‹ Abélard (volume 2)Chapitre 1 sur 25 · Abélard · texte numérisé non relu

Abélard

La nature des genres et des espèces a donné lieu à la controverse la plus longue peut-être et la plus animée, certainement la plus abstraite, qui ait passionné l'esprit humain. Rien en effet ne ressemble moins à une question pratique, à une de ces questions mêlées aux intérêts du monde et aux affaires de la vie, que celle de savoir ce qu'il faut penser de la nature des idées générales. S'il existe une chose qui paraisse une simple curiosité scientifique , c'est assurément une recherche dont il est difficile de faire saisir l'objet même à bien des esprits cultivés. Cependant la durée de la controverse est un fait* historique. Elle a commencé avant le moyen âge, et elle s'est maintenue à l'état de guerre civile Intel- II. 1

lectuelle, depuis le xi* siècle jusqu'à la fin du xv*, c'est-à-()îre pefidiint pjus da quatre (i^eots ans. La chaleur #t la violence même avec l^squelle^ cette guerre a été soutenue passe toute idée; et si le règne de la scolastique est à bon droit regardé comme l'ère des éisputes, il en doit la réputation à la (yiestion des universaux.

Aussi a-t-on pu dériver toute la scolastique de cette unique question. C'est Abélard lui-même qui à dit : « Il semblait que la science résidât tout en- « tière dans la doctrine des universaux *. » Et l'un des hommes qui ont décrit avec le plus de vivacité et jugé le plus librement les querelles de ce temps, Jean de Salisbury, voulant dépeindre la présomptioi^ d^ ^tï,d4m docU^rs , s'exprime mmi :

« Tout apprenti , dès qu'il sait joindre deux parties d'oraison , se tient et parle comme s'il savait tous les arts ' ; il vous apporte un système nouveau touchant les genres et les espèces, un système i^cpanj^ 4e Boèce , ignoré de Plc^n , et que par m beureux sort il vieot tout fraîchement de découvrir dans les paystères d'Aristote; il est prêt à vous résoudre une question sur laquelle le monde en travail a vieilli , pour laqueHe il a été consumé plus de temps que la iD£M£<Mi de Césgf ^'e& a usé à gagner et à régir l'empire du inonde , po^r l^aquelle il a été versé plus d'argent que n'en a possédé Çrésus dans (Qute son opulence. Elle a reteau en effet si longtemps grand nombre de gens, que, ne cherchant que cela dans toute leur vie, ils 9'Ani «n fin de xsompAe ifovkYé ni cela ni autre diose ; et c'est ^eut-

* Aà. Op., ep. i,p. 6.

' G^ «kji^ MffïQfipoai .dai)8 fe |exte deujc yor» 4o^ Jùiao ait J^i\ u» m rappelle pas Tauteur :

Ga/tio ( «te) qui^qye çluas postqua^ gcit juagei;e pactes , Sic stat, sic loquitur velut omnes noverit artes.

Poiicrtiit. , \ïb. yn, c. XII. —Voyez au3si Buddeus, Observ. sélect., XIX, t. VI,

DE LA PHILOSOPHip p'ABÉLARD. S

être que leur curiosité ne s'est pas contentée de cp cpii pouvait être trouvé ; car de même que dans l'ombre d'un corps quelconque la substance corporelle se cherche vainement, ainsi dans les intelligibles qui peuvent être compris universellement, mais non exister universellement , la subside d'une çolide .existence ne jurait être rencontrée. User sa vie en de telles recherches , c'est le fait d'un homme oisif et qui travaille à vide. Purs nuages de choses fugitives, plus on ii^ poursuit avidement , plus rapidement ils s'évanoi4ssent« Les j^^4teur^ ^x^diei^ 1^ ques^on dç (^iv^erses manières , avec divers langages # et quan(J ils se sont dififéremment servis des mots , ils semblent avoir trouvé des opinions différentes ; c'est ainsi qu'ils ont laissé ample matièrç à disputéï* aux gens querelleurs »

Ain§i parlait un écrivaiii qui faisait profession d'être de TAcadémie, c'est-à-dire de (Jouter uupeu, et de s'en tenir 9.UX choses probables, tout en s,e donnant pour fjermement attaché au grand Aristote , qu'il regardait comme l'auteur de I9. science du probabilism^e, sans doute pour avoir défini le raisonnement d^alcjCtique le raisonnement probable * . Jean de Salisbqry n'estimait guère la question ni les système^ qu'elle avait enfantés; ipi^is il était frappé de l'importai^ce de fait d'une question qui avait donné plus de peine à xîonçluire que l'empire romain. Il s'étonnait de 1^ violence des disputes qu',elle alj-umait de son temps ^ et cependant il p'avait pas vu la querelle dégénéra en combat véritable^ ni le pugilat et les armes employés à l'aide d'une thèse de dialectique. 11 n'avait pas yij }e sang ?:'.Q.ugÎLr le pavé d,e l'ïJniversité, si c© n'est quelquefois sous le fouet des maîtres , ni le pouvoir spirituel ou temporel déployer ses rigueurs, pour i;^t^i)c^4^f W PWWr le ^rin?ied'.errer wr la n^rfuredes

idées abstraites*. Mais il reconnaissait dans la question des universaux le thème éternel des bruyants débats du monde savant. « Là sont, » disait-il, (des « grandes pépinières de la dispute, et chacun ne « songe à recueillir dans les auteurs que ce qui peut (i confirmer son hérésie. Jamais on ne s'éloigne de « cette question; on y ramène, on y rattache tout, « de quelque point que soit partie la discussion. On « croit se trouver avec ce peintre dont parle un poëte, « et qui pour toutes les occurrences ne savait d'aven- (( ture retracer qu'un cyprès*. C'est la folie de Rufus « épris de Névia, de qui rien ne peut le distraire. « Il ne pense qu'à elle y ne parle que d'elle; si Névia « n était pas y Rufus serait muet^. C'est qu'en effet la (( chose la plus commode pour philosopher est celle « qui prête le plus à la liberté de feindre ce qu'on (( veut, et qui par sa difficulté propre et par l'inha- « bileté des contendants, donne le moins la certi- « tude. »

Voilà donc le fait bien établi; c'était un sujet infini, une source intarissable de disputes et de systèmes. C'était le seul problème, le premier intérêt, la grande passion ; les docteurs en parlaient sans relâche, comme les amants ridicules de leur maîtresse.

* Métal,, 1. 1, c. XXIV. —Voyez le» citations de Louis Vives et d'Érasme dans Dugald Ste\>-art {PhiL de l'esi^ hum,, c, ir, sect. in). Les réalistes et les nominaux se sont mutuellenieot accusés d'avoir foit-brùler leurs adversaires sous prétexte d^hérésie.

* PoUcr,, 1. VII. c. XII.

' 11 cite ici une épigramme de Ooquus. Ce Coquus n'est pas autre que Martial , de qui une épigramme' assez jolie contient ce vers :

Si non sit Nsevia, mutus erit.

(L. I, cp. LXIX.)

Et nous-mêmes, ne revenons-nous pas continuellement à cette question des universaux? Elle est toujours tellement près des autres questions dialectiques qu'on n'a pu , sans la rencontrer sur ses pas, parcourir le champ de la logique d'Abélard. Déjà nous savons comment elle s'est introduite dans le monde; comment elle était à la fois posée et compliquée par les antécédents du péripatétisme scolastique; comment enfin Abélard , intervenant entre deux opinions absolues , a pu rendre à l'opinion tierce qu'il a soutenue une importance toute nouvelle. Il ne l'avait pas inventée ; mais il l'a rajeunie et remise eh honneur : elle a passé pour son ouvrage.

On a vu que la controverse des universaux avait sa racine dans l'antiquité*. Aussitôt qu'elle naît, elle doit produire le nominalisme; car la première fois qu'on entre en doute sur la nature des idées générales, ou qu'on se demande à quoi l'on pense lorsqu'on prononce un terme général , il est naturel de se dire d'abord que l'être général n'existe pas et ne peut exister, puisque la sensation n'en a jamais perçu auQun , et que la raison ne peut concevoir comme réelle que Texistence individuelle j ensuite, de conclure que h. généralité n'est qu'une manière humaine de concevoir les choses ou de les exprimer ( conceptualisme et nortiinalisme ). Le premier germe de cette doctrine nous est donné par l'histoire dans l'école de Mégare. Cette secte avait soutenu 1"* que la comparaison est impossible, excepté du semblable à lui-même (Euclide) ; 2^ qu'une chose ne peut être

* Voyez le c. n du préseiil livre, 1. 1, p. 344.

