CHAPITRE VIII
Opuscules divers. — Expositio in Hexameron. — Dialogus inter philosophum , judœum et chrisfianum.
Rien n'est plus grand et plus obscur dans toute l'Écriture sainte que le commencement de la Genèse. Rien n'aurait plus besoin d'interprétation , si l'esprit humain pouvait élever ses conjectures à l'égal des difficultés de la création. Cependant les philosophes chrétiens n'ont pas reculé devant cette tâche audacieuse; et plusieurs, à l'exemple de saint Jérôme, ont entrepris d'expliquer Tinexplicable; car l'œuvre des six jours est moins pénétrable qu'aucun problème purement rationnel, si obscur qu'il puisse être; le fait ici est encore plus mystérieux que l'idée, et il est peut-être moins téméraire de se hasarder à dire comment de l'essence de Dieu devait naître le monde que de raconter comment il est né. Mais Héloïse ne croyait pas qu'aucune question fût au-dessus d'Abélard.
(( Ma sœur Héloïse, chère autrefois dans le siècle, i( plus chère aujourd'hui dans le Christ, tu me de- (( mandes et même tu me supplies de t'expliquer ces (( choses % et avec d'autant plus de soin que l'intel-
• P Abœlardi Exposilio in Hexameron. — Thés. nov. Anecd., t. V, p. 13G1. Il s'agil des trois parties les plus difiiciles peut-être de l'Écriture, le commencement de la Genèse , le Cantique des Cantiques et la prophétie d'Ézéchiel. 11 ne paraît avoir traité que de la première partie; encore la dissertation n'est-elie pas terminée.
<( ligence en est plus dirficile. C'est un travail spiri- (c tuel pour toi et pour tes filles spirituelles. Et moi, (( je vous supplie à mon tour, puisque ce sont vos (( instances qui m'y engagent, obtenez-moi en priant « Dieu la puissance d'y réussir. Je commencerai par (( la tête; que vos prières me soutiennent dans l'étude
(( de cet exorde de la Genèse Si vous me voyez
(( faiblir, attendez de moi cette excuse de l'apôtre : « Je suis devenu insensé, vous m'y avez contraint. » (II Cor. XII, 11.) Sur l'ordre d'Héloïse, et guidé par saint Augustin , il entreprend donc une exposition de THexameron , Expositio in Hexameron, Ce titre était en quelque sorte consacré, et Foeuvre des six jours avait été l'objet de plus d'une recherche*. Abélard en promet une explication historique, morale et mystique.
L'ouvrage répond peu à ces promesses. C'est une glose qui suit le texte ligne à ligne, et l'explique tantôt suivant la lettre, tantôt suivant Fesprit, sans unité et par remarques détachées. Ainsi, dans ces mots : Dieu créa.,,, Fesprit du Seigneur était porté sur les eaux,,,. Dieu dit,.., Abélard retrouve la première expression du dogme de la Trinité, le Père, le Saint-Esprit, le Verbe. Plus loin, il compare quelques mots de la version latine aux mots correspondants en hébreu, et c'est grâce à ces passages qu'il s'est donné facilement la réputation de savoir la langue hébraïque. Je conjecture que presque toute sa science à cet égard était puisée dans le Commentaire de saint Jérôme.
* Il y a un Hexameron dans les œuvres de saint Basile, de saint Ambroise et d'autres Père».
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Ailleurs il s'attache à concilier le récit mosaïque avec la théorie des quatre éléments, et il exprime, çà et là, des vues de cosmogonie et de physique générale d'un très-médiocre intérêt. Ainsi, rencontrant rherhe verte dans le paradis, herbam virentem y le quatrième jour, c'est-à-dire avant Ui création du soleil, il recherche comment la végétation pouvait précéder l'existence de cet astre bienfaisant, et suppose que la terre plus neuve , plus humide , avait plus de fertilité par elle-même, ou, qu'apparemment, et ceci est plus plausible , avant que le monde fût achevé , tout était soumis à Faction de la volonté immédiate de Dieu et non à l'empire des lois de la nature. Quand les astres sont créés, ces signes du ciel, signa eœliy il observe avec beaucoup de sens que s'ils sont les signes de quelques événements , ce ne peut être que des événements naturels, comme le cours des saisons et les accidents météorologiques. Il penche bien à penser avec Platon et saint Augustin que les astres sont animés ; mais il ne prend plus ici , comme dans Y Introduction à la théologie, le Saint-Esprit pour l'âme ou le principe de l'âme du monde matériel. Et d'ailleurs il ne se refuse pas à croire tout simplement que le mouvement régulier et stable des planètes peut être rapporté à la volonté de Dieu qui, dans les causes primordiales, tient lieu de la force de la nature. Cette idée est grande, et tôt ou tard la science humaine y est ramenée.
