeilles elles-mêmes font souvent seules ce service.
10. Toutes ces conditions remplies, dès qu’un essaim est reçu et placé sur son tablier, on devra aussitôt l’affubler de son surtout. Pour le faire, on prendra deux cercles de tonneaux, dont on changera les formes pour leur donner celles de deux arches, que l’on mettra en croix, l’une par dessus l’autre, on les attachera ensemble à la partie supérieure, avec un fil de fer. On maintiendra l’écartement des tiges, au moyen de deux autres cerceaux ronds, placés horizontalement dans l’intérieur, ces deux cerceaux seront solidement attachés à chaque tiers de l'élévation des tiges. Cette espèce de cage , qui devra avoir dix-huit pouces de diamètre, en aura vingt-quatre de hauteur ; et sera recouverte de paille. Pourcela , on prendra de la paille droite et non rompue, on l’attachera par petits paquets , de la grosseur du pouce, autour du cerceau le plus inférieur; ces petits faisceaux de paille seront serrés , le plus près possible, les uns des autres. Lorsque le tour sera garni, on réunira ensemble, à la partie supérieure, toutes les sommités de Ia paille que l’on serrera fortement ( Voir les fig. » et6) Ce surtout bien conditionné, sera peu
dispendieux et de longue durée ; lorsqu'on en recouvrira une‘ruche, on mettra un cerceau par-dessus que l’on descendra presque jusque sur le tablier.
11. Dans la belle saison, il faudra multiplier les issues que l’on pratiquera dans les surtouts, pour, non-seulement établir des courans d'air, mais offrir aux abeilles plusieurs entrées. Nous avons souvent remarqué que les ouvertures supérieures sont très-fréquentées par elles.
12. On voit déjà, par tout ce qui précède, combien cette ruche est peu dispendieuse et facile à construire; il n’est personne, qui, avec un peu d'adresse, ne puisse soi-même la confectionner entièrement. On voit aussi combien, avec elle, il est facile de remédier à tous les accidens qui pourraient s’y rencontrer; il ne s'agira que de soulever le surtout pour reconnaître l'état précis dans lequel elle se trouve. s
13. Celle que nous avons exposée au Jardin du Roi, est la même qui se trouve représentée au frontispice de cet ouvrage; nous l'appelons ruche d'observation , parce qu'effectivement elle est disposée commodément pour cela; elle ne diffère de la précédente, qu'en
ce qu'elle est placée sous une espèce de pavillon recouvert d’un coutil, et que son surtout, également en coutil, est, au moyen d’une poulie, extrêmement facile à lever et à baisser. Cette double couverture suffit pour garantir les abeilles du soleil et des pluies pendant l'été; mais serait insuflisante pour les froids rigoureux de l'hiver. Alors, pour cette mauvaise saison, nous aurons plusieurs moyens à offrir pourles en abriter. D'abord, on pourra transporter la ruche dans un endroit où la température ne s’abaissera pas plus d’un ou de deux degrés de froid , et ne s’élèvera guères que de cinq ou six au-dessus de zéro. On pourrait employer aussi, pour cette saison, le même surtout que celui de nos autres ruches à l'air libre et la laisser ainsi dans le même lieu, où elle se trouve placée, ou bien encore on pourra entourer la ruche même d’une vieille couverture de laine qu’on maintiendrait avec quelques épingles. On baisserait ensuite le surtout de coutil par-dessus cette couverture et la ruche n’aurait plus rien à redouter du froid. Il faudrait ménager seulement une petite sortie sur le devant.
14. Les personnes qui sont au niveau de tout ce que l’on a inventé jusqu’à ce jour pour
perfectionner les ruches, verront sans doute combien la nôtre a d'avantages prédominans, et combien il est facile d'obtenir tout ce que la culture peut désirer ; car 1.° rien ne peüt, pour ainsi dire, échapper dans ces sortes de ruches, ce qui nous conduira probablement à beaucoup d'observations inconnues jusqu’à présent. :
2.° Lorsque les quatre cases qui constituent une ruche ordinaire seront parfaitementrem- : plies, on pourra en ajouter d’autres à volonté, et autant que les probabilités d’une forte récolte pouront se manifester ; ainsi nous aurons donc une ruche d’une capacité indéterminée, dans laquelle on pourra proportionner l’espace aux travaux des abeilles (4).