6 titRÈ il.

itffirÊhléè d'iing autre , ptiist|ii'elle rie saurait lùî être identique (Stîlpbu); S"" ^ûe celui qtîî ait hdfnrHène dit f)ersonne , puisqu'il ne dit ni èeliii-fci / ni fcèlùi-» là (Stilpori )*. On toit Reparaître tous ces ffrincipês dans la scolastique du moyen âge; le second surtout se rétro uTe daiis Abélard, qui ne sarait |)eut-être pis c[ùë rècble mégâriqile eût existé; et fce h'ést pas sàti^ raisdti que les historiens de la philosophie pilacetit le nom de Stilpon à l'origine du nominalismé. Cette origine, au i^este, ri' est ^as faite pour lui Ôter teité coùleiir 8é jjhilbsdphle riégative et tèà appàfètices de feridaiiee â Térlstique èi au nihilisine que les critiques lui fe|)rocheîit.

Zérion fut le discij)lé de Stilpon. Plus réservés (jue les mégaHeris, les stoïcienè dëveldpt)èreht lès mêmes idées, au Inoîns dans le sens du coÉleeptualisttie , et n'ëchâpipèrent point àii danget' d'Une logique J)lu« ingénieuse tjué sensée. Aussi a-t-on imputé à lelir influence tout ce que la scolastique pi'ésènte de sojphistique subtilité*. Historiquement, de tels i*apports seraient peiit-être difficiles à ftrbûTer, quoitjue les àrialogies soieht réelles; niais tin se rencbîltrë sàhs s'iitiitet.

Enfin, Aristôte et tlaton avaierit établi fchilcun urie doctrine oHgihale; fcelui-ci, en âttétiUarit et stippritnant la difficulté de la queétioii par l'atttibu-

^ IÇ àtojJLo{(ùv ffVviffTaaôat , etc., Laért.,1. U, c. x, — Stilpon. Ertfiov irepo\j /UM7 xaT>7yo^tff0oci.... ort wv ol Xôjoi STepoi rccvrx erepsc mti , /.xi on rà ZTepoL niX^ptaQxi âr»yî>wv. t^Iulaidi., adv. Colot., xxii , xxlii. — 'Xv/ipsi xxi rà. •c'o/j , ■/.xl e/eys rdv Asyovra avOpoinov «tvai, jx^i^hx' ovre yàjO rév^è /eystv, out« Tovoi. Laerl. ,1. II , c. xh , 7.

* Brucker, Ei$t. cnt. phil, t. hI, p. 5b9, 6tî, tlîf et 9b4»

DE LA PHILOSOtiBlfe D'ABÉLARD. 1

tiàû d'iliie existence féellé àut types géùél'âtii dés èhôses, àtil idées InTièiblefe, rexeiîiplaire et Tôbjet dés idées gêtléMles ; èeltii-là , feii adoptant le principe négatif, qu'il n'y a rien en acte qui soit universel , thsii en tempérant lefs tofigéqueheeâ de cet itidividtlàlistne , soit pài» là théorie de l'existence en acte et eh ptiifilsallce, soit paf la distinction de la forme et de là mâtièi'é, sdit par l'admission des substances Secondés et des fofmeà substantielles. De là cepeti-dant deux doctrines : Ttihè, le réalisme idéaliste; l'autre qu'on pourrait appeler le formalisme, et qui , en eonservàttt des traces de réalisme , pouvait mener aux conséquences avouées des conceptuàlistes et des nominaux. Ces deux grandes doctrines, protégées par des tidmë immottelô , n'avaient jamais été cdmplêtement bubliéeà.

Depuis Aristote et Plsttoii, il y àVàit donc âti hioliife deilx opinions àur là qiiestiôil, qui n'avait pas toujours conservé la itïêtiie fdrme ili la même portée. Comme, parmi lès idées, les unes sont des idées de choses sensibles, les autres des idées de choses insensibles, cette différence avait engendré celle des doctrines et produit les diverses solutions d'un problëuie unique.

Dans l'antiquité, deux grandes écoles avaient pris parti COiïtre les idées des choses sensibles, en révoquant en doute ces ehoses mêmes. Là secte éléatiqUe riiàit les choses sensibles, prétendant démontrer leur impossibilité rationnelle, et elle ouvrait ainsi là porte à toutes les sortes de scepticisme. Platon , sans aller aussi loin , osa n'attribuer qu'une réalité imparfaite aux choses sensibles, àcctfsatlt àîtisi la

sensation et les idées qu'elle suggère d*un& certaine infidélité. Ce qui échappe aux sens lui avait paru plus réel que ce que les sens atteignent et manifestent.

Mais les idées des choses non sensibles ne sont pas toutes de même espèce, parce que les choses non sensibles ne sont pas toutes de même nature. Toute doctrine qui les confond et les enveloppe dans une proscription commune, manque de justesse et de pénétration. Peut-être Épicure, peut-être Démocrite ont-ils mérité ce reproche. L'injustice ou l'ignorance pourraient seules l'adresser à cet Aristote qui a tant méprisé Démocrite. Certes il a reconnu comme réelles bien des choses non sensibles, et l'invisible eut souvent la foi de l'auteur de la Métaphysique, de celui qui disait qu'il n'y a de science que de l'universel \ Mais quel invisible, s'il y en a plusieurs? Quelles sont les distinctions à faire parmi les idées des choses non sensibles?

D'abord , les idées sensibles ou souvenirs des individus donnent naissance immédiatement à deux sortes d'idées. La première se compose des idées des qualités perçues dans les individus. Ces idées, souvenirs de sensations, une fois qu'elles sont détachées de ces souvenirs, ne représentent plus rien de réellement individuel, ni qui soit accessible aux sens en dehors des individus; elles sont donc, à larigueur et prises isolément, des idées de choses non sensibles, quoiqu'elles soient les souvenirs ou conceptions des modes sensibles que l'expérience nous

* Atmiyt. post.sÀt xxx. — Met., Hh, iv et vi.

témoigne dans les individus. Conçues en ellesmêmes et séparément , elles représentent les qualités abstraites de tout sujet, et cest pour cela qu'on les appelle communément idées abstraites.

La seconde classe d'idées de cboses non sensibles à laquelle donne lieu le souvenir des choses sensibles, est celle des idées des qualités en tant que communes aux individus semblables, lesquelles qualités , considérées dans les êtres qui les réunissent, servent à distribuer ceux-ci en diverses collections. Ces collections sont les genres et les espèces. Les idées de ces collections sont des idées de choses non sensibles, quoique d'une part ces collections comprennent tous les individus accessibles aux sens, et que de l'autre ces idées soient les souvenirs des qualités observées chez les individus que les sens ont fait connaître. Mais, d'un côté, le genre ou l'espèce comprennent tous les individus, et nul ne peut avoir observé tous les individus. De l'autre, les idées de genre ou d'espèce font abstraction des individus , pour résumer ce qu'ils ont de commun; et ce qu'ils ont de commun ne peut être perçu par les sens hors d'eux-mêmes. Les idées de genre et d'espèce ne sont donc ni des souvenirs directs de sensations, ni seulement des souvenirs de sensations, quoiqu'elles contiennent des souvenirs de sensations. Elles comprennent plus que les sens n'en ont vu.

Ainsi, même pour ceux qui n'admetteni pas d'autres éléments dans les idées abstraites ou de qualité et dans les idées universelles ou de genre et d'espèce que la sensation rappelée , décomposée, généralisée, ces idées renferment quelque chose de non senti et

10 ^ tiiM h.

cjtielque chose ûé hoti sèrisJble. Elles fié soùt pas de plurès idées dèô choses Sensibles. Il jr a dans léS idées de géiirè et â'eèpèèe/ fldh-seuléraêïit Tidée abstfâÛe de IJtialHé,* riiaîs ehèô*ë une induction cjui conclut de reipérieticë S Tèxi^téiice des qualités ^eintlàbles ûatiÉ les ifiditidttd ^éels ôti seulement possibles > autres que ceux qu'on a pn observer ; et cette iiiduction s'apfpliqtifent ou pouvant s'appliquer à ce qu'on n'a jâriiaiô vu i à Ce qu'on ne vetfa jatndiS, à ce qu^on ne saurait Voil*, il s'ehstiit tjue, danà ces idées, il y a déjà la conception de l'invisible.

Une p^chologie un pèU sévère y verrait bien antf é chose, et dans la formation des idées dé genre et d^èspèce, dans celle des idées abstraites , dans là hotion même des individus observés, elle déihêlerait et constaterait bien d'autres idées, fruits de l'intelligence, et qui ne corï*e8pondeht à rien d'individuel ni de sensible. Telles sont les idées d'être, de substance, d'essence^ de iiàttii*e, etd. Telles sont encore celles de cause, d'àctidii, etc. Là enfcore feë trouveraient des idées de choses non sensibles, doni la théorie de l*abstractiott, telle que nous venons de la rappeler, ne suffirait pas à expliquer l'origine. Pour la production de ce^ idéeë^ des philosophes ont admis une sorte d'induction particulière; et, dans tous les cas, comme elles ne sont pâè dëfe idées de pures qualités ni de genre et d'espèce , ce sont des idées abstraites d'une ttôiiVelle Classe, idées encore plus abstraites, è*eét-à-dir€! encore plus éloigiiées des réelles substances individuelles, que les autres idées placées jusqu'ici hors du cercle des idées sensibles.