L'astronomie n'est au fond pour lui qu'une science naturelle ; il n'admet pas qu'elle puisse servir à prévoir les futurs contingents, c'est-à-dire les faits qui peuvent arriver ou ne pas arriver, comme, par exem-
DE LA TIIHOLOCIF IWBKLARI). f'>21
pie, tous ceux ijui Jépentleui de uoti*e libre arbitre. Les futurs naturels sont déterminés clans leurs causes. Ils peuvent se prédire; la mort suivra le poison, la pluie suivra le tonnerre, et la sécheresse ou Thumidité excessive amènera la stérilité. Plus d'un fait est connu de la nature, cof/nitum naturœ, sans être connu encore de nous. Ainsi le nombre des astres est pair ou impair; mais nous n'en savons rien. Le bruil est susceptible d'être entendu, même quand l)ersonne n'est là pour l'entendre, et le champ est cultivable, bien qu'il n'y ait personne pour le cultiver, a Mais l'astronomie étant une espèce de la phy- « sique , c'est-à-dire de la philosophie naturelle, « comment des philosophes pourraient-ils découvrir cf par elle ce qui est inconnu à la nature même?» Seulement, comme les médecins peuvent , de la constitution des corps, tirer beaucoup de pronostics relativement aux maladies , les habiles dans la science des astres peuvent y puiser sur le cours des saisons bien des notions utiles à l'agriculture et à la médecine. Mais ceux qui, sur la foi de l'astronomie, promettent quelque certitude touchant les futurs contingents, professent une science non pas astronomique, mais diabolique. Pour la mettre à l'épreuve, interrogez-les sur une chose qu'il dépende de vous de faire ou de ne pas faire , ils n'oseront répondre. S'ils ont quelque divination, elle leur vient du diable qu^tfs cofisultPnt\
Abélard rencontre en passant quelque chose qui intéresse la création des espèces. C'est à ces mots ;
' • Diaboliis quem consuUmt. • Uexam., p. 1384-13S8.
Creavit.*.. omnem animam viventem afque motabilem {sic)f quant produxerant aquœ in species suas. Cela signifie, dit notre commentateur, que Dieu créa toute âme, c'est-à-dire tout animé en telles ou telles espèces (taies in species); c'est comme s'il était dit que Dieu a créé tout animé, quant à l'espèce et non quant au nombre, toutes les espèces et non tous les individus. Lorsqu'il est dit plus tard que Dieu se reposa, il faut entendre qu'il cessa de créer, non des individus, mais des espèces, celles-ci étant désormais toutes préparées. Le commandement : Croissez et multipliez ne s'adresse qu'aux individus. Le sixième jour. Dieu dit : Producat terra animam viventem in génère suo jumenta, etc. Il s'agit de la création des animaux terrestres; toute âme vivante en son genre équivaut à tout animé vivant dans son genre. Les animaux vivent en effet dans leur genre , bien qu'ils meurent comme individus. « Ils vivent dans leur {(genre, c'est-à-dire dans leur espèce, ceux qui fuirent créés les premiers , quoiqu'ils ne vivent plus i( en soi. C'est ainsi qu'on dit d'un tyran mort qu'il «vit dans ses enfants ^ » Ceci est-il du réalisme ou du nominalisme?
Quant à la création de l'homme, une seule remarque. Dieu dit : Faisons l'homme, faciamus hominem y et aussitôt Dieu créa Thomme, creavit Deus hominem. Ce pluriel faciam,us ^ exprime que c'est la Trinité tout entière qui aura dans l'homme son image. Dieu invite, convoque en quelque sorte par cette parole les trois personnes à la création de l'être qui
* Cf. Dialecticay p. 224 et 251 .
reproduira au plus Iiaut degré la puissance, la sagesse et Tamour; c'est-à-dire qui retracera le mieux les trois personnes divines.
