‹ Abélard (volume 4)Chapitre 18 sur 24 · I. iu · texte numérisé non relu

I. iu

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' Uiuliifi,, pan II, p. 227.

' p4;iii-(';tn! r;iii(Jrail-il traduire : à suivre notre desseùi; il j a dans le l*»xlff : tiontro proponito ccdendnm,

* Ohi Win-v.o, qui iii<;i ainsi Al^'îlanl en niPsare déjuger si periinemment 'Mi^iophi aftt<! Cl Kudcriic , disciples d'Arîstute , les premiers en date de set coiiiiiMMiiaUrurH, <!l dont nous n'avons pas conserve les ouvrages. (Boeth. Op., J)« Syll. Hy|). I. I, p. 00(;. — De In Logique d'Arist., par M. Barihé- U'inv Saini-llilairn, I. Il, p. Wô.^

quelques-uns, concilier les dissidences schismatiqueé de nos con* temporains et résoudre les difficultés qui divisent les modernes , si ]*ose me promettre une si grande œuvre. J'ai la confiance , grâce à ces TiiBources d'esprit qui abondent en moi .et avec le secourt dit dispensateur des sciences, d'achever des monuments de la parole péripatéticienne qui ne seront ni moins nombreux ni moindres que ceux des Latins célèbres par l'étude et la doctrine , au jugement de qui saura comparer nos écrits avec les leurs et reconnaître éqnit&blement en quoi nous les aurons atteints ou dépassés, comment nOUs aurons développé leurs pensées , là où eux-mêmes ne l'avaient pas fait. Car je ne crois pas qu'il y ait moins d'utilité et de travail à bien exposer par la parele qu'à bien inventer les pensées.

Or il sont trois dont les sept manuscrits sont tôUt l'arsenal dd la science latine en matière de dialectique. D'Aristote, eh effet, deux ou^ vrages seulement ont été jusqu'ici mis à l'usage des Latins, savoir, les livrés des Prédicaments et Periermenias [sic) ; de Porphyre un seul, c'est le Traité des cinq voix, celui où, en étudiant le genft, l'espèce, la différence, le propre et l'accident^ il donne une intro. duction aux Prédicaments mêmes. Quant à Boèce , nous avons intro-» duît dans l'usage quatre livres de lui seulement , savoir : les Divisions et les Topiques , avec les Syllogismes tant catégûriqueâ qu'hypôlhfitiques ; c'est la somme de tous ces ouvrages que le teite de fiotfè Dialectique renfermera compiétemeût et mettra en lumière, ainsi qu'à la portée dès lecteurs , si le créateUf de notfe vie nous accorde an peu dé temps, et si la jalousie lâche un peu le tteih à Tessof de nos écrits*.

a En vérité quand je parcours dans l'imagination de Tàme la grandeur du volume , quand je regarde derrière moi ce qui est fait^ et pèse ce qui reste à faire , je me repens, frère Dagobert, d'avoir cédé à tes prières , et d'avoir entrepris une si grande tâche. Mais lorsque déjà fatigué d'écrire , la mémoire de ton affection et le désif d'instruire nos neveux renaissent en moi , soudain à la contemplation de votre image , toute langueur s'éloigne de mon âme , mon courage accablé par le travail se ranime par Tamour ; la charité replace en quelque sorte sur mes épaules le fardeau déjà presque rejeté , et la passion ramène la force là où le dégoût avait produit la langueur. »

Ce fragment donne quelques lumières sur deux

* • Si BOftre ereator Tim ternport paaoa conoMMrit et nOitfillitef opérl*^ t but frtna ^ndoque kiaverit. » ( P. 919.)

questions importantes : 1"" à quelles sources Abélard puisait-il la science? 2'' à quelles époques et dans quel esprit composa-t-il sa Dialectique ?

On voit d'abord qu'il connaissait les deux premières parties de l'Organon , les Catégories et l'Herméneia, parce qu'elles sont effectivement traduites en entier dans le commentaire de Boèce; mais il semble ignorer la traduction qu'on y trouve des Analytiques premières et secondes et des autres parties de la Logique ^ Toutefois il se sert des traités originaux du même écrivain sur la division , la définition^ le syllogisme catégorique et l'hypothétique. Quand il nomme les Topiques de Boèce, il peut désigner trois écrits : la version des Topiques d'Aristote, les Commentaires sur ceux de CicérOn, le Traité des Différences topiques. Il s'agit, je crois, du dernier ouvrage ; c'est celui qu'il paraît avoir suivi en composant ce qu'il appelle aussi ses Topiques. Mais quelques passages prouvent que ceux de Cicéron ne lui étaient pas inconnus.

Ce catalogue, qu'il nous donne lui-même, confirme bien ce que des investigateurs exacts , et notamment Jourdain , pensaient de l'exiguité de la bibliothèque scientifique de cette époque. 11 faut y ajouter le Timée de Platon dans la version de Chalcidius et les Catégories dites de saint Augustin \

* A plus forle raison, no connatl-il pas la traduclion d'une plus grande partie de rOrganon qu'aurait faite, dit-on, Jacques de Venise en I12S. (Jourdain , Recherches , etc., p. 58.)

• Ab, Op. y Introd. ad. theoL, p. 1007. — Ouvr. inéd., Dial., p. 193. — M. Cousin a bien trouvé, dans un manuscrit du xii* ou xiu" siècle , une traduction inédite du Phédon ; mais rien n'annonce qu'elle fût connue du temps d'Abélard , et d'autres faits indiquent que c'est précisément dans les

Voilà les monuments de la philosophie ancienne dans la première moitié du xii'^ siècle; car on doit croire qu'Abélard connaissait tous les ouvrages qui étaient en circulation dans les Gaules, la Grande- Bretagne, la partie lettrée de la Germanie^ et peutêtre même l'Italie. Sans doute les choses changèrent bientôt, et Jean de Salisbury, par exemple, avait déjà dans les mains un plus grand nombre d'écrits de Platon et d'Aristote. De même aussi, longtemps avant Abélard on avait pu connaître d'autres livres retombés plus tard dans l'oubli ; car enfin les manuscrits en existaient quelque part. Ainsi Bède , au viii*' siècle , citait de nombreux passages des principaux écrits d'Aristote. Au xi% Scot Erigène peut, comme on le dit, avoir commenté sa Morale; mais deux cents ans après lui, l'original et le commentaire étaient comme ignorés. On a parlé des commentaires de Mannon ou Nannon de Frise, sur rÉthique, le de Cœlo, le de Mundoy sur les Lois et la République de Platon; mais on prétend seulement qu'ils existaient dans les bibliothèques de la Hollande , et non pas qu'ils aient jamais été fort répandus. On voit dans Gunzon , qui n'était pas un érudit médiocre pour le x® siècle, qu'il connaissait l'Herméneia, le Timée, les Topiques de Cicéron et Porphyre; mais tout cela était également connu d' Abélard. Le témoignage du dernier est donc très-précieux à recueillir, et l'on peut hardiment en généraliser

dernières années de sa vie et après lui qu'un plus grand nombre d'écrits d'AHslotc et de Platon commencèrent à être répandus. ( Fragm, phiL, t. m, Append. VL — Cf. Johan. Saresb., passim. )

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imitateurs à refaire plusieurs fois les mêmes *ou-* vragesy et à ne se pas contenter d'une seule édition de leur pensée.

Cependant le livre, dans son ordonnance impar-* faite, témoigne d'une pensée générale et même d'une constante disposition d'esprit. L'auteur s'y présente comme étranger désormais aux luttes de l'école ; il veut suppléer par la composition à l'enseignement oral, qu'on lui défend. On a donc pu croire qu'il écrivait au couvent de Saint-Denis, soit après la décision du concile de Soissons , soit dans le fort de ses démêlés avec son abbé. Le frère Dagobert, à qui il s'adresse, serait alors un de ces moines dont il avait commencé, à Maisoncelle , l'éducation philosophique et qui tenaient secrètement pour lui.

Peut-être aussi écrivait-il dans une de ces périodes de demi-persécution où, suspect et contraint, irrité et intimidé, il se croyait réduit au silence; par exemple, vers la fin de ses leçons au Paraclet, ou lorsqu'à Saint*>Gildas il s'était fait abbé , ne pouvant plus être professeur.

Enfin, nous admettrions, avec M. Cousin , qu'ils pu faire ou plutôt refaire sa Dialectique dans sa retraite de Cluni. On sait qu'il y écrivait sans cesse, et, dans l'ouvrage, il parle des controverses spéculatives comme de choses bien éloignées, et des leçons de Roscelin et de Guillaume de Champeoux comme de souvenirs déjà bien vieux. De plus, il paraît éviter les hardiesses qui touchent le dogme , il combat

mêmes matières dans le même ordre , avec les mêmes divisions , sous les mêmes litres. L'usage remontait à Thcophrastc. (De la Log, d'Àmt.t 1. 1 , I». 36.)

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'|a^ ^^/uùtasu/'ffii 6^ alLoiMMtt et des icaivis à k Ui^k^KÛ^lu^ , H éuA eidle-eî la liiiÉnij'iPi c«n»f/ju4jàs^U m; relr^/ureot^ Mais répéloBS que ce peol ^lr« a» ^/fUjMMé de tfailés d'époqnesdifiercBftes, ci, 4^àii 1^ ^ru\éire% aooées de sa vie, Jkbéhid peal avoir r^u ^1 r^^.îolAt eo eorps d'oorrage toute sa \M\\t/hfp\Aii*t. Otle réda/rtioa achevée et airélée à Cluiii i»<;rait notre Dialectique.

Mai*» urii^ eho^e plus pi>sitive que nos conjectures, ctihinmt riousavons ici un monument à peu près com*

' Ifutlff,,, j/, 476,

* </<^l ro|/ifj<ON de M, Coufin , qui peiue qu'Abébrd rédigea sa Dialect<'('i<? |;</<ii rifi*U'a<:ti'/fi <ic Mïf ocvetix, « oepritum disciptioae desiderium. » On \ttni i:ru\ri% auMi «|ti'* ce« neveux font la postérité. Mais cepeadant ces mou ( « VitMiri /{orittftnipUtfonc mihi blandieote , laoguor discedit , etc., » iki'm\t\m\ 'Uïi\u\Mf.r t\n'i\ %*iiàrtn%ii k son Trére et aux corants de son frère, <H l«'iir ilikttiit ! Votre image me rend la force. (Ouvr. inéd., Introd., p, xxti

^ ///'/. «//. //*c«/., I», I IV6. ^ r/ieo^ c/imr, p. 1341.

plet de renseignement du vrai fondateur de l'école philosophique de Paris.

11 serait infini d^analyser dans son entier un si grand ouvrage. Il suffit d'exposer avec exactitude quelques parties fondamentales, dont la connaissance sera la clé de tout le reste ; des citations textuelles donneront une idée de la manière de Fauteur* Nous craignons bien qu'on ne trouve encore ces extraits trop nombreux et trop étendus. Qu'on se rappelle pourtant que toute cette scolastique n^effrayait pas Héloïse.

La première section de la Dialectique , sous ce titre : Des parties d'oraison^ y était divisée en trois livres, répondant à Tlntroduction de Porphyre , aux Catégories et à T Interprétation d'Aristote. Le premier livre manque : c'était, je crois, proprement \t Livre des parties ; le second , dont les premières pages sont perdues , traite des catégories ou prédicaments.

La substance est la première des catégories, et le fond de toutes les autres. Elle tient donc le premier rang dans la logique, que Ton accuse d'être une science purement verbale. La substance estaussi l'idée nécessaire et fondamentale de toute science ontolo-

* Liber Partium (on supplée orationis). En donnant ce nom à un traité sur les préliminaires de la logique , Abélard étendait un peu le sens du mot partes; il faisait comme ceux qui intituleraient grammaire les éléments de la philosophie. Car on appelait ordinairement partes ce qu'il fallait appi^ndre avant d'étudier artes ; c'était la grammaire d'après Priscien, Donat, etc., et mêlée d'un peu de logique (aujourd'hui, analyse logique). Voyez ces vers d'Alan de l'Ile :

Si quis sublimes tendit ad artes , Principio partes corde necesse sciai; Artes post partes veteres didicere magislri.

(Budd., ObHTv. Select'., XIX, t. VI, p. Ii9. )

mut vbt: oruL vx^ nc^ w «Ik win«^ a ladiuHiifiiit - «

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fet irj^rryliii, W fnbftaiMes iMOsdcs «ost les H k« ^;^'>«. Ain» park AiisUite'.