Ënflh; il est de^ bhBsè^ substantielles ei réelles

DE LA PHlLOSOPfllË D'ÂBÉLàHD. Il

qui j bien qu'inaccessibles aux sens, sont Vobjet de la |)ensée< Dieu n'est pas une qualité, un genre, une espèce; c'est le nom et Vidée d'un être déterminé, fêel, et pourtant înaecessîbte aux s^ns. L'âme est aussi le nom iftin de ces êtres dont l'existence indi- TÎdiïelle peut être conçue et affirmée, quoique aucune sensation ne la manifeste* Le monde n'est pas non plus une idée abstraite y ni un genre, ni une espèce, c'est un tout ^éel et même individuel qui n'est que conçiij et dont le nom exprime une idée beaucouf) plus large que le souvenir d'aucune sensation.

il suit que les idées des choses non sensibles peuteiit se diviser ainsi : F Idées d'êires déterminés et substantiels j inaccessibles aux sens ^ Dieu ^ nue âme y etc. 2** Idées de choses inaccessibles aux sens, mais qui ne sont pas aussi nécessairement conçues comme des substances j force y cMAr^ nature ^ esmnce^ etc. 3" Idées de touts doJit quelques parties ou quelques propriétés seulement sont accessibles aux sens, leekl^ l' espace ^ le monde ^ etc* A'' Idées de collections ou de touts partiels dont les éléments individuels ne Èont pas toile perçus, lé plus grand nombre en étant seilleitlerit conçu, fhgne morganique y sysUme des pfante^'ij etc* 5** Idées des collections fondées sur une essence cbmmiine on plutôt idées d'essences génériqnes ou spéciales; c'est proprement ridée de genre et d*espèce, f^f Idées de qualités od modes plus ou moins toisiits ou éloignés des attributs essentiels; ce sdrit les idées abstraites proprement dites.

Toutes ces idées j que la grammaire appelle indistinctement abfetraitefl} febût dans l6 langage et daufe

l'esprit humain. Y sont-elles toutes au même titre? Doivent-elles être rangées sous le même nom et sous la même loi?

Quelques philosophes Font pensé; mais leur autorité n'est pas grande. Le sensualisme a toujours incliné vers cette erreur; l'idéologie pure y tend. Cependant tous les sectateurs éclairés de l'idéologie ou du sensualisme s'en sont jusqu'à un certain point préservés. Celui qu'on leur donne habituellement pour chef, bien qu'il ne puisse être confondu avec eux, Aristote, n'a nié ou méconnu aucune classe d'idées de choses non sensibles. Il les admet et les emploie toutes; mais il ne les raûge pas toutes sur la même ligne. Seulement, ne reconnaissant d'existence que l'existence déterminée, il semble avoir refusé la réalité aux objets propres et directs des idées qui ne sont pas individuelles. Mais ces idées en elles-mêmes, il les a tenues pour réelles, pour vraies, pour valables, et les conceptions pures de l'esprit humain n'ont nulle part joué un plus grand rôle que dans le péripatétisme.

Quatorze siècles après lui, on a de nouveau examiné le fond de ces idées ; et d'abord on a mis hors de question les idées de substances invisibles, comme Dieu^ ange y âme y et les idées de qualités proprement dites, de celles qui n'existent réellement que dans les sujets individuels, comme les adjectifs blanc^ rouge ^ dur y etc., et les substantifs abstraits qui y répondent. Les premières de ces idées sont des êtres % les se-

* Les premières n'ont pas été constamment et sans exception mises hors du débat, et nous voyons dans Abélard qu'une secte, observant que Dieu ne

DE LA PHILOSOPHJLE D*ÂBÉLARD. 13

condes des accidents. Il est resté : 1** Les idées de certaines choses non sensibles qui sont comme les conceptions nécessaires de l'esprit ( substance y essence y cause y etc. ) , attributs les plus généraux des choses, analogues aux catégories ou prédicaments des aristotéliciens. 2" Les idées de certaines qualités essentielles qui sont la base et la condition des essences; ces idées, difficiles à exprimer, sont les formes essentielles du péripatétisme et de la scolastique. S** Leô idées des essences qui sont le fondement des genres et des espèces; ce sont les universaux proprement dits, h^ Les idées des touts qui sont ou les collections d'individus autres que les genres et les espèces , ou des composés déterminés de parties formant ensemble une unité de conception.

Toutes ces idées ont un caractère commun : elles sont désignées par des noms généraux, ce qui fait qu'elles peuvent toutes être appelées des universaux. Sur elles toutes, la querelle des universaux pouvait à la rigueur s'élever , car toutes étaient atteintes dans leur réalité objective immédiate par le principe qu'il n'y a de réel que l'individu. Cependant c'est sur la troisième classe d'idées que la querelle a surtout éclaté. Voici pourquoi. Si Ton décompose le genre ou l'espèce, on trouve des réalités incontestables, lorsqu'on arrive aux individus. Cependant la conception du genre ou de l'espèce n'est pas celle des individus; qu'est-elle donc? On ne peut lui refuser toute réalité, puisqu'elle comprend les individus qui sont réels, et cependant, comme elle n'est pas la concep-

pouvaitéire ni accident, ni espèce, ni genre, ni forme, etc., soutenait qu'il n'était rien. Voyez ci-après 1. 111, c. ii.

1^ wf^E ij.

tïqn même des in4fyiduç qui sont seuls réeUi elle est la conception de quelque chi)s/e qui n'est pa^ fép\. Ainsi les idées de genre et d'espèce n'onjt ppiqt de ré^lijté ^n^fouédiate^ qup^qi^ je médiatemenjt ^llessQieqt fon(}.ées sur des Réalités* De là des équivoques et d^s difficultés sans nombre, ^s autres idées non ^en^ibl^? dont les objets ^^ rièsplv^ient mo^ni^ facilement ca réalité^, offraient un caractère plus /évident d'abstraction; c'étaient ces idées scientifiques d'^/re^d'essewe^ de cause y au lieu que les idées des genres et d/es espèces avaient une face changeante qui piquait la curiosité ejt epabarraçsait la subt^lil;é.

Or donc, tandis que les upiversaux avaient été assez généraleç^ent pris pour des conceptions formées en conséquence plus ou moins éloignée de l'existence d'individus réels ^ deux opinions presque absolues s^e produisirent au nM>yen %g%. D'un côté^ la dpekine de PlatcHi^ impajrfaitoment connue ^ quji attribuait anx idées universelles des types primitifs et des essences immuables^ devint l'affirmation dirrecte de l'existence d'essences universelles subsista dans les genres mêmes .ejt les espèces; ce fut là j[e r<éalisni^. D'nn aujtre côté j la doctrine ariat^jl^iqjue^ porjt^nt que la substaiace proprement dite ^ njécessairement particulière , et qu'il n'y a point d'epstence universelle, qw)ique les universaux soient les coneeptions générsdes de réalités indivir di^eU^ , s'^icagiéra à ee point de ne plus même lef s^d^cnettre à Iji^e 4e /conception , et outrait le principe du sensualisme, elle les cédiûsit à de purs noms, merœ vocesy flatus vocis. Ce fut là le nominalisme.

iloscelin , et probablement ^^n le Spurd^ §gg,

DE LA PHILOI^OPBÏiS P'ABÉLARD. 15

maîjtri^^ traita, àp nojae etf d& mots^ uoD-seuleineDt les geor^§ et les espèg^ , foais tout ce que l'idéologie appelle }àée^ abstraites. Comu^ il n'admit que les individi^^i U ui^ l^s touts et les parties ; les touts, en tant; qi^ fprmé§ d'individus , les parties, en tant que i^f'étant pas f}^s jqidividili mtuirs ; de s(Nrte que pour \ï^l des jndjy idi}s réeU fipmppmBi^t des iouts ixnagi:* naifiQ^ , ^t des partie^ imaginaires c^mposaiisnt des i^iyidp^ r^ejs. C^ eKces ^mBnèvBnl i'e^eès de réar- Us^e où tom}>^ |jluillanme diS iCbampeauK , du moins a^ i^moigni)!^ d'Al^élard. U soutint qu'une seuls et jqaépj^ #gs/epca efcisl^ait daas (ons les individus , dont ]§, diversij^ dép^i^ulait tout entière de ia variété des accji4^Qts. Pans cette doctrine 9 la diversité des sujets 4es acfQi^ents semble s'anéantir , et comme toutes 1^ esp^cas^ §.xji&H bien que les individus^ comme tpi^ 1^9 gloires, Q^ssi bien que les espèces^ tombent so}is \^ IfH^ eo^m>une de h conception d^essenee, cette doctrine , si elle a été fidèlement représentée , %urait réduit funiyers à ces termes : unité de sub- 9J#aee , diversité de phénomènes.

