‹ Abélard (volume 4)Chapitre 21 sur 24 · AS8 LIVRE II · texte numérisé non relu

AS8 LIVRE II

Par un plus grand abus » il employait le nom infini ( indéterminé ) pour désigner Tespèce opposée. Ainsi, il disait : La substance est ou le corps ouk non^corps. Non-corps pour lui ne désignait que l'espèce opposée à corps; ce terme inGni par signification n'était plus qu'un nom substantif et spéciaP. Mais si , par une nouveauté de langage^ on prend les noms des différences ou les noms infinis pour ceux même des espèces^ « la lettre n'a plus aucun poids,» c'est-à-dire les textes sont sans autorité. Que devient le soin particulier et le rôle à part que Boèce accorde aux différences? 11 ne voulait pas non plus que la simple négation contînt 1 idée de l'espèce, lorsqu'il disait : ((La négation par elle-même ne constitue (c point une véritable espèce. » Lenon-hommcy le noncorps n'est pas une espèce. Les noms négatifs ne remplacent les noms d'espèces que lorsque ceux-ci manquent. Quant aux noms des différences, ils ne sont pas substantifs au sens des noms de substances^ mais ce sont des noms pris des différences ^ c'est-àdire les différences prises substantivement; car ce que la scolastique appelle des noms pris revient aux noms abstraits des modernes, quand ces noms ne sont pas des noms de genres ou d'espèces. Aussi, de la division du genre par différence, Boèce tire-t-il

* Le nom infini est le nom indctini ou indéterminé qui s'applique à des chose» diverses de genre, d'espèce, ou de degré ontologique, tandis que les noms universels sont dclerminés à certains genres, à certaines espèces ; par exemple , le non-aw/mn/ est un nom inlini, car il s*applique à la substance, au métal, au fer, à ré[)ée , à l'épée d'Alexandre, etc.; il y a, comme on voit, du rapport entre l'infini dans ce sens et le négatif. Kant entend ainsi rin/?nt^ lorsqu'il traite du jugement, qu'il appelle unendtich, (Crit. de la rais, pure, Ànalyt. trans,, 1. 1, c. i, sect. ii.)

la définition des espèces, par la jonction du nom dtvisant de la différence au nom divisé du genre*. Cela veut dire que si Ton divise le genre animal en rationnel et irrationnel, ce qui est le diviser par différence, la jonction du genre animal et de la différence rationnel y ou l'expression Y animal rationnel, sera la définition de l'espèce homme; en sorte que c'est un axiome dialectique, que ce qui convient à la division du genre convient à la définition de l'espèce. Or, cela ne se peut dire que de la division du genre par les différences. Si différence équivalait à espice, cela signifierait que la division du genre en espèces définit l'espèce, ce qui n'a aucun sens. C'est pour cela que Porphyre, d'accord avec Boèce, dit que les différences qui divisent le genre sont toutes appelées différences spécifiques*.

« La division en différences ou en espèces doit porter sur les plus prochaines; car les plus prochaines sont naturellement les plus analogues , et les plus propres à faire connaître le genre. Si la division du genre se faisait toujours par les différences ou par les espèces les plus prochaines, toute division serait à deux menabres. C*est du moins une opinion de Boèce que tout genre a, dans la nature des choses, deiïx espèces les plus prochaines; et si nous en avions toujours les noms, toute division pourrait s'opérer en deux espèces; si cela ne se peut toujours faire , c'est disette de noms.

« Mais à cette opinion qui se rattache à la doctrine philosophique qui soutient que les genres et les espèces sont les choses mêmes et non simplement des voix, je me souviens que j'avais une objection tirée de la relation.

<( Si tout genre est contenu en deux espèces les plus prochaines , la relation (ad aliquid) est dans ce cas: deux espèces les plus prochaines de relatifs en forment la division suffisante (complète). Car

* De Div,, p. 642.

* EiSonoioi, Porph. hag,, lU. — Boelh. , In Porph., 1. IV, p. 86.

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