«Et Dieu vit toutes les choses qu'il avait faites, (cet elles étaient très-bonnes, valde bonœ. Dieu ne «jugea donc pas qu'il y eût rien à corriger en elles. « Elles avaient reçu toute la perfection qu'elles pouce vaient recevoir; il n'était pas convenable qu'elles « en reçussent davantage , suivant cette pensée de «Platon que le monde ayant été fait par un Dieu « tout-puissant et sans envie, n'aurait pas pu être fait « meilleure C'est ce que Moïse a considéré quand il «a dit que toutes les choses créées étaient bonnes, «quoiqu'il n'ait été accordé à personne, pas même «à lui, de rendre compte de toutes. Ce ne sont pas « les choses chacune en soi , ce sont toutes les choses « ensemble qui sont très-bonnes. Saint Augustin l'a « dit : Chaque chose est bonne en soi, mais toutes les « choses prises ensemble sont très-bonnes. Car celles «qui, considérées en elles-mêmes, paraissent ne « valoir rien ou valoir peu , sont très-nécessaires dans «l'ensemble général. » S'il y a de mauvaises choses, il faut songer que l'orgueil des mauvais anges et le péché de l'homme les ont introduites dans le monde ; mais ni les anges ni l'homme n'avaient été créés mauvais. « Tous les ouvrages de Dieu sont bons et toute « créature est bonne, n'ayant en elle ni mal ni péché « par son origine de création. Dieu accorde à chacune « ce qui lui convient, en sorte que chacune est faite «par hii , non-seulement bonne, mais excellente,
* Timée, t. I, p. 87 de la trad. de M. H. Martin.
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(( c'est-à-dire Irès-bonne, valde hona^ el non-seule- « ment par la première création, mais encore tous les ((jours, lorsque , par l'effet des causes primordiales , (( elles naissent et se multiplient. « La désobéissance première de l'homme a seule altéré cet ensemble de la création. Aussi le premier devoir est-il encore l'obéissance à Dieu.
Toutes ces observations appartiennent au commentaire historique ^ Le moral et le mystique qui viennent ensuile sont très-courts et assez insignifiants. De là Fauteur passe au second chapitre de la Genèse, et nous n'avons son exposition que jusqu'au xvif verset. 11 n'y a rien à remarquer dans cette partie de l'ouvrage, et ses recherches , soit sur la topographie du paradis et ses conséquences géographiques, soit sur la question de savoir si l'arbre dévie était un figuier ou une vigne % soit enfin sur la langue que Dieu parla à l'homme et le serpent à la femme, n'ont pas même un mérite de singularité.
En tout, nous ne pouvons souscrire aux éloges que quelques auteurs ont donné àTHexameron^ Le commentaire que,i:[uatre ou cinq siècles auparavant, Bède avait donné du commencement de la Genèse nous paraît supérieur; celui de ScotErigène s'élève aune tout autre hauteur, et il étonne encore aujourd'hui par la profondeur et la hardiesse, tandis que nous ne pou- ■ vons rien apercevoir de fort ni d'ingénieux dans tout ^ ce que suggère à notre interprète le merveilleux récit
* Hexam., p. 1365-1402.
* Il est porté à croire que c'était une vigne. ( Hexam., p. 1409. — In natal. Dom., serm. ii , Ab. Op., p. 744.)
■^ Entre autres les éditeurs de l'ouvrage , Durand et Martène. [Observ. prœv., p. 1361 . )
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qu'il pi'oiul pour lexle; ce commentaire ne nous paraît avoir de prix que par les prenves ([u'il Iburnii de l instruction variée de Fauteur. Encore serait-il possible, je crois, de découvrir les sources de cette instruction, et de trouver çà et là dans saint Augustin, saint Jérôme et Boèce , les principaux passages dont il a composé le pastiche de sa science. Mais cela même serait curieux et donnerait lieu à d'intéressantes recherches sur l'origine et l'état des connaissances à cette époque du moyen âge.