E^trç cj^ deuge systèmes absolus , Abélard crut trouver la vérité en planant un milieu. U produisit ua^ doctrine qui^ sacs être neuve pour le fond^ l'édiit par quelques détaib et quelques expr.^u&ions, ^ qui a ébé tonr à tour appelée le eoneeptualisme ou «conlondne avec Le nominalisme. En effets une l^oelyôe eKaete la ivéduirait peut-^re au premier de ces systèmes^ iequel luirméme penche vers le seeond. jQependafidt il est plus diffîciie qu'on ae croit de bien déterminer la doctrine d' Abélard; nous essaierons de le f^ire^ giprès l'avoir exposée ; p^d^s d? son temps

même, il ne nous parsdt pas qu'on Tait bien jugée , et comme il combattait vivenvent le réalisme, ou plutôt dans le réalisme les essences générales, il fut compté tout simplement avec les nominalistes.

Voici le jugement de deux contemporains trèséclairés , tous deux vtrsés dans les sciences de leur siècle, et dont aucun ne partageait, même à un faible degré , les préjugés et les passions qui persécutèrent Âbélard ; tous deux appartenaient à ce qu'on pourrait appeler, sans trop forcer les mots, le parti libéral dans TÉglise. L'un, Othon, évêque de Frisingen, fils d'un saint, mais oncle de l'empereur Frédéric Barberousse, avait étudié la dialectique à l'école de Paris, et il a excusé les opinions théologiques qu'on reprochait à Gilbert de la PoTrée d'avoir empruntées d' Abélard. L'autre , Jean de Salisbury, évêque de Chartres , ami des lettres , amateur trèsinstruit de la dialectique , et qui a écrit sur la philosophie avec beaucoup d'esprit, avait suivi les leçons d' Abélard; il l'admirait, il l'aimait, et il a presque dit de lui que pour égaler les anciens il ne lui manquait que l'autorité K Tous deux n'ont vu dans Abélard qu'un nominaliste.

« Abélard , » dit Othon , « eut d'abord pour pré- « cepteur un certain Rozelin qui , le premier de notre « temps, établit dans la logique la doctrine des mots

(( (sententiam vocum) Tenant dans les sciences

u naturelles pour la doctrine des mots ou des noms , « Abélard l'introduisit dans la théologie *. »

Jean de Salisbury se plaît à raconter l'histoire des

* MetaL, 1. UI, c. iv.

■ De Gest. Frider, 1, 1. 1, c. xlvii. — Cf. Brucker, t. Ul, p. G85.

DE LÀ PHILOSOPHIE D*ABÉLàRD. t?

écoles de son temps et à rattacher toutes leurs prétentions et toutes leurs dissidences à la question des uniyersaux ; par deux fois il a exposé avec détail les solutions diverses qu^ elles en avaient données* Nous avons cité une bonne partie de ce qu il dit dans un de ses ouvrages^ prenons dans un autre une citation plus longue et qui paraîtra curieuse \

<ï Tous cependant ici veulent pénétrer là naturâ d^ irniversanx , eî cette question des plus hautes, d'une recherche si difficile^ ils s*efforeenl', contre Pintention do Tauteur ( Porphyre ), de la résoudre,

<i L'un donc fait tout consister dans les mots, quoique celte opinion ait aujourd'hui disparu presque entièrement avec Eoscelin, son auteur *.

<i Un autre ne voit que les discours (sermones inîuetur) ^ et y ramène de force tout ce qu'il se souvient d'avoir lu quelque part touéhant les universaux *. C'est dans cette opinion que se laissa surprendre le péripatéticien palatin, notre cherAbélard, qui a laissé beaucoup de sectateurs et de témoins de cette doctrine, et qui en coneer^e encore quelques-uns. Ce sont mes amis; quoique, à vrai dire , la plupart du temps ils contraignent et torturent la lettre des auteurs au point que le cœ^r le plus dur en aurait pitié. lia tiennent pour monstrueux qu'une chose s'affirme d'une chose , quoique Aristote soitrauteur de cette monstruosité et qu^ildise très-souvent qu'une chose s'affirme d'une chose , ce qui est bien connu de tous oeui: À qui ses ouwages sont familiers^ s'ils veulent être de bonne foi,

a Un autre s'attache aux concepts (m inisllectibus) , et dit que les genres et les espèces ne sont que cela ^ Le préteiXte est pris de

' MetaL^ 1. Il, c. zvii.

* Dans le FoticraticuSf Jean de Satifibury l' exprime ainsi : ■ Il y a eu da» V gêna qui disaient que Us genres et les espèces élaient les yoix elle*- 4 mêmes j mais ceUe opinion a été rejetèe et a promptement disparu avec ■ son aaieur. • [ L* VII , c* xn* )

* * Il en est cependant encore qui sont surpris sur leur» traces (des 00- « minali&ies), quoiqu'ils rougissent d*époaser onverten^eut TiiuLeur ou l« 4 système , et qui , a' attachant aux noms seuls , asaïgnênt au discours tout ce « qu'ils soustraient auit choae» et au^ conceptions. > (Id,^ ibid. )

* e D'autres considèrent Les conceptions ^ et aftirment que c'est elles qu'il 4 faut voir sous le* noms des univenaum. • {/d., itid,)

%i MVBE II,

GiQ^ron ^{ (Je 8^<S, q'" citent Aristote comme Tanteuf de cettt 4QQtrine que les genres et leâ espèces doivent être regardés comme des noliens. « La notion , » disent-ils , « est une connaissance da ehaque ehdie, qui résulte de ta i^erception aniérieura de «| forma at qui a baiQln (fê^e éolairoîe. » Et ailleurs : a La notion est gqe oartaine inteilisence et une conception simple de Tàmt. » Ainsi tous les textes sont détournés pour que le concept ou la notion embrasse runiverdalilé des univeNaiix.

« De ceui( qui tianneat pour 1^ dio^i les opinioiis gus^i aoat nombreuses et diverses.

f Ainai QQlui^> d« ce que tout oe qui est un est en nombre («n nih miroaii, a l'axiiiaaoa numérique), conclut que la chose universi|i^ ^{ une an aoaabra (^m^ an unité numérique] ou n*est absolument paa t ïïim comme il e^t impoa^bla que les substantiels ne ipient pas, 4te qua oa doat iU 9ont lea «ub^tantieU existe, nos gens recueillent finalement les universaux pour les unir en essence aux individus V Dana CQ sy4èmo de la vépartitiQn (ks étckt$ *, on a pour chç( Qautier d^ Mortagu^ » at Ton dit quQ Platon est individu en tant que Platon » lip^oa aa tant qu'bomme, geara aa iant qu*animal| mm ^^uaa iubalternai et aQtantqua«ub$itanoo, genre aupréme ou des plu^ iéo^raui (âfdiw<i^i«s»>i>mn). Cette opinion a compté quelques défen- Hwr^t meift il y a longtemps que personne ne la professa plus«

« GiluHà soutient les idéea \ rival de Platon , imitateur de Bernard da Chartraai il dit que hors d'elle rien n*est espèce ou genre; or, ridée ail % «uivant la définition da Sénéque , Fe^emplaire étemel des diafaa da la natura , a( comma ces a^cemplaires ne sont ni sujets à la oopruptioat ni «Itér^ par laa mouvements qui meuvent les individus , et qui, se 9\iQoéd«nl presque 4 chaque moment, les font écouler sans oaisa différents d'eux-mêmes, ils doivent être proprement et véritablamanl appelé* le» uoiversaui^. En effet, les choses individuelle» sont jugées indignes de Tattribution d'un nom substantif; jamais stables, toujours fugaces, elles n'attendent même pas Tappellation , car elles changent tellement de qualités, de temps, de lieus et de propriétés de mille sortes, que toute leur existence paratt, non un état durable, m9»§ une transition mobile. Nous appelons être, dit Boèce, ce qui ni n'augmente par la tension ni ne diminue par la rétraction ,

* • Sa Mîtigtan» dea tMiMbUM al «atrea individa» « et reaQan^iftiant qu'il* • om mu)» réire vériiahle, il la« foi| t>a«ser par différants élaU, au maycm « desqiicls il canftiilue d^s les individus niéaiM et ce qui eftt le plus géaé- « pal ei ee qui eai W pKia apéoial (runivertal al le siagttUar)* » (14; îM.)