(a) Cette méthode d'ajouter des cases n’est peut-être pas d’une utilité rigoureuse ; on pourra suivre à cet égard la marche que nous exposerons dans l’Art de cultiver les abilles ; maïs pourtant , ceux qui ne partageraïient pas totalement notre manière de cultiver , et qui voudraient tout obtenir à la même époque , pourront du moins, en ajoutant des cases , ne jamais permettre aux abeilles de diminuer leur activité.
IL est peut-être bien de faire remarquer ici que notre ruche , qui , outre qu’elle est supérieure aux ruches à hausses , en en ayant tous les ayantages , n’a aucun des inconvé-
3. Il ne paraît pas que le papillon gris, communément appelé Fausse-Teigne, puisse se loger facilement dans nos ruches, puisque, d’une part, il fuit la lumière, et que, de l'autre , on pourrait facilement l’expulser dès qu'il apparaîtrait (a).
4.° Dans la belle saison , lorsque les surtouts ont plusieurs ouvertures, les abeilles travaillent avec plus d'activité que dans les ruches qui n’en ont qu'une; de plus, perdant peu de temps à propoliser les tablettes de ces ruches
niens que M. Lombard a signalés. Les plus graves sont : le prix exorbitant de ces ruches , leur forme par rapport à l'humidité , et enfin de ce qu’on ne peut en recueillir les produits que par petites portions. Pour les autres, on ne peut guères les soutenir sérieusement ; ils ne dépendent que de la manière de voir de chacun.
Or , le prix de notre ruche est très-modique , on peut facilement la construire sans le secours du menuisier; elle ne craint pas l'humidité , et les produits peuvent s’obtenir en toutes proporlions.
(a) Ce papillon gris est un si grand fléau pour les abeilles , que les ruchers sont tous mis à contribution par lui; les ruches closes, dans lesquelles il parvient à s'établir , sont perdues sans ressource. On n’a eu , jusqu’à ce jour, aucun moyen particulier d’en débarrasser ces
ruches dont il moissonne chaque année une quantité considérable,
La
KUCHES À L'AIR LIBRE. 19
qui offrent moins de rugosités que les tissus de paille ou d’osier, on doit avoir une augmentation de produits.
5.° Pendant les grandes chaleurs de l'été, on. remarque que les abeilles ne peuvent supporter celle qui se manifeste dans les ruches closes; elles se répandent à l'extérieur et y restent oisives (a). D’autres fois, quand la population d’une ruche close est si considérable qu’elle ne peut plus y être contenue, une portion reste au-dehors, même pendant la nuit, tandis que l’autre, étant encore trop nombreuse, gêne considérablement l’accroissement des travaux. Tous ces accidens disparaissent dans notre ruche; elle est suffisamment aérée pour ne pas concentrer la chaleur, et ne permet jamais aux abeilles de rester oisives : elles trouvent toujours de quois’étendre sur la largeur ou la hauteur de l'édifice.
6.° L'air , renouvelé souvent, doit nécessairement être très-convenable à ces insectes; l'expérience prouve déjà que cela ne leur est certainement pas nuisible. On sait combien l'air humide et concentré fait moisir les gà-
(a) Souvent même la cire s’amollit , et les gâteaux se détachent , entraînés par le poids du miel.
teaux, cause de maladies aux abeilles et dépeuple les ruches en hiver.
7. Celui qui achètera des abeilles , connaitra facilement le choix qu’il devra faire, quand elles seront dans des ruches semblables à celle que nous avons décrite. En hiver, on sera parfaitement à même de s'assurer exactement de l’état de son rucher et de porter des soins aux ruches qui en réclameront.
8. Est-il possible d'offrir une ruche plus convenable par son genre de construction pour faciliter la taille ?
0.° Pour former des essaims artificiels, on n’agira nulle part plus sûrement et plus clairement.