Quant à celle où Touvrage fut composé , elle est, d'après le prologue, évidemment postérieure à r installation d'Héloïse au Paraclet. Je crois même qu'elle l'est à la rupture d'Abélard avec le couvent de Saint-Gildas. L'ouvrage serait donc des dix dernières années de sa vie. Les bénédictins, qui Font publié, pensent même quMl fut écrit à Cluni. Cette conjecture nous paraît dénuée de preuves et exempte d'objections. Ils se fondent sur ce qu'en parlant de l'âme du monde, Abélard ne la confond plus avec le Saint-Esprit; ils voient là qu'il était converti et corrigé, mais il pouvait avoir changé d'avis sur ce point, avant que le concile de Sens eût pris soin de le condamner; nous voyons dans la Dialectique une rétractation formelle de cette opinion; et ce n'est pas une preuve directe que la Dialectique ait été composée à Cluni. Rien n'empêche cependant de lui donner cette date \
.\ous ne dirons que peu de chose de ({uelques opuscules d'Abélard qui complètent la série de ses
' Uexam. Obs. prœv., p. 1861 el 1385. — Voyc^ ci-dessus, t. I, c. vi, )i iG5 et clans ce volume, c. ii, p. 197 el T2.o.
ouvrages publiés sur la théologie. 11 avait écrit aux filles du Paraclet une épître ou exhortation à Fétude des lettres \ Dans cette composition assez remarquable, il exalte ensemble et le prix de l'étude, et l'utilité des langues, et la nécessité de l'instruction littéraire pour l'intelligence de la foi, et l'érudition rare de ]'abbesse, et l'avantage qu'il y aurait avoir la science renaître avec éclat chez les religieuses, lorsqu'elle a péri chez les moines. Nous avons déjà cité un fragment de cette épître qui mérite d'être lue. Elle excita la curiosité et l'émulation des religieuses et de leur supérieure, qui, en leur nom, écrivit au maître pour lui soumettre les questions de leur ignorance. «Toi, qui es aimé de beaucoup, u mais le plus aimé parmi nous — rappelle-toi ce « que tu nous dois et ne tarde pas à t'acquitter. « Nous, les servantes du Christ et tes filles spiri- « tuelles, tu nous a réunies dans ton propre oratoire, « et enchaînées au service divin; sans cesse tu nous « exhortes à nous occuper de la parole divine et à « faire des lectures sacrées. Tu nous as bien souvent « recommandé la science de l'Ecrituresainte comme « étant le miroir de Tâme; l'âme, disais-tu, y voit (( sa beauté ou sa difformité, et tu ne permettais pas « à une épouse du Christ de manquer de ce miroirce là, si elle avait à cœur de plaire à celui à qui elle (c s'était vouée,- et tu ajoutais que la lecture des « Ecritures non comprise était comme le miroir placé i< devant les yeux d'un aveugle. Excitées par tes « conseils, mes sœurs et moi, en cherchant à
* Ab. Op't epist. vi, De Studio lUterarunif p. 251.
c( t'obéir nous avons été troublées par une foule
« de questions, et la lecture nous devient plus ((difficile; plus nous ip;norons , moins nous ai- (( mons.... » Et elle soumet à son maître quarantedeux questions qui ont été recueillies avec les réponses sous ce titre : Heloissœ paraclitensis diaconissœ problemata mm mag, P, Abœlardi solutionibus \ Ces problèmes sont des difficultés suggérées par la lecture du Nouveau Testament; quelques-unes ne roulent que sur le texte ou sur quelques événements du récit évangélique. Un petit nombre ont une importance doctrinale.
Parmi celles-ci, on en peut distinguer plusieurs. 1° La question xiii, touchant le péché contre le Saint-Esprit. — Abélard pense que le péché rémissible contre le Fils est celui qui consiste à lui contester sa divinité, non par malice, mais par une invincible ignorance; tandis que le péché irrémissible contre le Saint-Esprit est celui de l'homme qui, sciemment et méchamment, retire à la bonté de Dieu, c'est-à-dire à l'Esprit-Saint, ce qu'il attribue à un malin esprit. C'est un péché plus grave que celui du diable même. Car le diable, dans son orgueil, ne paraît pas être allé jusqu'à ce blasphème, d'accuser Dieu de méchanceté; un tel crime ne mérite point de grâce, tandis « qu'il convient à la piété comme à (( la raison que tout homme qui, par la loi naturelle, u reconnaissant un Dieu créateur et rémunérateur, (( s'attache à lui d'un zèle assez grand pour ne cher- « cher jamais à l'offenser par ce consentement qui
* Ab. Op., pars II, p. 384-451.