* Partiuntur statusx {lé.t^^M')

DE LA PHTIOSOPHTE D'ABÉLABD, |t

TOHÎs se conserve lou jours soutenu par Tiippui d€ sa propre fisture t ce sont les quanti tés T lea qualités, los reîatbni, les lietnt ^ Ifg1omp§, les habitudes^ et tout ce qui se trouve en que! que sorte faire un avec les corps. Les choses jointes aux corps paraiîj'seiit changer , mais demeurent i mm u tables daiis leur nature; ainsi les espèces des choses demeurent les mêmes dans les loduidus passagers , comme dans les eaux qui coulent » le courant en mouvement demeure un fleuve ; car on dît que c'est le même fleuve j d'où ce mot de Sénèque , étranger pourtant à ce sujet : Nmls desœndom et ne fiesœndons pas deux fois dans te même (kuve. Or ces idées ^ c'est à -dire les formes exemplaires} sont les raisons (définitions) primitives des choses, «Iles ne reçoivent ni accroissement ni diminution ; stables et perpéiueiles, tout le monde corporel périrait qu'elles ne pourraient mourir. Le nombre entier des choses corporelles subsiste dons ces idées ^ 6' iio^l que me semble rétablir Augustin dans son Itvre sur le libre arbitre, comme ellc^s sont toujours, il a beau arriver que Jes choses corporelles périssent , le nombre des choses u en augmente ni ne diminue. Ce que ces docteurs promettent est grand sans doute et eonnu des philosophes amis des hautes contemplations ^ mais ^ comme Boèce et beaucoup d'autres auteurs rallestent, rien n*est plus éloigné du sentiment d'ArisLote^ car lui-même, on le voit clairement pnr ses livres^ est très-souvent contraire à ce système. Ber* nard de Chartres et ses sectateurs ord pris beaucoup de peine pour mettre Taccord entre Arrslote et Plalon ; mais je pense qtfrls sont venus trop lard et qu'ils oui travaillé vainement pour réconcïlier des morts qui toute leur vie se sont contredits*

« Aussi un autre, pour csprimer Aristote , attribue t-il^ avec Gilbert, éviique de Poitiers, l^universalité aux formes natives , et il 5*évert'je pour expliquer leur uniformité *. Or la forme native eti l'exemple de Toriginaî ^^ et elle ne s'arrête pas dans Tesprit de Oieu , mais elle est inhérente aux choses créées ; elle s'appelle en grec tlioç, étant à Tidéc ce que Texemple est à l'exemplaire ; sensible dans une chose sensible, elle est conçue insensible par Fesprit, singulier» aussi dans les singuliers, mais universelle dans tous.

<ï II y en a un qui ^ avec Joslen^ évèque do Soissons, attribue Tunivcrsalité aux choses rassemblées en une et la refuse a us individus. Mais quand de là il en a fallu venir à TexpUcatioa des autorités ,

* * Il en est ^u\, à la manicrû des màLhàmaiicicns, abstraient les firmfi» ■ ei rapportent nux fi^rmes tout ce qui fi« dit d^s uiiiversnajt. t* (iii,, m±)

* E^emptimi on^alîsi il vaut mieuï lire prokiblcincni cxcmplmti or»- §inale, •

il souffre grande douleur, ne pouvant, dans beaucoup de passages, supporter la gnmace du teïte indigné.

« Il est quelqu'un enfin qui appelle à son aide une nouvelle langue , faute d'être assez habile dans la langue latine ; car lorsqu'on lui parle de genres et d'espèces, tantôt jl dit qu'il faut entendre par là des choses universelles , tantôt il explique que ce sont les manières des choses. Où a-t-il trouvé ce nom? Dans quel auteur cette distinction? Je ne le sais, si ce n'est dans les glossaires ou dans le langage des modernes docteurs; mais je ne vois pas ce qu'ici ce mot veut dire , s'il ne signifie ou la collection des choses de Joslen , ou la chose universelle , ce qui d'ailleurs répugne à recevoir ce nom de manière. Et ce nom, l'interprétation ne le peut ramener qu'à ces deux sens : la manière est ou le nombre des choses ou l'état permanent de la

« Et il ne manque pas de gens qui ne considèrent que les états des choses et disent que les états sont les genres et les espèces. »

Cette exposition des systèmes est intéressante, quoique Ton pût en contester l'exactitude*. Ainsi il serait difUcile de démontrer les titres des partisans de Joslen , ou même de ceux de Gautier de Mortagne, si leurs opinions sont bien rendues, à se voir classer parmi les réalistes, les uns n'admettant d'univfffsalité que la totalité collective, les autres réunissant dans chaque individu tous les caractères et tous les degrés de généralité et de particularité. De même, nous n'acceptons pas sans examen le jugement sur la doctrine d'Abélard. Mais nous le prenons comme un fait, et nous voyons que le premier en date des historiens de la philosophie duxii* siècle, plaçant entre le conceptualisme que lui-même professait et le nominalisme deRoscelin, Abélard le Palatin, assigne au dernier unp doctrine intermédiaire qui, procédant de l'un et

* Voyez lacriiique qu'en a faite Meiners. (De Nomin. ac Real, inii, Soo» Golting. Comment,, t. XII, pan u, p. 31 . )

conduisant à l'autre, a pu être successivement con« fondue avec tous les deux. On s'explique comment des historiens postérieurs, entre autres Brucker, ont pu distinguer de la doctrine d'Atélard le conceptuar lisme, qui, disait-il, s' écartait un peu de son hy^ pothèse *; tandis que d'autres ont fait du conceptua^ lisme l'hypothèse même d'Abélard et sont parvenus à l'en faire passer pour le créateur.

Quoi qu'il en soit, prenons pour convenu ce point historique, Abélard a été jugé du parti des nominalistes; et, selon Jean de Salisbury, il ne s'est distingué d'eux qu'en ce qu'il imputait à l'oraison ce qu'ils attribuaient aux simples mots. Cette opinion n'aurait , suivant le même auteur, séduit Abélard que parce qu'elle était la plus facile à comprendre. Il aimait mieux, en effet, soutenir une idée puérffe^ une doctrine d'enfant^ que se rendre obscur avec une gravité de philosophe ^ et, suivant le précepte de saint Augustin, il sacrifiait au désir de^e faire entendre, serviebat intellectui rerum*. Neus avouons que cette fois il n'y aurait pas réussi avec nous , et la nuance de nominalisme qu'on lui attribue nous parait insaisissable^ On verra dans l'exposé donné par luimême si ses sentiments ont été bien fidèlement

* Nominales, déserta patilo Abœlardi hypothèse,,., conceptuales dicti sunt,, Brucker, Hist, crit, phiL, t. HI, p. 908.

* Johan. Saresb. Métal,, I. UI, c. i.

' Aucun auteur n'avait encore réussi à s^expliquer les expressions de JeAn de Salisbury, et à bien saisir la distinction qu'il met entre Abélard et Botcelin. (Voyez entre autres Morhoif, PolyhUt., t. H, 1. I, c. xiii, Ç 5. -^ D. Stewart, Phil. de l'esp. hum., c. iv, sect. m, et not. H.) Nous serions dans la même incertitude, sans le manuscrit que nous analysons au chapitre x.

repréi;entés; lui aussi il a énuméré et discuté tous les systèmes contemporains, et, mettant le sien en regard, il s'est peint lui-même autrement que ses peintres ; mais il n'est pas très-facile à reconnaître.

Ses traits ont déjà été esquissés. Kn parlant de la division, il nous a dit ce qu'il pensait du tout et de ses parties, et là, ce qu'il pensait n'était pas le no* minalisme. En traitant des conceptions, il a profondément distingué Tintelligence de la sensation, et attribuant à la première la conception des choses dont, sans elle, nous n'aurions qu'une image^ il a montré Tintelligence suscitée et secondée par les sens, mais produisant spontanément ses idées qui, pour être valables, n'ont pas besoin, comme la sensation, de se rapporter à des réalités individttelles. Les universaux, pour être les notions de quelque chose de plus et d'autre que les réalités individuelles, ne sont donc des idées ni fausses, ni creuses^ ni vaines , et ils peuvent être valables et solides, sans supposer des essences générales dont la conception est toujours équivoque et gratuite. Là, il s'est montré conceptualiste, mais sans trace de scep* ticisme : il n'a donc pas été vrai nominaliste.

Voici maintenant un traité spécial sur la question. Il est dans nos mains, du moins en grande partie, sous ce titre : De Generibus et Speciebus\Se suis porté à croire que ce titre n'est pas le véritable, ou qu'il n'indique pas complètement le sujet de l'ouvrage ,

* p. ÀbcBlardi fragmentum sangermanense de Generibus et Spedekut, Ottvr. inéd., p. 507-650. M. Cousin, qui a publié ce morceau précieux et inconnu , Ta découvert à la bibliothèque du Roi dans un manuscrit du fonds de Saiat-Germaiû-des-Prés. (Introd., p. xiv et xviij.)