10.° Enfin, quand on a un certain nombre de ruches , soit qu’on ait eu des essaims naturels ou quel’on en ait fait d’artificiels , tous, ne sont pas toujours dans un état tel qu'ils puissent passer l’hiver ; il arrive souvent que parmi eux, il s'en trouve qui n’ont eu le tems de ramasser que le quart de leurs besoins futurs; d’autres moitié; enfin plus ou moins :
ces essaims généralement faibles en population seraient inévitablement perdus. Comme dans nos ruches, les abeilles ne passent d’une case dans une autre qu’au fur et à mesure
qu'elles les remplissent, il résulte qu’à la fin de l'automne on peut réunir deux ou trois de ces essaims, chacun avec sa provision , de sorte que l’on n'aura jamais que des ruches bien approvisionnées et bien peuplées. Cette opération ne pourrait pas s’exécuter dans les ruches closes...
19. Il est encore un point essentiel que nous nous garderons de passer sous silence, puisqu'il fait la base d’un principe reconnu, et que nous semblons, d'abord, en opposition complète avec lui, c’est que plus les abeilles ont des ruches petites, plus leurs travaux sont accélérés. On pense à cet égard qu’un grand espace les décourage et qu’elles travaillent conséquemment avec d'autant moins d'activité qu'elles sont dans de vastes ruches. Or, la nôtre est très-grande ; mais, pour la justifier, c’est ici le lieu de donner la raison pour laquelle nous engageons à recevoir l’essaim dans la case inférieure. Nous y trouvons l'avantage que le volume de l’essaim remplit presque toute cette case; les abeilles, y trouvant pex d'espace pour travailler, se déterminent bientôt à monter dans la case supérieure. Lorsque celle-ci est pleine, elles montent dans la iroisième et successivement dans la quatrième.
16. On va voir que nous nous retrouvons parfaitement en harmonie avec ce que l'on a observé ; car il paraît que, dès que l’essaim est recu, qu'il n’aperçoit que la seule case dans laquelle il setrouve ; que c’est-là d’abord qu'il établit ses premières alvéoles, et que ce n’est que lorsqu'il a besoin de s’agrandir qu’il découvre un espace qu'il semble désirer : une preuve certaine de cette conséquence, c’est que , lorsque les essaims sont tardifs ou la saison peu propice , les abeilles ne remplissent exactement qu’une ou deux cases et que les autres restent souvent absolument libres.
Puisque nous réunissons tout, quel avantage immense n’avons-nous donc pas sur ces ruches si étroites et tant circonscrites, où souvent le propriétaire, par un faux calcul, a lui-même borné sa récolte.
L’inconvénient des grandes ruches closes est facile à saisir; les abeilles commencent toujours par édifier à la partie supérieure; de là, jusqu’à la sortie, le chemin est considérable. Approprier tout l'intérieur et le propoliser, est un travail immense pour elles et qui retarde éminemment les récoltes de la cire et du miel, que souvent après , la mauvaise saison ne permet plus d'opérer, ou du moins
en si petite quantité, qu’elle devient insuffisante pour la consommation d'hiver.
Moyens à laide desquels on obtiendra , avec les ruches à l'air libre, tout ce qui se pratique dans la culture des abeilles.
Les opérations qui se pratiquent dans les ruches en activité , peuvent se réduire à trois principales, la taille ou récolte partielle, la récolte detoute unerucheet lesessaimsartificiels.
De la T'aille ou récolte partielle.
17. Ce que l’on appelle taille, récolte ou depouille partielle, chätrer une ruche, est peutêtre pour les climats peu propices aux abeilles, la seule manière, la plus importante et la plus avantageuse de profiter de leurs produits. C’est toujours cette opération qui aurait dû principalement exciter l'attention des cultivateurs, dans la construction de leurs ruches. Il y a que celle de M. Lombard dont on puisse faire mention; car les autres sont construites à si grands frais, qu’il faut plutôt les considérer comme objets d’amusementquecommemoyens économiques. Nous ne pouvons cependant pas taire que nous connaissons bon nombre de
personnes qui ont eu à se plaindre de la ruche de M. Lombard ; nos villageois surtout, ont eu lieu de se repentir dé l'avoir adoptée. Nous avouerons aussi qu'ils agissent souvent avec si peu de discrétion, qu’il leur faut des circonstances bien matérielles pour qu’ils ne se trompent pas. On leur a dit que , dans la ruchede M. Lombard, ils pouvaient presque toujours enlever le couvercle, quia, quatre à cinq pouces de profondeur , sur onze ou douze de largeur ; cet espace, dans les années contraires, est le seul qui contient toutes les provisions que les abeilles ont pu amasser. Les villageois enlevaientce couvercle sans pouvoir apprécier ce qui pouvait rester dans la ruche, de sorte que la plupart du temps , les mouches périssaient de famine quelques mois après.