T'/oUn k«^ «ubsiadieeE . dit Abélaid après ln% ont e^U 4^ eorfjrnon 4e n>tre [«as dans un sojet, c'est-à* dir^; qn «impie atlrihoi d'un sujet 'th sybferio mon ^«^^. '>ar anftirje «ubslance. ou ['reinière 00 sei'Â9U*U^ n'a d'antre fondement qu'elle-même. Au re»U;, lii différence eot dans le même cas : comme iflle eon»titue Tesfièce, elle n'est pas un simple accident, elle nY'ht point fondée dans le sujet à titre d'«c^îident, non ineat in fundamento pcr acciderUy ell<; entnr dan» la substance même de Tespèce. Si

* Su)tu \i'. iÀiu\i\iui |;r<;C(;tJ4'nt cl Arifet., Catey., n.

1 on dit V homme est un anmal mortel rationnel ^ (ou raisonnable) y la différenc« raisonnable^ qui fait de V animal Tespèee homme ^ n'en est pas séparable comme un simple accident, car l'espèce disparaî-* trait aussitôt. Les substaaiiir second es sont affirmées des premières, quand on nomme celles-ci et qu'on Jes définit. Il en est de même de la différence; elle entre dans la définition. L'accident, au contraire, De consUiuant rien dans la substance^ lui appartient extérieurement, et ne saurait être énoncé dans la définition des substances.

Autre propriété des substances : en elles rien de contraire; ce qui veut dire qu'elles ne sont point contraires les unes aux autres. Premières ou secondes, elles admettent les contraires, mais à titre d'accident; V homme peut être noir ou blanc ^ c'est en ce sens qu*elles ont ce qu'on appelle la susceptibilité des contraires. 81 parfois on dit qu'une substance est contraire à une autre^ c'est qu'elle a des ' aieidents contraires. Mais aucune substance n'est en soi dite contraire à une autre substance^ si ce n'est par une autre substance. En effets d'un côté on ne peut dire que l'homme soit le contraire d'animal, de pierre^ d'arbre; mais il a des accidents contraires à ceux de l'animal , de la pierre , de l'ar-

* 11 faut s'habiloar à celte définition Çâ«v >«y w^y Bvnvè», qui est fomliaiientaie , et qui reviendra sans cesse. Cependant Aristote avait blâmé Platon d'avoir introduit le mortel dans la définition de l'animal {Topie,, VI, x)'; aussi Tattribut mortel est-il souvent négligé ou écarté, notamment dans Porphyr. Isag-, I , ii ; elBoetb., in Porph.f p. 3 et 6|, Mali il te retrouve ailleurs. (Voyez le même, in Top. Cic, p. 804 et deComoU, 1. 1, p. 898. ) MorUl parait avoir été admis dans la définition pour distinguer l'homme de Dieu. Cotte définition est oxpliquéo et établie dana Porf^yro, I|pf.,ni, p. 16 et 17 de la traduction.

aao LIVRE II.

bre ; de l'autre, il peut être contraire par une autre substance, c'est-à-dire que par la substance animal qu'il a , Vhomme est contraire à la pierre^ qui ne l'a pas. Au reste 9 ce caractère est commun aux catégories de quantité et de relation.

Les substances ne peuvent être comparées ; car la comparaison se fait adjectivement (pero^/acen/iam], non substantivement {per substantiam) , on n'est pas plus ou moins homme^ comme on est plus ou moins blanc. Cette propriété se retrouve dans la quantité et ailleurs.

Quel est donc exclusivement le propre de la substance? C'est qu'étant seule et même en nombre (un même numériquement , idem numéro) y elle peut recevoir les contraires. Ce]a provient de ce qu'elle est susceptible d'accidents ; elle en est le fondement ou le soutien. Elle ne reçoit pas les contraires en formation (m formatione), comme une forme qui la constitue , qui la différencie , qui détermine son es*sence. Car la susceptibilité des contraires n'appai^-tiendrait plus à la substance seule. La blancheur, par exemple , simple qualité, admet les formes contraires de la clarté ou de l'obscurité, et ne cesse pas d'être la blancheur. La substance homme qui recevrait la rationnante et son contraire cesserait d'èlre la même substance; mais elle peut persister en recevant des accidents contraires. Tous les accidents sont en sujet (in subjecto)^ c'est-à-dire peuvent être attribués à un sujet.

Aristote dit que la substance est susceptible des contraires, en vertu d'un changement en elle^-même ^ c'est-à'<lire moyennant un changement dans le t^mps;

ainsi le froid devient chaud*. L'addition de cette détermination paraît superflue. Elle avait apparemment pour but d'exclure la pensée et Toraison^ qui semblent admettre les contraires, pouvant être vraies ou fausses en des temps divers, sans cependant changer en elles-mêmes. Socrate est assis ^ vous le pensez et vous le dites : pensée et proposition vraies qui peuvent, en restant les mêmes, devenir fausses si Socrate se lève. Mais ce n'est pas là l'effet d'un changement de soi y c'est-à-dire d'un changement intrinsèque de la pensée ou de la proposition. Aristote n'aura inventé sa restriction que pour se délivrer des objections d'un adversaire importun. En effet, la proposition Socrate est assiSy vraie pendant que Socrate est assis , n'est plus la même quand il est levé. Ce qui est dit ensemble y c'est-à-dire avec autre chose 9 ne peut, étant seul, être appelé intégrald^ ment la même chose; car ce qui est avec ce qui n'est. pas ne forme pas une essence. La proposition Socrate est assis dite de Socrate assis n'est pas le même tout que la même proposition dite de Socrate debout : elle a donc changé. Si cependant l'on veut ne voir l'essence de la proposition que dans ses termes, ce qui est plus usité, la proposition est la même, elle n'a point changé, mais aussi elle n'a point admis de contraires. Le fait que Socrate est réellement assis ou levé ne touche point à l'essence de la proposition ; c'est ce qu'on appelle une apposition ou circonstance externe. Dans ce sens-là, bien d'autres choses que les substances admettraient les contraires, mais des contraires qui ne leur appartien-

* Categ. , V, xxi-xxv.

182 UVRB U.

draient pas proprement. Les substances aussi eti ont de ce genre qu'elles ne reçoivent pas d'elles» mêmes 9 mais de ce qui est autre qu'elles^ et qui proviennent du changement des faits extérieurs et des objets étrangers. Par exemple^ il y en a qui disent que Toraison n'est que l'air faisant du bruit (Roscelin); alors dans Tel^pèce , suivant queSocrate serait assis ou levé y Tair serait vrai ou faux. La substance de l'air aurait^elle donc été modifiée ^ aurait-elle vraiment reçu des contraires? non, sans doute. La proposition n'est pas modifiée davantage dans les accidents de son essence^ quelle qu'elle soit^ et l'objection est sans valeur.

On a soutenu cependant que les substances étaient changées en soi par les contraires^ et par led contraires seulement , parce que, pouvant être sujets de iouty recevoir toutes sortes d'accidents, ellea sont mobiles et instables dans leurs formes. Maifc les formes qui ont besoin pour subsister d'adhérer aux substances, ne sont jamais mues ou changées en elles-mêmes dans ces substances; elles le sont par la mobilité des substances mêmes, dont la nature est d'être également sujettes à différentes formes, et de ne point périr quand les formes changent. Prenez la blancheur, elle peut recevoir la clarté et l'obscurité, parce que telle est la nature de la sub-* stance, sujet de la qualité de blancheur, mais comme blancheur elle ne change pas.

Ainsi les substances peuvent être changées eti soi, et non dans leurs formes; car lorsque les formés reçoivent des contraires, c'est que la substance qui les soutient change et passe par les contraires.

Après Ifti substance vient la quantité ^ On ne peut penser à Une substance sans conceroir une quan^ tité , car toute substance est nécessairement une ou plusieurs» Gomme Ton oonsid^ souvent la matière sans ses qualités , la quaQtjpMt été' mise avant la qualité. Cependant il y a des qualités tellement sub^ stantielles qu'elles sont ihsépaiidiles des substances, ce soÉit les différences. Mais enfin tel est Torâre établi par l'autafité'. La quantité d'ailleurs ùttfê cette analogie li¥«e la substance què^ comme elle, elle n'admet en scri ni contrariété ni comparaison.

La quantité est la chose suivant laquelle le sujet est mesuré : on pourrait donc lui donner le nom plus connu de mesure. Elle est simple comme \ê point , Tunité, l'instant ou moment indivisible^ l'élé» ment y la voix indivisible et le lieu simple; ou bien elle est composée^ comme la ligne , la superficie^ le corps 9 le temps > le lida composé > l'oraison et le nombre.

Les quantités simples ou indivisibles n'étant pas accessibles auK sens, ne servent pas à la mesure j c*est l'office dés quantités composées qui sont ou dtàcrètes, ou continues. Guillaume de Champeaux appelait les quantités simples , des natures spécialei| parce qu'elles stAC les seules qui naturellement man« quent de parties, «t^es composées, des composés individuels ouiaiUvidus comptées, lesquels ne soût pas uii«4iaturellemeiit ; exempte , un troupeau ou un peuple* 41 ajoutait que les noms d6 ligne , superflu

* Dial. parsl, p. 178.

• Cet ordre n'est pas invariable dans Aristote. Voy. Categ., IV, et i/ia/yr. post,, l, x«f.

MOT LIVRB IL

cie , etc. , sont plutôt pris ( sumpta^ abstraits ) de certaines collections ou combinaisons qu'ils ne sont yraiment substantifs ou noms de substances.

Ici Abélard traitç ^u point , et il donne sur le point et les quantitéi i^i^l engendre les notions pré« liminaires de la géométrie. H n'est arrêté que par une objection de Boèee, qui ne veut pas que le point ajouté à lui-même constitue la ligne, parce que rien ajouté à rien ne produit rien. Il airoue qu'il ne connaît pas la solution de cette diffieultl; quoiqu'il en ait entendu bon nombre de la bouche des arithméticiens ^ (c étant lui-même tout à fait ignorant de cette (c science. » 11 donne cependant la solution de son maître , c'esl-à'<lire de Guillaume de Champeaux. En quelque lieu qu'une ligne soit coupée , à Textrémité de chacune de ses sections apparaissent des points^ qui étaient auparavant en contact; donc^ sur toute la ligne, il y a des points. Ces points sont de l'essence de la ligne , sinon les parties de la ligne ne seraient pas continues , puisque ce sont les points qui se touchent. Ceux-ci seraient alors interposés et briseraient la continuité de la ligne ^

Parmi les quantités composées se distingue le temps; c'est une quantité continue, car ses parties se succèdent sans intervalle. On objecte que ces parties, toujours en transition, toujours instables, ne sont pas plus continues que celles d'une oraison, lesquelles se succèdent sans continuité. Mais la succession de celles^i est notre œuvre , et la succession des parties du temps est naturelle ; nous ne pouvons,

* L. c, p. 182. — Arist., Co^, VI.— Boelh.i» Proprf.,p. 148. .

nous, produire une <îontiniiité telle qu'il n'y ait quelque distance entre ses éléments. Les parties du temps sont les unes simples, ce sont les instants, et les autres composées , ce sont les composés de ces moments indivisibles. Le temps est donc une quantité continue dans le sujet par la succession des parties. C'est par le temps que tout se mesure : toutes les choses ont donc en soi leurs temps , qui sont comme leurs mesures. Ainsi l'on ne doit pas concevoir la continuité d'un temps composé dans des choses dif* fércntes , quoiqu'on puisse percevoir en elles des parties coexistantes; mais il faut admettre dans un même sujet des moments qui se succèdent comme une eau qui coule. Les choses se mesurent, quant à leurs temps, à l'aide d'une action horaire , diurne , ayant enfin une certaine durée, et dont les parties ne sont pas permanentes, mais passent avec celles du temps. Toutes les choses ayant leurs temps , c'està-dire, leurs heures, jours, mois, etc., de durée, tous ces temps réunis forment un seul jour, un seul mois, etc., enfin un seul temps.