DE LA PHILOSOPHIE D'ABÉLABD. n

qui probablement embrassait toute la question, Aiîisi les six ou sept premières papes roulent sur le (out^ elleâ Bont BanB doute un débris d'une portion d'ou- YTage dirigée contre la doctrine de Roscelin lur h tout et les parlîeâ. On peut suppoBér qu'une autre portion du livre traitait des formes. Un fragment d*ua manuscrit récemment publié nous apprend, ce que témoignait déjà plus d'un passage de laDialectîquei que les formes aussi (les attribua constitutifs et, essentiels) étaient défendues par Abélard contre les atteintes du nominalisme^ et ce fragment, rédigé par un de ees partisans, pourrait bien contenir det passages recueillis littéralement à ses leçons, ou eïtraita de ses écrits \ Il n'est pas impossible que de nouvelles recherches dans les bibliotbèques un peu riches en manuscrits de Tépoque, nous valussent le traité entier ou quelque édition d'un autre traité sur la question qui avait le plus exercé son esprit et signalé son enseignement. On verra que nous avong pu nous-mÊme consulter sur ce sujet un manuscrit d'Abélard que ne mentionne aucun catalogue.

Mais enfin, comme les genres et les espèces sont lorigine et le fond véritable de la question, et connût nous possédons âur cô point un fragtnefit étendtî , étudions-le d'abord dans tous ses détails. Il com-

« Sur kê genres et \Pê espèces ^ les opinions Boni dlfféfBnteii Lei ung^ en efTet* aftirment qu*î Le^ genrei eUes espècea ne sont qU9 les moU^ lesquels sont généraux ou paniculierê, et îli ne leur asii^ goeat sucune place parmi leâ choses; les atitreâ, au ooDlraira^ disent

* CouÉin , Fragm. phUùi. ^ L 111, Append» n, p, 4W.

* Ottfr, îjiéd.| De Gttm. êi %».,p. glS-filS.

qu*il y a des choses générales et des choses spéciales , d'universeUea et de particulières, mais ceux-ci mêmes se divisent entre eux : quel* ques-uns disent que les singuliers individuels ( les individus ) sont espèces et genres, genre» subalternes et genres généralissimes (prédîpaments) , considérés de telle ou telle façon; d'autres, au contraire, imaginent certaines essences universelles qu'ils croient être tout entières essentiellement dans chaque individu. »

Ce bref exposé sépare d'abord le nominalisme et le réalisme , puis dans le réalisme distingue deux •opinions : Ynne, qui n'admet que des individus, voit dans les individus des universaux considérés et restreinte d'une certaine manière et plus ou moins particularisés ; c'est Topinion que Jean de Salisbury prête aux partisans de Gautier de Mortagne. L'autre admet , indépendamment des individus y des essences universelles qui résident entièrement en chacun d'eux, et c'est l'opinion, l'opinion première et foncière de Guillaume de Ghampeaux.

Abélard entreprend l'examen de ces opinions, en commençant par la dernière, dont il donne le développement.

n De toutes ces opinions , recherchons ce qui peut raisonnablement subsister, et d*abord enquérons-nous de cette pensée qui se pose «ntf : rhomme est une certaine espèce, chose essentiellement une, à laquelle adviennent certaines formes, et elles font Socrate. Cette même espèce ou chose est de la même manière informée par les formes qui font Platon et les autres individus de Tespèce homme. Il n'y % pas en Socrate, hormis ces formes informant cette^matière pour faire SûCftte, quelque chose qui ne soit en même temps informé en Platon par les formes de Platon ; et cette pensée, on rapplique des espèces aux individus et des genres aux espèces.

« Mais, s'il en est ainsi, qui peut faire que Socrate ne soit pas en même temps à Rome et à Athènes? En effet, où est Socrate , là est aussi rhomme universel qui a dans toute sa quantité reçu la forme de la socratiié, car tput ce que reçoit la. chose uiÛTerseUe elle le

garde dftnB lou te sa quantité *. Si donc la chose universelle affectée tout entière de la socradté est dans le même temps à Bome tout entière en PUiton ^ il est impossible que dans le même temps n'y soit pas la socratité^ qui contenait l'essence lout entière; or, partout où la socratité^ est dans un homme, là est Socrale , car Socrale est V homme socratique. Un esprit raisonnable n'a rien à opposer u ce!a *- « Antre conséquence. La santé et la maladie ont leur fondement dans le corps de l'animal , la blancheur et la noirceur dans le corps Beulement. Que sî l'animal qui existe lout entier dans Socrate est affecté de maladie , ce tout, pniî?qu1I reçoit dans toute sa quantité tout ce qu^îl reçoit , n'e^ït nulle part au même moment sans la maladie ; or ce même tout est dans Platon, il devrait donc y être malade , mais il ne l'y est pas. De même pour la blancheur et la noirceur relativement au corps* A cela^ qu*on ne croie pas échapper en disant : Socrate est malade, ranimai ne l'est pas. Car si l'on

* C'est cette proposition qui fait le nerf de rarement; aaaai H. Couttu Ta-t-Ll aUâquéi^ , et ]| a fait remar(|ncr que p1;us d^unc substance , le moi par exemple , peut pren^lrc pluaicurs furmcs » maîa succeBsivement , et en étant tout entière dans chacune de ses manifestations . ne pas tes garder à toujours ni sMdentifier avec elles. Cela cbï vrai ; mais le mui n'est pas universel, il est au contraire une indîvidualilé rigoureuse, et sf* manifestations ou modes ne sont pas des fermes esse nii elles- La propos iltcn d'Abélard : « L'unÎTersel (V essence universelle) ce n trac le et retient dans sa totalité tout ce qa* elle reçoit, * est vraie hypothétiquement^ c'est à-dire dans l'hjpothèse de Guillaume de Champeaut , et si Tessence universelle est întéf ralement dans chaque individu. Elle devient fstusse , si Ton admet que V essence do r espèce n'est pas identique , mais semblable dans chaque individu • mais ce n'est plus là, suivant Abéhfd, la supposition du réalisme absolu. (Cousin, Jntrod., p. Cïïïvj.)

* Âristote en juge comme Abélard ; « ]| est impossible, 8«Ion sotu,

■ qu*aucun universel , quel qu'il soit , soit une substance. Et d\ibord , U « lubsiance première d'un individu, c'est celle qui lui est proprC| qui n'est « point la substance d'un autre. L'universel, au contraire, est commun à M plusieurs êtres ; car ce qu'on ne m me universel , c'est ce qui se trouve j m de la nature , en un grand nombre d'dtres. De quoi Tuniversel sera-t-<î] li donc substance ? il l'est de tûuia les imiividiis ou tl ne Test d'aucun ;

* et qii'd le soit de tous , eela n'est pas posÉibîe, Mais si l'universel était

* la substance d'un individu , tous les autres scraiï>nt cet individu , car « l'unité de substance et l'unité d'essence constituent runilê d'être. D'ail -

■ leurs la substance, c'est ce qui nVsi pas Taltribyt d'un sujet ; or, Tuni-

■ Tcrsel est toujours l'attribut de quelque sujet. • (Métaph., Vil, xin» p. 49 du t. lldelatrad.)

98 LIVRÉ n.

accordé ((ne Socrtite edt malade ^ on accorde que ranimai Vest atilsi dans rinférieur '. Ceux-là ne font pas attention à l^universalité qut prétendent qu'en disant que l'animal n*eat pas malade dans ^unive^ talité, quoique malade dans rinférieur, iU n'entendent point quMl n'est pas malade dans cet accident. Ils pourraient l'entendre, au contraire, et dire qu'il n'est point malade dans la singularité; ou s'ils entendent que Tanlmal dans Tuniversalité, c'est^^dire l'animal universel^ n'est pas malade, ils se trompent, dès qu'il est malade dans l'inférieur, l'animal universel et l'animal dans l'inférieur étant une même chose *.

« Ils ajoutent : l'animal universel M malade, mais non en tant qu'universel. Qu'ils s'entendent s'ils peuvent. Car si en disant : Ta* Dimal n'ast pas malade en tant qu'il est universel « ils entendant que ce qui aat universel ne lui confôre pas la maladie ; c'est comme sMls disaient t en tant que singulier « il n'est pas malade « car ce qui est singulier ne lui donne pas la maladie davantage. Si en disant : en tant qu'universel , il n'est pas malade, ils veulent dire : retranchez ce qui est univecsel, il n'est pas malade ; alors il n^est jamais malade , puisqu'il est toujours universel. Et de même, si vous retranchez ce qui est singulier, parce qu'aucun singulier n'est malade en tant et parce qu'il est singulier. Ainsi nous avons deux fois en tant qm dt la manière suivante : en tant qu"d est universel , l'animal n'est pas malade en tant qu*ii est universel.

« S'ils ont recours à la ressource de l'état ' et qu'ils disent : l'ani» mal, en tant qu'il est universel, n'est pas malade dans l'état universel, qu'ils expliquent ce qu'ils veulent dire par ces mots : dàni l'état univetêêl. S'agitril de la substance ou de l'accident? Si de Tac* oideot , nous accordons que rien n'est malade dans cet accident ; si

* L'inférieur est le degré métaph^rtique iramédistement au-^deMOtts du précédant) rioférieur du genra, ç'aat Tcapàoeé Ici, o'eai rhomme et rbomma individuel.