« est proprement le péché , ne puisse être jugé cligne « de damnation. Ce qu'il est nécessaire qu'il apc( prenne pour son salut lui est révélé avant la fm de (( la vie ou par inspiration ou par quelque message ce qui lui est envoyé, comme nous le lisons du cen- (( turion Corneille '. »
2"" La question xiv, sur les sept béatitudes '. — Abélard pense que la béatitude est promise à celui qui, par l'esprit, spiritu^ est tout ce que dit le Sauveur, pauvre, doux, pacifique et le reste. 11 n'admet donc pas que le pauvre (Tesprit soit par là même un bienheureux. Rien au monde, je crois, ne l'eût déterminée faire une vertu ni une grâce divine de l'indiçjence intellectuelle. Ceux-là, selon lui, sont pauperes spiritu^ qui se font pauvres par l'esprit, c'est-à-dire qui, dédaignant les voluptés corporelles, s'élèvent par l'esprit au-dessus des richesses mondaines , et s'en dépouillent spirituellement en les foulant aux pieds; et je doute que cette interprétation ne soit pas la meilleure.
3^* Les questions xv, xvi, xviii et xxv ^ toutes relatives à la différence de la loi ancienne à la loi nouvelle. — Dans ses réponses, Abélard développe le thème connu que la nouvelle loi est une loi de perfection morale, qui règle l'intérieur de l'homme, tandis que l'ancienne s'adressait surtout à l'homme extérieur, et qui punit l'intention et non pas seulement l'acte matériel; d'où il suit que le péché est dans le consentement de l'esprit, et que l'âme est
* Ab. Op., pars 11, p. 407. (Voyez aussi ci-dessus , c. vu , p. i7] .)
' Ibid., p. 408.
» lbid.,-p. 416,417, 424 et 427.
J)K LA THÉOLOGIK D'AliiaAllD. ^ 529
absoute par la bonne volonté ou par l'ignorance invincible.
Nous retrouvons partout les doctrines religieuses et morales exposées dans les grands ouvrages d'Abélard.
Ses autres écrits théologiques sont trois expositions de r Oraison dominicale , du Symbole des apôtres et du Symbole d'Athanase; on lui attribue également, mais à tort suivant les auteurs de VHis^ toire littéraire, un résumé des diverses hérésies et des textes auxquels elles sont contraires , Adversus hœreses liber \ ainsi qu'un catéchisme incomplet qui, sous le nom ^'Elucidarium , figure parmi les ouvrages apocryphes de saint Anselme \ Mais ce serait prolonger sans intérêt notre travail que de s'arrêter à des écrits détachés qui, lors même qu'ils sont
' Ab, Op., p. 359, 3G8, 381, 452. — Hist. litt., t. XI, p. 137.
' Elucidarium sive Dialogus snmmnm tolius christianœ theotogiie coni" plectens. Il en existait dans les bibliothèques anglaises deux manuscrits, l'un en latin, l'autre en français (ce dernier pourrait avoir un certain prix littéraire) sous le nom de saint Anselme; et l'ouvrage a été imprimé dans l'cdilion des œuvres de ce saint donnée à Cologne en 1673. D. Gerberon a dû l'insérer dans la sienne inter spiiria (p. 457 del'éd. de 1721 ). Trithcme l'attribue à Honoré d'Aulun. Durand et Martène disent en avoir vu, dans un couvent du diocèse de Tours, un exemplaire sous le titre d'Aùœlardi Elucidarium ( Thés., t. V, p. 13GI ). C'est un catéchisme fort incomplet, dont le style ne ressemble nullement à celui d'Abélard et oi'i ne se retrouve presque aucune de ses opinions caractéristiques. Le passage le plus remarquable est un tableau assez piquant des diverses professions de la société et de leurs chances de salut éternel ( c. xviir, De variis laicorum statibus, p. 474). En voici quelques traits. « Milites? parvi boni. — Quam spem habent mercato- «« respparvam. — JoculaloresPnullam. — Varii artifices? pêne omnes pereunl. " — Publiée pœnitentes ? Deum irridentes. — Fatui ? intcr puci-os. — Agricolœ ? « ex magna parte salvantur, quia simpliciter vivunt. » Les auteurs de V Histoire littéraire adoptent sur l'origine de cet ouvrage l'opinion de Trithème (t. IX, p. 443, et t. XII, p. 133 et 167).