Une expérience qui fut suivie d’un si malheureux résultat, fera époque chez eux; il est douteux qu'ils se soumettent de sitôt à une seconde épreuve. Ils se défieront des innovations, tandis qu’ils ne devraient souvent se défier que de leur maladresse.
Quoi qu'il en soit , avec la ruche de M. Lombard, comme avec toutes les ruches closes ; ON risque souvent de faire une fausse opération quand on veut lestailler. Dans la sienne, il arrive
souvent, quand on enlève le couvercle , qu'on cst obligé de le replacer immédiatement , soit qu’il ne contienne que peu de chose, soit au contraire qu'il contienne tout ce que possède la ruche, soit enfin qu’il renferme du couvuin ; tous ces accidens sont graves et peuvent pourtant se rencontrer ; car il n’est pas facile d’être sûr, par avance, de l’expédition qu'on va faire ; le cultivateur le mieux exercé s’y trompe : alors celte opération manquée, coûte aux abeilles un tems considérable pour réparer les dégâts qu’elle peut occasionner chez elles , items, qu'elles auraient employé à d’autres productions.
18. Chez nous, on voit toute la différence ; on n’agit point en aveugle, et le tout est soumis à la sagacité du cultivateur. Lorsque l'abondance se manifeste dans nos ruches. elleest visible , et, à l’aide de fumée et d’un couteau , on peut, même sans déranger le corps de la ruche, enlever sans opposition tout ce que la sobriété peut permettre. Avant l'opération, on examine si ce que l’on veut enlever ne contient point de couvain , ou l’on s'arrête sitôt qu’on l'apercoit ; il est impossible qu'on puisse agir avec plus de précision que dans de semblables ruches. Jamais on ne cause plus de dégrada-
20 RUGHES À L'AIR LIBRE.
tion qu'il n’en faut pour faire cette récolte. 19. Si l’on tient à enlever une case entière, soit pour son profit, soit pour la donner à un faible essaim, on sy prendra de la manière suivante : D'abord , on devra être convenablement masqué et ganté (c’est du reste, quoi qu’on en dise, une prudence que l’on doit toujours avoir, pour éviter les accidens , quand on opere sur une ruche en activité ) ; on aura à sa disposition un couteau, un fil de laiton et de la fumée. Au moyen de cette dernière, on éloignera les abeilles des points sur lesquels on agira; on dénouera les fils de fer qui tiennent l'assemblage de la ruche; on abaissera chaque extrémité ; après quoi, on introduira entre la case à enlever et celle qui y est attenante, la lame du couteau, et au moyen d’une légère pesée on décollera facilement les deux tablettes , que les abeilles auront un peu propolisées; comme chaque tablette est percée à son centre et que les trous correspondent les uns avec les autres, il arrive qu'il s’y trouve une continuité d’alvéoles, qu'il faut trancher avec précaution; pour cela, on introduit un fil de fer ou de laiton entre les deux tablettes; en tenant une des extrémités de ce fil dans chaque main, on l’amène doucement et
carrément de l’une des faces de la case à la face opposée, ce qui coupera assez nettement les alvéoles qui s’y rencontreront; nous disons doucement, parce qu'il pourrait s’y trouver des abeilles que l’on massacrerait si l’on n’agissait pas ainsi. Enfin on enlèvera la case.
20. La case étant ainsi séparée, on pourra immédiatement en mettre une vide à la place, et la maintenir en remettant les fils de fer comme ils étaient auparavant; ensuite on recouvrira la ruche de son surtout, on présentera la case enlevée le plus près possible de l'entrée ordinaire des abeilles, et par de légères secousses, celles qu’elle contiendra y retourneront instantanément. Si quelques-unes s’obstinaient à demeurer dans cette case , on se servirait de fumée pour les faire déloger.