* Un même, idem, G'etl rexpreatiod technique. L'eaaenee uflivertelle est un universel réel (itlnd univenale) eu un même (neutralemeAl) qui, iden* tique dani tout lei individus, n'est diversifié que par les furniea auiqtiellet il est combiné. 11 faut se familiariser avee celte expresdiont

* C'est là proprement le mot introduit, suivant iean de Salisbury, par Gautier de Mortagne. Selon ce dernier, universel ou individuel était une mértie substance à différenu éuts ou à diûérenu degrés ; au fand« cette doctrine abandonnait le réalisme | mair elle semblait, au contraire, en adopter le principe , en mettinl l'iniversel au premier rang et efl U ceMerrànt jusque dans l'individu.

DE LA PHÏLOSOPflrE D'ABÉLARD, H

de la ?ubsl«ïice, c'eét de la eiibsiance animal ou d*une aotre; iî d'une au Ire f nous Bccordons eucore que ranimai n'est pas malade dans une substance autre que lui-même; n de la su la lance animml, il est fuux alors que ranimai ne soit pas malade dans L'état universel ^ puisque c'est ranimai en soi qui a la maludie* Je ne leui- vois done pas non plus ce refuge.

a De même , toute différence qui advient au genre !e plus prochain constitue respèce, ainsi fait la ralionnalilé dans l'animaL Aussitôt, en effet, que la rationnalité louche cette nature, cplle d^anlmal, aussitôt Tespèce est produite, et la rationnalité trouve on elle son fondement. Elle affecte donc ranimai tout enlier, puisque tout ce que h genre reçoit ^ il le reçoit dans toute sa quantité ; mais de la même manière } VirraiionnalHé affecte en même temps Tanimal tout entier; aînai deuï opposés sont dans un même de la même manière (in 9oâêm secundum idem ). Et qu'ils ne disent pas : il n'est point inconvenant * que deux opposés soient dans un même universel ^ parce qu'à cela Porphyre se récrie, niont que dans un même universel soient des opposés : Il n'a pas ces opposés ^ dit-il en parlant du genre ^ cùt il aurûii simUtanàmnt des opposés dans un même. Et à cet endroit il ajoute : M de choses qui ne sont pa$ il ne se feraqueiq\Âê chose, ni Us opposés m sont en un même '. Et qu'ils ne croient pas se sauver en disant que là Porphyre ne lient pas pour absurde que deux opposé» soient dans un même , pourvu qu'ils ne soient pas actuellement con-

* Ineofwenîena en scolaitique iïgniHe ce qui répugne ou cê qui «il Cùn* iradieldrc, raljiurcîe Ingiqu^.

'En traita ot de la difiérenee ^ Porphyre dit qu'elle eit ce dont T^pèce ■urpnBse ]t genre. En etlet, il fout bien que rhomni« (eipèce) iii de pi m que fanimal la rationnalité ; car si l'animal avait ta rati^noalité , que refitrait^il pour en disiioguer l'espèce? 11 Tniidraii que t aninial eùi également riiraiionnabté, puisqu'il j a dei eapecei «aoa raison, c'e«t à-dire qyo l'Ant- Tnal ;)uitiit loutea les diUércncGi à 1d fuis ; c« qui ne se peul, car il en aurait simulianément d' opposées. E4 Purphjre ajouLâ : ■ Nec enim omnei opposi-* « laa hiibcij Dâmquè idem siinul babebit opposilas, i et pïuf bas î * Ne& • ei hia qu^ non sunt aliquid fiet , nec in eodom aimul oppoaiia eriint, ■ C'est du rriûins afn&i que ae lit te paasngc dan a U aêule veraiun de Purpbjre que n oui cn^uns qu'A bel a rd ait eue aoaa les yeux. (BfjeUt., iji Porph^ a ât iraml-, t. iV, p. (î. ) Cepencl:inL il cite les deux p3»«a^ea ea des lerniei un pou dinéreots^ et qui Lraduiâ«nt plua esacloment le teiLo î Outï ii iravarfi

Tài àvrt^ttfiitat lya " ÎttêI to kuto a/ia i|£L rà kvtty.tifi.eiia. *- flUTf i| svjt

fvTuv Tt vâviTect , BUTS rk kvraiifUMjtoi àfttt wcfn Td «vro t^tAU {hëff,;, Ul. J

Btitudfk de la chose dans laquelle ils sont * . Sar ce pied-là , il ne serait pas contradictoire que le blanc et le noir fussent dans un même, puisqu'ils ne le constituent pas.

« Il y a plus de simplicité dans ce que disent quelques-uns, que les différences adviennent bien au genre , mais n'ont pas leur fondement dans le genre; car on dit que ce qui est par soi est ce qui se sert à soi*méme de sujet *. Mais je réponds que l'espèce a été faite du genre et de la différence substantielle , et comme dans la statue l'airain est la matière et la figure est la forme, de même le genre est la matière de l'espèce , dont la différence est la forme. C'est là la matière qui reçoit la forme. Ainsi , dans l'espèce constituée , le genre soutient la forme , car une fois constituée , l'espèce est composée de matière et de forme , c'est-à-dire de genre et de différence ; et ainsi nous revenons au même point, et la différence a son fondement dans le genre.

« Mais ils disent : la rationnalité a bien son fondement dans la chair , qui est un genre en dehors de l'espèce et non un ^enre de l'espèce homme. Ils admettent donc deux impossibilités : la première , c'est que le genre soit hors de l'espèce et de ses individus, malgré ce que dit Boèce : La similitude des espèces diverses , laquelle ne peut être que dans les espèces et leurs individus , constitue le genre ' ; la seconde, c'est qu'une chose soit existante dans l'espèce, et que la même chose au même moment soit le genre hors de l'espèce , et que cette chose (corps ou chair) ne soit pas seulement le genre.

* Porphyre dit en effet au même endroit : « Potestate quidem habet omnes « differentias sub se, actu veto nullam. Le même a bien toutes les différen* « ces eu puissance , mais aucune en acte ; » c'est-à-dire que Tanimal peut être ranimai sans raison comme l'animal raisonnable , mais qu'il ne saurait être actuellement Tun et l'autre , non plus que l'un ou l'autre , sans cesser d'être le genre. C'est bien en effet de la différence constitutive que parle ici Porphyre ; mais le raisonnement d'Abélard n^en est pas moins plausible.

* Il faut ajouter pour éclaircir la thèse : « Et le genre n^est point le sujet « fondamental delà différence , car il serait l'espèce; donc, n'étant pas sujet « fondamental , il n^est pas par soi , per se. »

* Boeth. In Porph, a se transi., 1. il, p. 66. — L'arlifice de Tobjection est de substituer le corps à l'animal et la chair au corps, pour en faire le fondement de la raison. Car te corps n'est pas le genre de l'espèce homme, et la chair est une espèce du corps. De cette manière, l'homme étant la raison incarnée et non plus Panimal rationnel , n'est^lus une espèce composée de la différence pour forme et du genre pour matière. Âbélard n'a pas de peine à montrer que cette composition est arbitraire et contraire aux règles de l'art.

« De plus , si la forme a son fondement dans l'espèce ( et elle l'aurait, si elle ne l'avait dans le genre et si la rationnante était l'humanité même , en' dehors de l'espèce composée alors d'humanité et d'animalité] , elle a son fondement dans une chose constituée d'ellemême et du genre , et c'est ainsi le constitué même qui sert de fondement au constituant ; d'où il suivrait que l'intelligence peut disjoindre la forme et le fondement. C'est, en effet, un pouvoir de l'esprit que de conjoindre les disjoints et disjoindre les conjoints; mais quel esprit aurait le pouvoir de séparer la ralionnalité et l'homme, la rationnaiité étant renfermée dans l'homme?

a La rationnante est quelque chose , elle doit donc être contenue dans un des membres de la grande division d'Aristote : « Les choses ou sont dites d'un sujet et ne sont dans aucun sujet , ou sont dans un sujet et ne sont dites d'aucun sujet , ou sont dites d'un sujet et sont dans un sujet , ou ne sont ni dans un sujet ni dites d'aucun sujet '. » Ils choisiront, je pense : Elle est ce qui se dit d'un sujet et est dans un sujet. Car la rationnaiité est dite d'un sujet, quand on dit cette rationnaiité; elle est dans un sujet, qui est l'homme. Que si elle est dans l'homme ou dans un sujet, elle n'y est pas comme une certaine partie , mais en sorte qu'il lui soit impossible de subsister sans ce sujet même: car c'est ainsi qu'Ari-tote définit être dans un sujet; mais elle est partie formelle de l'homme, elle est donc partie, et il faut lui chercher un sujet dont elle ne soit point partie.

