CHAPITRE VI
8UTTC DE LA LOGIQUE b'aBÉLA&D. — DiolecUca, OI^ATftlÈMB ET CnQUlÈME PARTIES, OU LES SEGOnDS ANALYTIQUES ET LB UTAE DE LA DIYISIOn ET DE LA DÉFIKITIOlf.
Nous avons dit qu'Abélard ne connaissait pas les Seconds Analytiques d'Aristote. Lors donc que pour copier en tout son maître , il a voulu donner le même titre à la quatrième partie de sa Dialectique, il n^a pu traiter le même sujet, et au lieu d'écrire sur la démonstration , il s'est surtout occupé des matières comprises dans le livre de Boèce sur le syllogisme hypothétique *. Rien de bien essentiel n'est à remarquer dans cette partie; passons immédiatement à la cinquième , ou au Livre des divisions et des définitions. Ce livre correspond aux deux ouvrages de Boèce sur les mêmes matières, et dans la Dialectique d' Abélard il tient la place des Arguments sophistiques, cette dernière partie de TOrganon '.
« Le talent de diviser ou définir est non-seulement (c recommandé par la nécessité même de la science, (c mais encore enseigné soigneusement par plus d'une (c autorité. Emule reconnaissant de nos maîtres, sui- (( vous religieusement leurs traces; nous sommes ex- « cité à travailler sur le même sujet, pour ton intérêt,
* Dirt/., pars IV, De Propos, et Syll. hypoth. scu Anal, posl., p. 434- 449. — Boelh. Op., De Syll. hyp., lib. U, p. 606.
" Dial,, pars V, liber Divisionum cl Definitionum , p. 450-497. Boetb.
De Divis. ,ip, 638. De Dijfin., p. 048.
« frère, ou plutôt pour Tutilité commune. La perfec- (( tion des écrits antiques n'a pas été si grande en « effet que la science n'ait nul besoin de notre tra- (c vail. La science ne peut s'accroître chez nous au- (c très mortels au point de n'avoir plus de progrès à (( faire. Or comme les divisions viennent naturelle^ « ment avant les définitions ^ puisque celles-ci ti'* « rent de celles-là leur origine constitutive, les dite visions auront la première place dans ce traité^ les « définitions la seconde ^ » Ainsi la division est une analyse dont la définition est comme la synthèse. C'est une idée deBoèce, qui se sépare en cela d'Aristote, peu favorable àla division, peut-être parce que Platon l'employait volontiers'. Aristote ne trouve rien de syllogistique , ni par conséquent de démonstratify dans cette énumération des parties^ des modes, des espèces ou des cas, qu'on appelle la division, et qui lui paraît se réduire souvent à l'assertion grar tuite. Mais si la division est bonne, la définition est valable, et réciproquement, et elles peuvent se servir mutuellement de moyen de contrôle et de garantie. On entend donc ici par la division celle dontBoèce a prouvé que les termes sont les mêmes que ceux de la définition ^ « Nous entreprenons de traiter de» « divisions telles que l'autorité de Boèce les a déjà (( caractérisées, et si nous donnons du nôtre dans ces « leçons, qu'on ne le regrette pas {non pigeai). »
La division substantielle, ou secundumse^ est la division du genre en espèces, du mot en significa-
* Dial.,p. 460.
' Ânalyt, prior,y I, xxxi. — Analyt. post,f U, v.
' De Div., p. 643.
kZ6 LITRE IL
tions , ou du tout en parties. La division selon Tac* cident est celle du sujet en ses accidents, de Taccident en ses sujets , ou la division de Taccident par le coaccident.
La première division substantielle, celle da genre en espèces , est comme celles-ci : La substance est ou corps ^ ou esprit; le corps est ou le corps animé au le corps inanimé.
La division du mot est celle qui découvre les di« verses significations d'un mot, ou qui montre qu'un mot signifiant une même chose a diverses applications. Dans le premier cas, elle explique Téquivoque d'un nom : Le chien est le nom d'un animal qui aboie, JPune bête marine (chien de mer), et éTun signe céleste. Dans le second, on divise un mot selon ses modes ou ses applications modales : Infini se dit ou du temps y ou du nombre , ou de la mesure.
La division du tout a lieu, quand le tout est divisé en ses propres parties soit constitutives, soit dtvisives. Que nous disions : La maison est en partie murs, en partie toit, en partie fondation, ou bien : Vhomme est ou Socrate, ou Platon, ou etc. , nous faisons une division du tout ou par le tout (totius ou a toto); mais l'une est celle de rentier, l'autre celle de l'universel; l'une se fait en parties constitutives, l'autre en parties divisives.
Commençons par la division du genre en ses espèces les plus prochaines \ Celle-ci peut être aisément confondue avec la division par différence; mais dans la division en espèces par les différences,
» Piai., p. 454.
il ne s'agit pas des espèces elles-mêmes, mais des formes des espèces. Ainsi Vanimal est ou homme^ ou quadrupède y ou oiseau^ etc., est une division du genre en espèces; Vanimal est ou homme ou non-homme y est une division par opposition; Vanimal est ou rationnel ou non rationnel ^ une définition par différence.
Abélard n'ajoute ici à Boèce qu'un seul point. Par différences faut-il entendre les formes des espèces, ou seulement de simples noms de différences, qui, suivant quelques-uns, suppléeraient les noms spéciaux pour désigner les espèces, en sorte que rationnel équivaudrait à animal rationnel^ animé à corps animé? Les noms des différences contiendraient ainsi, non-seulement la forme, mais la matière, c'est-à-dire la chose tout entière : « Opinion , » dit Abélard , « qui a paru préférable à mon maître Guil- (c laume. Celui-ci voulait en effet, je m'en souviens, « pousser à ce point l'abus des mots, que lorsque le (c nom de la différence tenait lieu de l'espèce dans « une division du genre , il ne fût pas le nom abs- « trait de la différence , mais fût posé comme le « nom substantif de l'espèce. Autrement, suivant « lui, on aurait pu appeler cela division du sujet en « accidents , les différences ne lui paraissant plus i( alors appartenir au genre qu'à titre d'accidents. c( C'est pourquoi il voulait, par le nom de la diffé- « rence, entendre l'espèce elle-même, fondé sur ce {( mot de Porphyre : Par les différences nous divisons ce le genre en espèces \ »
* Porphyr. /*«</., 111. "*- Boeih., In Porph. a se transi., \ IV, p. 81.