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loi invariable au cœur de Thomme. Il trouverait trop de difficulté à la faire concorder, cette doctrine, soit avec certaines prescriptions de la loi religieuse, soit avec certaines dispensation s rapportées par la théologie à la Divinité , soit avec la distribution telle qu'il nous Tenseigne des peines et de» récompenses; il la jette donc de côté, et il dit ou (ait entendre que, le bien ou le mal dépendant de la volonté de Dieu, le bien méritant ou la vertu, le mal déméritant ou le péché, c'est Tobéissance ou la désobéissance, ie principe moral, c'est donc Tamour de Dieu.
Toute autre solution était impossible, ou du moins n'était possible que s'il eût fait un pas de plus dans la voie du rationalisme et cherché le bien en luimême, sauf à le réaliser ensuite dans la substance de la Divinité. Cette doctrine, la vraie doctrine philosophique, non pas absolument inconnue d'Abélard, car Platon avait transpiré jusqu'à lui, mais qui dépassait trop ta hardiesse de sa pensée et les forces de sa méthode pour qu'il pût la pleinement concevoir, lui aurait paru d'ailleurs plus difficile encore à concilier avec les croyances communes de l'Église.
V. Enfin, un point qui semble accessoire, quoique j'y voie encore une conséquence du principe général de la morale d' Abélard , c'est sa critiqué du sacerdoce dans la direction des âmes. Si la volonté est seule coupable, si les œuvres sont indifférentça, s'il faut chercher dans l'âme du pécheur la source du bien et du mal, du mérite ou du démérite, il
suit que les œuvres satisfactoires n'ont pas de vertu par- elles-mêmes; toute leur vertu est dans le sentiment avec lequel on les accomplit. 11 faut alors de la part des prêtres qui dirigent les consciences beaucoup de piété et de pénétration; il importe qu'ils n'attribuent pas aux signes extérieurs , même aux formalités sacramentelles, une importance et une puissance indépendantes de la partie morale de la confession. Que les pénitents se gardent donc de mettre toute leur sécurité dans la fidélité extérieure à certaines observances; les mourants ne sauraient se contenter d'une confession sans réparation; les vivants, ainsi que les mourants, ne doivent pas porter une confiance illimitée à des confesseurs aveugles ou superficiels, ils doivent chercher des juges sérieux, sincères, clairvoyants; car le pouvoir de lier et de délier n'est pas comme les pouvoirs de ce monde, dont les décisions ont leur effet pourvu qu'elles soient en forme. Le prêtre, l'évêque même qui néglige les points es'sentiels de la pénitence et de la confession, ou la componction, l'humilité, la prière , ne prononce qu'une parole vaine quand il absout, quand il condamne, même quand il excommunie. L'erreur ou la légèreté en ces matières représentent bientôt les formalités comme si exclusivement nécessaires, et l'autorité sacerdotale comme si absolue, qu'on s'imagine qu'un sacrifice quelconque fondé un droit à la rémission des péchés, et qu'une absolution donnée n'importe à quel prix est ratifiée dans le ciel. De là la vente des messes et des indulgences.
Abélard, dont nous venons de retracer le raison-
nemeiif , est, ciMiniie on Fa vu, sévère sur ce poiut, et sa sévérité ne peut qu'être approuvée; elle n'est peut-être pas ce qui lui a le moins .aliéné l'Église. Quelques-uns des abus qu'il attaque étaient déjà bien établis , bien généraux , et partant bien puissants ; d'ailleurs c'est le caractère du clergé de ne pas souffrir qu'on blâme ce qu'il désapprouve dans son propre sein. Abélard s'anime toujours quand il aborde les vices ou les préjugés des prêtres de son temps , et sa sévérité se passionne tout à coup. Ses ouvrages abondent en traits d'une satire amère contre les moines ou même contre le clergé séculier; on sent qu'il se venge*. Cette fois il s'attaque jusqu'aux évêques, c'était provoquer à coup sûr une condamnation. Elle ne lui manqua point. Cependant nous sommes de l'avis des auteurs de Y Histoire littéraire; il n'était pas condamnable pour avoir dit que le pouvoir de lier et de délier n'avait été donné qu'aux apôtres et non à leurs successeurs. Sa pensée, bien que l'expression prête à l'équivoque, est que les apôtres seuls ont eu le pouvoir réellement et absolument eflicace , c'est-à-dire la certitude de l'exercer
* Au\ exemples (|iie nuus avons rapporlés on pourrait ajouter d'autres preuves très-vives , et les prendre jusque dans ses sermons ; comme dans le sermon xxviii, prêché en l'honneur de sainte Suzanne devant les religieuses du Paraclet. 11 y déclame fortement contre les désordres des ecclésiastiques,, dont il compare la conduite à celle des deux vieillards, car la chaste Susaonc est la sainte qu'il préconise , et il s'écrie : « Audistis et vos, tara près* « bjteri quam clerici , judicium vestrum , qui circa sponsas Dei aliqua de « causa conversantes , vel eis familiaritate qualibet adhérentes , lanto a Deo « loDgiufl receditis , quanto eis turpiter amplius propinquatis ... Cura apud ■ ipsas missarum solemnia celebratis, Tel ad infirmas venire cogimini, sxpe, •t ut audio, earum ori hostias porrigitis maoibus illis quibus.... > Je ne veux pas exprimer même en latin le reproche que la rude franchise du prédicateur proférait en chaire. (Ab, Op., p. 936.)
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avec un effet infaillible. Quant à ce qu'on appelle le pouvoir (les clefs, comme attribution sacerdotale, il ne le conteste pas, il en critique Tusage. « En suivant le fil de son raisonnement, disent les bénédictins, on voit qu'il ne parle que du pouvoir de discernement et non de celui de juridiction K »
Mais ce qu'on pouvait observer, c'est qu'ici encore la tendance générale de sa doctrine se manifeste. 11 semble disputer au pouvoir ecclésiastique toute action mystérieuse qui remonterait de la terre au ciel, et réduire sa prérogative à une présomption de discernement, à une autorité morale de science, d'ex-r périence et de piété, garantie temporellement par le caractère extérieur du sacerdoce. Dans tous ses chapitres sur la pénitence et la confession, il est parlé d'humilité, de prière, d'amour de Dieu, de remords de lui déplaire, de gémissement du cœur; mais nulle part il n'est vraiment question de sacrement, c'est-à-dire d'une communication mystérieuse, invisible et actuelle de la sainteté et de la justice, réalisée et constituée par un signe visible. 11 ne nie pas, mais il se tait. Partout où s'avance Abélard, le merveilleux recule; encore une fois, c'est là le rationalisme. Son Éthique en est plus profondément empreinte que sa théologie dogmatique; nous n'hésitons pas à la regarder comme son ouvrage le plus original.
' HiU. Hiiér., t. XM, p. 128.