Le temps est un tout qui diffère de tous les autres. Dans ceux-ci, posez le tout, vous posez la partie, et la destruction de la partie détruit en partie le tout; mais vous pouvez détruire le tout «ans détruire la partie, et en posant la partie, vous ne posez pas le tout. C'est Tinverse pour le temps. Ainsi , s'il y a maison il y a muraille , sans conversion , c'est-àdire, sans réciprocité; car on ne peut dire s'il y a muraille, il y a maison. Au contraire, s'il y a la première heure du jour, il y a jour, et la proposition inverse n'est pas vraie. Abélard accepte ces distinc- I, 25

S88 LIVRE n.

tionSy qui sont de tradition; toutefois il observe que sous le nom de jour on entend douze heures prises ensemble y et dont aucune ne peut exister , si une seule n'existe pas. On en conclut que cette propo- Bition: Le jour existe ^ ne peut jamais être vraie, les douze heures ne pouvant jamais exister ensemble; cela est exact ; mais parlant figurativement , nous disons, comme le jour existe par partie, qu'une partie est une partie du jour. Proprement, on ne peut appeler un tout, ce dont il n'existe jamais qu'une partie ; mais souvent nous prenons comme un entier ce qui n'en est pas un véritablement, et nous adaptons des noms à des choses comme si elles existaient, quand nous voulons en faire comprendre quoi que ce soit. Tels sont les noms de passé et de futur , que nous employons, lorsque nous voulons en donner quelque idée ou mesurer quelque chose par leur moyen, quoiqu'ils ne soient pas même des teipps. Car ils ne sont point des quantités, n*étant dans aucun sujet, et ils ne sont dans aucun sujet, puisqu'ils ne sont pas. « Le temps qui fut ou qui n'est pas ence core ne devrait pas plus être appelé temps que le (c cadavre humain ne doit être appelé homme. » Seulement une chose passée a précédé la présente , comme la présente précède la chose à venir. Des temps de chaque chose nous composons le temps, et le temps présent est le terme commun du passé et de l'avenir.

Le nombre a pour orifi;ine l'unité, il est une collection d'unités. Deux unités font le binaire, trois le ternaire, etc. Tous ces nombres, suivant Guillaume de Champeaux, n'étaient pas des espèces du nombre,

n'avaient pas le nombre pour genre, puisqu'un nombre ne pouvait être une chose une, une essence. Un habitant de Rome et un habitant d'Antioche font le binaire ou le nombre deux. Est-ce donc une chosç que ce qui se compose de deux choses si distinctes et si distantes? Ainsi, disait-il, tout nom de nom"^ bre, le binaire, le ternaire, sont des noms pris den collections d'unité, noms pris y sumpta, ou, si l'on veut, abstraits. Abélard voit à cela quelque difficulté et trouve plus à propos de dire que le nombre est un nom substantif et particulier de l'unité , qui signifie également unité au singulier et au plurie). Binaire , ternaire et les autres nombres , seront dei^ noms du pluriel, (c Ceux qui croient que danç les (( noms d'espèces ou de genres , sont contenues non^ (c seulement les choses unes de nature (les indivi» i( dus), mais encore celles qui sont substantielle'* « ment (mieux, substantivement) désîgnées par ce9 « noms, pourront appeler peut-être les noms de « nombre des espèces , attendu qu'ils suivent plus la i( logique dans le choix des noms que la physique ce dans la recherche de la nature des choses. » Cepi s'adresse, comme on le voit, aux réalistes^

Comme le nombre, l'oraison est une quantité* Aristote appelle oraison les sons, ou , si l'on veut, lef voix significatives, lorsqu'elles sont proférées encom» binaison avec l'air lui-même. «Cependant, » dit Abélard, «le système de notre maître voulait, je « m'en souviens, que l'air seul, à proprement parler^ u fût entendu , résonnât et signifiât, étant seul fr^p^ « pé, et qu'on ne dît de ces sons qu'ils sont mti^fi^

(f dus ou significatifs qu'en tant quMIs sont adjacents c( à Tair ou plutôt aux parties d'air entendues ou «significatives. Mais, à ce sens, on pourrait sontecc nir que toute forme de l'air, fût-ce sa couleur, est (( entendue et signifiée. » Proprement , le son n'est entendu et ne signifie qu'autant que par le battement de Tair il est produit dans l'air et renda par ce même air sensible aux oreilles. Par les sens nous percevons les formes des substances, par l'ouïe nous recevons et sentons le son proféré.

On demande quand cette oraison ou proposition : L'homme est un animal^ laquelle n'a point de parties permanentes, devient significative; est-ce au commencement , au milieu , à la fin ? La signification n'est accomplie qu'au dernier point du prononcé. En vain dit- on qu'il faut alors que les parties qui ne sont plus signifient, parce qu'autrement il n'y aurait que la dernière lettre de significative* Ce n'est qu'après que la proposition est toute prononcée que nous en tirons une pensée ; nous la comprenons en rappelant à la mémoire les parties proférées immédiatement auparavant. C'est par Tintelligence et la mémoire que nous constatons une signification. Dire que l'oraison proférée signifie , ce n'est pas lui attribuer une forme essentielle, qui serait la signification; mais c'est reconnaître à l'âme de l'auditeur une compréhension opérée à la suite de l'oraison prononcée. Quand nous disons : Socrate court, le sensou la signification paraît n'être que la conception produite, après la prononciation, dans l'âme d'un auditeur. Ainsi la proposition : La chimère e$t concevez

ble *, se comprend figurativement, non qu'elle attribue à aucune chose la forme de la chimère ou ce qui n'est pas , mais parce qu'elle produit une certaine pensée dans Tâme de celui qui pense à la chimère. Si donc , par la signification d'un nom , nous n'entendons point une forme essentielle^ mais seulement ce qui engendre un concept, l'oraison significative sera celle qui fait naître une idée dans l'intelligence. Le nom de signifiant on significatif est pris de la cause plutôt que d'une propriété; il convient à ce qui est cause qu'un concept se produise dans l'esprit de quelqu'un.

Après la quantité, on prévoit qu'Abélard passe aux autres catégories ; seulement il change l'ordre d'Aristote, et arrive immédiatement à celles qu'on appelle quand et où. Sur l'une et l'autre il se fait cette question : Les catégories ou prédicaments sont ce qu'on a nommé les genres ou généralités par excellence , les genres les plus généraux, ce qu'il y a de plus général, generalissima. Or, où et quand ne semblent pas tels, puisqu'ils ne paraissent pas être des premiers principes ; où naît du lieu , quand vient du temps. Mais les principes premiers ne sont premiers IjQe par la matière et non par la cause. Car si par principe on entend cause , la substance sera le principe des autres prédicaments, puisque c'est en elle

* Chimœra est opinabilis (p. 192). Opinabilis vaut mieux que concevable, Vopinatio ( Sà^x ) étant précisément la pensée à son moindre degré , la pensée de ce qui n*est pas. (Arist., Uermen,^ XI ; Boet.,J)e Interp., p. 423.) Au reste cet exemple de la chimère, la question de savoir comment on pouvait conce* voir ou nommer le chimérique , le centaure , Vhirco-cervus (T/savcXa^ o{ , Hermen,, I, i), occupait beaucoup les scolasliques. Voyez sur chimœra intelligitur le c. vu.

190 UVRE n.

que tous se réalisent, et qu'étant soutenus par elloi ô'est d'elle 9 sans nul doute, qu'ils tiennent l'être \

Cette observation est importante , mais Abélard ne là pousse pas plus loin. Elle le met cependant sur la voie de la distinction à faire entre la dialectique et l'ontologie , qu'il appelle la logique et la physique , e'est-à-dire entre la science des conceptions de l'être etcelle de la nature des êtres. L'une est au vrai sens du mot une idéologie, et, jusqu'à un certain point, une hypothèse ; l'autre est la connaissance de la réar lité, ou cet empirisme transcendant qui donne les choses et non des abstractions. Cette distinction est iouvent entrevue par les scolastiques; ils y font, en passant, allusion; et s'ils n'insistent pas , peut-être pensaient-ils qu'elle allait sans dire. Mais plus souvent encore ils ont l'air de l'oublier ou de la méconnaître^ et prenant au sérieux toute leur géométrie intellectuelle, toute cette science de convention , ils semblent mettre une ontologie factice à la place de la véritable, réaliser les abstractions, matérialiser les êtres de raison et faire vivre l'esprit dans un monde Composé d'apparences et peuplé de fantômes. C'est cette ontologie qui a décrié la scolastique et compromis le nom même déontologie, au point que datfi un grand nombre d'esprits cette science est devenue le synonyme de l'hypothèse et de la chimère.

Abélard, quoiqu'il passe en revue les dix catégories, n'épuise pas la matière. Il donne pour raison que l'autorité n'a laissé de la plupart des prédicaments qu'une énumération. Aristote, en effet, ne

^ Dial., pars I, p. 199.

parle avec détail que des quatre premiers. « Aris- « tote, » ajoute-t-il, « au témoignage de Boèce, a « traité avec plus de profondeur et de subtilité des u prédicaments uhi et quando dans ses Physiques^ et « de tous dans ceux de ses livres qu'il appelle les « Métaphysiques. Mais ces ouvrages, aucun traduc- « teur ne les a encore appropriés à la langue latine , (( et voilà pourquoi la nature de ces choses nous « est moins connue*.»

On voit ce qu'était dès lors Aristote. La science se mesurait à la portion connue de ses ouvrages. Cependant il est remarquable qu'Abélard montrait pour Platon, qu'il connaissait si peu, plus de déférence encore et de pencliant. A propos de la relation , il rappelle , sur la foi de Boèce , que Platon avait donné une définition reçue, puis critiquée et réformée par Aristote. Cette définition portait que les relatifs sont les choses qui peuvent être assignées les unes aux autres d'une façon quelconque par leurs propres , comme un nom assigné à un autre par le génitif. Mais Aristote , en examinant mieux cette définition, la trouva trop large. « Il osa corriger l'erreur de son maître, et se fit (( le maître de celui dont il se reconnaissait le disciw pie.» 11 donna donc cette définition: « Il y a relate tion quand une chose n'est que par rapport à une « autre; » c'est-à-dire quand une. chose n'existe que

* DiaL, p. 200. La Physique et la Métaphysique n'étaient donc pas traduites ni étudiées. Les manuscrits grecs, dont on pouvait connaître Vexistence , étaient comme non avenus. B4»èce nomme ces ouvrages dansson commentaire sur les catégories (p. 190), mais il cite aussi au même endroit le traité d'Âristote sur la génération et la corruption , et comme il en cite le titre en grec, Âbélard romet.

par une autre ^ Beaucoup de choses peuvent être rapportées à d'autres sans que Têtre des unes dépende de l'être des autres. Le bœuf de cet homme n'exprime pas un rapport pareil à celui qui est exprimé par Vaile de failé^ car sans aile il n'y a plus A' ailé y et V homme existe sans le bœuf. Si la définition de Platon, convenant à tous les rapports, est trop large, on a trouvé celle d'Aristote trop étroite, et Ton a dit qu'elle n'embrassait point la relation dans sa plus grande généralité. « Mais, » observe Abélard, (f si nous nous hasardons à blâmer Aris- (c tote le prince des péripatéticiens , quel autre (c adopterons-nous donc ? » et il s'applique à justifier le maître qui lui reste.

(c Nous avons, » dit-il en terminant, ((dans tout ce c( que nous venons d'enseigner sur la relation, suivi « principalement Aristote, parce que la langue la- K tine s'est particulièrement armée de ses ouvrages

* Je traduis ici les deux définitions sur le texte d' Abélard ( DiaL , p. 201 ), Vunc : « Omnia illa ad aliquid quxcumque ad se inviccm assignari « per propria quoquo modo possent. (Platon ?) Sunt ea ad aliquid quibus est 0 hoc ipsum esse adaliud se habere. » (Aristote. ) Boèce, qui nous apprend qu'un croyait la première définition de Platon , les donne toutes deux plus clairement et plus correctement: — a 1° Ad aliquid d'icunlixr quxcumque • hoc ipsum quod sunt aliurum esse dicuntur, vel quomodo libel aliter &d « aliud. — - 2° Sunt ad aliquid quibus hoc ipsum esse est ad aliquid quodam « modo se habere. » {In Prœd., p. 155 et 1G9.) M. B. Saint-Hilaire traduit d*une manière plus conforme au texte d* Aristote en disant : 1° a On appelle relatives les choses qui sont dites, quelles qu'elles soient, les choses d'au* trcs choses, ou qui se rapportent à une autre chose « de quelque façon dififc' rente que ce soit. — 2^ Les relatifs sont les choses dont Texistence se confond avec leur rapport quelconque à une autre chose. » (T. I, Catég., c. VII, p. 81 et 91.) Voici l'original : i^Jlpôi ri Sk r& roiaXiXx ieyerat, otrx aura a7re,o lartv , irépoiv «Tvat Xsysrxi , o ÔTrwcouv oiXXoii tzpôi irspov, — 2** EffTt rà :rj9o? Tt , oh rb sTvat tzÙtov ivri tw npôç ri ttwî i/J^v. ( Cat. , VII, vu, 1 el24.)