Ordinairement, lorsque les quatre cases d’une ruche sont remplies, et qu’on en retire pour son profit, on commence, avant l’opération , par trancher avec le fil de laiton, tout ce qui saillit hors de la contenance de toutes les cases, en se servant toujours de fumée pouréloigner les abeilles des points sur lesquels on doit opérer.
C’est presque toujours la case supérieure.
qu'on enlève pour tailler une ruche, et rien
293 RUCHES A L'AIR EIBRE.
n’est alors plus facile que d’en remettre une vide à la place; maissi, par une nécessité quelconque, on voulait prendre ou la case inférieure ou une des cases intermédiaires, et qu'on voulüt absolument la remplacer par une vide, on devra , après avoir détaché convenablement la case à soustraire, passer deux fils de fer en croix sous les cases supérieures à celle-ci et les soulever; ensuite on enlève la case dont on a besoin , et, on remet la vide à sa place, on repose la partie supérieure de l'édifice et on maintient le tout comme dans l’état ordinaire. Tout cela ne demande que peu d’instans.
Récolte entière d’uneruche.
21. Comme dansles autres ruches , cette récolte s'obtient par deux procédés biendifférens : le premier consiste à faire passer les abeilles d'une ruche dans un autre; par le second, on fait pévir les abeilles de la ruche dont on veut enlever tous les produits.
Le premier procédé, que lon nomme chasse, comporte aussi deux buts d'opération : le premier, qui la détermine, c’est lorsqu'une ruche a donné trop d’essaims, qu’elle a épuisé sa population de manière à faire craindre qu’elle ne puisse passer l'hiver ; plutôt que d’en cou-
vir les risques, on fait passer les abeilles de cette ruche dans une autre ruche en activité, également faible en population. Alors, dès qu'on aura décidé cette opération : on débarrassera de son surtout, la ruche à faire évacuer; on mettra à sa même place celle à avgmenter, qu'on enfumera d'abord, puis on mettra la première dans une situation horisontale, et à l'aide de fumée et de secousses, on opérera la réunion. |
29. Dans quelques pays, ceux qui cultivent les abeilles en grand, les chassent de leurs ruches dansdesruches vides, etcela, à une certaine époque de l’année, par exemple, quinze jours après le tems des essaims. Leur but, dans cette opération, est d'obtenir tout ce que leurs mouches peuvent avoir; ensuite, ils transportent les nouvelles ruches dans des contrées encore abondantes ‘en fleurs; et là , elles ont le tems de se refaire avant l'hiver. Cette méthode ne réussirait pas partout, parce que la saison quisuitles derniersessaims ne produit pas partout assez, et que, d’un autre côté, il pourrait être impraticable (à cause de la distance) de les mener au pâturage. Voilà cependant comment cette chasse pourrait se faire avec
nos ruches.
On méttrait une ruche vide, enveloppée d'unetoile, comme il a été dit, (6) à la place de la ruche pleine ; on approcherait celleci le plus près possible de l’autre. et par le même moyen que nous avons exposé (20) le changement aurait lieu ; la réussite est assurée par l'aptitude qu'ont les abeilles à retourner à leur même place.
Le second procédé pour dépouiller entièrement une ruche, s'obtient par la destruction des abeïlles. Cette opération barbare est encore usitée par quelques personnes, qui ne concoivent pas la possibilité de pouvoir faire autrement; ou qui ne cultivant pas les abeïlles, font commerce de leurs produits et ne tiennent Pas à conserver ces insectes.
Si enfin , telle est la volonté de celui qui aura des abeilles placées dans des ruches semblables aux nôtres, qu'il veuille les asphyxier ; il devra s’y prendre de nuit, il fera un trou dans la terre, peu profond et large de dix-huit pouces , il implantera au fond, une petite baguette, qui portera une carte souffrée. Sur le trou, il posera deux bâtons en travers, sur les ‘quels il placcra la rüche à asphyxier , il allumera la carte souffrée , ét sans perdre de temps il recouvrira la ruche de son surtout dont il
bouchera soigneusement toutes les issues ; les abeilles feront bientôt entendre un bourdonnement considérable, qui sera suivi d’un silence absolu ; indice certain de la réussite de l'opération, qu'il réitérera autant de fois qu’il aura de ruches à asphyxier.