(( Mais , diront-ils , la rationnaiité est dans l'homme comme dans un sujet, et elle n'est pas en lui comme partie intégrale; c'est là seulement ce que n'a pas voulu Aristote. A cela ja proteste, et je dis : L'animal est dans l'homme comme en un sujet , et il n'y est pas comme partie intégrale. S'ils disent que la dernière partie de la définition ne lui convient pas , savoir : en sorte qu'il lui soit impossible de subsister sans ce sujet même, vu qu'il est possible que l'animal soit sans l'homme et sans les autres inférieurs , non pas actuellement, bien entendu, mais en général; dites-leur la même chose de la rationnaiité, car, suivant eux, quand même la rationnaiité ne serait dans aucun , elle subsisterait dans la nature. y>

Expliquons ce raisonnement. Si la rationnaiité est

' C'est la grande division des choses établie au commencement des Catégories d'Aristote, 11, et dans Boèce, Jn Prœdic. yérUt,, 1. 1, p. 1 19. La di?i- 8100 d'Aristote n'est indiquée dans Abélard que par les premiers mots de son texte , ce qui semble prouver que nous n'avons pas un ouvrage achevé, mai» le canevas d'un ouvrage , ou un mémorial d'arguments sur la question.

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dans le sujet homme comme une partie qui en peut être séparée , qu'est-ce que le sujet homme séparé de cette partie? ce n'est plus Thomme. Si l'on objecte qu'elle en est partie formelle et non intégrale , on peut répondre qu'alors l'animal aussi est dans le sujet homme et n'en est point partie intégrale; pourtant de rbomme retranchez Tanimal, que re8tera-t-il?Si Ton dit que Tanimal ne peut être dans le sujet homme comme la rationnalité , parce qu'il est possible de l'en séparer sans qu'il cesse de subsister , attendu que l'animal peut subsister sans Thomme^ ceux qui font de la rationnalité une essence subsistante n'en doivent-^ils pas dire la même chose? 11 faut donc admettre que la rationnalité et l'animalité sont dans le sujet homme de la même manière et sont également nécessaires pour le constituer^ et que la ration* nalité n'est pas plus que l'animalité une essence subsistante en dehors de l'animal humain.

L'extrait qu'on vient de lire contient une polémique assez vive contre la théorie générale de Texis* tence propre des essences génériques ou spéciales , distinctes des individus et cependant résidant identiquement et intégralement dans les individus. La pensée principale d'Abélard , c'est que cette théorie établit, entre les éléments constituants des êtres, des rapports qui ne rentrent plus dans les cadres de l'ontologie logique j ils ne sont plus, en effet, matière et forme, genre et différence. Ou bien il faut admettre des essences hiérarchiques» entre lesquelles, do moment qu'on les tient pour réelles et subsistantes , on ne sait plus quelles relations assigner, car où e&t le rapport ontologique pos&ible entre uad

DE LA PHILOSOPHIE DUBÉLAHï). li

Bub&tance universelle et une Bubstaoce indmduelle? Ou bien il faut n'attribuer Télre proprement dit qu'aux substances universelles et réduire les différences tant spécifiques qu^individuelles à de simples accidents, et c'est encore une extrémité incompatible avec la nature des êtres. Mais la tbéorie peut prendre encore d'autres formes, employer d'autres argu^ ixientSj et Âbélard en parcourt rapidement tous les points de vue, sans marquer toujours les divisions naturelles de rargumentation^ il passe sans transi tiou d'une idée à une autre idée, d'une objection à une réponse, et quelquefois il ne fait qu'indiquer le raisonnement, tandis qu'ailleurs il le développe avec complaisance. Son ouvrage ressemble à un recueil de notes destinées à renseignement ou à la controverse.

Trois objections détachées qui ne rentrent pas dans rargumentation précédente, s'offrent encore i lui , et il les pose brièvement en ces termes :

« <" Tout maîérié est constitué complètement par sa forme et m matière; or la matière de Socrale est l'espèce homme, la forme est Ist eocraiité, et cela suffit pour le cod sti tuer, — Mais Socrale est aussi çompoâé d'éléa^entâ» tout corps étant compsé des quatre éléments; a'ib les <3îssolveBt, ils ne peuvent dire comment les t^ Serments viennent m réunir dant^ Socrate , car ou ce sera la matière , ou uno partie de la matière, on la forme , ou une partie de la forme» Or si ce n'est rieo de tout cela , un esprit raisonnable m voit pas comment ce peu! être là. Quoique la maison soit constituée par le mur ^ le ioit, le fondement et la forme , cependant nous dirons qu'en compoàilîoa elle est de bois *!t de pierres, ce qui peut être en cfïet^ parce que le bois et la pierre sont les parties des parties de la maison.

« %■' Les genres et les espèces , étant des choses, sont ou créateur ou créature : s*ils sont créés j le créateur a été avant la créature; ainsi Dieu a été avant la justice et la force, qui sont sans aucun doute en Dieu et autre chose que Dieu; donc Dieu aurait été avant

d*êtr6 juste et fort. — Mais qudques-uns disent que la division de créateur et créature n*est pas complète, ils préfèrent celle d'engendré et d'inengendré *. Soit, et alors les universaux sont dits inengendrés et partant coéternels, auquel cas, chose criminelle à dire, Tàme ne serait point soumise à Dieu , étant coétemelle à Dieu et {i*ayant ni origine ni créateur. Socrate est composé de deux coéternels à Dieu; toute création n*est qu'une conjonction nouvelle , car la matière et la forme sont deux universaux , et en cette qualité elles sont coéternelles à Dieu. La fausseté est manifeste.

« S"" Enfin il me vient encore cette objection : c'est une même essence ( l'essence animalité) qui fait, avec la rationnalité^ l'homme, avec rirrationnalité , l'âne; comment se fait-il que d'une seule essence deux contraires en fassent deux? Si la nature permettait que le blanc et le noir fossent à la fois dans le même doigt, cela ne ferait pas deux doigts. Mais il y a mille choses qui ne peuvent se concilier avec cette folie , et nous les développerions en objection , si l'on n'en avait dit assez. »

Jusqu'ici 9 Âbélard n'a combattu que la théorie des essences universelles résidant essentiellement dans les individus; c'est la doctrine qui , suivant son récit , dominait dans l'école épiscopale de la Cité , lorsqu'il y parut à son tour et contraignit Guillaume de Champeaux à se rétracter. Voici les termes dont il se sert :

(( Mon précepteur Guillaume , archidiacre de Paris , ayant changé

son ancien habit, se convertit à l'ordre des clercs réguliers Mais

sa conversion ne le fit renoncer ni à la ville de Paris , ni à l'étude habituelle de la philosophie. Dans le monastère même où il s'était transporté pour cause de religion, il tint immédiatement école à sa manière accoutumée. Alors moi , revenu à lui pour l'entendre professer la rhétorique, entre autres essais de discussion, je le forçai ,.■ par les arguments de controverse les plus évidents, à changer ou

* La division de toutes choses en créateur et créature était fort connue, et avait élé mise en valeur par Scot Érigène. En l'employant contre le réalisme, comme en lui donnant la forme de la division en engendré et inengendré , Âbélard argumente contre le système des idées éternelles , et par conséquent contre Bernard de Chartres et au fond contre le platonisme.

DE LA PHILOSOPHIE D'ABÉLARO. aS

plutôt à détruire son ancienne doctrine des universaux. Son système touchant la communauté des universaux était d'établir que la chose totale et identique résidait essentiellement et simultanément dans chacun des individus , en sorte qu'il ne s'y trouvait aucune diversité dans l'essence , mais seulement une variété causée par la multitude des accidents. Or , voici comment il amenda cette doctrine : il dit désormais que la chose identique Tétait , non pas essentiellement, mais indifféremment, et comme c'est sur ce point des universaux que s'élève toujours la question capitale entre les dialecticiens lorsqu'il eut ainsi corrigé ou plutôt forcément abandonné

sa doctrine , son enseignement tomba dans un tel délaissement qu'à peine l'admit-on depuis lors à professer la dialectique , comme si la totalité de l'art consistait dans cette question des universaux *. »

La dialectique d'Abélard est le commentaire de ce récit. Nous venons d'y lire le résumé de Targumentation par laquelle il força Guillaume de Ghampeaux à modifier sa thèse. 11 va le poursuivre maintenant dans sa nouvelle position. C'est la doctrine qu'il appelle doctrine de l'indifférence; sententia de indiffe" rentia, et qu'au début il a représentée comme n'admettant dans les individus que des universaux différemment considérés. On va voir comment il l'a développée; ici nous analysons au lieu de traduire*.

Rien absolument n'existe que l'individu. Mais l'individu différemment considéré est et l'espèce, et le genre, et ce qu'il y a de plus général ( genre suprême ). Socrate, quant à sa nature accessible aux sens, est un individu, parce que ce qui lui est propre ne se retrouve tout entier dans aucun autre homme. La socratité ne donne pas un autre homme que Socrate. Mais l'idée de Socrate ne contient pas toujours tout

* Ab. Op., op. I, p. 6.

« ld,y Gen. et Spec.y p. 518-5^2.

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