« et que nos devanciers oat traduit ses écrits du grec « en cette langue. Et nous peut-être, si nous avions « connu les écrits de son maître Platon sur notre art , « nous les adopterions aussi, et peut-être la critique « du disciple touchant la définition du maître paraî- (( trait-elle moins juste. Nous savons en effet qu'Aris- « tote lui-même dans beaucoup d'autres endroits , (( excité peut-être par Tenvie, par le désir de la re- (( nommée, ou pour faire montre de science, s'est « insurgé contre son maître , ce premier chef de « toute la philosophie, et que, s'acharnant contre se» « opinions, il lésa combattues par certaines argu- « mentations et même par des argumentations so- « phistiques ; comme dans ce que nous rapporte « Macrobe au sujet du mouvement de Tâme \ De « même, ici peut-être s'est-il glissé quelque mal- « veillance, soit qu'Aristote n'ait pas été juste dans « sa manière de prendre la doctrine de Platon sur la « relation, soit qu'il expose mal le sens de la défini- « tion et y ajoute de son fonds des exemples mal « choisis, afin de trouver quelque chose à corriger. « Mais puisque notre latinité n'a pas encore connu (( les ouvrages de Platon sur cet art, nous ne nous (c ingérons pas de le défendre en choses que nous « ignorons. Nous pouvons cependant faire un aveu , « c'est qu'à considérer plus attentivement les termes « de la définition platonique, elle ne s'écarte pas de (( la pensée d'Aristote.» Lorsqu'il a dit: « Les relatifs sont des relatifs en ce qu'ils sont choses des autres

* Dial., p. 206. A la manière dont parle Abélard, il parait avoir connu le texte même de Macrobe; {In somn. Scip,, 1. Il, c. xiv.)

or eit 4 *3it :aft ta* ri. v^xsvn

lMA.t>^. T'u^ ^f:«( ^^ rnair^ à sa« sb&r, cQe est

W <k r^ i « jTx^rr^ r.ot es^ ^-uv «:i£rr. es ce Mm if^Vl.": ^r. 'f^^r.i. ^:ciin« !a poliSK&é et la fiEatioii <t^r,i>:.t i&'^:':;^.>m^r.tî'cs«df l'astre. Suis doete «!)> f^-atio-jh •fi\ ^zirTirr^tit iat Î* saiûf, ce qoiest étian A>it?^, y-i^vï *4: 4«'>rvn.- ntais i« sénitif n'eiprir;;^ pdj^ ir.iq >^i&eût .a5àa2pI*^assîsnaiîoDdeceqiii et( (i^/Hï^!é ;ï r:^ qo: i/Oi^t . il éoonee aossi la relation d^ d^^^i^niainf:^ esé^rntietle, comme k>rsqa*OQ dit: I>; ^r^ ^Àt k [p^rf: An fi!â. Dans cette proposition , on p<;ut entendre é;!^jienier:t et qoe la substance do père ei^l d;jriît un c'-iUiin rapport avec le fik on qae les d^ux fiulfit^ucf'^h hf: concernenl, et qu'il y a da père au iVi'A une rcialion nécessaire qui fait que Tonne p#;ut fître ftans l'autre.

I/étude des autres catégories, même celle de qualité, nous apprendrait peu de chose, et nous passouH au livre iil.

Ui seconde partie de TOrganon est le traité super periernmiiaH y connme l'appelle Âbélard , qui n'était pas le seul à prendre ce titre pour un seul mot: Kfjfjrrmy.j llenneneia; de Inlerpretatione y comme disent leH premiers traducteurs; du langage ou de la proposition y comme dit le dernier traducteur de la

Logigue. Dans la Dialectique d'Âbélard, qui est son Organon, la première partie est terminée par un livre de Interprétation e y qui succède aux Prédica* ments^ et ce livre III est, à beaucoup d'égards, comme dans Aristote, tme grammaire générale*. Là sont véritablement traitées les parties du discours, et notamment le nom et le verbe. Cependant on y remarque quelque dissidence sur les questions communes entre les dialecticiens et les grammairiens, et Abélard se prononce en général pour les premiers. Il serait impossible de le suivre dans le détail de ses recherches sur les mots, et nous marcherons ici rapidement.

Guillaume de Champeaux est souvent cité. Il paraît évident qu'il avait touché à toutes les parties do la dialectique^ et produit, sur maintes questions, des vues nouvelles qui ne manquent pas de subtilité. De ces questions, celle qui semble le plus occuper Abélard , est la question de savoir ce que c'^st que la signification des mots. On a déjà vu tout à rheure qu'il entend par signifier produire une idée. C'est une conséquence que pour juger de la signification des mots, il faut moins regarder aux mots qu'à l'intelligence de l'auditeur. Soit donc posée la question : Un nom signifie-t-il tout ce qui est dans la chose à laquelle le nom a été imposé, ou bien seulement ce que le mot même dénote et ce qui est contenu dans l'idée qu'il exprime? Abélard se décide pour cette dernière opinion , qui était celle

' DiaL, pars 1, 1. UI,p. 209, 226. — De la Log. d'Àrist,, 1. 1 , p. 183. - Log, d'j^rUt., trad. parle même , t. I, p. 147.

3M U%1tE iL

d'oD eerUûiâ GairiDODd^ contre Gniilanme deQnapeaux ; le preaiier ^'appuyaot sur la laistm , faadî que le Mreood semblait ap payé par raotorifé. lioB Too ne peut aecorder ao dernier que le mHn d'n genre i^igni(Ie Tespêce, quoique Tespèee soit dau le genre, ni que le nom abstrait désigme le sujet de Taceident qu'il exprime, quoique Taccident smt dans le sujet et n'en poisse être sépare. Chacun de ces noms ne signifie que l'idée qu'il excite dans Tesprit ; ainsi quoique les hommes soient des animaux , le nom d animal ne signifie point hommci parce qu'il ne produit pas Tidée d'homme. Encore moins de ce que Thomme est blanc , suit-il qoe blanc désigne Vhomme. 11 y a dans cette opinion de Garmood, adoptée par Âbélard^ contre le sens apparent de quelques mots d'Âristote et de Boèce, une tendance louable à subordonner la dialectique à k psychologie.

Nous ne dirons rien de plus sur cette première partie. Klle ne contient pas de grandes nouveautés; mais ce <jue nous en avons extrait donne une certaine idée de la manière d'Abélard, ainsi que de l'ouvrage qu'il nous a laissé et de la science qu'il professait. 11 refait la logique après Aristote et d'après ce qu'il sait d' Aristote. Il explique , commente, développe les idées de l'autorité, et quelquefois expose et discute les objections et les nouveautés qui se sont postérieurement produites : c'est alors qu'il donne du sien. Encore est-il difficile de distinguer ce qui peut se rencontrer d'original dans

' />m/., p. !2 10 Ce Garmood est inconnu.

ce qu'il n'emprunte pas à Porphyre et à Boèce, On ne saurait avec certitude attribuer de la nouveauté qu'aux opinions qu'il présente comme celles de son maître, c'est-à-dire de Guillaume de Cbampeaux, et de l'originalité qu'à celles qu'il exprime, quand il réfute et remplace ces opinions. Somme toute, ce qui est à lui, c^est moins le fond des doctrines que la discussion.

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Abélard s'efface et se laisse oublier. Je me trompa cependant; voulant quelque part montrer, par un exemple , qu'il y a des termes qui ont un sens arbitraire et des noms qui ne rendent que l'intention de celui qui les a donnés, iHiî^t ces mots : ce Le nom « d' Abélard ne m'a été donné qu'afîn d'indiquer qu'il « s'agit de ma substance*. » Ailleurs, peut-être, il ne se désigne pas moins , ou plutôt il se trahit, lorsque , voulant énumérer les diverses classes d'oraisons, il donne pour exemple de l'impérative cet ordre d'un maître : Prends ce livre; pour exemple de la déprécative : Que mon amie s'empresse; pour exemple enfin de la désidérative, ces mots que nous ne traduisons pas : Osculetur me amica*. Est-ce àCluni qu'il écrivit ces mots?

C'est dans cette partie de la philosophie que la science paraît le plus abstraite, le plus étrangère aux réalités, et ce sont surtout les opinions d' Abélard sur le fond des choses qui excitent notre curiosité. Nous avons dit et nous verrons mieux encore par la suite que ce fond des choses n'est pas toujours aussi étranger qu'il le semble à la pensée du philosophe et même du dialecticien. Mais il est un point de la théorie de la proposition où Abélard fait cesser jusqu'à cette apparence ,- et dans une digression heureuse 9 donne un des plus remarquables exemples de l'application de la dialectique à la métaphysique. C'est là un procédé de la science comparable, sous plusieurs' rapports, à l'application de l'algèbre à la

' Dial., pars I, I. UI, p. ?12.

* Dia/.y pars Ui p. 234 et 236. — Accipe codicem. — Festinet arnica.

M# Un£ IL

toute , hjT li^ j*:.^*- Aiêlard s'cà'i fait

Poiif Lirii coaapre&dtt la quesÛMi , il Cuilmnoiiler â lai tLéiorîe de U pro^tOéiiioD. Elie se définit : une oraisOB qoi signifie le tt3j ou le iuu.. La sÊgnîficaH tiao de la proposition est suieeptible de £ui9Belé oa de vérité, tant par rappicol aox coDceptions que par rapport au chose». Dans b propaàtioo : Socntf court, ce ne sont pis les conceptions de Sccraie et de courue que nous entendons combiner; c*est la ebose course qae nous roulons combiner à la chose Socrale^ et la conception que nous provoquons dans l'esprit de celui qui nous écoute est une conception de réalité.

La proposition, en tant qu'elle porte sur les conceptions, n*a presque aucune conséquence nécessaire, elle en a de nombreuses, en tant qu'elle porte sur les choses mêmes. En prononçant une proposition, on a ou lun n'a pas de certaines conceptions, et toutes celles que la logique tirerait des ternies de la proposition, ne nous sont pas nécessairement présentes à l'esprit. De la chose même énoncée par la proposition, naît au contraire plus d'une conséquence obligée. Si je pense que tout homme est un animal, je ne pense pas nécessairement que l'homme est un corps; mais du fait que tout homme est un animal, résulte nécessairement le fait que l'homme est un corps ; d'où cette règle, vraie pour les choses, fausse pour les idées : « Si l'antécédent existe dans

« la réalité^ il est nécessaire que le conséquent existe « dans la réalité ^ »

Vraie ou fausse, la proposition est affirmative ou négative. L'affirmation et la négation d'un même sont contradictoires; ce qui s'exprime en disant: w L'affirmation et la négation divisent; » ce qui revient à dire que tout ce qui n'est pas dans l'une est nécessairement dans l'autre. Cela est évident pour les propositions relatives au présent; mais il est des propositions qui ne se renferment pas dans le temps présent. Des affirmations ou négations vraies ou fausses peuvent se dire au passé ou au futur. De cellesci, et particulièrement des dernières, on a douté que l'affirmation ou la négation fussent divisoires (rfividentcs), c'est-à-dire que la vérité de la négation y dût exclure celle de l'affirmation, et réciproquement; car aucune proposition au futur, c'est-à-dire prononçant sur un événement contingent, ne saurait être vraie d'une vérité nécessaire. On prévoit comment le libre arbitre a pu se trouver intéressé dans cette question.

Dans l'avenir, en effet, l'événement n'est jamais déterminé. La proposition n'est vraie, comme elle n'est fausse, qu'à la condition de la détermination. Or, la détermination n'est possible que pour le passé^ le présent, ou bien encore le futur nécessaire ou naturel, parce que dans ces cas les propositions énoncent des événements déterminés. Nous appelons dé-

* DiaLt pars II, p. 537 et bq(\(\. — La liaison de rantécédent et da conséquent joue un grand rôle dans la théorie du syllogisme hypothétique , cl les idées d'Abélard sur ce point avaient de la célébrité. ( Voy. Jolian. Saretb. PoUcrat., l. U, c. ixii, et Metalog., l. HL c. vi.)