Des Essaims artificiels.
23. Cette opération, justement préconisée par quelques auteurs, est tout aussi facile dans notre ruche, que dans celles qui ont été consiruites le plus convenablement pour cet objet.
Elle se pratique ordinairement au commencement du mois de mai, et suppose une ruche en très-bon état, bien peuplée, ayant dé'à des bourdons d’éclos, encore du couvain et toutes ses cases garnies de gâteaux : alors, deux heures avant l'opération, on sépare la ruche par le milieu comme si l’on voulait enlever les deux cases supérieures pour la tailler; mais on laisse ces cases superposées sur les autres comme dans l’état naturel de la ruche. Par un beau tems, vers midi, heure à laquelle une grande quantité d’abeilles sont dehors , on frappe quelques instans sur la case inférieure, pour y attirer beaucoup d’abeilles ainsi que la femelle
qui, probablement comme la plupart des autres, accourt au point où l’on choque laruche; ensuite on enlève immédiatement les deux cases supérieures, que l’on place pour un instant derrière le tablier de cette ruche : on transporte les deux cases inférieures qui contiennent et l'abeille féconde et la masse des abeilles qui étaient alors dans la ruche, dans un endroit assez éloigné du rucher; on ajoute sur cette partie inférieure , deux cases vides, pour reconstituer une ruche entière qu'on recouvre d’un surtout.
Les deux cases de la partie supérieure qu’on avait placées momentanément derrière le tablier (a) , seront remises dessus, également avec deux autres cases vides placées aussi à la partie supérieure; bien entendu qu’on établira la communication des trous des cases et que l’on bouchera celuide la tablette supérieure. Cetteruche qui contient moins d'abeilies que l’autre, et qui ne doit point posséder l’abeille féconde, l'égale bientôt en population, par celles qui reviennent continuellement des champs. Cette
(a) On devra, le plus tôt possible, remeitre cette partie supérieure sur le tablier, afin que les abeilles qui
reviennent des champs ne s’égarent pas.
es
opération est toujours immanquable; il est difficile de ne pas réussir, en sy prenant comme nous venons de l'indiquer, puisque toutes les conditions sont convenablement remplies. La portion de ruche transportée contenant la femelle, du couvain et beaucoup de mouches, devra nécessairement exister telle qu'elle est : car les abeilles qui s’y trouvent n'abandonncront certainement pas ni leur mère, ni sa progéniture; quant à la portion de ruche qui n’a pas changé de place, il est probable qu’au mois de mai, elle doit avoir des cellules d’abeilles femelles parmi le couvain qu'elle doit contenir aussi en assez grande quantité. M. Schirach a démontré comment les abeilles savaient se procurer des mères , quand elles avaient du jeune couvain. Les abeilles de cette ruche ne l’abandonneront donc pas non plus, puisqu'elles y trouveront les élémens nécessaires à leur conservation, et que d’ailleurs , il leur serait pour ainsi dire impossible de retrouver leur ancienne mère.
24. Nous avons décrit aussi briévement que possible, tout ce qui a rapport à la ruche que nous proposons; nous croyons avoir suffisamment démontré son utilité : nous ne pensons pas avoir omis quelque chose qui puisse être
essentiel, et d’ailleurs, comme notre intention
n’était pas d’éluder quoi que ce soit, si dans quelques passages noùs ne nousétions pas assez
clairement expliqués, aux yeux de quelques personnes, nous les prions de vouloir bien nous faire parvenir leurs réflexions , auxquelles nous nous empresserons tonjours de répondre.
Si, comme nous l’osons espérer, nous avons fait faire un grand pas à la culture des abeilles; si de là encore doit découler de nouvelles perfections dans cette branche assez importante de notre économie rurale, heureux d’y avoir primitivement contribué, nous nous réjouirons d’avoir été aussi utiles à nos concitoyens.