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éuouf:^u*,. FMr;iî L av-^nir, cV^'-i-iire dans oa préieniqni ri'<i^,t pas eoeore, de rafilniiatioa oa de la eé$raiion de révéoement, Tune sera vraie et Taotre têntmrp voîU qui est déterminé et certaio. Rien ne r«*l que cela avant l'événement. Au présent même Téténement peut être déterminé, et la vérilé de la fffoponition rei^ler indéterminée. Par exemple, pour U neienco humaine, le nombre des astres est iniufuun ; on nfî «ait s'il est pair ou impair; cependant ei^i ehoM) (UVyd déterminée dans la nature. 11 faut iUmv rlintinf^Mier la certitude de la vérité. H n'y a de (lélenninéy quant à la certitude, que ce qui peut se

DE LA PHILOSOPHIE D ABÉLARD. ftOS

connaître de soi. Si Ton objecte que^ bien que de la Yérité d'une proposition révénement réel ne paraisse pas pouvoir être inféré , cependant la certitude de l'une engendre celle de l'autre, parce que si Tantecèdent est certain > certain est le conséquent; cela peut être vrai quant à la certitude , mais non quant à la détermination. Des futurs contingents peuvent être certains , mais non déterminés. Or ce sont les seuls futurs dont parle Âristote, car lorsqu'un futur est déterminé par la nature de la chose, il assimile la proposition à une proposition au présent. On peut appeler futur ce qui est nécessaire; car le néccfr* sairement futur sera toujours futur ou ne sera jamais présent, et ce qui ne sera jamais présent n'est point futur. Tout futur sera présent un jour. 11 n'est pas même vrai que tout ce qui sera toujours futur ne sera jamais présent; car le même peut être également futur et présent, quant à la même chose : comme l'est, quant au fait d'être assis, celui qui s'est déjà assis et qui s'asseoira; comme le ciel, qui doit toujours tourner et qui tourne toujours ; comme Dieu, qui toujours fut, est et sera.

Or, quoique aucune proposition au futur contin-gent ne soit vraie ou fausse détcrminément ^ cependant ce qui est déterminé et nécessaire, c'est que de toutes les divisions de la proposition une soit vraie et une autre fausse : *c Socrate lira , Socrûte nû lira pas. » Aucune, dit-on, n'est vraie, aucune n'est fausse. Dites qu'on ne peut le savoir, mais rien de plus. Nous ne savons pas si le nombre des astres est pair; mais s'il est pair, la proposition : Lesaslreè 9QM€n mmbrê pair^ estvraie. De mèitte pomr le futcrf ..

Md LITRE n.

Si Tavenir est tel que Tannonce la proposition, elle est vraie; sinon, elle est fausse. Ce que sera le futur est incertain, mais il sera comme la proposition Taffirme ou comme elle le nie; cela est certain, c'est-à-dire qu'il est certain que si Tuce des propositions est vraie, l'autre est fausse. Qu'on ne dise point qu'une proposition qui dit ce qui n'est pas, ne saurait être vraie. Elle ne serait pas vraie , si elle disait que ce qui n'est pas est, mais non quand elle dit que ce qui n'est pas sera. Ce qu'elle dit alors n'est pas, mais peut être; ainsi la proposition peut être vraie.

Mais on a contesté cette application du principe de contradiction en vertu de la division, comme parle la logique. On a dit: Si de toute affirmation ou négation divisoire il est nécessaire que l'une soit vraie et l'autre fausse, il en est de même de ce qu'elles énoncent; alors nécessairement ce qu'énonce la vraie est nécessairement, et ce que dit la fausse nécessairement n'est pas. Ainsi des futurs contingents, l'un est et l'autre n'est pas; il est donc nécessaire que Tun soit un jour et l'autre non. La conséquence est que tout arrive nécessairement, et que le conseil et Teffort sont choses vaines. Or, l'expérience prouve qu'il est bon d'être prudent et de prendre de la peine, et qu'on influe ainsi sur les événements; on en conclut la destruction de la couséquence. Le conséquent détruit, on remonte à la destruction de Tantécédent. De ce qu'il n'est pas nécessaire que de toutes les choses que disent les propositions par division , l'une soit et l'autre ne soit pas, on infère qu'il n'est pas nécessaire non plus

DE LA PHILOSOPHIE D*ABÉLARD. m

que de toutes ces propositions Tune soit vraie et l'autre soil fausse.

On s'appuie pour cela sur ce fait, que beauccTup de choses futures se prêtent à l'alternative, c'est-àdire peuvent également se faire ou ne se pas faire; par exemple, cet habit, il est également possible qu'il soit coupé ou ne soit pas coupé. Soit , mais pour bien résoudre la difficulté , il faut savoir trois choses : ce que c'est que le hasard , le libre arbitre , la facilité de la nature y' ce sont les expressions de Boèce*.

Le hasard est l'événement inopiné qui résulte de causes qui y concourent, malgré une tendance intentionnelle tout autre. Un homme qui trouve un trésor dans un champ, le trouve par hasard; pourquoi? parce qu'il ne le cherchait pas, et que celui qui l'y a enfoui, ne l'avait pas enfoui pour qu'il le trouvât. Deux intentions qui visaient à autre chose ont amené par leur concours ce résultat, et Ton dit que c'est un hasard*.

Le libre arbitre est un jugement libre quant à la volonté, liberum de voluntate judicium. Par lui nous arrivons à faire une chose après en avoir délibéré, sans aucune violence externe qui force ou empêche de la faire. Quand les imaginations ' viennent à l'esprit et provoquent la volonté, la raison les pèse et juge ce qui lui paraît le meilleur, puis elle agit. C'est ainsi que souvent nous dédaignons ce qui nous est doux ou nous semble utile, tandis que

* Boelb., De Tnterp»^ éd. sec, p. 364.

* Dial. pare n, p. 280-280.

' Les imaginations sont les idées sensibles , ^xyTa^juara , imagtnationei» Tout ceci est emprunté à Bocce. De Interp., 1. 111 , p. 300.

40« UVRB n.

nous supportons avec courage et contre notre volonté, en quelque sorte, de rudes épreuves. Si le libre arbitre n'était que la volonté, on pourrait dire aussi que les animaux ont le libre arbitre.

Enfin I la facilité naturelle est celle qui ne dépend ni du hasard, ni du libre arbitre, mais de la nature des choses. Suivant celle-ci , en effet, il est ou n'est pas /aet7e( faisable) qu'un événement ait lieu. C'est Ainsi qu'il est possible que cette plume soit brisée; cela est facile naturellement.

En celte matière, il y a grande dissidence entre les «toîeiens et les péripatéticiens. Les uns ont tout sou^ mis au destin, c'est-à-^ire à la nécessité. Tout étant éternellement prévu , rien ne peut ne pas arriver, et il n*y a de hasard que pour notre ignorance; l'incertitude n'est qu'en nous. Les péripatéticiens répondent que notre ignorance s'ap[)lique surtout aux choses qui n'ont naturellement en elles-mêmes aucune nécessité constante. Le libre arbitre est, pour les premiers, cette volonté nécessaire à laquelle l'âme est déterminée par sa nature, en sorte que la nécessité providentielle contraint la volonté même. Cette volonté est en nous, voilà tout le libre arbitre qu'ils nous laissent; mais on a vu qu'auprès de la volonté il faut encore le jugement de la raison. Quanta la. possibilité et à l'impossibilité , les stoï* ciens la rapportent à nous, non aux choses, à notre puissance, non à la nature. Mais qui ne sait qu'il y a des choses possibles et d'autres impossibles par nature? Qui doute que la libre volonté ne soit une chose, et la possibilité une autre; que le nom de hasard ou cas fortuit, enfin, ne se donne à un

événement inopiné, et que l'inopiné ne soit^ en effet, ce qui ne résulte ni de notre volonté, ni dq notre connaissance , ni de la nature même d'aucuuQ chose? 11 est vrai qu'alors « il faut s'étonner qu oj^ i( nous dise que Tastronomie donne la prescience u des événements futurs; car si les hasards sont « indépendants de la nature, inconnus mèm9 4 (< la nature, comment peut^on les connaître pnf « un art naturel? » On objecte aussi les inductions nécessaires à la physique; mais il n'y a là quQ dei futurs entièrement dépourvus de nécessité. Z<(?« ^^Çr tateurs de cet art prétendent qu'il leur donne U^ moyens de prévoir ces sortes de futurs et de prçdÎTP avec vérité qu'un tel homme mourra le lendemain, ce qui est un futur contingent^ et non qu'il est mort 4 l'heure qu'il est, ce qui est toujours détermina. « Mais abandonnons ce sujet, qui nous e$t inconnUi (f plutôt que de nous exposer à en disserter tém.4^ {( rairement. »

Le premier point à étudier est cette nécessité prétendue de tous les événements, ou plutôt ce destip qui en est la cause, disons la divine providenciç. Comme Dieu a éternellement prévu tous les événements futurs tels qu'ils seront, et comme jl ne peut s'être trompé dans les dispositions de sa providence; on veut que tout arrive nécessairement ainsi qu'il Ta prévu; autrement, il serait possible qu'il ^e fôt trompé. Cette conséquence répugne, elle est mêwe abominable. Or, quand le conséquent est impossible^ l'antécédent l'est aussi. La providence de Dieu noys obligerait donc à croire à la nécessité universelle , et il n'arriverait plus rien par notre conseilet nos efforts.

408 LI\rRE II.

Mais , parce que Dieu a prévu éternellement Tavenir, d'où vient qu'il aurait imposé aux choses aucune nécessité? S'il prévoit que les choses futures arrive^ ront, il les prévoit aussi comme pouvant ne pas arriver, et non comme des conséquences forcées de la nécessité; autrement, il ne les verrait pas dans sa prescience comme elles arriveront dans la réalité; car elles arrivent en pouvant ne pas arriver. Sa providence embrasse tout; il prévoit et que les choses arriveront et qu'elles pourront ne pas arriver. Ainsi, pour sa providence , les événements sont plutôt soumis à ralternalive qu*à la nécessité. C'est un principe inébranlable dans l'esprit de tous les fidèles, que Dieu ne peut se tromper, lui pour qui seul vouloir est faire. Cependant il est possible que les choses arrivent autrement qu'elles n'arrivent, et qu'elles arrivent autrement que sa providence ne les a prévues, et que cependant il n'en résulte pas qu'elle puisse être trompée. Car si les choses avaient dû arriver autrement, autre eût été la providence de Dieu. Ce même événement s'y conformerait; Dieu n'aurait pas cette providence^ mais une autre qui concorderait avec un autre événement. Suivant que la règle de la solidarité du conséquent avec l'antécédent est entendue d'une façon ou d'une autre, elle est vraie quand l'antécédent lui-même est vrai , elle est fausse quand il est faux. Ainsi, il y a vérité si l'on entend que ces mots : autrement que Dieu ne Va prévUy sont la détermination du prédicat est possible^ en ce sens qnune chose qui arrive est possible autre^ ment que Dieu ne Va prévu. Car Dieu aurait toujours la puissance de prévoir autrement Tévénement. Mais

ÛE LA PHILOSOPHIE D'ABÉLARD. m

il y a fausseté si , au contraire , ces mots sont la détermination du sujet une chose qui arrive^ et si l'on dit qiiune chose qui arrive autrement que Dieu ne l'a prévu est possible y car c'est une proposition qui affirme l'impossible. La chose qui arrive autrement que Dieu ne Va prévu j voilà le sujet dans son entier; est possible y voilà le prédicat. C'est dire : 11 est possible qu'une chose arrive autrement qu'elle n'arrive. La théorie de la proposition modale enseigne de quelle importance c'est pour le sens d'une proposition que les déterminations appartiennent aux prédicats ou appartiennent aux sujets.

Mais revenons à l'argument fondamental, c'est-àdire à l'application du principe de contradiction aux propositions futures.

Si de toutes les affirmations et négations il est nécessaire que l'une soit vraie, l'autre fausse, il est nécessaire que des deux choses qu'elles disent l'une soit et l'autre ne soit pas. — Entendez-vous qu'à une seule et même proposition le vrai appartienne toujours? cela ne peut se dire, car aucune ne conserve la vérité par préférence : tantôt Tune, tantôt Tau Ire est vraie, ce qui est dire que la même est tantôt vraie, tantôt fausse. Mais si vous ne vous attachez pas exclusivement à une seule, si vous les prenez toutes deux indifféremment, et que ce soit réellement l'une ou l'autre qui soit la vraie ou qui soit la fausse, l'argument est juste. Ainsi l'entend Aristote. « 11 est nécessaire que l'une soit vraie, que l'autre soit fausse, » ne veut pas dire : l'une est nécessairement vraie, l'autre nécessairement fausse; mais il est nécessaire que l'une ou l'autre

410 UYRE IL

soit vraie , ou bien que Tune ou l'autre soit fauase. Si une quelconque est vraie , il est nécessaire que l'autre soit fausse , et réciproquement. Il est nécessaire, dit AristoteS que ce qui est soit quand il est y et que ce qui n'est pas ne soit pas quand }1 n'est pas. Mais il n'est pas nécessaire que tout ce qui est soit, ni que tout ce qui n'est pas m 9oit pas. Ce n'est pas la môme chose que de dire : tout ce qui est, dès qu'il est, est nécessaire** inent; ou de dire absolument : tout ce qui est est nécessairement; et de même pour ce qui n^est pas.

Je dis : Nécessairement y un combat naval aura lieu au non demain. Mais je ne dis pas: Demain un combat naval aura lieu on n'aura pas lieu nécessairement ^ ce qui serait dire que ce qui sera et ce qui ne sera pas est nécessaire. Or, comme les oraisons ont la même vérité que les choses, c'est-à-dire ne sont vraie» qu'autant que les choses sont vraies, il est évident que, les choses se prêtant à l'alternative et leurs oon^ traires pouvant arriver, les propositions doivent nécessairement se comporter de même par rapport au principe de contradiction.

Aristote nous enseigne ainsi que les afûrmations et les négations suivent, quant à leur vérité ou à leur fausseté, les événements des choses qu'elles énoncent; par là seulement elles sont vraies ou fausses. En effet, de même qu'une chose quelconque né^ cessairement est quand elle est , et n'est pas quand elle n'est pas, ainsi une proposition quelconque vraie est nécessairement vraie quand elle est vraie ,

* Bimwi,, IX , et Boeth., D^ Imerp», edit. sec., p. 37^

DE LA PHILOSOPHIE D'ABÉLARD. Ut

et une non vraie est nécessairement non vraie quand elle est non vraie. Mais il ne s'ensuit pas qu'on puisse dire purement et simplement que toute pro<» position vraie est vraie nécessairement et que toute non vraie est nécessairement non vraie. Car ce qui est nécessairement ne peut être autremeht qu'il est.

f Maintenant ai Ton soutient que de toutes les choses que dit Taffir^ mation ou la négation, Tune est nécessairement, l'autre nécessairement n*est pas , que ceci ou cela est nécessairement ou n'est pas de même, on n'en pourra inférer Tanéantissement de l'ulternative dani les choses, non plus que du conseil et de l'effort, comme le voulait la dernière conséquence de l'argument. Si au contraire on raisonne autrement qu'Aristote n'a raisonné et qu'on entende la règle autrement que lui et que la vérité, la conséquence en question pourra être vraie; mais qu'en résultera-t-il contre le principe d'Aristote? £n effet si des choses futures Tune arrivait nécessairement etTautre nécessairement n'arrivait pas^ c'en serait fait de toute alternative, comme de toute prudence humaine et de tout dessein. A moins qu'on ne dise que cela môme ne serait pas un résultat nécessaire. Il se pourrait que les choses nécessaires arrivassent par conseil ou savoir-faire i que le conseil et le travail fussent eux-mêmes nécessaires, et tout irait de même. Aristote ne le nie pas; mais il dit que ce sont des causes efficaces de choses futures. « Nous voyons, dit-il, que les choses futures ont un principe, et la preuve en est dans notre délibér ration et notre action*. C'est ce qui n'arriverait pa^si révénement était nécessaire. »

En définitive, voici comment le second conséquent peut être montré faux. Si parce que ceci arrivera de nécessité, ceci ne doit pas arriver par conseil et entreprise , et si parce que la chose arrivera nécessairement par ces moyens, elle ne doit réellement pas arriver par ces mêmes moyens , il suit que si elle

* Hermen.,IX, 10.

arrive nécessairement par ces moyens , elle n'arrivera pas nécessairement par ces moyens, proposition évidemment absurde. En d^autres termes, dire qu'une chose à laquelle la délibération et le dessein ont présidé arrivera nécessairement^ c'est dire que la délibération et le dessein n'y seront pour rien; mais c'est dire en même temps qu'elle arrivera nécessairement par délibération et par dessein; ceqoi est dire qu'elle n'arrivera point par délibération et par dessein; ce qui est nier et affirmer en même temps \

Remarquons dans cette longue digression deux choses, la pensée et la méthode. L'une est juste, l'autre singulière.

En effet, ce que l'auteur défend, c'est la cause du libre arbitre, et il la défend par les arguments de fait, les meilleurs de tous. Le conseil, la prudence sont utiles, sont estimés; la délibération est naturelle ; la volonté libre ne va pas sans un jugement; elle est vraiment libre, parce que c'est une force subordonnée à la raison. Cependant Dieu sait tout, il prévoit tout. Sa prescience accompagne et devance tous les actes de notre liberté. Nous ne sommes donc pas libres; car nous ne pouvons agir autrement qu'il ne Ta prévu sans lui faire perdre son infaillibilité. Objection embarrassante à réfuter logiquement, quoiqu'elle n'ait jamais causé à qui que ce soit une perplexité véritable. Abélard fait la réponse ordinaire tant répétée après lui : Dieu a prévu tout,

* Dial. pars U , p. 286-294.

donc il a prévu que nous nous déciderions librement, il sait comment nous userons de notre liberté. En quoi cette connaissance anticipée peut-elle nuire à cette liberté même ?

Tout cela est sensé; mais ce qui est curieux, c'est la méthode philosophique qui conduit à ces questions. La théorie de la proposition enseigne que la négation est le contraire de l'affirmation , et que par conséquent si Tune est vraie, l'autre est fausse nécessairement. Or, il y a des propositions où le verbe est au futur. Le contraire de ces propositions est-il nécessairement faux, si elles sont vraies? Alors Tavenir est nécessaire; il n'y a plus de futur contingent, la liberté disparaît. Donc si la définition générale de la proposition est vraie de toute proposition, c'en est fait du libre arbitre. Cette difficulté inattendue se résout à l'aide d'une distinction juste. Il n'y a de propositions nécessaires que par l'une de ces règles : — L'antécédent posé , le conséquent suit, — ou — l'affirmation et la négation sont réciproquement opposées. Et ces règles n'existent ellesmêmes qu'en vertu du principe de contradiction. Or ce principe, c'est, dans les choses, que toute chose qui est, dès qu'elle est, est nécessairement; ce qui ne veut pas dire que toute chose soit nécessairement. Ce qui est nécessaire, c'est qu'une chose soit ou ne soit pas. Entre deux choses qui s'excluent, l'alternative est nécessaire; mais ni l'une ni l'autre n'est nécessaire. Ainsi le principe de contradiction, nécessaire en lui-même , n'est que d'une nécessité conditionnelle dans les choses. La nécessité naît dans les choses, la condition une fois remplie.

MA Uimi IL

5ée«flmnnBealy U t &an dconîa «« il ■ jaBnpai ëe <r>iiktal ucrai ; rela ce Teat pas dîtv^'fl t aara fléectui rendrai d-^maîn oa combat ■aval , et qot

i)M^e.v*À;r<eir«^&: il g't en acn pas.CdA ae Ycstpai dire qoeftoii qo'ii y eo ail, aoîlqs'il a'j CBait|tts, ce qoi arrÎTcra sera pécrwaîre ; ce qai est scco* taire ^ c'est qa'îl t ail oa ceci o« cela , e*cat ralt0^ aatÎTc. Ex pourquoi? parce qoe, s'il t a an eooibat asTal, Décessairement il n'est pasTrai ipi*il n'y et ait p^^f et réciproqoemeot. Cette ncecasité aimi totendae respecte Teiistence des futors contingents. Otf ce qui Tient d'être dit des faits s'applique aux proposai tioos. Lue proposition au futur comme aa présent est nécessairement Traie on fausse; mais elle n'est pas pour cela dune Térité nécessaire ou d'une fausseté nécessaire; et quant à la Térîté de fait d'une proposition , elle ne commence à être nécessaire qu'alors qu'elle a acquis la Térité réelle* Un homme mourra, et s'il meurt, nécessairement il ne sera pas non mort; c'est une nécessité conditionnelle. Dans les choses, si révénement ar« rive, le non-événement sera nécessairement faax. Dans la proposition, si elle est vraie, la négation de la proposition sera nécessairement fausse. Hais ni la réalité do Tévénement, ni la vérité de la proposition n'est nécessaire. La théorie logique ne porte donc aucune atteinte à l'existence des futurs contingents , non plus qu'à celle du libre arbitre. Dieu sait bien si l'événement arrivera, si la proposition est vraie; mais il n'a pas mis l'avenir sous la loi de la nécessité; et la condition da libre arbitre est à côté de la prescience. Non onh-

nis reSy dit saint Anselme, est necessitate futura^ sed omnis res futura est necessitate futura.... has necessi-tatcs facit volontatis liber tas \

La discussion à laquelle se livre Âbélard est donc bonne et concluante , encore que technique et subtile* Nous verrons qu'elle avait pour lui une grande importance, et qu'il y revient avec une nouvelle sollicitude dans sa théologie* Là , en effet, est un^ grave question de théodicée*

On remarquera seulement qu'ainsi que nous l'avons annoncé, la logique offre dans son cours des questions qui la dépassent et qui intéressent les parties les plus élevées de la philosophie. Tout n'est donc pas science de mots dans la dialectique* Au reste y nous recueillons ici une des premières expressions de cette théorie des futurs contingents^ un des points les plus célèbres et les plus importants de la scolastique. Le germe de la doctrine d' Abélard est dans Aristote. Les détails sont pour la plupart empruntés à Boèce, qui a longuement traité la question sans toujours Téclaircir; mais la discussion, bien que peu originale, est forte et subtile, et Ton doit maintenant comprendre comment une question qui intéresse le libre arbitre, et par conséquent la morale; la providence divine, et par conséquent la théodicée; l'action de Dieu sur l'homme, et par conséquent la religion; la grâce et la volonté, et par conséquent le christianisme, a pu se trouver tout entière dans cette simple question

* s. Ans. 0^., De Concord. proucieat, cum lib. arb. Qu. I, e. ut, p. 124.

ài6 LIVRE IL

logique : Dans les jugements particuliers et faton, Tarfirmation et la négation sont-elles nécessairement Traies ou fausses? Qui dirait que cette question est au fond celle-ci : Est-il un Dieu'?

Abélard termine par Texposition du syllogisme ses Analytiques premiers. C'est, en effet, lobjet fondamental du traité qui porte ce titre dans FOrga- Don, et qu'il n'avait pas sous les yeux. La traduction qu'en a donnée Boèce lui était inconnue, et ce sont les traités du consulaire romain sur le syllogisme catégorique et le syllogisme hypothétique qui Pont évidemment initié à cette théorie vitale de la logique. Chose étrange! Enseigner le syllogisme et ne l'avoir pas étudié dans Aristole! Nous croyons que cet exemple n'est pas le seul. Les traités élémentaires sur le syllogisme, les commentaires sur les Analytiques ont abondé pendant plusieurs siècles , et ils ont dû souvent tenir lieu de Texposé concis, serré, algébrique, dans lequel Aristole a si sévèrement condensé Tinvincible théorie du syllogisme. La manière de Boèce devait convenir bien mieux à l'esprit d'érudition, toujours explicateur et diffus, qui était le propre des philosophes du moyen âge. Mais nous ne les imiterons pas en rattachant un commentaire au commentaire d' Abélard , et une analyse sommaire serait illisible. D'ailleurs notre philosophe ne nous paraît avoir rien ajouté au syllogisme, et, à

* Cf. Arist. Bermen.y IX , xiir.— Boelb., in lib. de Interpret.^ edii. sec, 1. ni, p. 357-379. — S. Anscim. Op., De concord., clc, p. 1 23. — S. Thom. Summ. theot,, I pars, quxst. xiv, art. 1, 2, etc. — Voyez aussi dans la troisième partie de cet ouvrage les c. ii, m, v, et surtout le c. vii.

DE LA PHILOSOPHIE D'ABÉLARD. Uil

dire vrai , il n'est pas aisé d'ajouter quelque chose à la découverte d'Aristoté*. ^

* Dia/., part. H, p. 305-323. — Abélard a traité assez succinctement du syllogisme » et celte fois il est plus bref qu'Aristote. On a déjà vu qu'il ne connaissait que de nom les Analytiques premiers ; cependant quand il donne la déiiniiion du syllogisme, il transcrit celle que contient cet ouvrage dans des termes différents de ceux qu'emploie Boèce dans sa traduction. {Ariit,, Analîjt. pnor., I, i. — Boeth., Prior Analyt, fnterp. I , i, p. 4G8.) Celle-ci d'ailleurs lui était inconnue. Où donc a>t-il pris le texte ? car pour le sens, celte définition est partout. Il faut que celle du $ 8 du chapitre i des Analytiques I , eût été citée liltéralement dans quelque commentateur, et c'est de là qu'il Taura tirée. Elle se retrouve identique pour le fond, mats diverse pour les termes, dans Boèce. (De SyU, cal», 1. II, p. 599 , et Tu Topic. ArUt.,\i. 602.)

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'*: r.'.Vi, -»:-r-.r: ^ q-^aiT-èoi* ; û la. Élit prwèiff p.: .^< ï'.;, {-r-, t'tr^ d* la «iquième partie h \ Or;;.'*",:*; e*. ••:* topiq-ieâ ne répoadisit p^ ijati f;jit ;i c^rjt ^1 Afi*Viî^, qa'îl n'aTait pas.

f>^'-. 'Io;/iq>je.4 rj'AhsUite traitent des lieox de k i\\ii\i'"X\(\n*'.. \j: rAÎloaisme dialectique est eeloiqù • ;.[;',»;{'; -îjr rJos propof^itions probables ou conve- /nj^:H (uiw. h:h ifiUîrlocuteufs. L'art de discuter oa i\ cffilAhyr U: rslW^hmft dialectique est l'objet des 'lof/iqu'::-?. J/ouvnjr'f que Cicéron a intitulé de Dième, rjtufcj'fut U: mhtut .sujet considéré du point de vue d'î I orateur. L'i dialectique est nécessaire à la rhétorique, rn?jiH la discussion oratoire diffère de la discussiriji pureuieut lofrique. La topique, depuis (iicorou, est touf(îfois devenue une science du ressort dcH rhéteurs plutôt que des philosophes. Boèce a Iraduit les Toj)i(jues d*Aristote et commenté ceux de (lieérou; puis il a composé, d'après ce dernier ri (raprès Théniiste, un ouvrage intitulé des Diffe-

DE LA PHILOSOPHIE D'ABÉLARD. il9

rences topiques^ qui a servi de thème à celui jJ'Abélard^

Le sujet d'un ouvrage sur les topiques est de sa nature presque illimité. U s'agit en effet de toutes les formes que peut prendre la discussion , de toutes les sources où elle peut puiser ses arguments. Une classification est difticile à introduire entre les lieux de la dialectique. Cicéron a proposé une division , Thétoiste une autre, et c'est à celle-ci que Boèce a ramené la première. Abélard suit Boèce; mais tout ce travail a pour nous peu de prix, et la topique a presque disparu de la science. Ce n'est que dans le détail qu'il est possible de rencontrer çà et là des vues intéressantes ou des idées qui méritent d'être recueillies.

Nous nous bornerons à deux exemples. 11 n'y [a rien de plus important en métaphysique que ces deux idées , la substance et la cause. Les scolastiques ont amplement disserté sur la substance , et au milieu de beaucoup de subtilités , d'équivoques , d'erreurs , ils ont vu ou du moins entrevu tout; sous le voile de leur diction, les questions se retrouvent à la même profondeur où le génie moderne a pu pénétrer. Mais il n'en est pas de même de la cause. Celte notion a été à peu près méconnue, et constamment négligée jusqu'à la renaissance de la philosophie , et je ne crois même pas qu'avant Leibnitz on lui ait assigné son véritable rang. Lorsque dans l'énumération des lieux dialectiques , Abélard rencon-

* Boeih., Tn Topic. Arist,, 1. VIU , p. 662. -- In Top. Cic. , 1. VI , p. 767. — De Diff, top., \, IV, p. 857^

Irera la substance et la cause , notre attention devra donc s éveiller, et nous nous arrêterons à cette page.

La substance y considérée au point de vne des topiques, ou le lieu de la substance , c'est la recherche de la manière dont la substance doit être établie (elle Test par la description ou la définition), et dont peut être attaquée la définition ou la description qui rétablit. Aussi Aristote n'a-t-il pas distingué un lieu de la substance , lui qui a distingué un lieu de Taccident, du genre, du propre, etc.; mais il a amplement traité des lieux des définitions, et c'est là qu'il faut chercher l'équivalent de ce qu' Abélard a, d'après Thémiste et Boèce^ nommé le lieu de la substance , locus a substantia \ 11 n'y a dans tout cela que des règles pratiques de dialectique; mais c'est en développant complaisamment ces règles, qu'Abélard, selon son usage, vient à rencontrer des difficultés de logique qui le forcent à regarder au fond d'une question , et à rentrer par une digression dans la sphère de la philosophie réelle. C'est ainsi qu'en donnant les règles de l'opposition, il rencontre les contraires, et qu'il est conduit à se demander quelle sorte d'opposition est la contrariété, et voici comment cet examen le mène sur le terrain de la question des universaux.

11 rappelle que tous les contraires, suivant Aristote, sont dans les mêmes genres ou dans des genres contraires, à moins qu'ils ne soient genres euxmêmes. Ainsi le noir et le blanc sont dans le même genre, la couleur; la justice et Tinjustice sont de

* Dial., p. 3G8. — Boelh., de Différent, topic, 1. Ul, p. 876.

deux genres contraires, la vertu et le vice; enfin le bien et le mal sont eux-mêmes des genres. Sur ce dernier exemple, il faut remarquer que le bien et le mal appartiennent au même prédicament, la qualité^ et Ton peut généraliser cette remarque en disant que les contraires ne sont pas contenus dans des prédicaments différents. « Si des contraires l'un est de la « qualité , les autres en seront aussi \ »

On pourrait trouver des espèces contraires qui ne sont ni dans le même genre, ni dans des genres contraires. Ainsi certaines actions sont contraires à certaines passions, sans appartenir à des genres contraires, comme se réjouir et s'attrister, qu'Aristote lui-même regarde comme deux contraires du genre agir. Ce' qu'il en faut conclure , c'est que bien que la tristesse soit en général passive, s'attrister peut être pris activement, s'apaiser et s'irriter sont bien actifs. Alors s'attrister devient une action comme se réjouir, et la contrariété n'est plus admise- qu'entre actions ou entre passions.

a Ne négligeons pas de remarquer sous quels prédicaments tombent les contraires, et quels sont les prédicaments qui excluent la contrariété. D'abord, il est certain, de l'autorité d'Aristote, que rien de contraire ne peut se trouver dans la substance, ni dans la quantité, ni dans la relation.... Il nous enseigne que trois autres admettent les contraires, savoir : la qualité, l'action et la passion. Dans le texte des Catégories que nous avons , il n'a rien décidé touchant la contrariété par rapport aux quatre prédicaments, le temps, le lieu, la situation, l'avoir. Et nous, ce que l'autorité a laissé indécis, nous n'osons le décider, de peur de nous trouver par aventure opposés à d'autre^ de ses ouvrages que n'a pas connus la langue latine, quœ latî'na non novit eloqnentia. Cependant le lieu et le temps , ces pré-

* Arislot. Categ,, VIH et XI, et Boeih. , In Prœd., 1. IV, p. 18^ et 200.

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WÊÊgnd iftJ^r*^ f 19 a r«rx^r«' «^ ckî sert? joiMÉa à la dcctrÎBe qui wêH ému tiSMXgâ ks tapeas 39^ Batcre anènfae «TcaKBoe îdolifK. «aicrteq^^ la Bême zacvre çèatftiqse. l'ia^wil ^ soil en e=seac^ da^» T^^ii^ « iseis rzt.msjt. Ta':* chcf^fiéc dans Fou eC factr» psr !a ^rci». Il îvi^. fass reœ ^yceibêsp. q«e le fabnc et It aocr. et I» actifs ontnir» «pâ »at d^ espcces da mémt çeue,

aîest !j a>^iEi» isaiiere eE€iiLie.je. Cir. avxs ccatmat le Uanc et

le WÂT pc*mxc:-i^ êtn» a-ÎTersei ras a l'acire. de méfce que les

dhOî^ <ri; <i:*^r?î:t ce cLat^re aiirs ti^n qa'en fcnne. et qui appar-

tiesnenC a des pré^caoBect» diSérea^. ccoune. par cxeaiple, la

tèaacheur ei i'WûGiice? S'il est. en efiei. des iwiaes réelles qui

coostitLeot !a substance de la Li^cchetir, rvîes ne peuvent foire la

fob?tasce 'fe ITioniiEe. pu:5.qT:e les espèces, ccacd les genres sont

divers et n«>fi «abordooRPS !es in:5 aux autres, seul diverses aussi

bien que le^ différences AnstoCe . Ma doctrine est doac que les eâ-

péces seules de ia subtstaiice sont ccnsiituées par les difiérences, et

que Ie§ autres espèces ne sLt-sistect que par la matière *. Mais si la

matière est la iréme. quelle diversité leur reste-t-il* ceDequi peut se

concilier avec la ressemblance substantielle, celle de l'essence, dès

qu'elle cesse d'être iodéterminée. Car la qualité qui est esÈ^ence du

blanc n'est pas Teséence du coir, eu bien le blanc serait le noir;

mais elîes sont semblables en ce qui concerne la nature du genre

supérieur qui leur est cf>mm\in. La ressemblance de substance ou

de forme n'exclut pas la contrariélîj *.

Cette doctrine est ici somiiiairement énoncée. Il parait qu'elle était établie dans une portion de la première partie qui nous manque; mais elle est dirigée contre la doctrine réaliste , qui plaçait dans toutes les espèces le genre à titre de matière essentielle et identique, uniquement diversifiée par les formes accidentelles. Abélard n'admet quelque chose

' 11 ajoute ici : « Comme nous Tavons montré dans le Liber Partium.* On Mippose que c'est sa paraphrase de rintroduclion de Porphyre. Voyez cidessus, c. I.

« Dht., p. 39T 400.

de tel que pour les espèces de la substaDce. Celles-ci seules, identiques daus leur matière, sont constituées espèces par les différences; mais les autres espèces y celles de la quantité, de la relation, etc.i ne subsistetit que par leur matière, et conséquem-^ ment, elles n'ont point une matière essentielle et identique, quoiqu'elles puissent être contenues dans un genre semblable. En un mot, dans les espèces de la substance, la substance ne peut jamais être autre que la substance , et il lui faut la forme pour la différencier. Dans les autres espèces , il peut y avoir ressemblance et communauté de genre ; mais quoique le blanc et le noir soient de même genre, le blanc et le noir n'ont pas en eux-mêmes une essence identique ; il n'existe pas une même matière essentielle qui soit la couleur; une simple similitude de genre unit le blanc et le noir.

Ceci, rendu et clarifié en langage moderne, signifierait que l'idée de substance est l'idée de quelque chose de.stable, d'immuable en soi, et qui ne peut être diversifié que par les attributs qui lui déterminent une essence , tandis que dans ces attributs mêmes la substance est nulle; il n'y a que communauté ou ressemblance dans la conception générique que nous en formons; d'où il suit que des attributs sont du même genre, mais sont, en eux-mêmes et en tout ce qu'ils sont, réellement des choses différentes. Il n'y a pas de couleur, en un mot; il y a le noir, il y a le blanc.

Ce qu' Abélard dit de la cause touche de bien moins près encore à ce que nous voudrions apprendre de lui. Il y a en dialectique des lieux communs des causes;

iHMam TM fefi^!^'^ iioni^ sma

YaAt b. Jkcaca^»iTïK 4ik ja. mniiii BiniiC «r ji

n.umi^'

iti ouhs^ <»iii^ Aruf;rjO^«Ia czose i if flilifa jmi m m^yi» ;ij3j ni^ ^acs soc pencxpe. La caasiBlr ei été b^ «cïprûe q?> des awietacs, cC

daikt i^ ^a il« e^îi!r id-fe prtoiHÎTc cC

lira, dit AbétaH, qtudmorte^àe etùeieute, la cause inaléneUe, la eausf^ finale. IiaiïJ l'ordre, la première 0ieot ^ eelle qoi opère , celle enfiii qui prodoh Ytîttif comme le forgeron fabrique Tépée, en c^sî^nt h mouremeot qoi change le fer en lame; r/iaid ra/;tion et la nature de cette cause seront mieux #;/imprii^K après que nous aarond parlé des trois autres.

Ja cause matérielle est ce dont la chose est faite , non ce qui sert à la faire; c'eât le fer, et non Tenclume ni le marteau. La matière est Télémeni immédiat de la substance. Ainsi la farine ne doit pas élrc appelée la matière du pain, puisqu'elle ne s'y

' />//'/., part, IIL p. 4lO-'fl'i.

' ArlsL Analifl. pr'wr., W , \\. — Ua , IV, ii, et P/iy*., U , m. — Boeih. , IhinUrp.t i'i\. %*'{%, p. 4i3. — In Top. Cic, l. Il, p. 776 cl 78 i ; l. Y, p, «'5i. - îk Dijfer. topic, I. II, p. 80?.

trouve point à l'état de farine; la matière du pain, c'est la pâte; ou plutôt même les mies de pain (micœ). Seulement, parmi les composés, les uns ont eu une matière préexistante > comme le taisseau ou le toit, qui ont été bois avant d'être vaisseau ou toit; les autres sont nés avec leur matière, comme les quatre éléments, créés les premiers pour devenir la matière des corps. Les composés de cette nature, aucune matière préexistante ne les a précédés; tels les accidents naissent avec la matière à laquelle ils appartiennent. Mais soit que la matière ait ou non précédé le matériel , proprement le matérié *, elle le crée matériellement , elle le fait être ; elle constitue Tessence matérielle. Ainsi l'animal qui constitue matériellement l'homme, ou ce qui reçoit la forme de rationnalité et de mortalité , n'est pas une chose autre que l'homme même; les pierres et les bois qui sont constitués sous forme de maison ne sont pas une chose autre que la maison même. Les parties de l'essence, prises ensemble, sont la même chose que le tout.

La forme n'est pas proprement composante dans l'essence, mais, en survenant à la substance, elle complète l'effet, elle achève la production, et c'est là la cause formelle. Aucune substance ne peut être composée sans matière ni se constituer sans forme. Cependant on ne doit admettre au titre de cause que la forme nécessaire à la création d'une nouvelle substance , et sans laquelle il n'y a point d'effet accom-

* Materiaium, Dans la lormioologîe de la science, le malérU est une combinaison de la forme unie à la matière ou une forme matérialisée, c'està-dire une réalisation produite par l'union delà matière et de la forme.

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pli , point de chose effective produite. Aiofti les formes accidentelles , comme la blancheur dam l Socrate, ne peuvent être appelées causes; elles dépendent du sujet, elles lui sont postérieures, elles n'existent que par lui ; c'est le caractère de toBt accident.

La cause finale est le but; percer est la cause finale de Tépée. Postérieure dans le temps, cette cause précède en tant que cause; car elle est la fin à laquelle tend l'opération. La victoire est la cause de la guerre ; et cependant la guerre doit précéder la victoire.

Revenons à la cause efficiente. C'est celle qui, opérant sur une matière donnée, imprime par cette i opération sa forme à la chose à former, comme le forgeron à l'épée et la nature à l'homme. Car le père n'est pas, à proprement parler, la cause efficiente de rhomme , la mère le serait autant que lui ; c'est le créateur. Le soleil n'est pas non plus la cause efficiente du jour, car il n'y a pas une matière sur laquelle il opère pour faire le jour. L'opération créatrice n'appartient rigoureusement qu'à Dieu. Créer, c'est faire la substance, ce qui ne convient qu'à l'artisan suprême. Quant aux créations des hommes, ce ne sont que des combinaisons de substances déjà créées. C'est dans cette limite que les hommes sont efficients y c'est une création improprement dite. Plus exactement, Dieu crée, Thomme joint. L'homme ne crée pas même la forme, il adapte la matière pour la recevoir, et il n'opère qu'en adaptant. C'est Dieu qui crée par l'intermédiaire de l'opération humaine, et qui produit ce que l'homme a préparé. Cependant

Tun et Tautre étant cause efficiente , seulement dans une mesure différente, l'un et l'autre meut, c'est^ à--dire fournit le mouvement nécessaire à l'effet. De Dieu vient le mouvement de génération; de Thomme le mouvement d'altération. Ceci conduit à Texamen des diverses espèces de mouvements, parmi lesquelles il faut distinguer seulement le mouvement de substance et le mouvement de quantité *.

Le premier s'opère toutes les fois qu'une chose est engendrée ou corrompue , ou plutôt produite ou dissoute substantiellement. Elle est engendrée, lorsqu'elle prend l'être substantiel; par exemple, lorsqu'un corps devient vivant, ou prend la substance de corps animé, soit animal, soit homme. Elle se corrompt, lorsqu'elle quitte cette môme nature substantielle, comme lorsque le corps vivant meurt ou devient inanimé. Ainsi le mouvement de substance se partage en génération et en corruption , l'une l'entrée en substance, l'autre la sortie de la substance. Le premier mouvement ne dépend que du créateur; le second paraît dépendre de nous, puisque nous pouvons mettre un homme à mort, réduire le bois en cendre ou le foin en verre. Mais, à ce point de vue, la génération nous serait également soumise; car, en dissolvant une substance, nous en produisons une autre, et toute corruption engendre; la mort est la création de l'inanimé. Ainsi nous sembloos à la fois corrompre et engendrer, détruire et produire. Peut-être cela n'est-il pas contestable en ce qui touche les générations qui ne sont pas pre-

« JHaL, p. 414-4JÎ.

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mières* Car pour les créations premières des duM», dans lesquelles non^seulement les formes , mais la sabstances ont été créées de Dieu, conune, pareieisple, lorsque Tètre a été donné pour la première fois aux corps eux-mêmes, elles ne peuTent être attribuées qu'au Tout*Puissant, ainsi que les dissolations correspondantes. Aucun acte humain ne peat en effet anéantir la substance d'un corps.

Les créations sont celles par lesquelles les matières des choses ont commencé d'exister sans matière préexistante. C'est dans ce sens que la Genèse dit : Dieu créa le ciel et la terre. 11 y enferma la matière de tous les corps 9 ou mieux les éléments qui sont la matière de tous les corps. Car il ne créa point les éléments purs et distincts; il ne posa point chacun a part le feu , la terre , Tair et l'eau , mais il mêla tout dans chaque chose, et les éléments distincts tirèrent leur nom des principes élémentaires qui dominèrent en chacun d'eux ; ainsi 1 air vint de la légèreté et de Thumidilé de l'élément aérien , le feu de la légèreté et de la sécheresse de Télément igné; Teau de Thumidité et de la mollesse de l'élément aquatique ^ et la terre de la pesanteur, de la dureté de l'élément terrestre.

Les créations secondes ont lieu, lorsque Dieu , par l'addition d'une forme substantielle^ fait passer dans un nouvel être une matière déjà créée , comme lorsqu'il créa Thomme avec le limon de la terre. Ici point de matière nouvelle; il n'apparaît qu'une différence de forme , et ce n'est que dans la forme substantielle que semble changer la nature de la substance; ces créations postérieures paraissent sou-

mises à la généralion et à la corruption. Moïse dit avec raison : « le Seigneur /brma l'hotame, » et non pas créa, pour montrer clairement qu'il s'agit d'une création par la forme et non d'une création première \ Dans cette seconde création , la matière de la terre; déjà existante, pouvait avoir le mouve*ment de génération , en ce que Dieu lui donnait les formes de l'animation , de la sensibilité , de la rationnalité, et le reste ^ ou le mouvement de l'altération (corruption), en ce qu'elle quittait l'inanimé. Mais les créations même du second ordre ne sont pas en notre pouvoir, et doivent, comme toutes les autres, être attribuées à Dieu. Lorsque la cendre du foin est placée dans la fournaise pour être convertie en verre, notre action n'est pour rien dans la création du verre; c'est Dieu même qui agit secrètement sur la nature des choses par nous préparées, et pen-^ dant que nous ignorons la physique ^ il fait une nouvelle substance. Mais dès que le verre a été divinement créé, c'est par notre opération qu'il est formé en vases divers ; de même que nous construisons une maison avec des pierres et des bois déjà créés, ne créant jamais, mais unissant des choses créées. Aucune création ne nous est donc permise; un père luimême n'est le créateur de son fils, qu'en ce sens qu'une partie de sa substance est, par l'opération

' Je crois cette distinction peu solide. J'ignore la valeur des mots hébreui du commencement de la Genèse. Mais s'il y a dans le texte latin au titre t « De crealione mundi et horainis formatione , » il y a au verset 26 : « Facia-^ « mus hominem , » et au verset 27 : « Greavit Deus hominem. ^ C'est [>our la femme que le mot de création n*est pas employé. Au reste , tout ce qui est dit ici de la création peut se comparer au tableau tracé dans l'Hexameron, \oj, au l. Ul du présent ouvrage.

divine^ amenée à produire une nature humaine. La corruption seule ou altération peut panutre dépendre de nous, car il est eu tout plus facile de détruire que de composer^ nous pouvons plus aisément nuire que servir, et nous sommes plus promptsà faire le mal que le bien. Ainsi ne pouvant former un homme , nous le pouvons détruire , et sous ce rapport , la génération de l'inanimation semble dépendre de nous. Cepen^ dant il n y a là qu'un retranchement , ce qui est du ressort de la corruption; rien n'est donné en substance, ce qui serait œuvre de génération. Nous faisons le non-animé, mais Tinanimation, Dieu seul la crée. Autre en effet est le non^animé, autre Tinanimé. La négation n'est pas la privation. La négation résulte de la corruption; la forme de la privation résulte de la génération > et celle-ci ne peut venir que de Dieu. Car lors même que nous ne ferions rien à la substance , Dieu ne Ten convertirait pas moins un jour à Tanimation où à rinanimation ; seulement, il est possible que ce que nous faisons l'y amène un peu plus vite.

« Ainsi donc le mouvement de subâtance que nous appelons génération, ne doit être attribué qu'à Dieu, tant dans les créations pre* mières que dans les créations dernières. Dans les créations de la nature se placent les substances générales et spéciales. Ce n'est pas un changement de la forme , c'est une création de substance nouvello qui fait la diversité de genre et d'espèce. De quelque façon que varient les formes, si l'identité demeure, l'essence générale ou spéciale n'en est point touchée. Mais là où il n'y a point diversité de formes, il peut y avoir diversité de genres; c'est ce qui arrive aux genres les plus généraux , à ce qu'il y a de plus général , aux prédi* caroents pris en eux-mêmes , et peut-être aussi à certaines espèces , comme nous l'accordons pour les espèces des accidents, afin d'éviter une multiplication à l'infini. Mais aussi longtemps que Tessence matérielle ou la nature de la chose sera diverse, il y aura diversité

de genres ou d'espèces; c'est donc la diversité de substance, non le changement de la forme , qui fait la diversité des genres et des espèces. Car, bien que dans les espèces de la substance , la cause de la diversité des espèces soit la différence, celle-ci vient de la diversité de substance des choses elles-mêmes. Aussi a-t-on nommé cet sortes de différences, différences substantielles. Ainsi nous ne devons comprendre au rang des genres et des espèces que les choses que l'opération divine a composées en nature de substance*. »

Le mouvement de quantité est de deux sortes , mouvement d'augmentation, mouvement de diminution. L'augmentation et la diminution résultent d'une jonction de parties , et la comparaison seule manifeste Tune ou l'autre. Or l'accident est seul sujet à la comparaison y et celle-ci porte sur la longueur, la largeur, l'épaisseur et le nombre. Ce n'est que par rapport au nombre que le mouvement de quantité dépend de l'action de l'homme. En effet l'opération humaine n'unit jamais les corps au point qu il n'y ait entre eux aucune distance. La longueur de la ligne, la largeur de la surface, l'épaisseur du solide, qui sont autant de continus , ne sont donc pas soumises à notre action, et nous ne pouvons rien que multiplier le nombre par l'accumulation dans le même lieu; ainsi nous ajoutons une pierre à des pierres, des bois à des bois pour une construction. Notre création n'est jamais que delà composition. Les choses ainsi composées sont dites unes ou plutôt unies par notre œuvre, non par création naturelle. Cependant il ne faut pas considérer les noms de ces sortes d'assemblages ou d'unités factices, comme des noms collectifs, tels que ceux de peuple^ de troupeau^ etc. En effet il faut l'union des parties de la maison pour qu'il y

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